‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 3)Chapitre 215 sur 223 · VAISSEAUX DV LABYRINTHE BIEMBRANEUX · texte numérisé non relu

VAISSEAUX DV LABYRINTHE BIEMBRANEUX

il est situé sous la zone lisse de la membrane basilaire, zone qu'il parcourt dans toute sa longueur.

Le rameau satellite du nerf acoustique se partage en ramifications vestibulaires et en ramifications cochléennes. — Les premières se rendent avec les nerfs correspondants au saccule, à Tutricule et aux ampoules des tubes membraneux supérieur et externe. — Les secondes traversent la lame criblée spirolde du limaçon, marchent parallèlement à l'axe du noyau, puis s'infléchissent à angle droit pour s*insinuer dans les canalicules delà lame spirale osseuse^ où elles s'anastomosent entre elles et avec les divisions du vaisseau spiral.

Les veines du labyrinthe suivent, en général, le trajet des artères. Celle qui accompagne l'artère des canaux demi-circulaires vient se jeter dans le sinus pétreux supérieur ; celles qui occupent l'aqueduc du vestibule et Taqueduc du limaçon s'ouvrent dans le sinus pétreux inférieur.

Les membranes sur lesquelles viennent s*épanouir les dernières divisions du nerf acoustique se sont dérobées longtemps aux recherches des anatomistes. Les observateurs suivaient ce nerf jusqu'à l'extrémité de son conduit; là, ils le voyaient sa partager en deux branches, une pour la cochlée, et une pour le vestibule. Ces branches leur semblaient se diriger vers les cavités labyrinthiques. Mais lorsqu'ils tentaient de les poursuivre, ils n'apercevaient plus dans ces cavités f|u'un fluide aériforme, mentionné dans leurs écrits sous les noms d'aer congénituSf aer implantaius,

G. Bauhin cependant se montra un peu plus pénétrant. Dans son Theatrum anatomicum qui parut en 1605, il s'exprime ainsi sur le mode de terminaison du nerf acoustique : c Ce nerf passe du méat auditif dans la caverne de l'os pier-

> reux ; ses principaux rameaux se terminent en se dilatant à l'instar d'une

> membrane qui constitue l'organe essentiel de l'ouïe (i). >

Dans la premièro édition de son Traité de Voreilky publiée en 1G83, Duverney parle en ternies phis explicites de la terminaison du nerf acoustique : c La por- I tion molle de la septième paire, dit-il, se partage en trois branches : la plus

> considérabh^ étant arrivée à la base du noyau du limaçon, semble se terminer

> et se perdre eu cet endroit; cependant il est vrai qu'en entrant dans le noyau I par tous les petits trous obliques dont nous avons parlé, elle se partage en

> plusieurs lilets qui se distribuent à toutes les parties de la lame spirale. On ne

> peut comparer la distribution de ce nerf qu'à celle du nerf olfactif. Les deux » autres branches de la portioii molle sont destinées au vestibule. La plus con-

> sidérable s'engage dans un trou particulier qui s'ouvre dans la voûte du vcsti- I bubr, cette branche étant entrée forme comme une houppe dont une partie

> s'avance dans la porte (l'ampoule) du canal demi-circulaire supérieur, et dans

> celle de l'antérieur qui est tout joignant et la bouche en partie; ensuite elle

> fournit un petit filet nerveux à chacun de ces canaux. L'autre partie de la

> houppe s'allonge vers le fond du vestibule, où elle produit un petit filet qui I entre dans la porte commune (le canal commun). La seconde branche se divise

(t) G. Bauhini Theatrum anatomicum, 1605, p. 847,

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9 en deux filets, dont Tun entre dans la porte du canal inférieur et l'autre

> remonte vers la porte commune (1). » Ce passage nous montre :

1<* Que Duverney avait poursuivi les nerfs acoustiques jusqu'à leur terminaison ;

^ Qu^l avait entrevu aussi le vestibule et les canaux demi -circulaires membraneux. Car celte houppe dont il parle n'était bien manifestement qu'une portion de Tutricule ; et les filets qu'il en a vus partir n'étaient autre chose que les tubes demi-ciVculaires membraneux. Mais cet auteur, en ouvrant le labyrinthe osseux, avait ouvert aussi le labyrinthe membraneux, d'où TeiTusion du liquide contenu, et la rétraction du labyrinthe qui ne s'est plus présenté à lui dans le ve.stibule que sous l'aspect d'une houppe, et dans les canaux sous celui de fllaments.

En 1684 parurent le travail de Schelhammer et les récherches de Valsalva, le premier d'une valeur presque nulle, les secondes fort importantes.

Schelhammer, dans son travail, fait preuve, en eifet, de plus d'érudition que de sagacité. Tous les efforts qu'il a tentés pour suivre le nerf auditif sont restés infructueux. Cependant il n'ose contredire Hauhin, car il a pu retirer une fois de l'un des canaux demi-circulaires du corbeau une membrane entière (2).

Tandis que le labyrinthe membraneux n'apparaissait aux yeux de Schelhammer qu'entouré des plus épais nuages, il s'illuminait d'une soudaine clarté sous le regard pénétrant de Valsalva. Écoutons cet illustre observateur : c 1^ portion

> molle paraif, au fond du conduit auditif, se partager en deux branches, une

> pour la cochlée, l'autre pour le vestibule et les canaux demi-circulaires. Celle-

> ci se divise en cinq rameaux qui s'épanouissent dans la cavité du vestibule en » une membrane d'une extrême ténuité, de laquelle partent des prolongements » pour chacun des canaux demi-circulaires. Ces prolougemcnts présentent la

> forme d'une bandelette étroite (nous dirions, dans notre langue, d'une corde-

> lette, una cordellina) ou d'une petite zone; leur destination est de recueillir

> les impressions auditives ; c'est pourquoi je les appelle zones sonores. Ils sont » au nombre de trois comme les canaux qu'ils occupent. Leur longueur égale

> celle de ces canaux ; mais leur largeur n'arrive pas à une demi-ligne. Telles

> sont ces zones que j'ai vues si souvent, qu'on ne peut conserver aucun doute

> sur leur existence. A une époque où j'étais moins exercé dans ce genre de

> recherches, il m*est cependant arrivé quelquefois de n'en trouver que quelques

> débris ou vestiges, bien qu'elles soient constantes, ainsi que j'ai pu m'en assu- 5 rer; mais alors je suivais pour' les découvrir un procédé défectueux. S'il en

> arrive autant à quelque autre observateur, qu'il ne se laisse donc pas induire

> en erreur, et surtout qu'il se garde de mettre en doute l'existence de ces

> zones, dont les auteurs jusqu'à présent n'ont fait aucune mention.... La branche » qui pénètre dans la cochlée traverse de petits trous ou canaux osseux ; ses » filets s'épanouissent ensuite en une membrane qui forme la portion membra- » nense de la cloison spirale, et que j'appellerai zone de la cochlée (3). >

En présence de cette description et des planches qui l'accompagnent, on ne saurait contester à Valsalva la propriété de la découverte du labyrinthe membraneux. Voyons maintenant comment cette découverte fut accueillie.

Vieussens, qui à cette époque s'occupait déjà de la structure de l'oreille, mais dont le travail fut publié beaucoup plus tard, eut à peine pris connaissance des recherches de Valsalva, qu'il s'empressa de lui adresser une réclamation de

(1) Traité de l'organe de Vouïe, nouv. édil., Letden, 1731, p. 37, 38 et 39.

(2) Schelhammer, Biblioth. anal. Mangelti^ t. H, p. 209.

(3) Valsalva, Tract, de aure hum., 4« édil., Venetiis, 1740, p. 47, 48 et 49.

priorité : c M. Valsalva, dit-il dans sa préface, a bien osé s'attribuer la. plus con- » sidérable de mes découvertes, pour en faire sans doute le principal fondement

> de ces grandes louanges qu'on a données, dans les journaux des savants, à son 1 Traité de l'oreille de Vhomme. J'ai démontré ce fait très-clairement dans la » lettre latine que j'écrivis dans Tannée 170G à cet auteur, pour le remercier du • présent qu'il m'avait fait de son 4ivre par la voie d'un marchand romain qui, » passant par Montpellier pour aller à Nérac, en Gascogne, me le présenta de sa 4 part. Voyant que M. Valsaha n'a jamais daigné répondre à cette lettre, j'ai » bien voulu la mettre en tôte de cet ouvrage, aûn que les savants qui la liront ) ne puissent nullement douter de ce que je viens d'avancer. » En parcourant cette lettre on y trouve, en effet, ce passage : t Vous vous attribuez la découverte des » membranules qui occupent les trois canaux demi-circulaires, et vous avancez » qu'elles n'ont été observées jusqu'à ce jour par aucun anatomiste ; mais voilà

> prés de trente ans que je les ai signalées dans ma névrograpbie sous le nom » de cordons nerveux. >

Cette dénomination seule suffirait pour ruiner les prétentions de Vieussens ; car, d'une part, Duverney avait déjà très-clairement signalé ces cordons, et de l'autre ce ne sont pas de simples cordons ou filaments nerveux qu'on observe dans les canaux demi-circulaires osseux, mais de véritables membranes enroulées en forme de cordelettes, ainsi que l'avait trèS-bien observé Valsai va.

I^ description que l'anatomiste français nous a laissée du labyrinthe membraneux offre, du reste, beaucoup d'analogie avec celle de l'anatomiste italien ; la voici : « Le ramciu ujol du nerf de l'oreille donne une branche pour la coquille

> (la cocblée), et deux pour la conque (le vestibule) ; celles-ci entrent dans In

> huitième et la neuvième de ses ouvertures et s'y répandent en une membrane

> très-délicate que nous appelons la membrane nei^veuse de la conque, parce » qu'elle couvre toute la surface interne de sa cavité, sans fermer cependant les

> embouchures dès conduits demi-circulaires dans lesqu(îls elle s'insinue, de I telle manière qu'elle en couvre toute la surface (1). »

Cette description atteste que Vieussens a connu le labyrinthe membraneux, mais elle ne fut publiée que trente ans après celle de Valsalva. Les dates plaident donc en faveur de l'anatomiste italien, qui à cet avantage en réunit deux autres : sa description est plus complète ; et pour donner aux faits qu'il avait observés une nouvelle valeur, il les a représentés dans des planches dont l'exactitude et la netteté ne laissent presque rien à désirer : les figures 8, 9 et 10 de sa huitième planche suffiraient à elles seules pour établir ses droits à la priorité de la dérouverte du labyrinthe membraneux. U n'en est pas ainsi des planches que nous a laissées Vieussens; elles sont pour la plupart très-défectueuses.

Morgagni, dans sa douzième lettre publiée en 1740, abordant le même sujet, commence par déclarer qu'il est l'ami de Va.lsalva, mais qu'il est plus encore l'ami de la vérité. H discute ensuite longuement 'les titres de Vieussens à la découverte de la membrane nerveuse du vestibule, puis il émet son opinion; or, d'après ses observations, cette membrane serait tendue, à la manière d'une toile d'araignée, en travers de la cavité vestibulaire qu'elle diviserait ainsi en deux cavités secondaires, une supérieure plus grande, et l'autre inférieure; de cette membrane tantôt carrée, tantôt semi-lunaire, partiraient des filaments pour les canaux demi-ciroul^ires (2). Ces quelques mots nous montrent que Morgagni, qui avait si bien décrit les petits cribles à travers lesquels s'expriment les divisions du nerf acoustique, avait été beaucoup moins heureux dans l'étude du

(1) Vieussens, Traité nouveau de la structure de VoreiUe, 171 i, p. 00 ot 70.

(2) Morgagni, Epùt. anat., 1740, p. U9 et 453.

ftOG SENS DE L'OUIE.

mode de terminaison do ce nerf. I.a vérité el Tamilié devaient en faire on défenseur de Vnlsalva : l'erreur Ta rangé au nombre de ses adversaires.

Cotugno, en 17G1, suivit les errements de Morgagni, ainsi que l'attestent les paroles suivantes : « Toutes les divisions que le nerf acoustique envoie dans le » vestibule s'épanouissent en une membrane qui cloisonne cette cavité et qui la

> partage en deux parties, Tune antérieure et supérieure, l'autre postérieure. » J'appelle cette membrane cloison nerveuse du vestibule (1). »

Après une description aussi erronée, Cotugno a cru pouvoir se permettre un trait ironique à l'adresse de Valsalva :•< Qu'est-ce que les ondes sonores d.» » Valsalva? s'écrie-t-il. Une de ces rêveries dans lesquelles tombe quelquefois

> le bon Homère (2). ^ Cette ironie est d'autant plus étrange dans la bouche de Cotugno, qu'elle s'adresse à un passage à la suite duquel Valsalva décrit le liquide du labyrintiio osseux, et qu'elle prend place, dans l'ouvrage de Cotugno, immédiatement après un article dans lequel cet auteur réclame pour lui la découverte de ce même liquide.

Scarpa arrive enfin. Il reprend ab ovn, en 179i, toute l'étude du labyrinthe membraneux, décrit l'utricule, le saccule, les tubes demi-circulaires, la portion molle do la lame spirale, les deux liquides du labyrinthe, le trajet et le mode de terminaison des nerfs auditifs, avec celte exactitude, cette précision, cette sévérité qui n'appartiennent qu'aux observateurs éminents. Il démontre, en outre, que dans toute la série des animaux vertébrés, l'organe fondamental du sens de l'audition est constitué sur un môme type. Pourquoi faut-il que dans cet admirable travail l'illustro anatomiste italien se montre ingrat envers ses prédécesseurs ? € La doctrine des ondes sonores, dit Scarpa, n'a trouvé jusqu'à présent aucun » partisan, si ce n'est l'auteur lui-même. » Dire que Valsalva a inventé une doctrine, c'est-à-dire une simple théorie de l'audition, c'était* assiurément commettre un grand acte d'injustice : car Valsalva ne fait pas de théorie ; il observe, puis expose avec simpliritéot clarlé les faits tels qu'ils se présentent à son observation. Scarpa ne pouvait se tromper sur la portée de ces faits. Les termes dans lesquels ils sont énoncés ne laissent aucune prise à l'ambiguité ; les plant'hos qui les roprésenlonl ne sont pas moins concluantes. Mais il était réservé à Valsalva d'aborder le premier l'élude du sens de l'ouïe avec une grande supériorité de vue, et d'avoir contre lui ses plus illustres compatriotes.

Après le travail do Scarpa est venu celui de Breschet, lu à l'Académie des scionros de 1830 à 1834. Dans ce mémoire extrêmement volumineux, on ne trouve qu'un fait nouveau : l'existence de la poussière calcaire du vestibule, poussière que Morgagni d'abord et ensuite Scarpa avaient entrevue,. el que le dernier avait même comparée aux pierres auditives des poissons, mais qu'il finit par considérer conuTie un anias de fibrilles nerveuses. Breschet eut le mérite de reconnaître que la poudre calcaire de l'utricule et du saccule, bien qu'elle corresponde aux nerfs utriciilaire et sacculaire, en est indépendante. Ce fait offrait .sans doute un certain intérêt. Cependant ce n'était qu'un fait isolé ; et un fait aussi siniple ne pouvait lui ouvrir les portes de l'Institut, objet de ses plus ardentes aspirations. Afin d'en grossir l'importance, il voulut reconstruire sur ces quelques grains de poussière toute l'histoire du labyrinthe. IJour une pareille œuvre, le futur académicien ne possédait aucune recherche qui lui fût propre.

(1) Cotugno, De aquœductibus auris hum., 1761, p. 20.

(2) Quid ionœ sonorœ a Valsalva proposilœ? Aliquid in quo bonus dormilavit //ornerus (op. cit., p. 23j.

Mais il avait dans sos mains lo travail do Scarpa, mine féconde et à peine connue en France. 11 y puise larp^ement, en dég^uisanl ses emprunts sous des mots nouveaux ; et couïme il y a peu ou point de lecteurs qui aient le temps ou la volonté de remonter aux sources pour contrôler la valeur de l'écrit qu'ils parcourent; connue, d'une autr« part, il y en a beaucoup qui pensent qu'on ne crée des mots nouveaux que pour dire des choses nouvelles, Breschel pouvait espérer qu'un travail édillé sur ces données serait accueilli avec la faveur qui s'attache aux œuvres de progrès ; tel fut, en effet, l'accueil qu'il reçut. Certes, ce travail n'était pas un progrès; c'était une œuvre à la fois audacieuse et habile : audacieuse, car il fallait beaucoup d'audace pour oser s'emparer, en plein xtx® siècle, des recherches d'un homine qui possédait un nom européen ; habile, car il fallait Tétre pour se construire sur une pareille base la réputation d'un grand anatomiste.

Breschet a eu un autre tort encore. Pour compléter son trop volumineux mémoire, il a cru devoir l'enrichir de quelques aperçus historiques. Mais ces aperçus ne sont pas puisés dans la lecture des auteurs originaux, qu'il cite le plus souvent sans les avoir lus et sur la foi d'autres auteurs. Afm de ne pas prolonger cet examen critique, que l'on trouvera trop sévère peut-être, et que je m'efforce cependant d'adoucir beaucoup, je n'en citerai qu'un exemple pris au hasard : c Raymond Vieussens, dit-il, parle plus longuement que Valsai va > du liquide du labyrinthe; il dit expressément qu'il est contenu dans le vesti- » bule, le limaçon et les canaux demi-circulaires. » Ce passage renferme deux erreurs : 1° Valsalva parle assez longuement et surtout très-clairement du liquide du labyrinthe ; 2° Vieussens, au contraire, n'en parle pas. Comment pourrait-il en parler? il admet que tout le labyrinthe est plein d'air! Presque à chaque page il revient sur cet air. sur sa subtilité, sur le rôle important qu'il joue dans l'audition, etc. !!! Tout l'historique de Breschet présente ce môme cachet d'exactitude.

CONSIDÉRATtOXS GÉ.NÉRALES SUR LES ORGANES DES SE.NS;

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