‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 3)Chapitre 38 sur 223 · FONCTIONS DE LA MOELLE ÉPINIÊRE · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA MOELLE ÉPINIÊRE

persistent à penser que ces cordons ne doivent pas être complètement déshérités de leurs anciennes fonctions. Selon SchifT et Longet, ils seraient conducteurs des impressions de simple contact, et les colonnes pise$ transmettraient seulement les impressions de douleur.

Les cordons antéro-iatéraux sont les agents conducteurs des excitations motrices ou centrifuges. Lorsqu'on les coupe sur un animal, les musclesqui reçoivent leurs nerfs des parties de la moelle située en arrière de la section perdent la propriété de se contracter. Mais ces cordons ne représentent pas l'unique voie par laquelle s'opère la transmission des excitations motrices volontaires ; car si Ton divise la substance grise, les mouvements deviennent moins énergiques, ainsi que le démontrent les expériences devan Deen, Stilling et Brown-Séquard.

Telles sont les attributions des colonnes grises et des cordons antérolatéraux. Quelles sont celles des cordons postérieurs? Sur ce point, il faut le reconnaître, la physiologie de la moelle présente une regrettable lacune. Très-probablement ils remplissent des usages analogues à ceux des cordons moteurs ; car tous les faits connus tendent à nous démontrer que les tubes nerveux, quels que soient leur direction, leur origine, leur mode de groupement, etc., jouent le rôle de conducteurs; seuls ceux qu; forment les cordons postérieurs seraient-ils donc privés de cette propriété? Malgré les expériences en apparence si concluantes de M. Brown- Séquard, je persiste à penser qu'il ne peut en être ainsi; et je dirai Tolontiersavec M.Vulpian: < Il est très-possible que les impressions, une fois élaborées dans la substance grise, passent de cetto substance dans les cordons postérieurs, pour être transmises vers Tencéphale (1). »

b. De lu moelle considérée comme centre (ïinnervalion,

La moelle épinière n'est pas un simple conducteur des impressions qui se rendent à l'encéphale et des excitations qui cheminent vers les muscles; elle jouit d'une action propre en vertu de laquelle elle exerce sur toutes les fonctions, mais principalement sur les fonctions de la vie nutritive, une inOuence considérable.

Cette action propre de la moelle épinière a son siège dans la substance grise. Très-souvent elle n'entre en jeu [que lorsqu'elle est provoquée par une impression : elle prend alors le nom de pouvoir réflexe. Mais, pour rinfloence qu'elle exerce sur plusieurs fonctions, cette excitation préalable n'est pas nécessaire; son intervention est directe ou spontanée.

1". Actions et pouvoir réflexes, — Les actions ou phénomènes réflexes sont des mouvements involontaires succédant à des impressions en général non perçues. — Le pouvoir réflexe, ou faculté excito-motrice, est la pro-

(1) Yulpian, Dict. encijclop. des sciences mêd. : Physiol. de la moelle épinière, p. 398.

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priété que possède la substance grise de la moelle, du bulbe rachidien et de la protubérance, de transformer ces impressions en mouvements sans la participation de la volonté.

Toutes les actions réflexes se produisent par le m^me mécanisme; toutes supposent un anneau entr*ouvert dont les deux moitiés, représentées, Tune par un nerf sensible, Taulre par un nerf moteur, seraient réunies par la substance grise. L'impression arrive parle nerf sensitif à cette substance qui la transforme en incitation motrice, laquelle so rend aux muscles en suivant le trajet des nerfs moteurs.

La réaction de la substance grise est en raison directe de l'intensité de l'impression. Lorsque celle-ci est faible, les muscles qui répondent à son point de départ entrent seuls en contraction. Lorsqu'elle est plus vive, les contractions s'étendent à tout un membre. Si elle est plus violente encore, tous les muscles se contracteront à la fois. L'impression, en s'immergeant dans la substance grise de la moelle, peut donc s'irradier par l'intermédiaire des prolongements qui unissent les cellules, et se propager ainsi de bas en baut et de haut en bas, au point d'envahir cette substance dans toute sa longueur.

La moelle étant transversalement divisée dans sa partie moyenne, chacune de ses moitiés conserve son pouvoir réflexe. Collcs-ci peuvent être subdivisées et môme partagées en plusieurs tronçons; la faculté excito-molrice (le ces tronçons restera également intacte.

Lorsqu'on fait sur la partie médiane de la moelle une incision longitudinale, cette faculté survit aussi dans ses moitiés droite et gauche; et si les impressions ne se propagent plus de Tnn à l'autre côté, elles peuvent encore s'irradier avec la même facilité dans loule la colonne grise correspondante au point excité en se propageant à la fois vers ses deux extrémilés.

Les mouvements réflexes peuvent olrc divisés, avec Longet, en deux ordres : les uns, plus évidents, ont pour siège les muscles de la vie animale ; les autres ont pour agents les muscles de la vie organique ; et chacun de ces ordres se partage en deux goures, selon que les nerfs sensitifs viennent de l'axe cérébro-spinal ou du grand sympathique.

2°. Action directe et spontanée de la moelle épinière, — Les actions réflexes ont pour c^aractère commun leur intermittence, régulière et périodique pour les unes, fort inégale pour le plus grand nombre. L'action directe de la moelle est continue. Par sa substance grise, Taxe médullaire exerce une influence considérable stir la nutrition, la circulation, la calorification et la tonicité musculaire. Il ne m'appartient pas de passer ici en revue les divers eflcts par lesquels se manifeste celte influence. Je dirai un mol seulement de la tonicité.

Les sphincters sont en état permanent de contraction, parce que leurs nerfs moteurs reçoivent de la moelle épinière une excitation continue. De

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même, penilanl nos divers mouvements, tous les muscles antagonistes sont dans un étal de tension active due aussi à l'excitation permanente qu'ils reçoivent de la substance {j;rise. Cet état de tension ou d'activité constante des muscles constitue leur tonicité, propriété bien différente de la contraclililé. Celle-ci est inhérente aux fibres musculaires; la tonicité est placée sous la dépendance du système nerveux ; elle implique l'intégrité, nonseulement des nerfs moteurs, mais encore de la substance grise de la moelle et des nerfs sensitifs ou excito-moteurs.

m. — CONSTITUTION GENERALE DE L'AXE ENGÉPHALO -MEDULLAIRE

Dans l'étude de la conformation extérieure et intérieure du système nerveux central, nous avons dû procéder par voie d'analyse, c'est-à-dire le diviser en segments de plus en plus réduits, afin de prendre de chacun d'eux une notion plus complète. Mais les limites qui séparent ceux-ci ne s'étendent pas au delà de leur superficie. En réalité, toutes ces parties s'enchaînent et se continuent ; elles sont liées entre elles par la plus étroite solidarité. Pour atteindre le but que nous nous sommes proposé, il nous reste donc à rapprocher tous ces tronçons épars, à les étudier dans leur continuité, leurs connexions et leur mode d'agencement, à recomposer en un mot le plus important et le plus compliqué de nos organes.

La marche que nous allons suivre dans celte œuvre de reconstitution esj toute tracée. Le système nerveux central est formé de deux substances dont l'une est subordonnée à l'autre. Comment se trouve répartie la substance grise ou active? Comment est disposée la substance blanche à l'égard de celle-ci dans les diveises p?irties de Taxe cérébro-spinal? Quelle est Torigine des principaux groupes de tubes nerveux qui forment cette subs/ance? Qu'elle est la direction relative de chacun de ces groupes? Quel est leur mode de terminaison ?

S'il nous était donné de résoudre toutes ces questions, après avoir considéré l'axe encéphalo-médullaire dans les infinis détails de sa configuration, nous pourrions élever nos regards plus haut et le contempler aussi dans Tensemble de sa constitution, spectacle d'un intérêt puissant qui a été la grande ambition de tous les observateurs depuis trois siècles ! Et cependant, avouons-le, malgré tant d'efforts sans cesse renouvelés, le voile qui couvre celte constitution intime de l'axe cérébro-spinal n'a pu être que Irès-im parfaitement soulevé. La science, sur ce point, est beaucoup plus riche en opinions, en hypothèses, en aperçus, en considérations générales, qu'en acquisitions positives. Ces acquisitions toutefois sont déjà assez nombreusesel présentent une importance très-réelle; c'est surtout auxrecherches

des anatomisles modernes que nous en sommes redevables. Elles permettent d'espérer que le jour viendra où Fagenr emenl réciproque de toutes les parties constituantes du centre nerveux sera assez bien connu pour qu'on puisse donner une formule générale de sa structure. Mais il importe de déclarer que ce moment n'est point encore arrivé. Nous devons donc nous borner ici à exposer les faits connus et les hypothèses les plus probables.

§ 1. — Mode de répartition de la substance grise.

Cette substance occupe trois régions bien différentes. Elle entoure le canal central de Taxe cérébro-spinal ; elle recouvre la plus grande partie de sa périphérie ; elle forme des amas disséminés dans son épaisseur.

La substance grise centrale se présente sous Faspectd^une longue colonne «'étendant du fdum terminale au corps calleux. — La substance grise périphérique revêt la forme d'une couche onduleuse. — Celle qui occupe l'épaisseur du système nerveux constitue autant de noyaux qu'on désigne sous le terme générique de ganglions cérébraux ou encéphaliques.

A. Colonne gri«c centrale. — Le canal qu'enloure la substance grise centrale s'étend de Textrémité inférieure de la moelle jusque dans la cavité creusée au centre de Tencéphale. Inférieurement il est situé dans répaisseur de la commissure grise de la moelle. — Au niveau du bulbe, il sVntr'ouvre, s'élargit considérablement et concourt ainsi à la formation du quatrième ventricule. — Au-dessus de celui-ci, on le voit se rétrécir pour former l'aqueduc de Sylvius, puis se dilater de nouveau pour s'épanouir dans le ventricule moyen ; de là il se prolonge par les trous de Monro dans les ventricules latéraux où il se termine en se dédoublant. Rappelons que les parois de ce canal sont formées par l'épendyme recouvert d'un épithélium vibratile, et qu'il contient une très-minime quantité de liquide. Cet épendyme, avec sa couche épithéliale, se prolonge aussi dans l'encéphale, où il est représenté par la membrane ventriculaire.

La colonne de substance grise entourant le canal central présente la même longueur que celui-ci. Inférieurement, elle descend dans le filum terminale jusqu'au niveau du sacrum, et supérieurement elle remonte sur les parois du septuin lucidum jusqu'au corps calleux.

Nous savons déjà que cette colonne grise est composée de trois lames, deux latérales, curvilignes à convexité interne, et une médiane transversale qui leur sert de trait d'union ; c'est dans l'épaisseur de celle-ci qu'est situé le canal central. La lame latérale droite et la lame latérale gauche se prolongent en arrière jusqu'au sillon collatéral postérieur ; mais en avant elles n'arrivent pas jusqu'à la surface de la moelle. Leur bord postérieur, long et mince, est en connexion avec les racines postérieures ou sensitives des nerfs rachidiens. L'antérieur, court, épais, arrondi et irrégulièrement

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