DE L’ESTOMAC
§ Ier. Disposition. Organisation extérieure.
L’estomac, premier organe essentiel de la digestion, occupe la partie supérieure de l’abdomen, et s’étend depuis l’hypocbondre gauche, qu’il remplit presque en entier, jusqu’à l’épigastre où il se ter* mine. Borné en haut par le diaphragme et par le foie, en bas par le colon et le méso-colon transverses, il répond en avant aux fausses côtes et souvent en partie aux parois abdominales. On ne peut, au reste, lui assigner de limites précises, tant son volume est sujet à varier. Caché presque en entier dans l’hypochondre lorsqu’aucune substance alimentaire ne le distend, il fait une saillie plus ou moins considérable au-dessous des côtes dans son état de plénitude. On l’a vu, par l’effet d’une distension extraordinaire, se prolonger fort loin dans la cavité abdominale et jusqu’à la région iliaque gauche.
La forme recourbée de l’estomac l’a fait comparer avec assez de justesse, par les anatomistes, à une cornemuse. Son plus grand diamètre est transversal; ie petit, dirigé de haut en bas, diminue progressivement depuis l’bypochondre, où il a le plus d’étendue, jusqu’à lepigastre, où il est le plus étroit. Les deux extrémités, beaucoup plus ré-
DE LA DIGESTION
trécies que le corps, se dirigent en haut et en arrière.
La direction de l’estomac est, en général, transversale. Toujours cependant elle offre une certaine obliquité de haut en bas, de gauche à droite et d’arrière en avant. Ainsi l’extrémité droite est un peu plus bas et plus en avant que la gauche : je suppose ici l’état de vacuité. Dans la plénitude, l’obliquité dont je parle augmente considérablement^ souvent meme l’estomac paraît presque perpendiculaire, en sorte que l’extrémité droite, dont la situation ne peut varier, se trouve fortement recourbée en haut et forme un angle très-aigu avec le corps de l’organe. On peut facilement s’assurer de ceci en distendant l’estomac avec de l’air poussé par l’œsophage.
Le volume de l’estomac est susceptible, comme nous l avons déjà remarqué, de variations presque indéfinies. Elles tiennent toujours soit àla distension plus ou moins grande que cet organe a subie par les substances introduites dans son intérieur, soit à la contractilité plus ou moins marquée de sa tunique musculeuse. La première cause influe surtout sur les variations qu’on observe chez les individus: ainsi l’habitude d’une abstinence sévère et celle des repas copieux détermineront, l’une un resserrement, l’autre une dilatation considérable. La seconde cause influe principalement sur les variations i qui dépendent de l’âge: ainsi chez les cnfans, où la j contractilité est plus vive, l’estomac offre le plus ! souvent un volume proportionnel très-petit, tandis que chez les adultes le volume est beaucoup plus grand pour l’ordinaire. Ces deux causes , à la vérité ,
se trouvent fréquemment réunies : car la contractilité est d’autant moindre qu’elle a été plus souvent combattue par la présence des substances dilatantes, et l’on peut rapporter avec assez de raison le resserrement habituel de l’estomac chez les enfans , au petit nombre de dilatations qu’il a eues à subir. Nous reviendrons sur cet article en parlant de l’organisation intime.
On considère à l’estomac deux surfaces, l’une externe, l’autre interne.
La surface externe peut, d’après la forme recourbée et légèrement aplatie de l’estomac , se distinguer en deux faces, deux bords ou courbures, et deux extrémités.
La face anterieure est la plus convexe. Sa position varie un peu suivant les états de plénitude et de vacuite ^ moins cependant qu’on ne le croit communément; car 1 estomac, toujours assujetti en devant par les parois abdominales, est forcé, lorsqu’il se dilate, de se prolonger en bas suivant son petit diamètre, et ne peut point prendre cette direction horizontale qui, selon le plus grand nombre des anatomistes, rend supérieure la face auparavant antérieure. Il est naturel, en effet, que la dilatation se fasse dans le sens où la résistance est moindre, et 1 on ne peut admettre que l’estomac soulève les parois abdominales qui le compriment , au lieu de s’étendre dans la cavité libre de l’abdomen. Ce qui en impose ici, c’est que l’estomac, quand on le distend d air sur le cadavre, prend aussitôt cette position horizontale dont on parle. Mais les parois de l’abdomen sont ouvertes alors et ne lui offrent aucune
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résistance, ce qui change en grande partie le mode naturel de dilatation.
Dans tous les cas , la face antérieure de Festomac correspond en partie au lobe gauche du foie , en partie au diaphragme et aux fausses côtes. Dans l’état de plénitude, elle répond en outre aux parois abdominales dans une étendue plus ou moins considérable. Toujours sa direction est plus ou moins oblique en avant et en bas.
La face postérieure, plus aplatie et offrant la même obliquité, ne change jamais ses rapports immédiats. Toujours elle est entièrement cachée dan-® barrière-cavité des épiploons, et repose sur la partie supérieure du méso-colon transverse. Lorsque Festomac se dilate, cette face se prolonge un peu sur la portion transversale du colon; et, quelque changement qu’elle puisse éprouver, elle entraîne inévitablement avec elle le colon et le méso-colon, auxquels elle est fixée par les replis du péritoine.
Ces deux surfaces de Festomac sont lisses et polies comme tout l’intérieur de la cavité péritonéale , à laquelle elles correspondent. La couleur blancbâ* tre est fréquemment interrompue par les anasto* moses nombreuses des artères gastriques, qui se ramifient sur elles.
On nomme bords ou courbures de V estomac les endroits où les deux faces se réunissent. La grande courbure , convexe, termine l’estomac inférieurement devant, et mesure toute la longueur de cet organe depuis un de ses orifices jusqu’à l’autre. Dans l’état de vacuité, elle ne répond qu’au méso* colon transverse; dans la plénitude, elle s’avance
plus ou moins sur le colon lui-même. Le péritoine n’est point immédiatement appliqué sur elle, à moins que Festomac 11e soit fortement distendu; et les deux feuillets qui ont recouvert les faces antérieure et postérieure laissent entre eux et l’estomac, tout le long de la grande courbure, un espace triangulaire très-sensible, avant de se réunir pour se porter à l’épiploon. C’est à cet espace que correspondent les artères gastro-épiploïques droite et gauche, dont les troncs, dirigés le long de la courbure, envoient aux deux faces de Festomac leurs nombreux rameaux. Des glandes lymphatiques plus ou moins multipliées environnent ces artères. Nous reviendrons sur la disposition très-intéressante que présentent dans cet endroit le péritoine et les vaisseaux, lorsque nous parlerons de l’organisation intime de Festomac.
A droite, la grande courbure se termine simplement à l’orifice pylorique sans offrir rien de remarquable, si ce n’est le coude formé par cet orifice pylorique, et que l’on a nommé petit cul-de-sac , quoiqu’il n’y ait dans cet endroit aucune saillie particulière , et que ce coude soit précisément dans la direction du pylore. Mais à gauche, la grande courbure finit par une saillie considérable que l’on nomme ordinairement grand cul-de-sac. Cette saillie ne répond point à l’orifice cardiaque, n’est point dans sa direction , mais se trouve au-dessous de lui et se prolonge dans Fhypochondre , dont elle remplit une grande partie. C’est elle qui donne en grande partie à l’estomac sa longueur naturelle, longueur qui par là excède de beaucoup l’intervalle des deux orifices.
DE LA. DÏGEST10N.
Le grand cul-de-sac correspond à la moitié antérieure de la face interne de la rate, à laquelle il est fixé par un repli du péritoine dans lequel se trouvent les vaisseaux courts de l’artère splénique. Ce repli péritonéal est formé par les deux feuillets qui ont tapissé les faces de l’estomac, et qui laissent entre eux, en allant à la rate, un espace triangulaire semblable à celui du reste de la grande courbure. Cet espace où l’estomac est dépourvu du péritoine est beaucoup plus rapproché de la face postérieure que de l’antérieure,
La petite courbure , concave, termine l’estomac en haut et en arrière, et correspond à la grande scissure du foie , spécialement au lobe de Spigel. Elle s’étend de l’orifice pyiorique au côté droit du cardiaque , en sorte que le grand cul-de-sac lui est absolument étranger et ne concourt point à la former. Elle est , comme la grande courbure, dépourvue du péritoine , les deux lames qui ont tapissé l’estomac laissant entre elles un espace triangulaire avant de se réunir pour constituer l’épiploon gastro-hépatique qui va se terminer aux deux bords de la scissure du foie. C’est dans cet espace que se trouve l’artère coronaire stomachique , qui règne tout le long de la petite courbure.
Les deux extrémités de l’estomac se distinguent en gauche et droite, sous les noms de cardia et de pylore .
Le cardia termine à gauche la petite courbure et se trouve à droite du grand cul-de-sac, en sorte qu’d correspond, à peu près, à l’union des deux tiers droits de l’estomac avec son tiers gauche. L’es-
tomac se continue ici avec l’oesophage , ou plutôt reçoit ce conduit, qui paraît lui être étranger, et qui s’ouvre perpendiculairement clans sacavité , immédiatement au-dessous de l’ouverture diaphragmatique. Le cardia est environné par les rameaux artériels nombreux que lui fournit l’artère coronaire stomachique près de son origine. On voit sur lui , au travers du péritoine , ces fibres divergentes qui de l’œsophage vont à l’estomac. C’est aussi sur lui que les deux cordons stomachiques , dernières extrémités des nerfs vagues, se contournent pour se rendre à l’estomac où ils se terminent. Le cardia correspond en devant à une partie du lobe droit du foie, en arrière à la partie latérale gauche antérieure de la colonne vertébrale, à droite au lobe de Spigel.
Le pylore termine à droite l’estomac, occupe l’épigastre, et se trouve un peu plus bas et plus en avant que le cardia. Formé par le décroissement insensible de l’estomac , et dirigé dans le sens des deux courbures à la fois, il offre plus de longueur que l’ouverture cardiaque, mais aussi une circonscription moins exacte. On le fait commencer pour l’ordinaire à l’endroit où l’estomac , fort rétréci , forme tout à coup sur lui-même un coude sensible, surtoutdans l’état de plénitude. Le pylore remonte en arrière et • un peu à droite jusqu’à la réunion des deux scissures du foie et au niveau du col de la vésicule biliaire. Là, il finit par un rétrécissement circulaire très-marqué qui répond à la valvule pylorique. C’est à ce rétrécissement que l’estomac se termine : tfudelà , le duodénum commence.
Le pylore répond en haut et en devant au foie,
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en bas au pancréas, à droite à la vésicule biliaire , en arrière à l’artère gastro-épiploïque droite. Sur lui, les rameaux de l’artère pylorique s’anastomosent avec ceux de la coronaire stomachique Souvent, sur le cadavre, o i le trouve coloré par la bile qui a trajissudé au travers des parois de la vésicule , phénomène qui , comme l’on sait , n’a point lieu dans l’état de vie.
La surface interne de Vestomac appartient à la membrane muqueuse. Sa forme répond à celle de l’externe ; mais le peu d’objets quelle présente dispense d’y faire les mêmes subdivisions. Sa couleur est, en général, rougeâtre, mais fort variable sur divers points ; elle offre plus souvent, dans le détail , un aspect marbré. Des villosités nombreuses recouvrent cette surface, et lui donnent ce velouté qu’on trouve dans tout le reste du conduit alimentaire. Par ces deux caractères, la membrane interne de l’estomac diffère absolument de celle de l’œsophage, qui est blanchâtre et lisse jusqu’à l’orifice cardiaque , où elle change tout à coup en se continuant dans l’estomac. C’est là tout ce que cet orifice présente de remarquable. Il est, d’ailleurs, constamment libre et béant , et paraît aussi favorablement disposé pour permettre aux alimens de remonter que pour leur permettre de descendre.
Il n’en est pas de même à l’orifice pylorique. Au rétrécissement que nous avons observé en dehors correspond intérieurement un bourrelet circulaire aplati auquel on a donné le nom de valvule , quoique assez improprement. Ce bourrelet, situé per-
pendiculairement aux parois de l’orifice , répond par une de ses faces à la cavité de l’estomac , par l’autre à celle du duodénum. Sa grande circonférence, épaisse, est fixée aux parois; la petite, beaucoup plus mince, libre et flottante dans l’orifice, laisse dans son milieu une ouverture étroite par laquelle les alimens doivent sortir de l’estomac. Cette ouverture arrondie n’est fermée dans aucune circonstance; et clans quelque sens que les substances agissent sur la valvule , elles peuvent toujours la traverser. On ne voit donc pas trop quel est l’usage de la valvule pylorique , puisqu’elle ne s’oppose point au retour des alimens contenus dans le duodénum. Il paraît qu’en rétrécissant l’orifice elle est destinée à favoriser l’occlusion complète de l’estomac lorsqu’il se contracte pendant la digestion.
La valvule pylorique est essentiellement formée par une substance fibreuse , solide , blanchâtre , adhérente au tissu dense qui est interposé entre les membranes muqueuse et musculaire. On voit trèsbien cette substance fibreuse en soulevant la membrane muqueuse qui se replie sur elle, et que l’on regarde communément comme formant seule la valvule.
§ II. Organisation inlime de V estomac.
L’estomac est essentiellement formé par trois membranes ou tuniques : l’une séreuse, l’autre musculeuse, la troisième muqueuse.
i°. La tunique séreuse , formée par le péritoine, n’appartient point en propre à l’estomac , quoiqu’elle
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serve essentiellement à le constituer. Prolongée de tontes parts sur cet organe, elle peut, dans plusieurs endroits , l’abandonner momentanément lorsqu’il se contracte, revenir sur lui quand il se dilate, offrir , en un mot , à son égard une véritable locomotion analogue à celle de la peau sur les muscles extérieurs. C’est là l’idée principale qu’on doit se former de cette première couche : les détails et l’inspection le prouvent évidemment.
On voit deux feuillets péritonéaux partir des bords de la scissure transverse du foie, se réunir ensemble pour se porter à la petite courbure de l’estomac sous le nom d "épiploon gastro-hépatique > s’écarter l’un de l’autre au niveau de celle courbure pour aller recouvrir les faces antérieure et postérieure de l’organe, qu’ils abandonnent, à sa grande courbure , pour se réunir de nouveau , et former en devant et à droite le grand épiploon , à gauche le repli splénique. A chaque courbure, et surtout à la grande, ces deux feuillets, écartés l’un de l’autre, laissent entre eux un espace triangulaire dans lequel l’estomac, réduit à ses deux membranes propres , n’adhère nullement au péritoine et n’en est recouvert qu’accidentellement. En se dilatant , l’estomac se prolonge dans ces espaces triangulaires et se re^* couvre ainsi d’une plus grande portion du péritoine. En se resserrant, il abandonne ces espaces et se dépouille de cette portion péritonéale excédente qu’il avait acquise. C’est dans cet état de vacuité de l’estomac qu’on peut facilement mesurer , par la simple inspection , l’étendue de ces espaces. Il suffit d’observer de combien les artères coronaire stoma-
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chique et gastro-épiploïques se trouvent éloignées de l’estomac ; car ces troncs vasculaires qui régnent le long des deux courbures correspondent toujours à l’endroit où les deux feuillets péritonéaux se réunissent après avoir formé l’espace triangulaire dont nous parlons. L’estomac , en se contractant et en abandonnant cet espace, s’éloigne donc nécessairement du tronc artériel , qui paraît alors appartenir à l’épiploon ; en se dilatant, il s’en rapproche, et ce tronc paraît alors immédiatement appliqué sur la courbure stomachique.
Il est facile de s’assurer de tout ceci par l’expérience suivante. Observez sur un cadavre l’estomac resserré sur lui-même et réduit au plus petit volume, vous verrez les artères gastro-épiploïques fort éloignées de la grande courbure. Distendez progressivement l’estoinac par l’air, vous verrez cet organe s’introduire entre les deux feuillets de l’épiploon, et se rapprocher des vaisseaux, qui bientôt, quand la distension sera portée au dernier point, se trouveront appliqués sur lui. Seulement, comme la face antérieure de l’estomac, toujours libre, prête beaucoup plus à la distension que la face postérieure , toujours assujettie dans l’arrière-cavité péritonéale, les vaisseaux se rapprocheront un peu plus de cette face postérieure , et n’occuperont pas le milieu juste de la grande courbure.
La même observation sera faite dans la même circonstance par rapport à la rate. Éloignée de l’estomac vide, elle s’appliquera immédiatement sur le grand cul-de-sac de cet organe dilaté aux dépens du repli péritonéal qu’il lui envoie. 11 en est aussi de même
DE LA DIGESTION
pour la petite courbure à l’égard de l’épiploon gastro-hépatique.
Ainsi l’estomac est environné dans tout son contour par un espace péritonéal libre que les vaisseaux circonscrivent , espace dans lequel il peut se prolonger lorsqu’il augmente de capacité; et qu’il abandonne lorsque , diminué de volume, il a besoin d’une moins grande étendue de péritoine pour se recouvrir.
Cette disposition est adaptée au peu d’extensibilité naturelle du tissu séreux comparée à l’extensibilité très- grande du tissu musculaire. Ici ces deux tissus concourent à constituer le même organe. Cet organe doit se dilater tout entier : il fallait donc que chaque tissu concourût à sa manière à cette ampliation. Le musculaire en est l’agent essentiel; le séreux, moins extensible, s’y prête par les espaces vides qu’il offre.
Au reste, il est facile de se convaincre que le tissu séreux n’est point aussi dépourvu d’extensibilité propre qu’on l’a assuré quelquefois; car, i° c’est seulement au voisinage des courbures que le péritoine cesse d’adhérer à l’estomac; il lui est intimement uni sur ses deux faces antérieure et postérieure, et ne peut en être séparé que par une dissection très-laborieuse. 20. Les espaces triangulaires péritonéaux qui environnent l’estomac ne s’étendent que jus- * qu’aux vaisseaux. Lors donc que, par sa dilatation, l'estomac se trouve en contact immédiat avec les vaisseaux, toute la ressource que ces espaces fournissaient est épuisée. Or, il est certain que le degré de dilatation dont l’estomac est susceptible est indé-
fini, et on en a la preuve dans les cas extraordinaires où cet organe remplissait presque toute la cavité abdominale. Alors sans doute le péritoine avait souffert une véritable distension, et Ton ne peut pas dire que l’estomac s’en fût revêtu aux dépens des autres viscères, puisque tous ceux-ci en étaient recouverts comme dans l’état naturel.
Le péritoine offre sur l’estomac les mêmes caractères que dans tout le reste de l’abdomen. Blanc et lisse, il est lubrifié en dehors par le fluide séreux qu’il exhale. Un tissu cellulaire assez serré le réunit à la tunique musculeuse. Sa transparence permet de distinguer au travers de lui les anastomoses nombreuses des vaisseaux stomachiques.
a0. La tunique musculeuse forme la portion solide de l’estomac, et doit être considérée en quelque sorte comme la maîtresse des autres, puisque seule elle jouit de la contractilité organique sensible, propriété essentielle à l’estomac, et que les tuniques séreuse et muqueuse sont obligées de se prêter, chacune à leur manière, aux mouvemens que celle-ci exécute.
La tunique musculeuse a très peu d’épaisseur et peut être envisagée comme une membrane, caractère qui s’applique également à tout le reste du conduit intestinal, et. qui établit une différence tranchante entre les organes destinés à transmettre les alimens dans l’intérieur, et les organes destinés à contenir ces alimens pendant quelque temps pour les élaborer. Nous avons vu , en effet, le pharynx et l’oesophage présenter un appareil musculaire trèsépais, quiformela partie principale de l’un et l’autre
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conduits , et que la membrane muqueuse paraît seulement destinée à recouvrir intérieurement; tandis qu’ici nous voyons tous les systèmes qui constituent l’organe digestif présenter une égalité presque absolue d’épaisseur, et différer seulement parla structure et par les propriétés.
La couleur delà tunique musculeuse est toujours blanchâtre, et jamais rouge comme dans les muscles de la vie extérieure : second caractère qu’on retrouve dans tout le conduit intestinal. On peut se rappeler ici que la couleur rouge, très-marquée dans les muscles du pharynx , s’observe encore au commencement de l’oesophage, et cesse progressivement dans le reste du canal; en sorte que les systèmes musculaires extérieur et intérieur, si différens par leurs propriétés, s’enchaînent mutuellement et se succèdent l’un à l’autre d’une manière insensible sur l’appareil digestif.
Deux ordres de fibres forment la tunique musculeuse: les unes, longitudinales, suivent le grand diamètre de l’estomac; les autres, circulaires, occupent le petit. Les premières sont les moins multipliées et les moins uniformément répandues. Elles n’appartiennent point proprement à l’estomac, mais à l’œsophage, où elles ont toutes leur origine. On observe ceci très-distinctement iorsqu’après avoir distendu avecde l’air l’œsophage etl’estomacàîafois, on enlève avec précaution la tunique séreuse autour de l’orifice cardiaque. On voit alors les fibres œsophagiennes diverger sensiblement entre elles sur cet orifice, et se partager en piusieursfaisceaux distincts. Les plus considérables yont gagner la petite courbure et se ni. 29
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prolonger jusqu’au pylore. D’autres descendent sur ie grand cul-de-sac et suivent la grande courbure dans toute son étendue. Enfin quelques fibres rares et éparses se portent sur les deux faces extérieures , et ne peuvent y être suivies à une grande distance. Celles-ci croisent plus ou moins obliquement la direction des fibres circulaires.
Ce sont les fibres circulaires qui appartiennent en propre à l’estomac. Peu nombreuses à l’orifice cardiaque ? elles deviennent très-marquées dans tout le reste de l’organe et surtout dans son milieu. On les voit se porter parallèlement de la petite à la grande courbure, et se continuer ainsi ensemble, sans qu'on puisse leur assigner un point déterminé d’origine. Une observation délicate paraît avoir prouvé que presque jamais la même fibre ne fait entièrement le tour de l’estomac, et qu’après un certain trajet, elle se perd dans le tissu subjacent, une autre fibre lui succédant aussitôt dans la même direction.
Ainsi on voit que les fibres circulaires existent sur tous les points de l’estomac , tandis que les fibres longitudinales n’existent principalement que sur les deux courbures; en sorte qu’il y a une disproportion évidente entre le nombre des unes et celui des autres.
3°. La tunique muqueuse forme le tégument intérieur de l’estomac. Véritable continuation de celle de l’œsophage, elle en diffère, comme déjà nous l’avons indiqué, par plusieurs caractères importans. Rougeâtre dans toute son étendue, recouverte de villosités très-ténues qui lui donnent un aspect la-
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nuginelix, elle offre une épaisseur un peu plus grande que la membrane œsophagienne, lisse et dépourvue de productions semblables. Un fluide muqueux trèsabondant la lubrifie et forme sur elle un véritable enduit habituel.
Ordinairement, lorsqu’on ouvre Festomac, on voit sur cette membrane une multitude de plis irrégulièrement disposés et affectant toutes sortes de directions.
Ces plis sont purement accidentels et dépendent, comme ceux que nous avons remarqués dans F oesophage, des contractions de la membrane musculeuse, qui peut seule diminuer d’étendue par sou propre mouvement, tandis que la muqueuse, toutà-fait dépourvue de contractilité organique sensible, est entraînée par la précédente. Les plis qu’elle forme doivent donc nécessairement se trouver perpendiculaires aux fibres qui les produisent; et s’ils sont irréguliers, c’est parce que ces fibres sont disposées dans toute sorte de sens. Nous avons vu en effet que plusieurs fibres se portent obliquement sur les deux faces extérieures de l’estomac, tandis que le plus grand nombre suit la direction longitudinale ou circulaire.
Ce que nous disons ici sur la cause des plis de la membrane muqueuse est appuyé par les preuves les plus positives. Si, sur un animai vivant, on ouvre festomac distendu par les alimens, aucun pli semblable ne s’observe; mais quand les alimens sont sortis, Festomac se contracte et les plis paraissent de tous côtés, analogues par leur disposition aux circonvolutions cérébrales, Souvent, dans les cada-
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vres apportés aux amphitéâtres, on ne trouve point ces plis, parce que la contractilitéorganique sensible de l’estomac a été détruite en grande partie parles maladies longues qui ont précédé la mort des sujets.
Je n’insiste pas davantage sur ce phénomène intéressant, qui est examiné avec beaucoup de détails dans X Anatomie générale. Je me contenterai de remarquer que l’estomac ne présente point dans sa membrane muqueuse ces plis constans qui tiennent à la structure organique , et qu’on remarque dans les intestins sous le nom de valvules conniv entes .
La tunique muqueuse est unie à la musculeuse par un tissu intermédiaire dense, blanchâtre, dont les anatomistes ont fait une quatrième membrane qu’ils ont nommée nerveuse , quoiqu’on n’ait aucune preuve que ce nom lui convienne. On connaît peu la structure de ce tissu, qu’au premier aspect on serait tenté de ranger dans le système fibreux.
C’est aussi entre la tunique muqueuse et la musculeuse que l’on trouve ces petits corps glanduleux remarqués par Brunner, et regardés comme la source du fluide muqueux intérieur. Ils se rencontrent presque uniquement dans la longueur des deux courbures : ailleurs ils ne sont pas sensibles.
Tous les vaisseaux de l’estomac lui viennent du tronc cœliaque. L’artère coronaire stomachique et le rameau pylorique de l’artère hépatique se distribuent à sa petite courbure. Les artères gastroépiploïques droite et gauche occupent la grande courbure et le grand cul-de-sac. Tous s’anastomosent ensemble sur les faces antérieure et postérieure de l’organe.
DE LA DIGESTION
L’estomac reçoit ses nerfs du cerveau et des ganglions. C’est sur lui que les nerfs vagues se terminent , en se subdivisant indéfiniment dans la tunique musculeuse. Le plexus cœliaque , division du plexus solaire, lui fournit un grand nombre de rameaux qui accompagnent les artères, et se perdent avec elles entre les tuniques.
L’âge n’influe point sensiblement sur la conformation et la structure de l’estomac. Aussi volumineux proportionnellement chez le fœtus que chez l’adulte, il paraît seulement offrir dans le premier une direction un peu plus obliqueet presque perpendiculaire: ceci du reste n’est point aussi marqué qu’on est accoutumé à le dire.
§ III. Fonctions de F Estomac*
C’est dans l’estomac que se passent les phénomènes essentiels de la digestion, puisque c’est dans son intérieur que les substances alimentaires sont altérées et réduites, quelles qu’elles soient, à cet état d’homogénéité nécessaire pour que le chyle soit formé ensuite à leurs dépens. Nous n’entrerons ici dans aucun détail sur ces phénomènes, dont l’examen appartient à un traité de Physiologie ; nous dirons seulement un mot des mouvemens que l’estomac exécute, mouvemens qui tiennent immédiatement à sa structure anatomique.
Sous cepoint de vue, toute notre attention doit se porter sur la tunique musculeuse , puisqu’elle seule, comme nous l’avons dit, peut exercer des mouvemens sensibles. Les autres tuniques, bornées à la contrat
tiîité insensible, suivent, chacune à sa manière, l’im-
pulsion qui leur est communiquée par cette portion essentielle et constitutive de l’organe. La séreuse abandonne en partie l’estomac contracté et se déploie sur l’estomac dilaté; tandis que la muqueuse , qui ne se trouve en rapport de largeur qu’avec l’estomac dilaté, est forcée de se replier lorsque l’estomac a diminué de volume.
La tunique musculeuse est susceptible de mouvemcns dans touslessens et dans toutes les directions, vu la disposition des fibres qui la composent. Mais le plus grand nombre de ces fibres est disposé suivant les directions longitudinale et circulaire, c'està-dire suivant le grand et le petit diamètres de l’organe. Les principaux mouvemens de l’estomac se font donc en deux sens seulement, suivant la longueur et suivant la largeur. Des effets tout différens en résultent. i°. Lorsque les fibres longitudinales se contractent, il y a toujours mouvement de totalité dans l’estomac : ses extrémités cardiaque et pylorique sont rapprochées Fune del’atitre , et les orifices demeurent parfaitement libres. Ce phénomène est donc entièrement relatif à la progression des substances alimentaires et tend à la favoriser.
2°. Il n’en est pas de meme de la contraction des . fibres circulaires : celle-ci peut avoir lieu dans tout l’organe à la fois, ou successivement dans ses diverses parties. Si elle a lieu dans tout l’organe à la fois, nécessairement il doit en résulter l’occlusion complète de ses deux orifices plus étroits que la portion moyenne, et spécialement celle de l’orifice pylorique, dont la valvule diminue naturellement la largeur.
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Les substances alimentaires sont donc réellement renfermées alors clans l’estomac; et c’est là, en effet, le premier phénomène qui succède immédiatement à la déglutition. Lorsque, au contraire, la contraction des fibres circulaires a lieu successivement dans les divers points de l’estomac, les aiimens sont forcés de se déplacer et de se porter dans la direction que cette contraction lui imprime. Dans l’état naturel, cette contraction succède à l’élaboration des substances, et commence vers l’orifice cardiaque pour finir à l’orifice pylorique : c’est ce qui constitue le mouvement péristaltique, par lequel les aiimens sont poussés dans le duodénum. Dans l’état de maladie, la contraction se fait à des époques indéterminées, et commence au pylore pour finir à l’orifice cardiaque : c’est ce qui constitue le mouvement antipéristaltique, par lequel les aiimens retournent dans l’œsophage pour être rejetés au dehors.