C. — Volume, poids, couleur, résistance des os
Le volume des os est absolu et relatif. — Le volume absolu se détermine par l’évaluation de leurs trois dimensions. Mais il y a peu d’utilité en général à le connaître d’une manière aussi précise. — Le volume relatif se déduit de la comparaison qu’on établit entre eux. Ainsi envisagés, ils ont été distingués en grands, moyens et petits. Les os du bras et de l’avant-bras, de la cuisse et de la jambe, ceux du bassin et quelques autres figurent parmi les grands; les clavicules, les côtes, les vertèbres, les os du crâne, la mâchoire inférieure, parmi les moyens; les os du carpe et du tarse, les phalanges des doigts et des orteils, parmi les petits. Cette classification n’offre qu’une médiocre importance ; beaucoup d’os s’v prêtent difficilement; cependant elle n’est pas sans utilité.
Le poids absolu des os, qui jusqu’ici avait peu fixé Ealtenlion des observateurs, a été récemment l’objet des recherches de M. de Luca. D’après cet auteur, ceux de la moitié droite diffèrent de ceux de la moitié gauche. Les premiers seraient un peu plus lourds que les seconds. 11 a signalé en outre quelques autres résultats qui méritent d’être mentionnés : ainsi la main, qui représenterait la cinquième partie environ de la longueur du membre thoracique, représente aussi la cinquième partie du poids de celui-ci; elle équivaut à la moitié seulement du poids du pied.
Le poids spécifique des os est supérieur à celui de presque tous les autres organes. 11 atteint son maximum dans l’âge adulte. A mesure que nous avançons vers la vieillesse, il diminue, ainsi que le poids absolu, phénomène qui reconnaît pour cause la raréfaction croissante du tissu osseux. En disparaissant sur certains points, ce tissu laisse à sa place des cavités que remplissent des cellules adipeuses; et celles-ci se multipliant par les progrès de l’âge, il devient de plus en plus léger.
La couleur extérieure des os est d’un blanc mat, un peu bleuâtre chez l’enfant, légèrement jaunâtre chez la plupart des vieillards.
Leur dureté n’est surpassée que par celle des dents. De cette propriété si remarquable en découle une autre, leur extrême résistance, qui permet à chacun d’eux de supporter sans se rompre des charges considérables. Ils atteignent, de trente-cinq à quarante ans, leur plus grande solidité. — Dès que le tissu osseux commence â se raréfier, ils résistent moins aux chocs et aux ébranlements dont ils peuvent devenir le siège. C’est au déclin de la vie que l’homme est le plus exposé aux fractures; et celles-ci. bien que fréquentes alors, le seraient beaucoup plus si ses forces décroissantes, en le condamnant peu à peu au repos, ne l’éloignaient des causes sous l’influence desquelles elles se produisent.
JJ. — Forme des os.
La forme des os est si irrégulière que peu d’organes pourraient leur être comparés sous ce rapport. Elle diffère même très notablement pour les os qui se trouvent groupés ensemble, ainsi que l’attestent ceux du crâne, ceux de la face, ceux du tarse, etc. Elle diffère surtout de celle des parties molles environnantes; voyez l’irrégularité des os du tronc et la configuration presque géométrique des muscles qui les recouvrent; comparez les os si contournés du bassin et les muscles pour la plupart quadrilatères ou triangulaires qui les entourent. Ces os des membres sont moins irréguliers que ceux du tronc et de la tête; ils le sont cependant plus que les muscles destinés à les mouvoir.
Les os impairs ou médians sont divisibles en deux moitiés qui se répètent très fidèlement; dans leur étude, il faut prendre connaissance
d’abord des détails qui sont situés sur la ligne médiane. On passe ensuite en revue ceux qui sont situés de chaque côté. — Les os pairs ou latéraux se répètent aussi à droite et à gauche. Il suffit donc de connaître l’un des deux, de même qu’il suffit de connaître l’une des moitiés d’un os médian; mais il faut étudier celle-ci successivement dans toutes ses parties.
Les anciens, pour définir la forme des os en termes plus saisissants, avaient recours à des comparaisons; c’est ainsi qu’ils comparaient le sphénoïde à une chauve-souris, le frontal à une coquille, le temporal à une écaille, le sternum à une épée. Transportant ces comparaisons de la totalité des os à ses diverses parties, ils leur ont imposé des noms que la tradition a souvent respectés : telles sont les apophyses coracoïde, styloïde, coronoïde, mastoïde, etc.
Plus tard, les termes de comparaison ont été empruntés à la géométrie. Les os se prêtent assez mal à ce langage sévère. Cependant, comme l’anatomie est aussi une science de précision, et comme, d’une autre part, il y a en réalité un grand avantage à n’employer que des termes bien définis et connus de tous, cet usage a fini par prévaloir.
Parmi les os, il en est dans lesquels l’une des dimensions l’emporte très notablement sur les deux autres : ils s’étendent en longueur. Chez d’autres, deux de leurs dimensions prédominent : ils s’étendent en surface. Dans un grand nombre, les trois dimensions se balancent, de telle sorte que leur forme tend à se rapprocher de celle d’un cube. — Ces différences les ont fait ranger depuis longtemps en trois classes : les os longs, les os larges et les os courts.
Tous les os ne rentrent pas avec la même facilité dans cette classification : telles sont les côtes, par exemple, qui participent à la fois des os longs et des os plats; la mâchoire inférieure, qui représente aussi un os long et large, angulairement infléchi; l’occipital, qui appartient aux os larges par sa partie postérieure et aux os courts par l’antérieure, et quelques autres. Malgré ces imperfections, cependant elle mérite d’être conservée, car elle est à la fois anatomique, physiologique et chirurgicale.
Os longs. — - Ils occupent Taxe des membres, dans lesquels on les voit se superposer pour former une colonne brisée, simple au bras et à la cuisse, double à l’avant-bras et à la jambe, multiple à la main et au pied. En augmentant de nombre, les os qui constituent cette colonne deviennent de plus en plus courts ; il en résulte que la partie supérieure des membres est remarquable par la grande étendue de ses mouvements et la partie inférieure par la multiplicité et la brièveté de ceux-ci.
Tous les os longs présentent une partie moyenne appelée corps ou diaphyse , et deux extrémités par lesquelles ils s’articulent avec les os correspondants.
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Le corps est la partie la plus étroite de l’os. Sa forme diffère pour les os longs de grande dimension, pour les moyens et les petits. — Dans les plus grands, elle est prismatique et triangulaire. — Dans les moyens, tels que la clavicule, les métacarpiens et la plupart des métatarsiens, on retrouve encore ce mode de configuration, mais à peine accusé. — Dans les petits, comme les premières et les secondes phalanges des doigts, et les premières phalanges des orteils, la diaphyse est demi-cylindrique.
Les extrémités se présentent sous l’aspect de renflements. Avant de les atteindre, la diaphyse se renfle aussi un peu, en sorte que la transition 11e s’opère pas brusquement. Elles sont, du reste, beaucoup plus irrégulières que le corps. On y remarque une partie lisse, plus ou moins étendue et tapissée d’un cartilage dans l’état normal, par laquelle elles s’unissent aux os voisins. Les autres parties de leur périphérie sont recouvertes par le périoste, par les ligaments et les tendons qui viennent s’y attacher; celle qui correspond au périoste est rugueuse et criblée d’orifices. Ces renflements ont pour avantages :
1° De donner plus d’étendue aux surfaces articulaires, et par conséquent d’en assurer la solidité;
2° De former pour les tendons des poulies de renvoi et de favoriser ainsi l’action des muscles;
3° Enfin de régulariser la forme des membres en opposant leur volume à celui des tendons plus ou moins grêles.
Os larges. — Ils se réunissent en général pour former des cavités. Aussi leurs surfaces sont-elles le plus souvent concaves d’un côté et convexes de l’autre. Celles-ci se rapprochent au niveau de leur partie centrale, qui est mince, quelquefois même demi-transparente. Leurs bords ou circonférence sont destinés tantôt à s’articuler entre eux, et tantôt à fournir des points d’insertion aux muscles. — Les bords articulaires se reconnaissent aux inégalités et aux dentelures qui les surmontent. — Ceux auxquels viennent s’insérer des muscles sont, en général, plus épais et beaucoup moins irréguliers. Afin de mieux préciser les attaches musculaires, 011 les divise en trois parties parallèles, ou deux lèvres et un interstice.
Os courts. — O11 les trouve dans toutes les régions où la variété des mouvements devait se concilier avec leur solidité. C’est pourquoi nous les voyons se grouper au niveau du poignet et à l’extrémité postérieure du pied. C’est dans ce but aussi qu’ils se réunissent en si grand nombre pour former la colonne vertébrale, le plus long, le plus résistant et le plus puissant de tous nos leviers. — Ces os présentent presque tous deux facettes par lesquelles ils s’articulent avec les facettes correspondantes des os voisins. Quelques-uns en présentent trois et même quatre. Leur partie non articulaire est en général inégale.
E. — Éminences des os.
On désigne sous le nom générique d’ éminences ou apophyses , toutes les parties qui font saillie à la surface des os et qui se continuent immédiatement avec ceux-ci.
Les saillies osseuses, unies aux os par une couche de cartilage, prennent le nom d ' ëpiphyses. Mais cette couche de cartilage disparaissant par les progrès de l’ossification, les épiphvses se transforment toutes et successivement en apophyses. Entre les unes et les autres, il n’existe donc qu’une différence d’àge ou de développement.
Les apophyses se distinguent en articulaires et non articulaires. Les premières sont revêtues d’un cartilage qui facilite leur glissement ; les secondes sont recouvertes par des parties fibreuses.
Les apophyses articulaires diffèrent beaucoup suivant qu’elles répondent à des articulations immobiles ou à des articulations mobiles.
Les premières se voient sur la circonférence des os plats et sur la périphérie de quelques os courts. Petites, multiples, et en général extrêmement irrégulières, elles représentent tantôt de simples rugosités, comme celle qu’on remarque à l’union du sphénoïde et de l’occipital, ou de l’écaille du temporel avec le pariétal ou des deux maxillaires supérieurs ; et tantôt de longues dentelures souvent hérissées elles-mêmes d’aspérités, comme celles que nous offrent sur leurs bords la plupart des os du crâne.
Les apophyses articulaires qui répondent à des articulations mobiles occupent surtout les extrémités des os longs. Elles présentent une surface unie, un volume plus considérable et une forme relativement régulière. — On appelle têtes celles qui sont fermées par un segment de sphéroïde et supportées par un pédicule ou col , telles que la tête de l’humérus, la tête du fémur, la tête de l’astragale ; condyles , celles qui représentent un segment d’ovoïde coupé suivant son grand axe, comme les condyles de la mâchoire, les condyles de l’occipital.
Les apophyses non articulaires ont été divisées par Bichat en apophyses d’insertion, apophyses d’impression et apophyses de réflexion. Mais les troisièmes représentent une simple variété des secondes, et ces trois ordres par conséquent peuvent être réduits à deux.
Les apophyses d’insertion sont les plus multipliées. Elles ne donnent attache qu’à des parties fibreuses, à des ligaments, à des aponévroses, à des tendons surtout. Aussi sont-elles d’autant plus volumineuses que le système musculaire est plus développé. Elles sont plus accusées par conséquent chez l’homme que la femme, et chez les individus fortement constituésque chez ceux à formes grêles : ce qui les a fait considérer par quelques auteurs comme le résultat d’un soulèvement ou d’un allongement des parties su-
perfîcielles de l’os, se produisant sous l'influence des tractions opérées par les organes actifs de nos mouvements. Mais les faits observés réfutent cette opinion ; un grand nombre d’entre elles se développen t par un point particulier d’ossification, et se montrent alors même que les muscles sont frappés de paralysie dès l’enfance. Les plus volumineuses, du reste, ne répondent pas aux muscles les plus puissants ; on voit quelquefois même au niveau de l’insertion de ceux-ci une dépression et non une saillie. Leur existence se lie donc aux lois primordiales de l’organisation.
Le volume et la forme des apophyses d’insertion varient presque à l’infini. Fdles ont été désignées sous les noms d 'empreintes, de lignes , de crêtes , de protubérances , de tubérosités , d'épines, etc.
Les empreintes sont des groupes irréguliers d’aspérités à chacune desquelles s’attache l’un des fascicules qui composent les tendons : telle est l’empreinte deltoïdienne.
Les lignes sont des saillies étendues en longueur, mais étroites et superficielles, comme la ligne courbe supérieure de l’occipital, la ligne âpre du fémur. — Quelquefois aussi les lignes sont formées par une série d’aspérités placées les unes à la suite des autres, comme la ligne oblique du tibia, la ligne courbe inférieure de l’os iliaque.
Les crêtes sont des éminences linéaires plus ou moins saillantes : ex. la crête coronàle, la crête occipitale.
Les protubérances ou tubérosités sont des apophyses arrondies et un peu inégales. Le nombre en est assez considérable ; nous citerons les protubérances de l’occipital, la tubérosité antérieure du tibia, la tubérosité du scaphoïde.
Les épines sont des apophyses de forme conique ou pyramidale : à celte variété appartiennent l’épine ischiaque, l’épine du tibia, etc.
Parmi les apophyses d’insertion il en est un grand nombre qui ont reçu un nom particulier emprunté aussi à leur forme: telles sont les apophyses coronoïdes, styloïdes, ptérygoïdes, mastoïdes, etc. D’autres tirent leur dénomination de leur direction, comme les apophyses transverses des vertèbres ; d’autres de leur situation, comme l’épitrochlée ; d’autres de leurs mouvements, comme les trochanters (de Tpo^àw, je tourne).
Les dénominations qui précèdent suffisent pour nous montrer combien la nomenclature des apophyses laisse à désirer. Elle n’a reposé jusqu’à présent sur aucun principe ; elle n’a eu d’autres bases que l’arbitraire et la fantaisie. Mais, universellement adoptée et respectée par le temps, qui consolide ce qu’il ne renverse pas, toute tentative ayant pour but de lui substituer une nomenclature plus rationnelle resterait sans succès. On doit reconnaître, du reste, qu’une réforme introduite dans le langage n’aurait pas pour l’anatomie l’extrême importance qu’elle présente pour d’autres branches de la science, la chimie par exemple.
Les apophyses d’impression se montrent sur tous les points où des
rapports intimes s’établissent entre les parties dures et les parties molles, particulièrement sur les parois du crâne, où elles prennent le nom d’éminences mamillaires, et sur l’extrémité de quelques os longs, où elles limitent des gouttières qui constituent pour les tendons des poulies de renvoi. On pourrait croire au premier aspect que les parties molles se sont imprimées sur les parties dures, que les circonvolutions du cerveau se sont gravées sur les parois du crâne, que les tendons se sont creusé une coulisse sur les points où ils changent de direction. Il n’en est rien cependant ; car l’encéphale se développe d’abord, le crâne se développe ensuite. Ce n’est donc pas le premier qui s’imprime sur le second, mais celui-ci qui se moule sur le premier. De même aussi ce ne sont pas les tendons qui se creusent des gouttières aux dépens des os ; ce sont les os qui, en se développant autour des tendons, leur forment une gaine demicylindrique.
F. — Cavités des os.
Gomme les apophyses, les cavités des os se divisent en articulaires et non articulaires.
Les cavités articulaires ont pour siège principal les os larges et les extrémités des os longs. Elles sont plus rares sur les os courts. Très superficielles et limitées par un contour ovalaire ou circulaire, on leur donne le nom de cavités glênoides : ex. la cavité glénoïde de l’omoplate, celle du temporal, celle du scaphoïde, celle des premières phalanges, etc. Deux seulement sont hémisphériques et très profondes : ce sont les cavités cotyloïdes destinées à recevoir la tête des fémurs.
Les cavités non articulaires peuvent être classées, avec Bichat, en six ordres : les cavités d’insertion, de réception, de glissement, d’impression, de transmission, de nutrition.
a. Les cavités d’insertion donnent attache à des muscles et à des ligaments : telles sont les fosses ptérygoïdes, la rainure digastrique du temporal, la fossette de la tête du fémur, etc. Elles ont pour usage : de multiplier les points d’attache sans augmenter la superficie de l’os, ce qui favorise la puissance des muscles; et d’accroître la longueur de ceux-ci, ce qui donne plus d’étendue aux mouvements.
b. Les cavités de réception logent les organes et les protègent. — Tantôt elles représentent des segments de sphères plus ou moins irrégulières, comme celles que l’on remarque sur la plupart des os du crâne, sur l’os iliaque et sur l’omoplate, où elles prennent le nom de fosses. — Tantôt elles représentent des cavités complètes qui s’ouvrent au dehors par un orifice plus ou moins étroit : on leur donne alors le nom de sinus; ex. les sinus sphénoïdaux, les sinus frontaux, etc. — Tantôt ce sont des cavités
plus petites qui s’ouvrent les unes dans les autres, et qui- ont été comparées à des cellules; ex. les cellules de l’ethmoïde.
c. Les cavités de glissement logent les tendons. Nous savons déjà qu’elles occupent surtout le pourtour de l’extrémité inférieure des os longs. Elles offrent l’aspect de gouttières. Aux deux bords de chaque gouttière s’attachent des arcades fibreuses qui complètent l’engainement des tendons, de telle sorte que ceux-ci glissent dans leur cavité, à la manière d’un cylindre plein dans un cylindre creux.
d. Les cavités d’impression se voient en grand nombre sur les parois du crâne. Elles correspondent aux circonvolutions du cerveau et rappellent assez bien celles qui résulteraient de l’application de la pulpe des doigts sur une cire molle, d’où le nom d 'impressions digitales.
e. Les cavités de transmission sont destinées aux artères, aux veines et aux nerfs. — Celles qui transmettent des artères affectent tantôt la forme de trous : tels sont le trou sphéno-épineux et les trous situés à la base des apophyses transverses des vertèbres cervicales; tantôt celle d’un canal : ex. le canal carotidien. — Les cavités qui transmettent des veines affectent seulement la première forme. - — Celles qui transmettent les nerfs revêtent l’une et l’autre, ainsi que l’attestent le trou occipital, le trou rond, le trou ovale, d’une part; le conduit de Fallope, le conduit vidien, de l’autre. Les vaisseaux et les nerfs qui parcourent les cavités de transmission 11e sont pas destinés aux os; ils 11e font que les traverser.
f. Les cavités de nutrition livrent passage, pour la plupart, à des vaisseaux; mais ceux-ci pénètrent dans le tissu osseux et s’y épuisent. Elles représentent des conduits qui viennent s’ouvrir à la partie superficielle des os par autant d’orifices. Ces orifices sont de quatre ordres.
Les orifices du premier ordre se voient sur la diaphyse des os longs et sur la surface de quelques os plats. Ils sont taillés en bec de flûte et ordinairement uniques. Le conduit qui succède à ces orifices donne passage à l’artère principale de l’os, d’où le nom de conduits nourriciers qui leur a été donné. La direction des conduits nourriciers n’est pas la même pour tous. Dans le membre supérieur, celui de l’humérus se dirige vers le coude, ou de haut en bas; ceux des os de l’avant-bras et des quatre derniers métacarpiens se portent aussi vers le coude, ou de bas en haut ; ceux des phalanges vers l’extrémité libre des doigts. Dans le membre inférieur, celui du fémur est oblique de bas en haut; ceux de la jambe et des quatre derniers métatarsiens sont obliques de haut en bas ; ceux des phalanges se dirigent vers la pointe des orteils.
Les orifices du deuxième ordre ont pour siège les extrémités des os longs, la circonférence des os plats, la partie non articulaire de la périphérie des os courts. Leur diamètre égale et souvent surpasse celui des conduits nourriciers. Leur nombre est considérable. « J’en ai compté, dit Biehat,
140 sur l’extrémité tibiale du fémur, 20 sur le corps d’une vertèbre dorsale, 50 sur le calcanéum, etc. » Les conduits qui succèdent à ces trous pénètrent perpendiculairement dans le tissu osseux et disparaissent presque aussitôt : ils donnent passage surtout à des veines.
Les orifices du troisième ordre se montrent sur tous les points que recouvre le périoste, mais plus particulièrement surladiaphysedesoslongs et sur la surface des os plats, où ils existent seuls. Sur les extrémités des os longs, la circonférence des os plats et la périphérie des os courts, ils se trouvent entremêlés aux orifices du second genre ou orifices veineux. On les distingue difficilement à l’œil nu; ce sont des pertuis ou de simples porosités qu’il convient d’étudier à l’aide d’une loupe.*— Leur nombre est beaucoup plus considérable encore que celui des orifices du second genre. Sur un centimètre carré on n’en compte pas moins de 25 à 30, et sur certains points ce nombre s’élève à 60, 70, et plus encore : en moyenne, il en existe sur cette étendue superficielle de 40 à 50. Ces orifices forment le point de départ d’un canalicule qui pénètre obliquement dans le tissu de l’os et qui communique chemin faisant avec les canalicules voisins. Chaque canalicule renferme un vaisseau capillaire.
Les orifices du quatrième ordre sont incomparablement plus petits et plus nombreux que ceux du troisième. On en compte plusieurs centaines sur 1 millimètre carré. Pour les distinguer, il faut les observer à un grossissement de 200 diamètres. Ces orifices correspondent à des canalicules qui vont s’ouvrir dans la cavité des ostéoplastes; ils ne contiennent pas de capillaires, mais un liquide exhalé de ces vaisseaux.
§ 2. — Conformation intérieure des os.
Considérés dans leur conformation intérieure, les os se présentent à nous sous un aspect bien différent, suivant qu’on les examine à l’état normal ou à l’état sec.
Divisés et observés dans leur état normal, ils n’offrent pas tous la même coloration. Les uns sont d’un rouge brun et restent rouges pendant toute la durée de la vie : tels sont le sternum, les corps des vertèbres, les os du crâne, etc. Les autres sont rouges aussi dans l’enfance; mais chez l’adulte ils prennent une couleur jaunâtre : tels sont les os des membres. Ces différences de coloration, faciles à constater sur les coupes pratiquées dans leur épaisseur, ne tiennent pas du reste au tissu osseux, mais à la moelle qui remplit les aréoles de ce tissu, et dont la nature varie beaucoup pour les divers os, ainsi que nous le verrons plus loin.
Examinés à l’état sec, sur des coupes parallèles ou perpendiculaires à leur direction, les os sont constitués à leur périphérie par un tissu d’une couleur blanche, dur et résistant; et plus profondément par un tissu
OSTÉOLOGJE.
aréolaire. Longtemps on a pensé qu’ils se composent, en effet, de deux substances ou de deux tissus, qui ont reçu les noms de tissu compact et de tissu spongieux. Mais le tissu osseux se présente partout avec des propriétés identiques; sa nature ne se modifie pas; sa forme seule varie. — Tantôt il s’étale en couche plus ou moins épaisse; sous celte forme, il constitue le tissu compact. — Tantôt il se divise, se fragmente, s’émiette en quelque sorte, en restant toujours continu à lui-même; il semble, dans ce cas, se creuser de cellules, d’où les noms de tissu celluleux, de tissu spongieux sous lequel on le désigne alors — Quelquefois les trabécules qui forment ce tissu deviennent si déliées, les aréoles communiquent entre elles par des orifices si larges, qu’il perd l’aspect celluleux pour prendre celui d’un réseau. C’est à cette troisième forme que s’applique la dénomination de tissu réticulaire .
Le tissu compact , situé à la périphérie des os, est recouvert en dehors par le périoste. Il se continue intérieurement avec le tissu spongieux. Son épaisseur est en raison inverse de l’épaisseur de celui-ci; il se montre très épais sur les points où ce dernier fait défaut, extrêmement mince sur ceux où il est abondant. La dureté, la résistance, sa coloration d’un blanc mat, forment ses trois principaux attributs.
Le tissu spongieux, recouvert de toutes parts par le précédent, qui lui forme une enveloppe, se compose de lames et de lamelles, de colonnes et de filaments qui, en s’entre-croisant et s’unissant, circonscrivent des aréoles ou cellules. — Au niveau des surfaces articulaires, les lames et colonnes osseuses sont perpendiculaires au tissu compact qu’elles soutiennent ainsi très efficacement. A mesure qu’on s’éloigne de ce tissu, elles s’inclinent irrégulièrement les unes sur les autres et n’affectent plus aucune direction déterminée. — Les aréoles qu’elles circonscrivent communiquent toutes entre elles; les faits qui suivent le démontrent : 1° si l’on enlève la couche compacte sur deux points directement opposés d’un os, et si l’on verse du mercure sur l’orifice supérieur, le métal s’écoule presque aussitôt par l’inférieur; 2° si, après avoir excisé les extrémités d’une côte, on l’insuffle par l’extrémité supérieure, tandis que l’inférieure plonge dans l’eau, on voit l’air se dégager à la surface du liquide sous forme de bulles. Quel que soit l’os sur lequel on répète ces expériences, elles donnent le même résultat.
Le tissu réticulaire n’existe que dans la diaphyse des os longs. En se rapprochant des extrémités de l’os, les filaments qui le composent s’élargissent et se multiplient, en sorte qu’il se confond peu à peu avec le tissu spongieux, dont il a pu être regardé comme une simple variété.
La disposition relative des tissus compact et spongieux n’est pas la même dans tons les os.
A. — Conformation Intérieure des os longs.
Une section faite perpendiculairement sur le corps des os longs permet de constater qu’il est creusé d’un canal. Une section parallèle à leur axe démontre que celui-ci s’étend à toute la longueur de la diaphyse : c’est dans ce canal que se trouve logée la moelle, d’où le nom de canal médullaire.
Le canal médullaire ne reproduit pas la forme prismatique et triangulaire du corps de l’os. Ses parois offrent plus d’épaisseur au niveau des bords qu’au niveau des faces ; il devient ainsi irrégulièrement cylindrique. De son contour et de toute sa longueur on voit naître des prolongements lamelliformes ou filiformes, peu saillants et très espacés sur sa partie moyenne, mais qui se multiplient à mesure qu’on s’éloigne de celle-ci, et qui en même temps se rapprochent de plus en plus de l’axe du canal. Il suit de cette disposition que sa cavité se rétrécit graduellement à ses extrémités, et que, vue dans son ensemble, elle est plutôt fusiforme que cylindroïde. En donnant plus d’épaisseur à la diaphyse, la nature s’est proposé pour avantages :
1° De favoriser la puissance des muscles par l’étendue qu’elle ajoute à leur surface d’implantation;
2° D’accroître la résistance de l’os; car de deux colonnes également hautes, composées de la même substance, et d’une même quantité de cette substance, celle qui offre le diamètre le plus considérable est celle aussi qui présente le plus de solidité.
Le conduit nourricier, après avoir parcouru un trajet oblique plus ou moins étendu, vient s’ouvrir sur les parois du canal médullaire.
Dans les os longs, le tissu compact constitue les parois de ce canal. Son épaisseur, très considérable au niveau de la partie moyenne de la diaphyse, diminue graduellement à mesure qu’on se rapproche des extrémités. Sur celles-ci, il se réduit à une simple lamelle.
Aux deux extrémités de l’os se trouve donc accumulé en grande abondance le tissu spongieux. Sur la limite du canal médullaire ce tissu ne se compose que de filaments déliés circonscrivant de grandes aréoles largement ouvertes les unes dans les autres. Mais en se rapprochant des surfaces articulaires, les filaments prennent plus d’épaisseur; ils se transforment en lamelles et forment par leur union des cellules de plus en plus étroites. C’est au voisinage des surfaces articulaires, par conséquent, que le tissu spongieux acquiert sa plus grande résistance.
Le tissu réticulaire n’existe pas dans tous les os longs. On le rencontre seulement dans les plus grands. C’est dans le corps du tibia qu’il revêt sa forme la plus légère. On le voit dans le canal de cet os s’avancer
jusque sur son axe el former un réseau à larges mailles, d’une extrême délicatesse. Le tissu réticulaire se continue, du reste, insensiblement avec le tissu spongieux.
B. — Conformation intérieure des os larges.
Les os larges se composent de trois couches superposées. — Deux de ces couches répondent à leurs surfaces. Elles sont fermées par le tissu compact el portent le nom de tables. Moins épaisses que les parois du canal médullaire, elles le sont beaucoup plus que la couche de tissu compact qui recouvre les extrémités des os longs et la périphérie des os courts. Ces deux tables ne présentent pas, du reste, sur toute l’étendue superficielle du même os une épaisseur uniforme. Celle-ci diminue de la périphérie, vers le centre, où les deux tables se confondent pour former une seule couche mince et demi-transparente.
La couche moyenne ou spongieuse se compose de lamelles plus solides en général que celles du tissu spongieux des os longs. Dans les os du crâne elle prend le nom de diploé. Son épaisseur, au voisinage des bords, égale celle des couches compactes; en se rapprochant du centre de l’os, cette couche diminue de plus en plus et disparaît avant de l’atteindre. Sur la plupart des os larges, elle 11e forme pas une couche continue, mais des îlots irrégulièrement répartis.
Dans l’épaisseur de la couche spongieuse des os plats on observe des canaux particuliers, que tapisse à l’état normal la membrane interne des veines, et qui sont connus sous le nom de canaux veineux. — Ces canaux présentent un calibre supérieur à celui des conduits nourriciers. — Leur direction est celle d’une ligne très irrégulièrement brisée ; elle varie du reste selon les individus et d’un côté à l’autre. — Leurs parois, revêtues d’une mince couche de tissu compact, sont inégales et criblées d’orifices, par lesquels pénètrent les veines afférentes. Ils atteignent leur plus grand développement dans les os du crâne.
C — Conformation intérieure de» os courts.
Les os courts sont essentiellement formés de tissu spongieux. Une mince couche de tissu compact recouvre celui-ci au niveau des surfaces articulaires; les lamelles du tissu spongieux sont perpendiculaires au tissu compact et plus ou moins obliques au niveau des surfaces périostiques.
La plupart de ces os présentent aussi des canaux veineux, remarquables surtout dans les vertèbres par leur calibre et par leur nombre. Leur direction est en général parallèle à celle des surfaces articulaires.
STRUCTURE DES OS
Les saillies osseuses sont formées à l’extérieur par une couche de tissu compact. Lorsqu’elles n’offrent qu’un petit volume, ce tissu les constitue exclusivement.
§ 3. — Structure des os.
Considérés dans leur structure, les os se composent d’une partie essentielle, le tissu osseux ; et de parties accessoires, qui comprennent le périoste, la moelle, des vaisseaux et des nerfs.
A. — Tissu osseux.
Le tissu osseux nous offre à étudier : 1° la substance fondamentale qui le constitue ; 2° des canalicules vasculaires qui le sillonnent en grand nombre ; 3° des cavités microscopiques, ou ostéoplastes , plus multipliés encore et qui le caractérisent essentiePement ; 4° des fibres spéciales; 5° sa composition chimique.
1° Substance fondamentale des os.
Quelle que soit la forme que revête le tissu osseux, qu’il se montre à l’état compact, à l’état spongieux ou à l’état réticulaire, ses caractères restent toujours identiques. Il présente une couleur blanche et une dureté qui rappellent celles de l’ivoire, un poids supérieur à celui de tous les autres tissus, et une certaine élasticité. — Yu à l’œil nu, il offre un aspect homogène, et semble se ranger au nombre des substances amorphes.
Divisé en tranches minces et soumis à l’examen microscopique, il affecte une disposition stratifiée. Les couches qui le composent sont concentriques comme celles qui forment le tronc d’un arbre ; seulement dans ce tronc il n’y a qu’un axe et qu’un seul système de couches qui se recouvrent successivement, la dernière embrassant toutes les autres. Dans le tissu osseux il y a une multitude d’axes et autant de petits systèmes de lamelles concentriquement disposées. — Sur les os longs, ces systèmes suivent pour la plupart une direction longitudinale. Sur les os larges, ils rayonnent du centre vers la circonférence. Dans les os courts, ils ne suivent aucune direction déterminée.
La stratification peut être constatée sur les filaments du tissu réticulaire et sur les lamelles du tissu spongieux ; mais c’est sur le tissu compact qu’elle se montre dans toute son évidence. Pour l’étudier, on donnera donc la préférence à la diaphyse des os longs et aux tables des os larges. Des tranches perpendiculaires aux surfaces osseuses sont les
OSTEOLOGIE.
plus convenables. Si ces tranches offrent une suffisante transparence, on pourra distinguer les lamelles concentriques, mais assez vaguement. Afin de rendre celles-ci plus manifestes, il est utile de les immerger pendant quelques heures dans une solution d’acide chlorhydrique, assez concentrée pour entraîner les sels calcaires. Les lamelles concentriques deviennent alors très apparentes; on peut même les dissocier, bien que dans l’état normal elles adhèrent entre elles de la manière la plus intime. — Leur épaisseur mesure 0mm,008 ; elle est à peu près égale pour toutes. Leur coupe présente un aspect finement granuleux qui a fait penser autrefois à un grand nombre d’anatomistes qu’elles se composaient de fibres plus ou moins parallèles; mais cette opinion repose sur une simple apparence. Les lamelles du tissu osseux se distinguent en lamelles pâles et lamelles striées; les premières offrent un aspect amorphe ou très finement granuleux. Les stries que présentent les secondes se composent de granules linéairement disposés; elles sont transversales et par conséquent perpendiculaires aux lamelles.
Indépendamment des systèmes à lamelles concentriques et des deux systèmes généraux, il existe pour les os longs des systèmes partiels occupant les intervalles des premiers et sous-jacents aux seconds.
Dans le tissu spongieux, les lames les plus minces se composent de plusieurs lamelles. Les moyennes en comprennent de dix à douze, et les plus épaisses jusqu’à vingt ou vingt-cinq.
Fig. 1. — Lamelles de la substance osseuse , vues su r une coupe transversale de la diaphijse du fémur. — Grossissement de 200 diamètres.
1,1. Coupe des canaliculcs vasculaires formant l’axe de chaque système à lamelles concentriques. — 2. Segment d’un système de Havers. — 3. Autre segment dont on voit seulement les lamelles périphériques, — 1. 4. Groupe de lamelles cheminant dans l'intervalle des systèmes de Havers et appartenant à des systèmes partiels.
STRUCTURE RES OS
Historique . — La structure lamellaire du tissu osseux a été signalée en 1689 par Gagliardi, qui, pour la démontrer, avait recours à l’ébullition longtemps prolongée, et qui invoquait aussi Fexfoliation dont les os deviennent le siège lorsqu’ils restent indéfiniment exposés à l’air libre (1). Il pensait que toutes les lamelles étaient unies entre elles par des chevilles transversales ( claviculi ossei). Mais les lamelles qu’il obtenait n’étaient pas les lamelles élémentaires ; c’étaient des groupes très irréguliers de celles-ci.
En 1691, Clopton Havers constatait cette disposition lamelleuse et apportait dans cette étude beaucoup plus de sagacité ; ce fut à l’aide du microscope qu’il l’observa : « Harum laminarum in uno eodemque loco, microscopii auxilio , sedecimnumeravi (2). »
En 1751, Lassone, afin de rendre plus évidente la stratification de la substance fondamentale, fit appel à la macération dans un acide minéral étendu (3).
Cependant les lamelles élémentaires, entrevues par Havers, n’ont été bien observées et bien décrites qu’en 1834 par Deutsch, qui, à cette époque, en a donné des dessins exacts (4).
2° Canalicules vasculaires.
Les canalicules vasculaires, ou canalicules de Havers , existent en grand nombre. Chacun d’eux renferme un capillaire. — C’est dans le tissu compact qu’on les observe. Le tissu réticulaire n’en présente aucune trace. Le tissu spongieux en est aussi à peu près complètement dépourvu ; parmi les lames qui entrent dans sa composition, les plus grosses sont seules parcourues par quelques rares canalicules.
Le diamètre des canalicules de Havers varie beaucoup. Il se réduit pour les plus petits à 0inm,03, et peut s’élever pour les plus considérables jusqu’à 0nun,40 ; leur moyen calibre est de 0mrn,!0 à 0rara,12. Leur direction prédominante dans les os longs est longitudinale. Dans les os larges, ils partent du centre de leurs surfaces et s’étendent en rayonnant vers les bords. Dans les os courts, qui en possèdent moins, ils ne suivent en général aucune direction déterminée. — Sur tous les points où on les rencontre, il en existe du reste un assez grand nombre qui s’écartent de la direction commune ; ainsi, dans la diaphyse des os longs, entre les canalicules longitudinaux, on en rencontre d’obliques et de transverses. Dans les os larges, on en voit aussi qui affectent divers modes d’obliquité et quelques-uns qui se portent perpendiculairement vers le diploé.
(1) Gagliardi, Anatome ossium., p. 10.
(2) Clopton Havers, Novse observât, de ossibus. Lugduni Batav., 1731, p. -15.
(3) Lassone, Mém. de l'Acad. des se., 1751, p. 72.
(1) Deutsch, De penitiori ossium structura.
ÜSTÉOLOGIE.
De même que les vaisseaux contenus dans leur cavité, ces canalieules s’anastomosent entre eux. Considérés dans leur ensemble, ils forment un véritable réseau dont les mailles sur le corps des os longs s’allongent dans le sens vertical. Les anastomoses affectent tantôt une direction oblique et tantôt une direction transversale.
Les canalieules les plus superficiels s’ouvrent à la surface des os par des pertuis taillés en bec de flûte, pertuis qui nous sont déjà connus, et qui constituent les orifices du troisième ordre. — Sur les surfaces articulaires et sur celles qui donnent attache aux tendons, il n’existe pas d’orifices, ainsi que nous l’avons vu. Au niveau de ces surfaces et de ces insertions, les canalieules s’infléchissent pour se continuer avec les canalicules voisins. — Sur toute l’étendu des conduits nourriciers, ils communiquent avec la cavité de ceux-ci par des pertuis visibles seulement à la loupe. — Ils communiquent aussi avec le canal médullaire par des orifices situés au tond des lacunes qu’on remarque sur ses parois. Au niveau des points où le tissu compact se superpose au tissu spongieux, ils s’ouvrent dans les cellules de celui-ci.
Indépendamment du vaisseau qu’ils contiennent, rencontre-t-on aussi quelquefois dans ces canalieules des vésicules adipeuses. Leur existence serait constante et leur nombre assez considérable , selon plusieurs auteurs, qui ont proposé de leur donner le nom de canalieules médullaires. Celle opinion est fondée lorsqu’on l’applique à la vieillesse; mais elle ne l’est pas si on l’applique à l’âge adulte et à l’enfance. Jusqu’à trente-cinq ou quarante ans, et souvent même à un âge plus avancé encore, les canalieules vasculaires ne contiennent pas de tissu adipeux. Lorsque après avoir immergé la diaphyse d’un os long dans une solution acide assez concentrée pour taire disparaître les sels calcaires sans attaquer les vésicules adipeuses, on détache de celle-ci une mince tranche transversale, tous les capillaires deviennent très distincts, et cependant on n’aperçoit sur leur contour aucun vestige de cellules adipeuses. — Sur les os secs on rencontre assez fréquemment, il est vrai, dans les canalieules un liquide huileux; mais alors il provient du canal médullaire ; de celui-ci il a pénétré dans leur cavité et remonté peu à peu, eu vertu des lois de la capillarité, de leur orifice profond vers leur orifice externe ou périphérique. C’est ainsi que des os parfaitement blancs pendant les premiers mois qui suivent leur préparation, jaunissent plus tard ; c’est pourquoi aussi cette teinte jaune se montre d’abord aux extrémités des os où le tissu compact, plus mince, est plus rapidement envahi dans toute son épaisseur.
Les parois des canalieules vasculaires sont constituées par les lamelles concentriques du tissu osseux. Chacun des innombrables systèmes qui composent ce tissu a pour axe un canalicule. — Mais le nombre des lamelles n’est pas proportionnel au diamètre de ceux-ci. Les plus petits
STRUCTURE DES OS
sont formés de cinq on six lamelles; les plus grands en présentent huit ou dix. Les moyens sont ceux qui offrent les parois les plus épaisses; les lamelles contribuant à les former varient de dix à vingt-cinq ou trente. Parmi celles-ci, il en est qui ne font pas le tour complet du canalicule; elles décrivent seulement les deux tiers ou les trois quarts de sa circonférence, puis se terminent en pointe et disparaissent au milieu des lamelles voisines. Lorsque plusieurs d’entre elles affectent la même disposition et occupent le même côté, les parois du canalicule se trouvent amincies du côté opposé, et le capillaire qui le remplit 11e répond plus à son axe.
Tous les systèmes de couches concentriques suivent exactement le trajet des vaisseaux. Ils s’infléchissent comme ceux-ci; c’est pourquoi sur les coupes des os, indépendamment des systèmes transversalement ou longitudinalement divisés, on en distingue toujours un assez grand nombre dont la surface de section est plus ou moins oblique.
Sous l’influence de l’inflammation, le calibre des canalicules vasculaires s’accroît avec rapidité, par suite de la résorption de l’osséine et des sels calcaires qui constituent leurs parois.
Fig. 2. — Canalicules vasculaires et ostéoplastes, vus sur une tranche longitudinale de la diaphyse de l’humérus. — Grossissement de 200 diamètres.
a, a, a. Canalicules vasculaires de diamètres différents ; deux de ces canalicules communiquent par une large anastomose. — b, b, b. Ostéoplastes occupant la substance fondamentale qui sépare ces canalicules. On voit que leur grand axe est parallèle à celui des conduits vasculaires.
Historique. — Dans une lettre adressée en 1(380 à l’Académie des sciences de Londres, Leeuwenhoeck fait mention des canalicules vasculaires qu’il venait d’observer sur un fémur de bœuf coupé en travers. Il les prit d’abord pour des globules; mais bientôt il reconnut que ces globules n’étaient que l’extrémité des tubes divisés : « Summitates tubulorum illorum ex quibus os componitur (1). »
Cinq ans plus tard, en 1691, Clopton Havers décrivit ces tubes, que Leeuwenboeck n’avait signalés qu’incidemment. Ce fut aussi sur les os du bœuf qu’il les aperçut d’abord. Il les vit ensuite sur ceux de l’homme: « Pariter eos in hnmano osse , non sine summa delectatione , intuitus sum (2). » Cet auteur en admet deux espèces qui communiquent ensemble, les transversaux et les longitudinaux. Leur cavité est remplie d’un liquide huileux qu’ils puisent dans le canal médullaire : « Per os medullosum oleum seipsum diffundit , laminisque immédiate pro videt. »
L’illustre Albinus, en 1754, a démontré que chacun d’eux contenait un capillaire sanguin. Ayant injecté les vaisseaux, il remarqua que tous les canalicules étaient pleins : « Postquam autem vasa impleri , diffractis ossibus per longitudinem non vacuos, sed impletos canaliculos illos eorum vidi (3). »
En résumé, Leeuwenhoeck a découvert les canalicules vasculaires. Havers, en les décrivant mieux, a fait accepter cette découverte par ses contemporains. Albinus a fait connaître leur destination, que ni l’un ni l’autre n’avaient soupçonnée.
3° Ostéoplastes, canalicules osseux, cellules étoilées des os.
Le tissu osseux présente des cavités microscopiques, qui ont été tour à tour appelées lacunes osseuses , corpuscules osseux , corpuscules noirs des os , ostéoplastes. Cette dernière dénomination, proposée en 1842 par Serres, est aujourd’hui la plus généralement acceptée.
Le nombre de ces cavités est extrêmement considérable, puisqu’il en existerait en moyenne 900 sur un millimètre carré, selon Harting, évaluation qui ne paraît pas exagérée. - — Leur forme, extrêmement irrégulière, se rapproche de celle d’un ellipsoïde plus ou moins aplati. — Leur longueur est de 0rain,02 à 0mm,03; et leur épaisseur, ou l’axe qui s’étend de l’une à l’autre face, de 0mn,,01.
Les ostéoplastes sont situés pour la plupart dans l’épaisseur des lamelles élémentaires. — Leur grand axe est parallèle aux lamelles, de telle sorte qu’ils semblent suivre leur direction. Disposés en séries
(1) Leeuwenhoeck, Ejnstolse, t. II, p. 1(J9.
(2) C. Havers, Novæ observât, de ossibus. Lugduni Batav., 1734, p. 52.
(3) B. S. Albinus, Academie, annol., lib. III, cap. m, p. 21.
STRUCTURE DES OS
linéaires, ils forment sur les coupes transversales des cercles concentriques, mais beaucoup moins réguliers et moins accusés que les anneaux résultant de la section des lamelles.
De chacune de ces cavités naissent de nombreux prolongements, creux aussi et connus sous le nom de canalicules osseux. Les plus considérables partent des extrémités de la cavité qui semblent dans quelques cas s’effiler pour les produire. Les autres émanent de ses facès ; sur l’une et l’autre, on en compte en moyenne de huit à quinze. Leur longueur est de 0ram,03 à 0nim,04, leur diamètre de 0mm,001.
Les canalicules osseux s’irradient dans toutes les directions. Mais ceux qui tirent leur origine des parties latérales ou des faces de la cavité semblent affecter surtout une direction transversale ou perpendiculaire aux lamelles. La plupart traversent donc celles-ci. Dans leur trajet, le plus grand nombre se divisent; quelques-uns même, et surtout ceux des extrémités, se ramifient; ils deviennent alors de plus en plus déliés. À leur extrémité terminale on les voit s’anastomoser entre eux et avec les canalicules des ostéoplastes environnants. — Ceux qui occupent le voisinage des canalicules vasculaires s’ouvrent dans leur cavité. — Ceux qui ont pour siège les lamelles du tissu spongieux ou les filaments du tissu réticulaire, s’ouvrent dans les cellules correspondantes ou directement dans le canal médullaire. — Ceux des lamelles périphériques
Fig. 3. — Canalicules vasculaires et ostéoplastes , vus sur une coupe transversale de la diaphyse de l'humérus. — Grossissement de 200 diamètres.
1, 1, 1. Coupe des canalicules vasculaires. — 2. Coupe d’un canalicule longitudinal divisé au niveau de son anastomose avec un canalicule transversal. — Autour des conduits perpendiculairement divisés sont les ostéoplastes, qui forment des anneaux concentriques.
s’ouvrent sur la surface des os, dont ils représentent les orifices du quatrième ordre.
La cavité des ostéoplastes offre des parois irrégulières et criblées d’orifices inégaux, orifices formant l’embouchure ou le point de départ des canalicules osseux. Vues sur une lamelle sèche avec l’ensemble de leurs prolongements, ces cavités rappellent au premier aspect les insectes de la famille des myriapodes qui semblent avoir envahi par milliers le champ de la préparation. Remplies d’air, elles réfractent très fortement la lumière, se détachent en noir sur le fond transparent de la lame osseuse et deviennent alors très manifestes.
Lorsqu’on examine une lame osseuse à un grossissement de 400 ou 500 diamètres, les canalicules osseux, divisés, se montrent sous la figure de pertuis qui quelquefois se groupent sur certains points et qui donnent alors à la substance fondamentale un aspect pointillé.
Les ostéoplastes sont-ils constitués par une substance osseuse différente de la substance fondamentale ? Cette question, souvent posée, n’est pas encore résolue. Leurs parois cependant semblent plus denses, plus résistantes que la substance fondamentale du tissu osseux; lorsqu’on soumet ce tissu à l’action de l’acide chlorhydrique, c’est d’abord la substance comprise entre les ostéoplastes qui se dissout; les parois des cavités osseuses ne sont détruites que consécutivement. S’il était démontré qu’elles diffèrent par leur densité delà substance environnante, elles seraient les analogues des capsules de cartilage, auxquelles elles ont été, en effet, comparées.
Dans la cavité des ostéoplastes, il existe un noyau entouré par une masse protoplasmique. Chacune de ces cavités, en d’autres termes, contient une cellule nue de laquelle partent des prolongements qui pénètrent dans les canalicules osseux, et qui s’anastomosent aussi dans leur trajet. Ces cellules étoilées peuvent être mises assez facilement en évidence, soit à l’aide de l’acide chlorhydrique, soit à l’aide de la potasse, soit mieux encore en ramollissant le tissu osseux par l’action successive de ces deux réactifs. Elles ont été découvertes par Virchow, d’où le nom de cellules osseuses de Virchow que leur donne Kolliker, dénomination qui tend à faire confondre le contenu avec le contenant; pour éviter cette confusion, je leur conserverai le nom de cellules nues ou étoilées des os.
Les prolongements de ces cellules nues étoilées remplissent-ils complètement la cavité des canalicules osseux? On peut conjecturer qu’ils en occupent une partie seulement, car ils paraissent relativement courts ; et, d’une autre part, les canalicules osseux vont s’ouvrir en très grand nombre dans les canalicules de Havers, où ils puisent le plasma exhalé des capillaires sanguins. Ce liquide nourricier se répand de proche en proche très probablement dans tout le réseau des cana-
STRUCTURE DES OS. 101
licules et distribue ainsi à la totalité du tissu les sucs nécessaires à son développement, à sa nutrition et à son incessante rénovation.
Historique. — La découverte des ostéoplastes est récente. Purkinje les a signalés le premier en 1834. On crut d’abord qu’ils étaient remplis d’un précipité pulvérulent formé par du carbonate de chaux, d’où le nom de corpuscules osseux qui leur a été donné. Cette opinion, en 1839, a été défendue surtout par Henle; cet auteur se fondait sur ce qu’ils étaient noirs et opaques à la lumière transmise, blancs et brillants à la lumière réfléchie.
Mais Tood et Bowman, en 1845, démontrèrent que sur les préparations sèches les ostéoplastes sont pleins d’air et que leur couleur noire était due à la réfraction des rayons lumineux; ils firent remarquer qu’en plongeant la préparation dans l’essence de térébenthine le liquide chassait l’air et remplissait peu à peu les cavités osseuses qui devenaient alors transparentes.
Quelques années plus tard, Virchow reconnut dans ces cavités la présence d’une cellule étoilée; en traitant le tissu osseux par l’acide chlorhydrique, il parvint à extraire ces cellules avec leurs prolongements.
Fig. 4. — Ostéoplastes vas à un grossissement de 500 diamètres.
1, 1, 1, 1. Corps ou cavité des ostéoplastes. — 2, 2. Ostéoplastes dont il reste seulement quelques vestiges. — 3, 3. Canalicules osseux et anastomoses de ces canalicules. — 4. Pertuis correspondant aux canalicules osseux divisés.
4° Fibres perforantes des os.
En 1856, un anatomiste anglais, Sharpey, a signalé l’existence, dans la substance fondamentale des os, de fibres spéciales, très variables de nombre et d’aspect, qui partent du périoste et qui s’étendent de leur superficie dans leur épaisseur, en traversant le système des lamelles périphériques, d’où le nom de fibres perforantes que leur a donné cet auteur; de là aussi le nom de fibres de Sharpey, sous lequel elles sont aujourd’hui généralement connues.
Ces fibres ne se voient pas seulement dans le système des lamelles périphériques ; elles pénètrent très souvent aussi dans le système des lamelles intermédiaires, ce qui tend à démontrer, ainsi que le fait remarquer M. Ranvier, que ces lamelles ont été périphériques à leur apparition, c’est-à-dire sous-jacentes d’abord au périoste. On n’en rencontre jamais dans les systèmes des lamelles concentriques ou systèmes de Havers. C’est plus particulièrement sur les os plats et surtout sur ceux de la voûte du crâne qu’ils se montrent en assez grand nombre.
Les fibres perforantes conservent sur certains points leur caractère primitif; elles représentent, en d’autres termes, de simples faisceaux du tissu conjonctif, plus ou moins condensés. Mais le plus souvent, elles sont imprégnées d’une proportion variable de sels calcaires. En traitant le tissu osseux par l’acide chlorhydrique, ou les met assez bien en évidence ; mais elles restent toujours extrêmement pâles. Quelques-unes sont composées de fibres élastiques; d’autres contiennent les deux ordres de fibrilles qu’on observe dans le périoste.
5° Composition chimique des os.
Ces os comprennent dans leur composition une substance organique et une substance minérale.
Lorsqu’on les soumet à l’action d’un acide, la matière minérale est dissoute. La substance organique restée seule conserve la forme de l’os, qui devient mou, flexible et assez semblable au cartilage. Cette substance est insoluble dans l’eau. Cependant, sous l’influence d’une ébullition prolongée, elle se transforme en gélatine sans qu’on puisse toutefois l’assimiler à celle-ci, dont elle diffère au contraire beaucoup. Afin d’exprimer cette différence, on a longtemps désigné l’élément organique des os sous les noms de gélatine des os , de matière cartilagineuse des os, de matière collagène. Pour faire cesser cet abus de langage, Ch. Robin et Verdeil ont proposé de l’appeler osséine ou ostéine , dénomination aujourd’hui généralement acceptée.
L’osséine et la gélatine présentent la même composition élémentaire. Comme les corps isomériqnes cependant, elles diffèrent par leurs pro-
COMPOSITION CHIMIQUE DES OS
priétés. Elles diffèrent très notablement surtout par leurs propriétés nutritives; Magendie a démontré que lorsqu’on donne à un chien pour unique nourriture des os bouillis, l’animal succombe rapidement, tandis qu’il continue à vivre en bon état de santé si on lui donne des os qui n’ont pas été soumis à l’ébullition.
Müller, en 1836, a constaté que lorsqu’on traite par l’ébullition dans l’eau, soit les cartilages permanents, soit les cartilages temporaires, on obtient une matière qui se prend aussi en gelée par le refroidissement ; il donne à cette matière le nom de chondrine. Son origine semblait indiquer quelle était identique ou au moins très analogue à celle qu’on relire des os; mais l’observation atteste, au contraire, qu’elle en diffère.
— La gelée obtenue avec l’osséine est plus consistante que celle dont la chondrine forme la base. Pour la production de la première, il suffit d’ajouter 1 partie d’osséine à 100 parties d’eau; pour la formation de la seconde, il faut ajouter au moins 5 parties de chondrine. — A l’état liquide, la chondrine est précipitée par le sulfate d’alumine, l’acide acétique, l’acétate de plomb et le sulfate de fer. L’osséine n’est précipitée par aucun de ces réactifs.
La substance minérale a été considérée d’abord comme un seul et même principe qu’on appelait matière terreuse des os. — En 1778, un chimiste suédois, Henri Gahn, démontra dans celte matière terreuse l’existence du phosphate de chaux. — : En 1799, Charles Hatchell reconnut qu’elle contient un autre sel calcaire, le carbonate de chaux.
— En 1803, Fourcroy et Vauquelin y découvrirent un troisième sel, le phosphate de magnésie, qui ne s’y trouve du reste qu’en très petite quantité. Plus tard, on acquit la certitude que les os renferment aussi d’une manière constante du fluorure de calcium et des sels solubles. D’après les recherches de Berzelius, les divers éléments qui entrent dans la composition du tissu osseux seraient associés dans les proportions suivantes :