‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 3)Chapitre 193 sur 223 · C. Substance propre dn erlstalllii · texte numérisé non relu

C. Substance propre dn erlstalllii

Cette substance, ou le cristallin proprement dit, constitue la presque totalité de la lentille, puisque la capsule, dans sa plus grande épaisseur, ne dépasse pas un centième de millimètre.

a. Conienr da erlstaiiin. — La transparence de son enveloppe, ainsi que nous l'avons vu, est inaltérable. Celle du cristallin s'altère, au contraire, soit par les progrès de l'Age, soit au contact des agents physiques ou chimiques, soit sous l'influence de certains états pathologiques.

1" Influence de Vâge. — Chez le fœtus et l'enfanl, le cristallin est parfaitement transparent. Il Test aussi chez Tadulte jusqu'à vingt-rinq ou trente ans. Mais, à cet âge, sa partie centrale commence à oiïrir une léjçère teinte jaune-paille. Avec le nombre des années, cette teinte augmente un peu d'intensité, en même temps qu'elle s'étend insensiblement du centre vers la circonférence. Chez le vieillard de soixante-dix à quatrevingts ans, le cristallin, ainsi que le fait remarquer Petit, rappelle par sa couleur Taspect d'un morceau d'ambre jaune bien transparent.

Cette altération de la transparence du cristallin par les projrrès de Tàge est d'autant plus remarquable, qu'elle n'a été observée jusqu'à présent que dans l'espèce humaine. On n'en connaît aucun exemple dans les autres vertébrés, ce qui tient peut-être à une différence de longévité, ou à ce que les animaux sur lesquels ces observations ont été faites ont succombé avant d'avoir atteint le terme naturel de leur existence.

2=* Influence des agents physiques et chimiques, — Par son séjour suffisamment prolongé dans l'eau, le cristallin augmente d'épaisseur. En même temps, il diminue un peu de largeur et se trouble dans ses couches les plus superficielles, mais non d'une manière uniforme; les parties devenues opaques forment des segments triangulaires dont la base répond à la circonférence. Ces segments sont séparés par des espaces transparents étendus des pôles vers l'équateur comme autant de méridiens.

Plongé dans l'eau bouillante, le cristallin se transforme instantanément en un corps opaque assez consistant, de couleur blanche, qui.se laisse décomposer en couches, lames et lamelles.

L'eau glacée lui fait subir une transformation analogue ; mais elle a en outre pour effet de rétrécir son diamètre et d'allonger son axe, en sorte qu'elle rend plus saillante encore la différence de courbure des deux faces. Lorsqu'on dépose le cristallin ainsi transformé dans une eau dont la température est celle du milieu ambiant, il reprend peu à peu sa transparence, ses dimensions et ses courbures normales. On peut ainsi le rendre tour à tour opaque et transparent sans l'altérer en aucune manière.

Exposé au contact de l'air, il se dessèche assez rapidement, et offre, après son entière dessiccation, une couleur jaune-paille.

Soumis à l'action de l'alcool, il devient opaque, d'un blanc mat, et plus ou moins friable.

Les acides lui communiquent la même opacité, mais sans le rendre friable. Leur action est d'autant plus prompte, qu'ils sont plus énergiques et plus concentrés. L'acide azotique lui donne une belle teinte jaune.

Si, au lieu de soumettre le cristallin à l'action isolée de l'alcool et de l'acide azotique, on l'expose à l'action combinée de ces deux réactifs, on voit d'abord quelques petites bulles d'air se dégager de la surface de la lentille, puis après un laps de temps qui varie de .quelques minutes à un

quart irheure, une violente effervescence se produire presque subitement, et un courant de gaz acide nitreux s*élancer du flacon, qui éclaterait infailliblement s'il était hermétiquement terme : le résultat de cette efferyescence est une diss')hition complète du cristallin. Les phénomènes qui accompaa:nent cette dissolution m'ayant frappé, j'ai cru devoir en rendre témoin mon éminent collègue M. Wurtz; et nous avons constaté que tous les corps dont ralbumine forme la base se comportent de la même manière sous rinfluence combinée des mêmes réactifs. Si Ton remplace l'acide azotique ordinaire par l'acide azotique monoliydraté, l'effervescence se produit instantanément.

3* Influence de certains états pathologiques. — On sait «pie lorsque le cristallin est sorti de sa capsule, il penl rapidement sa transparence, soit qu'il séjourne dans Thumeur vitrée, comme lorsqu'il a été abaissé, soit qu'il se trouve en contact avec l'humeur aqueuse, comme on l'observe dans certains cas où il passe et séjourne dans la chambre antérieure. Alors même que le cristallin serait resté dans son enveloppe, le même phénomène pourrait encore se produire; car il suffît, pour qu'il ait lieu, que la capsule ait été seulement divisée ou ponctionnée sur un point: ce point donnera accès à l'humeur aqueuse, qui, s'insinuant de proche en proche, devientira le plus souvent une cause d'altération partielle ou générale : ainsi se développent la plu|>arl des cataractes traumatiques.

b. €•— if ■ce &m erlflMaUin. — Elle varie selon les espèces animales, selon l'âge, et pour les différents |K)ints de son épaisseur.

\* Différences selon les esiièces animales. - Le cristallin de l'homme a très-peu de consistance; il est inférieur sous ce rapport à celui de la plupart des mammifères, des oiseaux et des poissons. Toutes choses égales d*ailleQrs, sa densité e^t en raison directe du volume : ainsi celui du cheval est plus ferme que celui du Ixeuf, celui du bo?uf plus que celui du mouton, et celui-ci plus qut* reui du chien, du chat, du lièvre, etc. Le cristillin des mammifères est plus ferme que celui des oiseaux; mais il l'est beaucoup moins que celui des poissons, rhez lesquels il atteint un legré de consistance qui diffère pt'U de celui de la corne.

2* Différences sHon Ithje, — Il esjt très-mou et presque diffliienl chez le fœtus et l'enfant. De quinze à vingt ans, il acquiert un peu plus de consistance; et celle-ci va ensuite croissant jus^fue dans la vieillesse la

plus avancée; les crislallins 1rs plus jaunes sont aussi les plus dur«.

3* Diffh'tnces sflon Vt^paianwnr. — L»*< courbes su|>erlicielle< du cri^jtallin sont si molle<. qu'on b^s a crues privées de tonte consistance : ce sont elles qui ont été dé<Tiie< sous le nom ^'humeur «le Morgagni. Pour leur cohésion et leur as|M*ri, fWr^ peuvent être comparées â une ^lution dégomme. 4>ll<^ qui leur surrètient sont plus fennp;*, et Ir^ ^uivant«^'«

plus fermes encore. On peut dire, d^une manière générale, que la consistance du cristallin augmente de sa superficie vers son centre. Hais cet accroissement de densité ne s'opère pas d'une manière graduelle. En divisant Taxe de la lentille en quatre parties, on constate que les couches qui forment le quart antérieur et le quart postérieur présentent une consistance à peu près uniforme, et celles qui constituent les deux quarts moyens, une consistance plus grande, d'apparence uniforme aussi; de là cette division déjà ancienne du cristallin en deux couches principales : une couche superficielle ou périphérique, et une couche profonde ou centrale, plus connue sous le nom de noyau du cristallin.

Ces deux couches se montrent parfois très-distinctes dans certaines cataractes où la superficielle est molle, blanchâtre et opaque, tandis que celle du centre offre la forme d'un petit disque transparent, d'une consistance assez ferme, et de couleur ambrée. Mais dans l'état normal on ne saurait déterminer le point précis où finit Tune et où l'autre commence. C'est cependant ce qu'a voulu faire Krause, qui divise le cristallin en cinq couches cl qui assigne à celles-ci les dimensions suivantes :

mm

Couche moUc antérieure. .-. 2,0833

Couche moyenne antérieure 1 ,2732

Noyau 2,0833

Couche moyenne postérieure 1,0417

Couche molle postérieure 0,6944

Plusieurs résultats me frappent dans ce tableau. Je pourrais demander à Krause à quels caractères il a pu distinguer ces cinq couches; je pourrais lui demander aussi comment, après les avoir si bien distinguées, il a pu les séparer pour procéder à leur mensuration; je pourrais lui faire remarquer qu'une telle distinction et une telle séparation supposent une perspicacité el une habileté qui l'une et l'autre semblent tenir du prodige. Mais j'admets qu'il a réellement distingué, séparé, mesuré toutes ces couches. .l'appellerai seulement l'attention du lecteur sur ce chiffre de 7 millimètres et une fraction, qui exprime la longueur totale de l'axe du cristallin si bien étudié par cet auteur. Un axe de 7 millimètres! Mais après quinze Jours do macération, alors que le cristallin est gonflé et distendu par l'eau dont il est imbibé, c'est à peine s'il arrive à 0 niillimètres et demi ! Lui donner plus de 7 millimètres, c'est donc l'allar^ier gratuitement de 2 millimètres et demi, puisqu'il varie de -i 12 à 5 inilliinètres : or, 2 millimètres et demi, c'est juste la moitié de la longueur du susdit axe ! et c'est à Tanatomiste qui a imaginé de diviser le cristallin en ciufj couches ! et qui a eu la prétention de mesurer chacune de ces couches à un (lix-milUètne de millimètre près ! ! qu'il était réservé dese tromper de 2 millimètres et demi, sur une longueur totale de 5 inillimèlres î ! î Aimons les chiffres, puistju'ils sont la plus haute expression do

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