DIMENSIONS DE LA FACE
dont la capacité ne varie pas moins, et même plus encore; de là il résulte qu’à égalité de volume ce procédé peut donner des résultats assez différents. Jacquart, qui a fait l’application de son goniomètre à plusieurs médecins, a constaté entre eux des différences s’élevant jusqu’à 20 degrés : différences trop considérables, qui suffiraient à elles seules pour attester les imperfections de ce procédé, alors même qu’on l’emploie dans les meilleures conditions possibles. Cependant on ne saurait nier son utilité ; il est d’ailleurs le seul qui soit applicable pendant la vie, et le seul aussi qu’on puisse appliquer après la mort à une tête entière.
Des aires comparatives du crâne et de la face. — L’angle facial donnant des résultats qui ne sont pas aussi approximatifs qu’on pouvait le désirer, Cuvier proposa de diviser la tête verticalement sur le plan médian, et de comparer ensuite les aires des deux parties qui la composent. Ce procédé est, sans contredit, celui qui permet d’apprécier de la manière la plus exacte les dimensions relatives de la face et du crâne ; mais il ne s’applique qu’à la nature inanimée. Cuvier, du reste, 11e nous a laissé aucune donnée sur son mode d’application. C’est à M. Segond que la science est redevable des notions qu’elle possède à cet égard.
Cet observateur a fait remarquer que, sur une tête divisée en deux moitiés symétriques, on peut considérer la partie antérieure du trou occipital comme un centre, duquel partent tous les rayons compris dans le plan médian, et autour duquel aussi tous ces rayons se meuvent lorsque les proportions du crâne et de la face se modifient. — Parmi ceux-ci on en distingue trois principaux. L’un d’eux se rend à la bosse nasale : c’est le rayon occipito-frontal ; il sépare faire crânienne de faire faciale ; en descendant la série animale on le voit s’élever, en sorte que faire crânienne se rétrécit, tandis que faire faciale s’allonge ; si on la remonte, ce sont des phénomènes inverses qui se produisent. — Le second rayon se porte de l’extrémité antérieure à l’extrémité postérieure du trou occipital. Ce rayon occipital forme avec le précédent un angle qui mesure faire du crâne, et qui varie chez l’homme de 150 à 160 degrés.
— Le troisième se dirige vers l’extrémité inférieure de la symphyse de la
cale porte une vis qui permet de la fixer. — 8. Aiguille parcourant le cercle gradué.
— 9. Petite saillie transversale soudée au plan oblique et à l’aiguille, ainsi associée à tous les mouvements angulaires du plan oblique.
Fig. 68. — A. Extrémité antérieure du trou occipital, constituant le point de départ de tous les rayons destinés à mesurer les aires du crâne et de la face. — B. Rayon occipital. — C. Rayon occipito-pariétal, formant avec le précédent un angle de 90 degrés. — D. Rayon occipito-frontal ; il forme avec le rayon occipital un angle de 153 degrés, avec le rayon occipito-pariétal un angle de 63 degrés. — E. Rayon occipito— incisif. — F. Rayon occipito-maxillaire. Il forme avec le rayon incisif un angle de 37 degrés; avec le rayon occipito-frontal un angle de 80 degrés, qui mesure l’aire de la face; et avec le rayon occipital un angle de 127 degrés. Ce dernier augmente à mesure que le crâne se rétrécit et que la face s’allonge.
mâchoire et constitué avec le premier un autre angle qui mesure l’aire de la face ; cet angle est de 80 à 90 degrés-
A l’aide de ces rayons, se mouvant autour d’un centre commun, et formant des angles, on peut donc mesurer les aires crânienne et faciale, et les suivre à travers toutes les modifications inverses qu’elles subissent, soit dans une même espèce suivant l’axe et le sexe, soit d’une espèce à une autre. — Si l’on veut poursuivre cette étude et reconnaître la part que les diverses parties de l’extrémité céphalique prennent à ces modifications, il suffira de tirer des rayons secondaires; c’est ainsi qu’un rayon venant se terminer sur la portion moyenne de la suture bipariétale permettra de comparer les parties postérieure et antérieure de faire crânienne.
Si Cuvier a bien posé le principe sur lequel il convient de s’appuyer pour évaluer les dimensions proportionnelles des deux parties qui contribuent à former la tète, on ne saurait contester à M. Segond le mérite de l’avoir très heureusement appliqué.
La face revêt la forme d’une pyramide quadrangulaire dont le sommet représenté par l’éminence du menton se dirige en bas et en avant, et dont la base, tournée en haut et en arrière, s’unit à la partie inférieure et antérieure du crâne. On peut lui considérer, par conséquent, cinq faces ou régions : une région supérieure, une région antérieure, une région postérieure et deux régions latérales.
a. Région supérieure ou crânienne. — Elle offre sur la ligne médiane, en procédant d’avant en arrière : la suture des os du nez, l’articulation de ces os avec l’épine nasale du frontal, celle de la lame perpendiculaire de l’ethmoïde avec le vomer, et la réception de la crête du sphénoïde dans la gouttière de cet os.
Sur les côtés, on voit : l’extrémité supérieure des os du nez, et deux vastes excavations qui font partie des fosses nasales ; en dehors de ces excavations la gouttière lacrymale, puis la paroi inférieure de l’orbite traversée obliquement par la suture qui unit l’os de la pommetle au maxillaire supérieur.
La base du crâne formant la voûte des cavités orbitaires et la plus grande partie aussi de la voûte des fosses nasales, la région supérieure de la face isolée et réduite à elle-même, ne présente plus que le plancher des quatre cavités qu’elle concourt à former.
b. Région antérieure ou faciale. — Elle est plus longue que les autres, oblique de haut en bas et d’arrière en avant. On remarque sur sa partie médiane : 1° l’éminence nasale, étroite supérieurement, plus
large inférieurement, divisée en deux moitiés symétriques par la suture des os du nez, offrant de chaque côté une aulre sulure qui unit ceux-ci à l’apophyse montante des maxillaires supérieurs; 2° l’ouverture antérieure des fosses nasales obliquement dirigée en bas et en arrière; elle revêt la figure d’un triangle isocèle, à angles arrondis, à sommet supérieur, à base transversale ; 3° l’épine nasale antérieure et inférieure, quelquefois bifide ; 4° au-dessous de celle-ci, la suture qui unit les deux maxillaires et la fossette myrtiforme; 5° l’arcade dentaire supérieure, et l’arcade dentaire inférieure plus petite que la précédente; G0 la symphyse du maxillaire inférieur et l’éminence du menton.
De chaque côté, cette région présente de haut en bas une large échancrure qui fait partie du contour de la base de l’orbite. Au-devant de la partie interne de cette échancrure se trouve une surface quadrilatère formée par la branche montante du maxillaire supérieur. Au-dessous et en dehors de sa partie externe existe une autre surface quadrilatère plus considérable, constituée par l’os malaire; au-dessous de sa partie moyenne on observe la suture résultant de l’union de cet os avec le maxillaire supérieur; en dedans de cette suture le trou sous-orbitaire; plus bas la fosse canine; plus bas encore le bord alvéolaire, les arcades dentaires, le trou mentonnier et la ligne oblique externe.
c. Région postérieure ou naso-buccale. — Elle s’étend dans le sens transversal de l’un à l’autre bord parotidien de la mâchoire inférieure. En bas elle est limitée par la courbe parabolique que décrit la base de cet os; et en haut par une autre courbe à concavité postérieure passant par les condyles de celui-ci et l’extrémité postérieure du vomer. Cette région comprend deux étages très distincts : un étage supérieur ou nasal, et un étage inférieur ou buccal beaucoup plus considérable.
L’étage supérieur fait partie des fosses nasales. Vertical et quadrilatère, il offre sur la ligne médiane : l’extrémité postérieure du bord supérieur du vomer, large et bifide; le bord postérieur de cet os, oblique en bas et en avant; et au-dessous de ce bord l’épine nasale postérieure. — De chaque côté on voit l’ouverture postérieure des fosses nasales ; en dehors de celle-ci les fosses ptérygo'ides ; et au delà de ces fosses la face interne des branches de la mâchoire.
L’étage inférieur, beaucoup plus grand, fait partie de la cavité buccale. Il se compose d’une portion horizontale ou palatine et d’une portion verticale ou maxillaire.
La portion horizontale constitue la voûte du palais, remarquable par sa figure parabolique et par sa concavité plus prononcée en arrière. Elle présente sur la ligne médiane une longue suture qui unit en avant les deux maxillaires, et en arrière les deux palatins. — A l’extrémité antérieure de cette suture on voit l’orifice inférieur du conduit palatin
OSTEOLOGIE.
antérieur: conduit large et unique inférieurement, se divisant supérieurement pour aller s’ouvrir sur le plancher de chacune des fosses nasales. — A droite el à gauche de la suture existe une surface inégale et triangulaire que recouvre la muqueuse palatine. — En arrière de celle-ci est nue suture transversale unissant l’apophyse palatine des maxillaires à la portion horizontale des palatins et formant une croix avec la suture médiane; Boyer se plaisait à rappeler qu’une épingle plongée dans le point d’intersection des deux sutures et conduite jusque sur le vomer permettait de •toucher cinq os à la lois. — En arrière de la suture transversale on observe l’orifice inférieur des conduits palatins postérieurs ; et plus en dehors le bord interne de l’arcade alvéolaire supérieure qui encadre toute la voûte palatine.
La portion verticale est iormée supérieurement par les arcades alvéolaires et dentaires, inférieurement par la face interne du corps de la mâchoire. Elle offre, sur la ligne médiane, la symphyse de cet os et les
Fit;. 69. — Face, région antérieure.
Fig. 70. — Face, région latérale.
Ftc. 69. — 1. Frontal. — 2. Bosse nasale. — 3. Arcade orbitaire. — 4. Trou optique. — 5. Fente sphénoïdale. — 6. Fente sphéno-maxillaire. — 7. Gouttière lacrymale.
— 8. Cloison et orifice antérieur des fosses nasales. — 9. Trou sous-orbitaire. — 10. Os malaire. —11. Symphyse du menton. — 12. Trou moutonnier. — 13. Branche du maxillaire inférieur. — H Pariétal. — 15. Suture fronlo-pariétale. — 16. Temporal.
— 17. Suture écailleuse. —18. Grande aile du sphénoïde. — 19. Origine de la ligne qui circonscrit la fosse temporale. — 20. Arcade zygomatique. — 21. Apophyse mastoïde.
Fig. 70. — 1. Frontal. — r2. Pariétal. — 3. Occipital. — 4. Temporal. — 5. Grande aile du sphénoïde. — 6. Suture lambdoïde. — 7. Suture fronto-pariétale. — 8. Suture formée par l’union du bord inférieur du pariétal avec la portion écailleuse du tem- Union de l’angle inférieur et postérieur du pariétal avec le bord supérieur de la portion mastoïdienne du temporal. — 1(1. Suture sphéno-pariétale. — 11. Suture
apophyses géni. A droite et à gauche ou remarque la ligne mylohvoïdienne; au-dessus de cette ligne une surface plane et angulaire; audessous la gouttière qui loge la glande sous-maxillaire.
d. Régions latérales ou zygomatiques. — Elles sont composées de deux plans, l’un superficiel, l’autre profond.
Le plan superficiel, beaucoup plus étendu, est représenté : en haut par l’angle postérieur du malaire, qui contribue à former l’arcade zygomatique; en bas par la face externe de la branche de la mâchoire.
Le plan profond est constitué par la face postérieure de l’apophyse pyramidale du maxillaire supérieur, par la tubérosité de cet os et par la facette externe de l’apophyse ptérygoïdienne du palatin. En s’unissant au sphénoïde, il concourt à la formation d’une fosse étendue et profonde qui porte Je nom de fosse zygomatique.
Cette fosse présente trois faces. — La face antérieure, formée par la partie postérieure du maxillaire supérieur, est la plus grande ; elle s’incline en arrière. — La face interne, formée par l’aile externe de l’apophyse pt.érygoïde et par la facette externe de l’apophyse pyramidale du palatin, est la plus petite; elle s’incline en avant. — La face supérieure, inclinée aussi en avant, comprend dans sa composition toute la partie inférieure des faces latérales du sphénoïde, et une facette triangulaire du temporal située au-devant de la racine transversale de l’apophyse zygomatique. La crête qui part de cette racine pour se prolonger sur le sphénoïde, limite cette face et sépare ainsi la fosse zygomatique de la fosse temporale.
Au point de convergence des trois faces de la fosse zygomatique, ou voit l’excavation qu’elles limitent se rétrécir brusquement pour se prolonger de dehors en dedans jusqu’à l’os palatin, et de bas en haut jusqu’au sommet de l’orbite. Ce prolongement, nommé par Bichat fosse ptér y go-maxillaire, constitue le sommet de la fosse zygomatique. Il se présente sous l’aspect d’une fente verticale se continuant en haut avec la fente sphéno-maxillaire, et formant avec celle-ci une sorte d’équerre.
sphéno-temporale. — 12. Suture sphéno-frontale. — 13, 13. Ligne courbe' limitant la fosse temporale. — 14. Os malaire. — 15. Union de l’angle supérieur de cet os avec l’apophyse orbitaire externe du frontal. — lu. Union de l’angle postérieur du même os avec le sommet de l’apophyse zygomatique. — 17. Union du malaire avec l’os maxillaire supérieur. — 18. Os maxillaire supérieur. — 19. Trou sous-orbitaire. — 20. Os du nez. — 21. Union de ces mêmes os avec l’apophyse montante du maxillaire. — 22. Leur union avec l’échancrure nasale du frontal. — 23. Gouttière lacrymale, au fond de laquelle on remarque la suture formée par l’union de l’os unguis avec le maxillaire supérieur. — 24. Rosse nasale. — 25. Os maxillaire inférieur. — 20. Trou mentonnier. — 27. Angle de la mâchoire. — 28. Apophyse coronoïde. — 29. Condyle de la mâchoire inférieure. — 30. Col du condyle. — 31. Conduit auditif externe. — 32. Apophyse styloïde. — 33. Apophyse mastoïde. — 34. Union de l’occipital avec la portion mastoïdienne du temporal.
La fosse ptérygo-maxillaire est circonscrite : en avant par la moitié supérieure de la tubérosité du maxillaire ; en arrière par la partie antérieure de l’apophyse ptérygoïde; en dedans par l’os palatin. On y remarque cinq orifices : 1° l’orifice supérieur du conduit palatin postérieur, situé à son extrémité inférieure, au point de réunion des trois parois; 2° le trou sphéno-palatin, situé à son extrémité opposée et sur sa paroi interne ; c’est le plus grand et le plus irrégulier ; il donne passage aux vaisseaux de ce nom; 3° le trou grand rond ou maxillaire supérieur, situé sur la partie la plus élevée de sa paroi postérieure; 4° l’orifice antérieur du conduit vidien ou ptérygoïdien , situé sur la même paroi, audessous du précédent, en arrière du trou sphéno-palatin ; 5° enfin l’orifice antérieur du conduit ptérygo-palatin, placé aussi sur cette paroi, en dedans du trou vidien (fig. 50).
G. — Conformation intérieure de la face.
Considérée dans sa conformation intérieure, la face, de même que le crâne, représente une cavité, mais une cavité à cloison multiple, c’està-dire divisée en plusieurs compartiments ou cavités secondaires.
Une cloison horizontale la partage en deux moitiés superposées, l’une supérieure, affectée au sens de la vue et de l’odorat, l’autre inférieure, occupée par le sens du goût. Une cloison verticale et médiane subdivise la première en deux parties, l’une droite et l’autre gauche. La face se trouve ainsi creusée de cinq cavités principales : deux supérieures pour le sens de la vue, ce sont les orbites; deux moyennes et centrales pour le sens de l’odorat, ce sont les fosses nasales; une inférieure et médiane, plus grande, pour le sens du goût.
Ces cavités ont pour caractère commun d’être largement ouvertes au dehors, et très incomplètes. L’inférieure représente plutôt une fosse qu’une cavité ; elle est complétée à l’état physiologique par des parties molles. Les autres ou supérieures sont complétées par le crâne qui les recouvre à la manière d’une voûte.
Parmi les cinq cavités de la face, celle qui loge le sens du goût fait partie de la région postérieure et nous est déjà connue. Tl ne nous reste donc plus à étudier que les cavités orbitaires et les fosses nasales.