PRÉFACE. III
les uns des autres non seulement leurs composés binaires et ternaires, mais jusqu'aux éléments qui forment ces composés ; de même, à l'aide de réactifs appropriés, elle parvint à isoler les parties constituantes de nos organes.
En transportant ainsi les procédés de l'analyse dans le domaine de l'organisation, elle appliquait les principes for* mules par l'immortel auteur de l'anatomie générale. Ce qu'il n'avait qu'ébauché, elle entreprit de le perfectionner; ce qu'il avait cru simple, elle parvint à le décomposer; les découvertes qu'il n'avait qu'entrevues, elle fut assez bien inspirée pour les réaliser.
Bien qu'elle n'ait pas eu le mérite de l'initiative, soyons justes à son égard, et accordons-lui toute la part de gloire qui lui appartient dans ce grand mouvement scientifique. Isoler les particules élémentaires des corps organisés et les soumettre ensuite à des grossissements qui nous les montrent avec les caractères propres à chacune d'elles, c'était reculer les limites de l'anatomie normalejusqu'au point où commence l'anatomie morbide; c'était projeter sur celle-ci une soudaine et vive lueur ; c'était créer en quelque sorte l'anatomie médicale. Car si les éléments représentent le siège essentiel des principaux phénomènes de la vie, ils représentent aussi le siège primitif ou le point de départ des maladies qui frappent nos divers organes, et ce sont surtout les altérations de ces parties élémentaires que le médecin doit s'attacher à connaître, afin de pouvoir les combattre dès qu'elles se manifestent.
Mais les sciences, comme les monuments, ont aussi leurs proportions qu'elles doivent conserver; or l'histoire nous montre que lorsqu'une branche est cultivée avec ardeur, c'est presque toujours au détriment des autres, qui restent alors