‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 5)Chapitre 16 sur 390 · II. — ft · texte numérisé non relu

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mobile prend la direction de la résultante des forces qui l'entraînent. Ainù lorsque l'élévateur et l'adducteur de la pupille se contractent en même temps, celle-ci ne se porte ni en haut, ni en dedans, mais obliquement en haut et en dedans. — I/association des mouvements simples produit quelquefois les mouvements composés, comme dans le cas précédent, où deui muscles indépendants combinent leur action pour un but coounun. \jt plus habituellement, les mouvements composés sont exécutés par des muscles qui agissent toujours ensemble. C'est ce qui a lieu, par exemple, pour la flexion de l'avant- bras sur le bras, ou de la Jambe sur la cuisse ; la volooté commande le mouvement, et les fléchisseurs se contractent aussitôt, liais elle ne peut agir sur chacun d'eux séparément ; si faible que soit le mouvement, et alors môme que l'un d'eux suflirait facilement pour l'exécuter, tous entrent en action simultanément; tous participent à sa production.

l«orsquc deux ou plusieurs muscles produisent des mouvements diamétralement opposés, ils prennent le nom de muscles antagonistes. Les fléchisseurs bont donc les antagonistes des extenseurs, les adducteurs des abducteurs, les rotateurs en dedans des rotateurs en dehors, etc. Quand deux muscles antagonistes se contractent, et que le point mobile ne se meut pa^, il y a antagonisme parfait ; c'est à ce genre d'antagonisme qu'on a donne k* nom de mouvement tonique.

Les muscles qui entraînent un point mobile dans le même sens, et qui par conséquent concourent au même mouvement, ont reçu le nom de muscles congénères. Ainsi les fléchisseurs de la main sont congénùres ; il en e$t de même des extenseurs. Quelquefois les muscles congénères agissent tou> exactement dans le même sens. Mais le plus souvent ils agissent en parti** dans le même sens, et en partie dans un sens opposé, comme les stern»mastoïdiens, dans le mouvement de flexion de la tête : l'action par laqueli** ceux-ci portent la tête à droite et à gauche est annulée ; celle par laquelle il> la dirigent en bas produit seule son eiîet, qui se trouve doublé. Dan» co mouvement ils sont donc à la fois congénères et antagonistes.

Envisagés dans leurs rapports avec les parties qui se déplacent, les m«>uvements rentrent sous les lois de la mécanique, qui considère les organe> passifs de la locomotion comme des le\iers, c'est^-dire comme autant de tiges inflexible? pouvant se mou\oir librement autour d'un point fixe.

Dans un le\ier, trois points surtout sont à prendre en considération : If point fixe ou point d appui, relui auquel s applique la puissance, et celui qui correspond à la résistance. Or, le point d'appui peut prendre tr<*i« positions relativement aux deux autres; de là trois espèces do leviers :

Le levier du premier genre ou intermobile, dans lequel le piiint d'appui est situé entre la puissance et la résistance.

Le le\ier du i^econd genre ou inter-résistant, dans lequel le point d'appui est situé à l'une des extrémités, la puissance À l'extrémité opposée, et U rébistance entre les deux points précédents.

Le levier du troisième genre ou interpuissunt , dans lequel le point d appui répond aussi A l'une des extrémités, mais la résistance à l'autre et i.i puissance à un point intermédiaire.

Oo appelle bras de levieo de la pulssauce, la distance qui la sépare du poÎDt d'appui ; et bras de levier de la résistance, Tintervalle compris entre celle-ci et le môme point.

Dans le levier du premier genre, le bras de la puissance peut Cire plus long ou plus court que le bras de la résistance, ou égal à celui-ci, suivant la siluatioa qu'occupe le point d'appui.

Dans le levier du second genre, le bras de la puissance est toujours plus long que celui de la résistance.

Dans le levier du troisième genre, le bras de la résistance est au contraire plus long que celui de la puissance.

La tête représente un levier du premier genre, dont le point d'appui répond à l'atlas, la résistance à la face, et la puissance à l'occipital. Les vertèbres se meuvent également les unes sur les autres à la manière d'un levier intermobile. — I-orsque, dans l'attitude verticale, nous nous élevons sur la pointe des pieds, chacun d'eux se transforme en levier du second genre, qui a le sol pourpoint d'appui, le tendon (f Achille pour puissance, le poids du corps pour résistance. .— Ces deux espèces de leviers ne sont pas très-répandus dans Féconomic ; le second surtout , qui est si favorable à la puissance , est assez rare.

Dans les divers mouvements qu'ils exécutent, les os représentent, pour la plupart, des leviers du troisième genre qui se meuvent, ainsi que nous ra>ons vu, avec une faible puissance, mais avec une grande vitesse.

B. Tonicité musculaire.

La tonicité est un mode de contraction caractérisé, ainsi que le fait remarquer M. Longet, par une tendance continuelle des muscles à se raccourcir (!)•

Cette propriété, essentiellement vitale, a été confondue, tantôt avec la oontractilité musculaire, dont elle ne serait, selon M. Richet, que le premier degré, tantôt avec l'élasticité, dont aucun auteur, du reste, ne l'a suffisamment distinguée. Bicbat, qui ne la sépare pas de l'élasticité, l'appelle coiUractUité de tissu (2). Malgaignc, qui a méconnu aussi l'élasticité des muscles, lui donne le nom àe rétractilité (3). M. Richet la désigne sous celui de eoniraeiilité spontanée insensible, afin de montrer qu'elle n'est qu'une variété de la contractilité musculaire (U) .

Établissons d'abord que la tonicité diffère très-notablement de la contractilité, et qu'elle ne diffère pas moins de l'élasticité.

i* La tonicité diffère de la contractilité musculaire. — De ces deux propriétés Mtales, la seconde est essentiellement intermittente, ainsi que nous l'avons >u.- La première est permanente ; elle s'affaiblit probablement à mesure que les muscles se raccourcissent, mais ne s'épuise jamais entièrement, quefque «>it leur raccourcissement.

'1) Longel, TraiU depkys.,i. I, 2« fitscicule, p. 13. 'X Biehat, Traité d'anat. génér., t. III, p. 339.

'31 Milgaigne, Traité d'anat. chirury., 2« édit., 1. 1, p. 125.

4) Richet, Traité d'anat. tnéd-chirurg., 2' t'dit., p. 106.

52 MYOLOGlk:.

La contractilité est inhérente aux fibres musculaires ; elle est iodépondante des nerfs moteurs ; elle survit à la section de ceux-ci, et persiste alon môme que leur propriété excito -motrice a été radicalement abolie. — U tonicité est subordonnée, au contraire, à cette propriété excito-motrice : si on la supprime, elle disparaît; si l'on coupe les nerfs moteurs, elle disparaît aussi; elle dépend, en un mot, de Tintégrité des relations qui existent entre ces nerfs et les muscles, elle n'est pas inhérente à ceux-ci.

Ainsi, d'un côté, intermittence d'action et indépendance des nerfs motegrs; de l'autre, permanence d'action et subordination à ces nerfs : telles sont les différences qui distinguent la contractilité de la tonicité.

2* La tonicité diffère de l'éUuticité. — Celle-ci dépend de la constituli»D moléculaire des fibres contractiles; elle persiste aussi longtemps que leur intégrité; la décomposition putride peut seule l'anéantir. — Nous a\onâ ^u que la tonicité, au contraire, est placée sous la dépendance de l'innervation.

L'élasticité ramène brusquement les fibres musculaires à une longueur déterminée, toujours la môme, et cesse ensuite d'agir. — La tonicité procède dans son action avec plus de lenteur, cl semble ne pouvoir Jamais s'épuiser. Si à la suite d'une plaie transversale, les deux moitiés du muscle s'écartent brusquement, c'est parce qu'elles obéissent d'abord à leur élasticité. Si l'écartement n'est pas beaucoup plus prononcé pendant la %ie qu'après la mort, ainsi que j'ai pu le constater, c'est parce que la tooicilé, plus lente dans son action, s'efface dans les premiers instants devant l'action plus vive de l'élasticité. Si plus tard cet écartement augmente, c'est parce que l'élasticité, une fois satisfaite, la tonicité a continué d'agir; elle aurait pu continuer longtemps encore, si le tissu cicatriciel ne venait lui faire équilibre, et bientôt la dominer au point de rapprocher jusqu'au contact les parties divisées.

En un mot , l'élasticité est une propriété physique dont l'action rapide et limitée sert de contre-poids à l'extensibilité.— La tonicité est une propriété vitale dont l'action plus lente et illimitée sert de contre-poids à la contractilité, ainsi que nous allons le démontrer avec Winslow.

Cet auteur est celui qui a le moins parlé de la tonicité. 11 ne lui consacre que quelques lignes. Mais elles mériteraient d'ôtrc inscrites en lettres d ur au frontispice d'une histoire générale des muscles. Les voici :

«f Pour mouvoir quelque partie, ou pour la tenir dans une «ituation détorn minée, tous les muscles qui la peuvent mouvoir y coopèrent. Quelque*- » uns conduisent directement ce mouvement à la situation ou attitude

• déterminée ; d'autres le modèrent en le contre -balançant à l'oppo^ite ; vt » il y en a qui le dirigent latéralement. J'appelle les premiers de ces mu*cU* » principaux moteurs , les autres modérateurs^ et les derniers directeurs du

• mouvement déterminé (1). »

i.es mémorables paroles a\ aient passe inaperçues. A. M. Huchenne do Boulogne) appartient le mérite de les avoir rappelées, et surtout d'en a%(âr

(1} Wînslow, Sxposit. anat., Traité des muscles, p. 166-43.

recoann et démontré rimportance (1). Elles < penrerment toute l'histoire de U tonicité.

Prenons un exemple : Tavant-bras se fléchit sur le bras. Dans ce mouvement, les fléchisseurs sont les principaux moteurs ; ils agissent en vertu de leur contractUité. L'extenseur joue le rôle de modérateur; il modère les précédents par son élasticité et sa tonicité, principalement par sa tonicité ; car lorsqu'il est paralysé, c'est-à-dire lorsqu'il n'a plus que son élasticité, celle-ci modère si peu les fléchisseurs, que Tavant-bras se trouve projeté en arant comme un corps inerte et sans contre-poids.

M. le professeur Nélaton a vu un malade chez lequel tous les extenseurs des doigts étaient paralysés ; lorsqu'il voulait prendre un objet, ses doigts partaient comme des ressorts, et se fléchissaient si vite,'qu'ils arrivaient au contact avant d'avoir pu le saisir (2).

Autre exemple : supposons un mouvement de flexion de la cuisse sur le bassin. Les fléchisseurs impriment le mouvement ; les extenseurs le modèrent; les adducteurs et les abducteurs le dirigent. M. Duchenne (de Boulogne) a constaté que si les adducteurs sont paralysés, la cuisse se dirige eu avant et en dehors ; si la paralysie porte sur les abducteurs, elle se dirige en avant et en dedans. C'est donc en s'opposant leur tonicité, et en se neutralisant réciproquement, que les muscles latéraux deviennent les directeurs du mouvement.

Ces faits nous enseignent que la tonicité est surtout destinée à contrebalancer la contractilité musculaire. En modérant les mouvements imprimés parcelle-ci, elle les rend à la fois plus réguliers et plus précis ; elle leur donne la mesure, la délicatesse, la dextérité. Dans les paralysies partielles, tous ces avantages sont perdus ; mais on peut les restituer en partie aux membres. Dans ce but, M. Duchenne (de Boulogne) applique sur les muscles paralysés des bandes de caoutchouc qui suppléent à la tonicité détruite de ceux-ci par leur élasticité.

Les faits qui précèdent nous montrent aussi que les muscles ne sont jamais dans un véritable relâchement, dans un état réel de repos : leur action est continue. Mais des deux modes par lesquels elle se manifeste, l'intermittent est le seul qui s'accompagne de fatigue ; le permanent ne parait en entraîner aucune.

Isa tonicité des muscles de la face est mise en évidence dans les hémiplégies faciales. Les parties molles de la moitié paralysée sont attirées alors vers la moitié saine, et se déplacent en raison de leur mobilité, d'où la déviation, toujours beaucoup plus sensible, des angles de la bouche. Cette déviation est due à la tonicité qui existe d'un côté, et qui n'existe plus de 1 autre. Elle s'arrête lorsque l'élasticité des muscles paralysés et la résistance des téguments correspondants font équilibre à la tonicité et à l'élasticité des muscles du côté sain. Si à ces deux forces permanentes s'ajoute encore la contractilité, la déviation devient beaucoup plus accusée et prend les proportions d'une véritable difformité.

• i) Duchenne de Boulogne, Physiologie des mouvements, 1867, p. 764. '2} Gominnnirntion orale.

5â MY0L06IE.

Sur les membres, la tonicité, dans Tétat normal, est peu apparente. Elle ne se révèle dans tout l'éclat de son utilité que lorsqu'elle a disparu d'un groupe de muscles, ceux du groupe opposé ne fonctionnant plus alors que d'une manière imparfaite. C'est elle qui règle nos attitudes lorsque les muscles cessent de se contracter, et spécialement dans le sommeil, où elle règne , pour ainsi dire , en souveraine sur tout l'appareil de la loco* motion.

• La tonicité est beaucoup plus manifeste dans les sphincters, parce que son action n'est pas dissimulée par la résistance des leviers osseux qui, sur les membres, s'opposent au raccourcissement des muscles. Ne se fixant que sur des parties molles et mobiles, les extrémités de leurs fibres ne sont plus maintenues à distance; elles peuvent obéir à la force tonique qui les sollicite, et elles se raccourcissent en effet. Ces muscles sont donc dans an état de tension ou de rétraction permanente, d'où Tocclusion des orifices qu'ils circonscrivent. Ainsi se comportent le sphincter anal, le sphincter vésical, Torbiculaire des lèvres, et même l'orbiculaire des paupières, lor»qu'il n'est plus dilaté par la contraction de l'élévateur. Dans l'état de paralysie, leur tonicité est abolie aussi ; ils ne sont plus ni tendus, ni rétractés : c'est pourquoi les orifices à l'occlusion desquels ils étaient préposés restent entr'ou verts comme ils le sont après la mort.

La tonicité qui prend une part si importante aux fonctions musculaires dans l'état normal, n'est pas moins utile dans certains états pathologiques. Lorsque les muscles ont été fortement distendus par une tumeur sou»- Jacente, après l'ablation de celle-ci, c'est elle qui les ramène à leur longueur primitive. C'est elle aussi qui ramène la cavité abdominale à sa capacité ' moyenne après la ponction, dans Tascite, après l'extirpation d'un kyste de l'ovaire. 11 importe cependant que la distension n'ait pas été trop considérable ou trop prolongée, car alors les muscles restent dans un état de flaccidité plus ou moins grande.

Si la tension permanente des muscles est la source de nombreux avantages, elle peut entraîner aussi quelques fjflcheux résultats :

Dans les fractures , elle détermine le chevauchement des fragments , et sftuvent le raccourcissement des membres.

Dans les luxations , elle contribue à immobiliser les os dans la fausse po> sition qu'ils occupent.

Dans les plaies, elle concourt à l'écartement des bords de la solution de continuité, et oppose quelquefois une grande résistance A l'application des appareils unissants.

Dans les amputations, elle préside A la rétraction graduelle des muscles, et devient la cause principale de la conicité des moignons.

G. Sensibilité musculaire,

DcH trois propriété» vitales que possèdent les muscles, la sensibilité est la plus obscure. A la suite des amputations, le chinirgien peut toucher, écarter, rapprocher, comprimer les surfaces de section sans provoquer un sentiment (le doultMir, et même sans éveiller des phénomènes de sensibilité bien ma-

ni/estes. Chez les animaux, même insensibilité : qu'on coupe les muscles^ qu'on les pique ou les pince ; qu'on les comprime au point de les réduire en une sorte de pulpe; qu'on les brûle même, l'animal ne 'donne aucun signe bien évident de souffrance.

On peut dire que ces organes sont à peu près insensibles aux excitants mécaniques et chinoiques. ils ne sont pas dépourvus cependant de toute sensibilité. Mais celle-ci est très-différente de la sensibilité générale ou tacfile. Elle ne se révèle que dans certaines conditions, et offre des caractères qui lui sont propres. C'est à la suite des exercices trop longtemps coatinués ou trop violents, qu'elle accuse nettement son existence ; elle se traduit alors à notre conscience par la fatigue, par .un sentiment de brisement tout particulier ou de simple lassitude. De môme que cette propriété ne s'éveille dans les ligaments que lorsqu'ils sont trop violemment tendus; de même aussi elle ne se montre dans les muscles que lorsqu'ils se sont trop souvent contractés. Elle apparaît, d'un côté pour nous avertir que la résistance des liens articulaires est arrivée à ses dernières limites; de l'autre, p^jur nous informer que les forces dont disposent les organes actifs de la locomotion commencent à s'épuiser.

Les muscles doivent très-probablement leur sensibilité aux nerfs qui accompagnent les vaisseaux sanguins. La ténuité de ces nerfs, leur rareté, 1(' peu de développement et d'importance qu'ils présentent, expliqueraient alors pourquoi elle reste toujours si obtuse. Peut-être est-elle due en partie aussi aux nerfs moteurs; carie sentiment de lassitude semble annoncer que les sources de l'influx nerveux sont provisoirement épuisées. Remarquons que dans toutes les circonstances où elles se tarissent, en effet, au début de certaines maladies graves, par exemple, ce sentiment s'exagère. Il peut même se prcnluire en l'absence de tout exercice préalable ; pour qu'il se développe, il sufBt que les muscles ne reçoivent plus qu'une proportion insuffisante d'influx nerveux ; le moindre mouvement alors est difficile et pénible ; il est promptement suivi de fatigue. Si l'influx nerveux se dégage avec abondance, le système musculaire devient, au contraire, presque infatigable. La sensibilité qu'il possède n'est donc pas une propriété simple; c'est une propriété complexe, subordonnée en partie aux muscles , et en partie aux organes qui président à leur contraction.

La sensibilité musculaire est-elle inhérente au corps charnu des muscles, ou bien à leurs tendons? On ne saurait contester qu'elle réside en partie au moins dans le corps charnu.

Le sentiment de fatigue qui se produit à la suite des exercices modérés, mais très-longtemps continués, a évidemment pour siège les fibres contractiles. Celui qui se développe à la suite d'un violent effort, semble au contraire résider principalement dans les tendons. Ceux-ci Jouiraient donc aussi d'une sensibilité en rapport avec leurs attributions, comme celle des ligaments; mais quelle différence entre l'une et l'autre! et cependant ils sont presque aussi riches en nerfs que ces derniers.

(^tte propriété Joue un rôle fort important dans tous les actes musculaires. C'est à elle que nous sommes redevables de la faculté de sentir le degré de contraction de nos muscles ; c'est elle qui nous fait connaître toutes

56 MYOLOGIE.

les variations qui se produisent dans l'intensité de leur action; c'est elle qui nous donne la conscience 4es forces à dépenser pour atteindre tel oo tel but : avantage précieux qui nous permet de Jes ménager, de les faire durer plus longtemps, d'en tirer le meilleur parti possible. On pourrait donc l'appeler, avec Gerdy, sentiment de l'activité musculaire. Ch. Bell qui, le premier, a reconnu sa destination, et en a très-bien compris toute l'importance, voulut en faire un sens particulier, qu'il désigna sous le nom de sou muêeulairê. Cette dénomination, moins exacte que celle de Gerdy, n'a pas prévalu.

§ 7. — ÉTUDE. — PrÉPAEATIOII DBS MUSCLB8.

Les muscles étant extrêmement nombreux, il importe de procéder à leur étude dans un ordre déterminé. Cet ordre a beaucoup varié. Parmi les classifications qui ont été adoptées, peut-être n'en existe-t-il pas deux qui soient tout à fait identiques. En les comparant, on ne tarde pas à reconnaître cependant qu'elles reposent sur deux principes tour à tour invoqués, offrant chacun leurs avantages et leurs inconvénients: l'un essentiellement anatomique, l'autre plus physiologique.

Les auteurs qui ont basé leur classification sur le principe anatomique divisaient tout le système musculaire en un certain nombre de groupes plus ou moins naturels. Ils décrivaient ensuite les muscles de chaque groupe dans l'ordre de superposition.

Ceux qui accordent la préférence au principe physiologique invoquent les mouvements et composent leurs groupes, tantôt avec les muscles congénères, tantôt avec tous ceux qui contribuent à mouvoir le même os ou une partie quelconque.

Cette seconde méthode était celle de Vésale; ce fut celle aussi qu'adopti le célèbre Winslow. Mais il suffit de parcourir les descriptions, fort exactes d'ailleurs, que nous a laissées cet auteur, pour reconnaître qu'en rapprochant des muscles souvent très-éloignés , et n'ayant de commun qi^e leur attache au même os, elle ne conduit qu'à des notions confuses et incomplètes sur les connexions de ces organes, point fondamental cependant dans leur étude.

La première ne mérite pas ce reproche; elle a au contraire le grand avantage de nous montrer les muscles dans leurs rapports. Chaque groupe devient un tableau dont la vue laine une impression plus durable , et dont tous les détails se fixent mieux dans la mémoire. A cette méthode se rattache le grand*nom de Galien; c'est dire qu'elle a régné sans conteste depub le II* siècle de l'ère chrétienne Jusqu'au xvi% époque à laquelle les anatomistes se partagèrent en deux camps : les uns se rangeant du côté de Vésale, les autres restant fidèles au médecin de Pergame. A cette méthode aussi se ratteche le nom de l'illustre Albinus, qui la fit définitivement prévaloir en publiant ses magnifiques planches (1) et son immortel Traité de$ muselés (3).

(1) Albinos, Tabulœ seeUti et muscui. eorp, hum, Lngd. BsUt., 17(7. (S) Albinm, ttifioria mvimiSonim hannnis, in-6*- Leidv BaUt., 1734-

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