RÉSISTANCE, ÉLASTICITÉ DE LA PEAU
Les bandelettes dont la largeur n'atteint pas 2 millimètres ne possèdent qu'une très-faible résistance ; elles se rompent sous l'influence des moindres tractions, les fibres qui les composent étant trop courtes pour en parcourir toute la longueur. — Celles qui ont 2 millimètres de largeur et 3 millimètres d'épaisseur supportent un poids de 2 kilogrammes. — Si' l'on double la largeur, le poids peut être doublé aussi. — Si la largeur est portée à 10 millimètres, le poids sera de 7 à 8 kilogrammes, et s'élèvera jusqu'à iO et même ii pour les languettes prises sur les points où la peau présente son maximum d'épaisseur. Pendant que leur résistance est ainsi mise à Tépreuve, on les voit non-seulement s'allonger très-notablement, mais se rétrécir au point de perdre la moitié ou les deux tiers de leur largeur; elles offrent alors la rigidité d'une corde de violon et résonnent comme celle-ci lorsqu'on les pince.
L'élasticité du tégument externe est mise aussi en complète évidence par les expériences qui précèdent. Le poids qu'on suspend à une languette cutanée de 3 centimètres d'étendue l'allonge instantanément jusqu'à 4 centimètres et demi. Arrivé à ce degré d'allongement, elle résiste à la manière d'un tendon ou d'un ligament ; ce n'est que dans quelques cas exceptionnels que la peau se prête à une plus grande extension. En usant de toutes les ressources de son élasticité, elle peut donc, sous l'influence des tractions et pressions auxquelles elle se trouve exposée, s'allonger très-notablement. Une extensibilité si prononcée lui permet de glisser sur les parties sous-jacentes, et de subir un déplacement assez considérable ; or, pendant qu'elle se déplace ainsi sous l'empire des violences extérieures, elle laisse en quelque sorte à celles-ci le temps d'épuiser leur action. C'est donc à l'élasticité que les corps vulnérants s'adressent d'abord. La résistance n'intervient que lorsque l'extension de la peau, arrivée à ses dernières limites, lui fait pour ainsi dire appel. Si le corps contondant agit sur une large surface, mais civec un peu d'énergie, les téguments résistent. S'il est animé d'une grande puissance, ils se déchirent ; dans ce dernier cas, le déplacement de la peau continuant après la déchirure, la solution de continuité se complique d'un décollement plus ou moins étendu et presque toujours^ aussi d'une contusion profonde, en sorte que les plaies de ce genre, assez simples en apparence, constituent en réalité cependant des lésions d'une certaine gravité.
Lorsque la cause qui triomphe de la résistance de la peau agit d'une manière lente et progressive, la déchirure est incomplète : ainsi se produisent ces traînées linéaires, d'apparence cicatricielle, plus ou moins nombreuses et diversement dirigées, qu'on observe sur la moitié inférieure fie l'abdomen, chez les femmes qui ont eu un ou plusieurs enfants, et qu'on désigne sous le nom de vergetures. — Si la cause qui préside à l'ampliation des téguments agit avec plus de lenteur encore, ceux-ci, à mesure qu'ils se distendent, augmentent d'étendue par l'effet
d'une nutrition plus active qui sauvegarde alors leur intégrité : c'est pourquoi il ne se produit pas ordinairement de vergetures sur les parois de Tabdomen dans Tascite et Thydropisie enkystée de Tovaire, bien que la cavité abdominale éprouve souvent à la suite de ces épanchements une dilatation excessive : de là aussi Tabsence de toute trace de déchirure ou d*éraillements sur la peau qui recouvre les tumeurs, quel que soit le volume de celles-ci.
La résistance et l'élasticité de la peau sont mises en jeu, du reste, dans une foule de maladies qui ont pour effet souvent d'associer leur action. C'est ce qui a lieu dans Tœdème et dans Temphysème sous-cutané : la peaUy en vertu de son élasticité, cède d'abord ; elle résiste ensuite, et prend alors un aspect uni qui contraste avec son état normal. — Dans la ponction du thorax et de l'abdomen, le chirurgien ne réussit à introduire le trocart qu'en usant d'une certaine énergie : celle-ci a surtout pour but. de vaincre la résistance de la peau, les parties sous-jacentes se laissant facilement traverser. Lorsqu'il retire l'instrument, la plaie se resserre et affecte une forme qui n'a plus aucun rapport avec celle du trocart : c'est qu'alors la peau réagit par son élasticité. — Un phénomène analogue se présente à la suite de toutes les plaies par instrument piquant ou tranchant. Les premières se resserrent dans tous les sens et tendent à prendre la forme circulaire ; les secondes se comportent à la manière d'une boutonnière dont les deux extrémités se rapprochent. Ce défaut de rapports des unes et des autres avec le mode de configuration de l'agent qui le^^ produit est un fait qui n'intéresse que médiocrement le chirurgien, mais* qui mérite toute l'attention du médecin légiste.
§ 3. — Couleur de la peau.
La couleur de la peau diffère selon les races, les individus, les diverses régions du corps, et aussi selon les âges.
Les différences de coloration que nous présentent les races humaines constituent un de leurs caractères distinctifs. Beaucoup d'auteurs, exagérant l'importance de ce caractère, l'ont pris pour base de leur classification ; et, ce principe une fois adopté, quelques-uns en ont admis deux seulement, la race blanche et la race noire. A celles-ci d'autres en ont ajouté une troisième, la race jaune, et plusieurs une quatrième, la race cuivrée. Mais la couleur de la peau, se modifie par degrés insensibles de la coloration blanche à la coloration noire ; il en résulte que, pour appliquer ce principe avec une rigoureuse exactitude, il faudrait multiplier les races autant que les nuances, c'est-à-dire jusqu'à l'infini : toute classification établie sur une base -semblable se trouverait ainsi frappée de nullité ou entachée d'arbitraire.