C. — Substance médullaire des os
La substance médullaire ou moelle des os remplit les cavités creusées dans l’épaisseur de ces organes. — Le canal de la diaphyse des os longs est son siège de prédilection. Réunie dans ce canal en masse plus considérable, partout continue à elle-même, elle se moule sur ses parois et prend la forme d’un cylindre effilé à ses extrémités, plus ou moins irrégulier à sa surface.,— Dans le tissu spongieux, elle se partage en autant de lobules que celui-ci présente de cellules ; et tous ces lobules se relient les uns aux autres par des prolongements multiples.
La substance médullaire présente une consistance pulpeuse, variable du reste suivant les individus. Chez quelques-uns, elle est un peu plus ferme ; chez d’autres, elle devient presque diffluente.
Sa couleur diffère suivant l’âge, selon les os et selon l’état de santé ou de maladie. Avant et quelque temps encore après la naissance, elle est rouge dans tous les os. Chez l’enfant et même aussi chez l’adulte, elle reste rouge dans la plupart des os du tronc et de la tête, mais prend une teinte jaunâtre dans ceux des membres. A un âge plus avancé, elle revêt aussi une teinte jaune uniforme, dans les vertèbres et les côtes. Sous l'influence d’affections chroniques très prolongées, elle perd sa coloration rouge ou jaune, pour devenir d’un blanc grisâtre ou cendré.
On peut donc admettre trois espèces de moelle : la moelle rouge> qui est en partie redevable de sa couleur à la multiplicité de ses vaisseaux, d’où le nom de moelle sanguine qui lui a aussi été donné ; la moelle jaune ou adipeuse ; et la moelle grise ou gélatiniforme, qui possède peu de vaisseaux, et peu aussi ou point de cellules adipeuses. Ch. Robin a montré que dans ces trois espèces les éléments de la moelle sont différemment répartis.
Structure de la moelle. — On a longtemps pensé que la moelle étail renfermée dans une enveloppe qui s’appliquait aux parois des cavités osseuses, comme le périoste s’applique à la surface externe des os ; et l’on admettait en outre que dans les os longs elle se prolongeait du canal de la diaphyse dans toutes les cellules du tissu spongieux. Cette enveloppe ou membrane médullaire avait été déjà révoquée en doute par Ruysch. On continua néanmoins à l’admettre. Vers la fin du siècle dernier, Richat en nia formellement l’existence. « Je n’ai jamais pu, dit-il, quelque nombreuses qu’aient été mes recherches, découvrir une semblable membrane. » Mais plus loin il la décrit cependant comme si elle existait. Aussi l’opinion traditionnelle ne fut-elle nullement ébranlée. En 1859,
OSTÉÜLOGIE.
MM. Gosselin et Raynauld, cherchant cette membrane et ne la trouvant pas, ne se contentèrent plus de la jiier ; ils dirigèrent contre elle une réfutation en règle, à laquelle il n’y avait rien à objecter (1). A dater de ce moment, elle n’a plus été décrite, et tous les auteurs s’accordent aujourd’hui pour reconnaître qu’en effet elle n’existe pas.
La moelle se trouve donc immédiatement en contact avec les parois des canaux médullaires et les trabécules du tissu spongieux. — Elle comprend dans sa structure : des cellules d’une nature spéciale, des plaques ou lamelles à noyaux multiples, des cellules adipeuses, une matière amorphe, du tissu conjonctif, des vaisseaux et des nerfs.
Les cellules de la moelle, décrites par Ch. Robin sous le nom de médullocelles ( medulla , moelle, cella, cellule), sont d’autant plus nombreuses qu’il existe moins de cellules adipeuses. C’est surtout dans la moelle rouge ou fœtale qu’on les observe. Chez l’enfant, on en rencontre constamment dans le canal médullaire des os longs. Chez l’adulte et le vieillard, leur existence est difficile à constater ; cependant Ch. Robin dit les avoir retrouvées dans tous les os jusqu’à l’âge le plus avancé.
Les plaques ou lamelles à noyaux multiples, signalées par Ch. Robin, qui leur a donné le nom de myéloplaxes (de puêXoç, moelle, 7rXà£, plaque, lamelle), ont pour siège spécial les aréoles du tissu spongieux. Elles sont plus rares dans les canaux médullaires, aux parois desquelles elles adhèrent pour la plupart; on les trouve en général comme nichées dans leurs anfractuosités. Leur nombre est aussi, proportionnellement aux autres éléments de la moelle, plus considérable chez le fœtus. Leur dimension varie depuis 0m,n,02 jusqu’à 0mm,10. Elles sont généralement aplaties et terminées par un bord irrégulier, tantôt minces et pâles, tantôt plus épaisses et d’une tein te foncée. — Les myéloplaxes sont formées par une grande cellule contenant un protoplasma granuleux dans lequel on remarque des noyaux. Le nombre de ceux-ci est ordinairement de 8 ou 10; il peut s’élever jusqu’à 25 ou 30 (2).
Les cellules adipeuses n’existent pas encore chez le fœtus. Elles commencent à se montrer à la naissance, puis se multiplient à mesure que les cavités osseuses s’agrandissent ; et leur nombre devient bientôt si considérable, qu’elles semblent à elles seules constituer toute la moelle d ans le plus grand nombre des os.
La matière amorphe, demi-transparente et d’aspect granuleux, relie entre eux les divers éléments qui précèdent.
Les fibres de tissu conjonctif, dont l’existence avait paru douteuse à quelques ailleurs, forment, sur la périphérie et dans l’épaisseur de la moelle, de minces et pâles faisceaux peu nombreux qui accompagnent le
(1) Gosselin el Régnault, Recli. sur lasubst. médull. des os ( Arcli . gèn. deméd., 1849).
(2) Robin et Littré, Dict. de mèd. et de chirurg., de Ngsten , 13e édit., 1873, p. 971.