‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 4)Chapitre 6 sur 219 · PREFACE. V · texte numérisé non relu

PREFACE. V

générale était impatiente de ce nouveau progrès ; j'ai tenté de le réaliser dans cette quatrième édition.

Pour transmettre le dépôt d'une science aussi riche de faits que Tanatomie, il importe d'établir entre celui qui Tétudie et celui qui l'enseigne une sorte de lien intellectuel. Ce lien constitue la méthode. Or il existe dans la science deux méthodes principales, qui portent chacune un grand nom : l'une était celle de Desault, et l'autre celle de Bichat. Dans la première, on divise et subdivise la périphérie des organes pour étudier ensuite chaque partie et particule ; l'œil armé d'une loupe, on voit tout, on décrit tout, on attache à chaque fait, à chaque détail, à chaque point une importance égale. Cette méthode fut celle de Gavard ; son ouvrage nous en offre le spécimen le plus complet que nous possédions; elle a été adoptée aussi par Boyer mais avec des améliorations importantes. Dans la seconde, on divise et l'on subdivise beaucoup moins; le regard ne s'arrête que sur les points les plus saillants ; la description est plus rapide.

Chacune de ces méthodes a ses avantages qu'il faut conserver; chacune d'elles a aussi ses inconvénients qu'il importe d'éviter. La méthode de Desault était une réaction contre les méthodes anciennes, qui ne présentaient de nos organes qu'un tableau infidèle, incomplet et souvent confus. Ce grand homme avait reconnu l'utilité d'une réforme; en l'opérant il rendit à la science un éminent service. C'est à lui que nous sommes redevables de la supériorité incontestée de notre méthode descriptive. On ne peut lui adresser qu'un seul reproche : c'est d'avoir dépassé le but auquel il tendait. Il voulut être complet et tomba dans l'abus des détails.

Une semblable méthode ne pouvait convenir à l'esprit

YI PRÉFACE.

ardent de Bichat. c U faut l'avouer, dit-il, la nature est repmKsante» lorsqu'on la mofitre revêtue de ces formules minutieuses où chaque organe ne se présente à vous que géométriquement entouré d'angles, de faces, de bords, etc., où nulle saillie, nulle fibre presque, n'échappent à la description ; où tel est le nombre des divisions qu'il est plus long souvent de les énoncer que de décrire les objets qu'elles doivent classer. Semblables à ces peintures où l'on ne distingue rien à force d'y trop voir, de telles méthodes deviennent confuses à force d'être exactes-; elles tuent le génie sans soulager la mémoire. »

En réagissant aussi vivement contre la méthode de Desault, Bichat à son tour dépassa le but qu'il voulait atteindre. Ses descriptions, trop sobres de détails, ne donnent des organes qu'une notion insuffisante. Le désir d'éviter un écueil le fit tomber dans l'écueil opposé.

Ni l'une ni l'autre de ces méthodes ne mérite donc une préférence exclusive. En les associant, nous réunirons leurs avantages et nous éviterons les excès qui leur sont si justement reprochés. A la méthode de Desault nous demanderons cette sévérité de principes qui conduit aux descriptions exactes et complètes. A celle de Bichat nous emprunterons l'esprit d'appréciation qui classe les faits selon leur importance, et cette sage réserve qui exclut les détails superflus.

L'élève qui débute dans l'étude de Tanatomie, alors môme qu'il prend pour guide l'ouvrage le plus élémentaire, se montre toujours surpris et presque effrayé de la multiplicité des détails sur lesquels on appelle son attention. A mesure qu'il se familiarise avec la méthode descriptive, cette étude devient moins aride, mais reste encore pour lui fort difficile.

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