TISSU MUSCULAIRE
noyau auquel le disque se trouvait rattaché. Quelquefois ce globule est double et même triple. Lorsque la préparation a été faite dans les meilleures conditions, le nombre des disques qui nagent dans le liquide est incalculable. Ceux qui reposent sur le porte-objet par une de leurs faces conservent la figure d’un plan circulaire. Ceux qui affectent une direction verticale ou oblique sont anguleux, flexueux, contournés en divers sens ; ils prennent, en un mot, toutes les formes que leur imprime le liquide dans lequel ils flottent ou la pression à laquelle ils sont soumis.
Si les faisceaux primitifs se laissent décomposer en autant de fibrilles qu’ils présentent de stries longitudinales, ils sont donc décomposables aussi en autant de disques qu’ils offrent de stries sombres. L’opinion émise en Angleterre est fondée sur les données de l’observation, comme celle qui a prévalu en France.
Mais cette décomposition est le résultat du procédé employé pour la démontrer; elle doit être considérée comme un phénomène purement artificiel. Les fibrilles qui forment un faisceau primitif sont manifestement continues sur toute leur longueur. Elles se composent de parties alternativement sombres et claires. De la juxtaposition des premières résulte un plan de couleur foncée; de la juxtaposition des secondes résulte un plan transparent. La structure des fibrilles nous explique donc la striation transversale de la fibre musculaire ; elle nous explique aussi la facilité avec laquelle elles se laissent décomposer en disques. Les parties foncées sont plus denses; elles résistent mieux à l’action des réactifs; les parties claires sont demi-liquides; elles deviennent plus liquides encore, puis se dissolvent, et disparaissent. Les disques n’existent donc pas à l’état physiologique; l’existence des fibrilles au contraire est incontestable. Les faisceaux primitifs en résumé sont fibrillaires : chaque fibrille est striée, et la striation totale est la résultante de la juxtaposition des stries partielles.
M. Rouget, cependant, dans ses remarquables études sur les tissus contractiles (1), repousse cette explication. Pour cet auteur, les stries transversales des faisceaux primitifs seraient dues à des ondulations de leur surface ; elles résulteraient du jeu des ombres et des lumières, au niveau des reliefs et des dépressions. Je m’étais autrefois rallié à cette opinion. Mais de nouvelles études, relatives surtout au mode d’évolution de la fibre musculaire, et les connaissances nouvelles que nous possédons actuellement sur ce mode d’évolution, m’ont conduit à une interprétation plus simple et je crois aussi plus vraie : les deux ordres de stries diffèrent de teinte parce que les deux ordres de particules qui forment les fibrilles se laissent très inégalement traverser par la lumière;
(1) Rouget, Mém. sur les tissus contractiles et la contract. (Journal de plujsioloyie , publié par Brown-Séquaid, 1863, 1. VI. p. 087.)
MYOLOGJË.
les parties sombres ou biréfringentes bifurquant les rayons lumineux, qui les traversent, ceux-ci n’arrivent qu’en petit nombre jusqu’à l’œil de l’observateur; les parties claires ou monoréfringentes, les réfractant sans les diviser, se laissent mieux traverser, et se distinguent des précédentes par leur plus grande transparence. En remontant aux premières périodes du développement de la libre musculaire, nous verrons les faits confirmer cette interprétation, et lui donner le caractère d’une démonstration.
Fig. 277. — Fibre musculaire striée.
Fig. A. — Stries transversales et noyaux d’un faisceau primitif (grossissement de 250 diamètres). — 1 , 1 . Stries alternativement sombres et claires de ce faisceau. — 2, 2. Sarcolemme offrant, sur les bords de celui-ci, l’aspect d’une ligne finement festonnée ; les parties saillantes ou les festons correspondent aux stries claires, et les parties rentrantes ou les angles, aux stries sombres. — 3, 3, 3. Noyaux du sarcolemme.
Fig. B. — Stries longitudinales et fibrilles d'un faisceau primitif dont le sarcolemme s'est déchiré sur un point, sous l'influence de la pression à laquelle il a été soumis (grossissement de 250 diamètres). — 1, 1. Partie de ce faisceau sur laquelle on aperçoit des stries longitudinales entrecoupées par des stries transversales. — 2. Partie sur laquelle il n’existe que des stries transversales. — 3, 3. Stries longitudinales. — 4, 4, 4. Fibrilles élémentaires. — 5, 5. Lambeaux flottants du sarcolemme.
Fig. C. — Disques qui semblent former par leur superposition les faisceaux primitifs (grossissement de 250 diamètres). — 1, 1. Sept disques, libres et flottants d’un coté, réunis de l’autre par un noyau qui leur est commun. — 2, 2. Six disques réunis par un noyau qui se trouve situé sur la face opposée. — 3, 3. Quatre disques