KÉVBILÈME DE LA MOELLE
(pie-mcre lactiidienne).
LLV LkL
Fragment de la moelle épimère entourée de ses enveloppes, qui sont fendues dans presque toute sa longueur. {D'après L.Hirschfeld.).
Préparation. La séparation de la gaîne rachidiennc de la moelle est diflicile chez le plus grand nombre des sujets, à cause de la mollesse de la moelle et de la facilité avec laquelle cet organe s'altère sur le cadavre. Pour que cette préparation réussisse parfaitement, il convient de choisir le corps d'un supplicié on d'un individu mort par suite de maladie aiguë ou d'accident. La moelle des enfants nouveau-nés se prête, en général à cette préparation beaucoup mieux que celle de l'adulte, ce qui tient a la densité proportionnellement plus grande de la moelle et à Tadhérence moins nitime de la membrane propre, à cette époque de la vie.
Chez les enfants, on peut,, après, avoir divisé la membrane propre au niveau du bulbe rachidien, la renverser de haut en bas, de la même manière qu'on dépouille une anguille ou qu'on ûte un bas en le renversant. Lorsque la moelle est peu cohérente, on divise longiludinalement la membrane propre, avec beaucoup de précaution, sur l'un des côtés du sillon médian, et on détache, avec le manche tl'un scalpel, ceite membrane, qui lient à la inodle par une foule de prolongements fibreux et vasculaires.
Cl Face latérale, où Ion voit à la fois les racines postérieures (1) et les racines antérieures (î), qui convo ae .t ve les "ânglions spinaux. - 3. ligament dentelé -4, paine que la dure-mère fonrm aux ganglions et aJix brar;èl,es des nerfs rachidien! - 5. seUion verticale delà gaine des raones antérieures et postérieures, ame fibreuse (pii sépare les racines.
MOELLE ÉPIJSIÈRE.
Tandis que l'enveloppe propre du cerveau {pie-mère cé-ihfnh) n'est autre chose qu'un lacis vasculaire, l'enveloppe propre de la moelle [fie-mère rackidienne) est une membrane fibreuse dense, rcsislautc et d'une épaisseur assez considérable, qui soutient et protège la moelle épinière à la manière du névrilème des nerfs. La transition entre ces deux enveloppes, qui se continuent l'une avec l'autre sans limite distincte, s'observe sur les pédoncules, la protubérance et le bulbe.
La surface externe de cette membrane {fig. 74) est couverte d un lacis de vaisseaux remarquables par leurs flexuosités et dont les troncs occupent la ligne médiane antérieure et la ligne médiane postérieure. De ces troncs partent des ramifications latérales qui s'anastomosent entre elles,surtout autour des racines nerveuses. La moelle apparaît par transparence à travers cette membrane, qui, par elle-même, est d'un blanc nacré, souvent terne, jaunâtre, noirâtre ou même poinlillée de noir, particulièrement à la région cervicale (I).
La surface externe du névrilème rachidien est rugueuse, hérissée de petits filaments cclluleux et fibreux, débris de petits cordages fibreux qui vont de ce névrilème au feuillet viscéral de l'arachnoïde. Elle est unie à la face interne de la dure-mère : 1° parles ligaments dentelés ; 2° par les prolongements qu'elle fournit aux racines des nerfs rachidiens ; 3° par des prolongements filamenteux antérieurs et postérieurs ; 4° par le ligame7il. coccygicn.
La surface intmie de ce névrilème adhère à la moelle par une foule de prolongements cclluleux et vasculaires, qui forment, dans son épaisseur, des aréoles ou mailles, bien décrites et figurées par Keuffel.
Au niveau du sillon médian antérieur, le névrilème fournit un prolongement qui s'enfonce dans ce sillon pour en tapisser l'une des parois, se rénéchit, au fond de ce môme sillon, pour tapisser la' paroi opposée, en sorte qu'il forme une duplicature, dans l'épaisseur de laquelle pénètrent les vaisseaux sanguins. Un prolongement simple, d'une extrême ténuité, qu'accompagnent des vaisseaux moins nombreux, pénètre dans le sillon postérieur et établit la ligne de démarcation entre les deux moitiés postérieures de la moelle. En outre, des prolongements latéraux, très-fins et très-nombreux, partent des divers points de la circonférence de la pie-mère et s'enfoncent entre les faisceaux de tubes dont se compose la moelle, et même entre les tubes eux-mêmes, comme le névrilème des nerfs. Ces cloisons, qui s'unissent les unes avec les autres, constituent dans l'épaisseur de la moelle un système de gaines ou de loges incomplètes, entourant les tubes nerveux, en même temps qu'elles servent de support aux vaisseaux sanguins. Elles sont formées d'un tissu spécial, que Kœlliker range dans la catégorie des substances conjonctives, et dont il sera traité plus amplement à l'occasion de la structure de la moelle.
Le névrilème se prolonge au-dessous de l'extrémité inférieure de la moelle, par un cordon fibreux qui va s'insérer à la base du coccyx. Ce cordon, que les anciens anatomistes regardaient comme un nerf impair, est situé sur la ligne médiane, au milieu des nerfs de la queue de cheval, avec lesquels on est tenté de le confondre. 11 est très-résistant, eu égard à sa ténuité, habituellement
La
pie mère ■achidienne
est une membrane
librouse.
Surface externe (lu névrilème de la moelle.
Surface in-
Prolongements médians du névrilème.
Prolonie-
ments latéraux.
Cordon fibreux terminal de la moelle.
(I) Cfs diverses nuances, encore plus fréquentes chez certains animaux, chez le mon- Sa colo-
toii, par exemple, que chez l'homme, sont produites par le dépôt d'une matière colo- '^i^'^"^"
rante tout à fait semblable au pigment cutané ou clioroïdien, et ne sont nullement liées quelques
;i un état morbide, soit actuel, soit antérieur. sujets.
NÉVROLOGIE.
Filum terminale.
Le névri-
lèrae se moule exactement sur la moelle.
La structure <!u névrilème
est fibreuse.
Artères.
Veines.
lymphatiques.
Nerfs.
tendu, ct mainlieni, l'exlrémilé inférieure de la moelle dans un é(at de fixité.
Continnalion de la pie-mère racliidienne, et, jusqu'à un certain poinl, de la mocllt^ elle-mCme , le ligament coccygien, filum terminale des Allemands, renferme peu de subslance nerveuse; mais le canal central de la moelle s'y prolonge, avec les éléments qui l'entourent. Autour de ce canal, on trouve un peu de substance grise, qui se compose de cellules à noyau arrondies, de O-^^jOl 1 à 0°"',03 de diamètre, séparées par des tubes nerveux Irès-fins, à contours opaques, et par des filaments extrêmement minces.
En opposition avec ce qui a lieu pour les autres membranes de la moelle, qui ont une capacité beaucoup plus grande que ne le comporte le volume de l'organe enveloppé, le névrilème se moule exactement sur elle et exerce môme une certaine compression, qui se manifeste parla hernie de la substance médullaire à travers une ponction faite à son enveloppe ; c'est à cette compression que la moelle, enveloppée de sa gaîne, doit son apparente consistance, qui contraste avec la mollesse de cet organe dépourvu de névrilème.
Structure. La membrane propre de la moelle est composée des mêmes éléments que la pie-mère encéphalique, mais dans des proportions différentes. C'est le tissu conjonctif qui l'emporte ici sur tous les autres éléments ; de plus, il y est condensé et présente les caractères d'un tissu fibreux blanc, nacré, résistant, dont les faisceaux sont surtout dirigés dans le sens longitudinal, particulièrement en arrière ; tandis qu'en avant, un grand nombre de fibres s'entre-croisent dans toiltesles directions. Ce tissu renferme peu d'éléments élastiques.
La pie-mère médullaire ne mérite nullement le nom de membrane vasculeuse {tunica visculosa, Sœmmering) qui lui a été donné. Les vaisseaux qui rampent à sa superficie et qui la traversent ensuite, sont évidemment étrangers à sa structure et destinés essentiellement à la moelle. Les artères proviennent, en haut, de la vertébrale ; au cou, de la vertébrale et des branches descendantes des thyroïdiennes inférieures; au dos, des intercostales aortiques; aux lombes, des artères lombaires. Ces vaisseaux, qui s'anastomosent entre eux, forment trois troncs, qui sont renforcés successivement par les artères naissant plus bas, et qui s'étendenlsur toute la longueur de la moelle : l'un est antérieur et médian, les deux autres postérieurs et latéraux. Ces troncs émettent des branches latérales, qui forment un réseau à la surface de la moelle, réseau serré autour des racines des nerfs, et d'où partent des branches profondes, qui pénètrent dans la moelle par les sillons de cet organe, principalement par le sillon antérieur. Les veines, logées d'abord dans les sillons, le postérieur surtout, forment à la surface de la pie-mère deux troncs principaux, l'un antérieur, l'autre postérieur. Les lymphatiques font défaut dans la pie-mère rachidienne elle-même; mais ils forment des espèces de gaines autour des vaisseaux sanguins qui en partent : ces canaux lymphatiques périvasculaires (Robin, His) sont de larges espaces remplis de lymphe. En outre, au-dessous de la pie-mère, il existe un vaste espace penmedullavre, entourant la moelle tout entière et développé surtout dans le sillon
antérieur. , „ ^ . , i
Les verfs de la pie-mère rachidienne sont nombreux; ils forment sur toute la surface du névrilème de la moelle des plexus assez serrés, qui se prolongent môme sur le filum terminale, accompagnent généralement les vaisseaux et pénètrent avec eux dans l'intérieur delà moelle. Ces nerfs, composés de tubes trtsfins, qui mesurent en moyenne 0«'-,00b en largeur, sont fournis, d aprcs Hemak, par les racines postérieures des nerfs rachidiens.
MOELLE ÉPINIÈRE
Le névrilème de la moelle épinièrc a pour ïisage exclusil' de protéger cet organe ; c'est la charpente de la moelle. Il sert en môme ^ temps de support aux vaisseaux nourriciers, et c'est sous ce point de vue seulement qu'il a pu être comparé à la pie -mère du cerveau.
11 se continue avec le névrilème fibreux des racines des nerfs racliidiens, névrilème dont il peut ùtve considéré commela commune origine. Le passage entrel e névrilème de la moelle épinière et la pie-mère cérébrale se fait par nuances insensibles. La partie fibreuse du névrilème de la moelle diminue sur le bulbe racbidien et sur la pro-
(*) A, face antérieure. — Tub. cer., tuber cinereum. — Tub. m., tubercules mamillaires. — Péd. cér., pédoncules cérébraux. — Prot., protubérance. — Pëd. c. m., pédoncules cérébelleux moyens. — Pyr., pyramide de la moelle antérieure. - C. rest-, corps restiforme. — 1, rendement brachial. - 2, rennement lombaire. — B, face postérieure. — Tub. q., tubercules quadrijumeaux. — C. opt., couche optique — 1 , plancher du 4» ventricule. — î, sillon médian postérieur. — 3, éminence mamelonnée des pyramides postérieures. — 4, renflement brachial. — 5, renflement lombaire. — C, cordons de la moelle séparés les uns des autres; leur prolongement apparaît à travers le bulbe et la protubérance. — i, moitié droite. — 2, moitié gauche. — 3, cordori antérieur. — 4, cordon latéral.— 5, cordou postérieur.— 6, prolongement des fibres de la pyramide à travers la protubérance.
Usages du névril ème.
e.f. SCI
Moelle épimère, bulbe et protubérance ^dépouillés de leur névrilème. {D'après L. Hirschfeld.)
NÉVROLOGIK.
lubéraiice annulaire, el se termine sur les pédoncules; la partie vasculaire se développe, au contraire, à mesure que, do la moelle, on s'élôve vers le cerveau.
Les neifj racliUlieiis suivent le néïrilèine.
Sillon médian antérieur.
Commissui'c antérieure moelle.
Hypothèse de l'eutrecroisement.
Sillon médian postérieur.
Commissure grise.
Il y a deux moelles
l'une droite, l'autre gauche.
Sillons latéraux postérieurs de la moelle.
Chaque moitié de
moelle se divise en deux cordons.
2» MOEIXIi l'ROl'REMENT DITlî.
Dépouillée de son névrilémc et des racines des nerfs racliidiens, lesquelles ont suivi cette enveloppe, la moelle a perdu en grande partie sa consistance; cylindrique à son extrémité supérieure et dans la région dorsale, elle est aplatie d'avant en arrière dans la région cervicale, et représente un renflement fusiforme à son extrémité inférieure.
La moelle est parcourue par des sillons longitudinaux, qui la divisent en un certain nombre de segments ou cordons. Ces sillons sont au nombre de quatre, dont deuxmédians,run antérieur, l'autre postérieur, et deux latéraux (^g.99, 1 00 elt 01 ).
a. Le sillon médian antérieur, mieux nommé scissure médiane antérieure, s'étend de l'entre-croisement des pyramides à l'extrémité inférieure de la moelle, qu'il divise dans toute sa hauteur en deux moitiés parfaitement égales. La profondeur de la scissure antérieure peut être évaluée au tiers de l'épaisseur de la moelle. Au fond de celte scissure, qui loge le prolongement du névrilème déjà décrit et un grand nombre de vaisseaux, se voit une lame blanche, criblée de trous, et qu'on appelle commissure antérieure delà moelle [commissure longitudinale, Chaussier (g, fig. 101). Ces trous sont destinés au passage des pinceaux vasculaires qui pénètrent dans l'épaisseur de la moelle. La disposition alterne de ces trous, qu'agrandit singulièrement l'effort qu'on fait pour arracher les vaisseaux, donne à la commissure l'apparence d'un entre-croisement de fibres. En traitant de la structure de la moelle, nous examinerons cette question de l'entre-croisement des fibres de la commissure antérieure.
6. Le sillon médian postérieur ou la scissure médiane postérieure s'étend du bec du calamus au sommet du renflement lombaire. Moins large, mais plus profond que l'antérieur (/?^. dOi), il pénètre jusqu'au centre de la moelle et loge la cloison médiane postérieure de la pie-mère, qui est extrêmement mince. On trouve au fond de ce sillon une languette ou commissure postérieure, analogue à celle du sillon médian antérieur, mais plus ténue et d'une couleur plus grisâtre; on lui a donné le nom de commissure grise ou postérieure.
11 résulte de la présence des deux sillons médians ou scissures médianes qu'il y a véritablement deux moelles épinières, parfaitement distinctes, l'une droite, l'autre gauche, réunies par une languette ou commissure, laquelle se compose de deux couches, d'une couche blanche et d'une couche grise, celleci postérieure à la première.
c. Il existe au niveau des insertions sur la moeRe des racines postérieures des nerfs rachidiens, une ligne ou un sillon grisâtre, ou plutôt une série de points grisâtres, légèrement déprimés, que l'on a désignée sous le nom de sillon latéral ou collatéral postérieur. Ce prétendu sillon, qui s'étend sur toute la longueur de la moelle et qui se prolonge sur le bulbe, n'est autre chose que l'ensemble des points oi^i la substance grise de la moelle atteint la superficie de l'organe. C'est dans ce sens seulement que nous admettons ces sillons, avec Sœmmeriiig et Rolande, qui divisent chaque moitié de moelle eu deux cordons : un postérieur, formé par la portion de moelle comprise entre la scissure médiane postérieure et les racines postérieures, et un antéro-latéral, qui comprend toute la portion de moelle placée entre la scissure médiane antérieure et le sillon des racines postérieures, c'est-à-dire, les deux tiers, au moins, de la circonférence
MOELLE ÉPlNlÈUlî.
de chaque moitié de la moelle. On doit encore admettre, avec Haller, Cliaussier, Gall et Rolande, comme dépendance du cordon postérieur, un troisième cordon, qu'on peut appeler cordon médian postérieur {fèg. 09, B) ou pjramide posUrieure, lequel fait suite i\ ces faisceaux renflés en mamelon qui bordent le bec du calamus scriptorius, et qui sont limités, en dehors, par un sillon superficiel. Ces petits cordons, excessivement étroits, que plusieurs anatomistes n'admettent qu'à la région cervicale, se prolongent dans toute la longueur de la moelle, en s'enfonçant dans la scissure médiane postérieure.
Existe-t-il un sillon latéral antérieur, qui diviserait le cordon antéro-latéral en deux grands faisceaux, l'un antérieur, limité en dehors par les racines antérieures, l'autre latéral, intermédiaire aux racines antérieures et aux racines postérieures? Si, pour ■ décider cette question, on examine attentivement la ligne d'insertion des racines antérieures, après l'arrachement de ces racines, on ne voit aucune apparence de sillon à ce niveau. On est donc conduit à rejeter, avec Rolando, et ces sillons, et les faisceaux latéraux indiqués par Chaussier. Ces faisceaux latéraux sont néanmoins devenus célèbres depuis que Charles Bell et Bellingeri leur ont fait jouer un si grand rôle.
De ce qui précède, il résulte que chaque moitié de moelle est composée de deux cordons, un postérieur, un antéro-latéral, et, comme appendice du cordon postérieur, d'un petit cordon qui borde le sillon médian postérieur.
Du cordon
médiaa postérieur.
Ce qu'il faut peuser des faisceaux latéraux.