‹ Traité d'anatomie descriptiveChapitre 390 sur 481 · DIRECTION, FORME DES VEINES · texte numérisé non relu

DIRECTION, FORME DES VEINES

ou complète, momentanée ou définitive de celle-ci. Dépourvu à son point de départ d’un agent d’impulsion qui le projette vers le cœur, le sangnoir était plus exposé à s’arrêter dans son cours ; ne pouvant vaincre ces obstacles, comme le sang rouge qui élargit peu à peu ses voies collatérales lorsqu’elles sont insuffisantes, il importait qu’il pût les tourner en quelque sorte, c’est-à-dire qu’il trouvât à chaque instant sur sa roule les moyens de refluer avec succès. Or les veines superficielles sont les organes de ce reflux ; elles concourent du moins largement à ce résultat, et cette destination nous explique :

Pourquoi elles se dilatent dans un eflort violent, les veines profondes étant alors comprimées par la turgescence des muscles ;

Pourquoi, dans le cours d’une saignée au pli du bras, le sang coule avec plus d’abondance lorsque les muscles de l’avant-bras se contractent ;

Pourquoi chez les individus qui exercent plus spécialement ces muscles, elles acquièrent dans les membres supérieurs un développement plus considérable.

De cette destination découlent aussi quelques applications pratiques qui ne sont dépourvues ni d’intérêt ni d’importance: 1° les vêtements seront toujeurs assez larges pour n’exercer aucune compression sur les veines sous-cutanées ; 2° les liens circulaires destinés à les assujettir seront placés plutôt au-dessus qu’au-dessous de l’embouchure de ces veines; 3° les bandages, qui ont pour effet inévitable de les affaisser, seront appliqués de manière à les comprimer d’une manière égale sur toute leur étendue ; 4° dans la saignée au pli du bras, la bande sera serrée avec assez de force pour suspendre à la fois le cours du sang dans les veines superficielles et dans les veines profondes, résultat qu’on peut obtenir sans comprimer l’artère. Si les veines superficielles seules sont comprimées, le sang qu’elles contiennent refluant par les anastomoses dans les veines profondes, elles se dessinent mal, s’affaissent sous la pression du doigt, et la lancette les atteint plus difficilement. Si les deux plans veineux sont comprimés au point d’ètre l’un et l’autre imperméables, elles deviennent plus saillantes, plus tendues et se laissent alors facilement pénétrer.

G. Direction, forme des veines.

La direction des veines est moins flexueuse que celle des artères. — Sur tous les points où les artères sont rectilignes, les veines le sont également ; et dans les régions où les artères cessent de l’être il n’en est pas de même pour les veines. Quelques exemples suffiront pour le démontrer : Dans le tronc, l’artère splénique est sinueuse, la veine est rectiligne ; les artères rénales s’infléchissent le plus souvent en divers sens, les veines rénales ne présentent jamais ces inflexions. A la tête, les artères

ANUIOLOGIE.

temporales, faciales, occipitales, décrivent de nombreuses sinuosités ; les veines satellites marchent en ligne droite; même opposition entre l’artère et la veine ophlhalmiques, entre les artères et les veines thyroïdiennes inférieurse. Le sang artériel n’arrive à la base du cerveau qu’après de nombreux détours ; le sang veineux en revient par un trajet si direct, qu’il semble tomber verticalement des hauteurs de l’encéphale dans l’oreillette droite ; à la courbure si prononcée que l’aorte décrit à son origine les veines caves opposent leur direction longitudinale ; tandis que le tronc pulmonaire se contourne en demi-spirale autour de l’aorte, les quatre veines pulmonaires se portent directement des poumons à l’oreillette gauche, etc.

La tendance des veines à la direction rectiligne est si générale, qu’elle se manifeste avec la même évidence, sur leurs rameaux, sur leurs ramuscules, et jusque sur leurs premières radicules. Les artères du pénis sont extrêmement flexueuses, celles de l’ovaire, de 1’ulérus, des trompes de Fallope, ne le sont pas moins; leurs veines contrastent, sous ce rapport, avec les vaisseaux qui précèdent.

11 faut donc admettre que les veines sont moins flexueuses (tue les artères. Constater ce fait, c’est reconnaître aussi que les premières sont moins longues que les secondes. Le cône qui répond par sa base à la périphérie du corps et par son sommet à l’oreillette droite, est donc plus court que le cône représenté par l’aorte et ses divisions. Or cette abréviation du trajet que parcourt le sang pour revenir au cœur a évidemment pour but de faciliter son retour. Si la force qui préside à sa progression est très faible comparativement à celle qui fait mouvoir le sang artériel, par compensation tout ce qui pouvait tendre à l’affaiblir davantage a été écarté ; tout ce qui pouvait lui venir en aide a été au contraire réalisé en sa faveur par une foule de procédés divers.

Forme. — Les veines sont cylindriques, mais elles ne le sont pas aussi régulièrement que les artères. Un assez grand nombre d’entre elles offrent, de distance en distance, de légers renflements qui leur donnent un aspect noueux. Ces renflements correspondent à la présence des valvules. Nous avons vu qu’ils n’existent ni sur le système veineux pulmonaire ni sur le système veineux abdominal. Ils ne sont d’ailleurs apparents que dans l’état de plénitude ou de dilatation des veines.

Extrêmement minces, les veines se laissent très facilement dilater, et peuvent perdre alors momentanément la forme qui leur est propre. Cette facile dilatation est encore une condition favorable à la circulation du sang noir; car la plus faible cause pouvant arrêter ce liquide dans sa marche, les veines deviennent, dans cet état de stase, une sorte de réservoir plus ou moins circonscrit; dans lequel le sang s’accumule momentanément jusqu’à ce qu’il ail trouvé une voie dérivative. — Dans

Page 1