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TRAJET, RAPPORTS DES VEINES

l’état de vacuité, leurs parois s’affaissent et se déforment; sous ce point de vue, elles different beaucoup des artères qui restent partout béantes en conservant leur forme cylindrique.

D. Origine, trajet des veines.

a. Origine. — Les veines naissent par des radicules qui se réunissent pour former des conduits de, plus en plus volumineux et de moins en moins nombreux.

Ces radicules ont pour unique origine le système capillaire. L’appareil de la circulation est parfaitement clos sur toute son étendue. Les échanges qui ont lieu entre le sang et les particules élémentaires de nos organes se font à travers les porosités des vaisseaux, avec d’autant plus de facilité que les parois de ceux-ci sont plus minces.

b. Trajet des veines. — ■ En se réunissant, les veinules forment des ramuscules; ceux-ci produisent les rameaux, qui donnent naissance aux branches, et les branches aux troncs.

Les veinules occupent l’épaisseur des organes : dans les muscles, elles cheminent entre les faisceaux; dans les glandes, entre les lobules qui les composent ; dans l’intestin, entre ses diverses tuniques, etc.

Les rameaux, plus rapprochés de la périphérie des organes, serpentent dans les interstices des parties qui les composent. — Les branches rampent dans les intervalles qui les séparent les uns des autres. — Les troncs occupent les grands espaces celluleux : dans les membres ils marchent entre les principaux groupes de muscles, dans l’abdomen entre les viscères les plus importants, dans le crâne entre les hémisphères du cerveau, etc.

La veine cave supérieure vers laquelle convergent tous les principaux troncs de la tète et du cou, ramène en outre le sang des parois du thorax; elle embrasse par conséquent dans sa sphère un plus grand nombre d’organes que l’aorte ascendante. La veine cave inférieure recueille le sang des membres pelviens et de l’abdomen. Les parties situées audessus de la base du thorax composent le domaine de la première; les parties situées au-dessous forment celui de la seconde : le diaphragme établit assez exactement les limites de l’un et de l’autre.

E. Rapports des veines.

Sur toute la longueur de leur trajet, les veines profondes sont contiguës aux artères et partagent leurs rapports. Quelques auteurs ont cru remarquer que leur situation diffère suivant que l’on considère la veine cave descendante ou la veine ascendante. Selon Serres, les veines recouvrent les artères dans la moitié supérieure du corps et sont recou-

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vertes par celles-ci dans la moitié inférieure. La première partie de cette proposition pourrait être acceptée; mais comment admettre la seconde ! Les artères de la moitié inférieure du corps, loin de recouvrir les veines, sont recouvertes par elles !

Malgaigne, peu satisfait de cette loi, tenta de lui en substituer une autre ainsi formulée : les renies sont situées en dehors des artères dans la moitié supérieure du corps et en dedans dans la moitié inférieure. Or, parmi les veines supérieures, la jugulaire interne seule est située en dehors; et parmi les inférieures, seule la fémorale est située en dedans. La loi de Malgaigne n’était donc pas mieux fondée que celle de Serres.

Après avoir fait justice de l’une et de l’autre, M. Richet a cru pouvoir en ériger une nouvelle sur leurs débris en avançant : que dans la moitié supérieure du corps les veines sont situées en avant et en dehors des artères , et dans la moitié inférieure en arrière et en dedayis. Cette formule, je le reconnais, est moins défectueuse que les précédentes. Mais elle ne tient pas encore assez compte de l’ensemble des faits pour qu’on puisse l’adopter. La veine sous-clavière est-elle située en avant et en dehors? La veine axillaire occupe-t-elle une situation semblable? Non, l’une et l’autre sont situées en dedans.

Est-il donc impossible de définir d’une manière générale les rapports des artères et. des veines? Je ferai remarquer d’abord que ces rapports varient et que nous ne devons pas chercher, par conséquent, à les embrasser dans une formule unique et rigoureuse. Le seul fait qui se dégage de l’étude de ces rapports est celui-ci : les artères tendent davantage à se rapprocher des parties profondes, et les veines à se rapprocher de l’enveloppe tégumentaire. Voyez les carotides primitives : elles sont plus rapprochées de l’axe du cou, et les jugulaires se rapprochent plus au contraire des téguments ; la veine sous-clavière et la veine axillaire se rapprochent plus aussi de la peau ; la veine fémorale en est plus rapprochée que l’artère; la veine poplitée en est plus rapprochée encore. En cherchant à définir les rapports des artères, des veines et des nerfs, j’ai donc pu dire, en termes généraux, que les veines sont plus superficielles que les artères , et les nerfs plus superficiels que les veines.

Les gros troncs veineux, à leur entrée dans le thorax, contractent avec les aponévroses des connexions dont P. Bérard le premier a démontré toute l’utilité et l’importance. Chacun d’eux adhère, dans une étendue variable, au plan fibreux qu’il traverse. La veine cave inférieure adhère au centre phrénique du diaphragme et au sillon que lui présente le foie. Les veines sous-clavières et jugulaires internes, les troncs veineux brachio-céphaliques, adhèrent à l’aponévrose cervicale moyenne. Toutes ces veines empruntent à leur adhérence la faculté de rester béantes lors-

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qu’on les divise. Au moment où le thorax se dilate, c’est en vain que l’air extérieur pèse de tout son poids sur leur contour ; unies à des lames résistantes, qui elles-mêmes sont fixées aux os, elles ne s’affaissent pas, comme le feraient des canaux à parois dépressibles dans lesquelles on ferait le vide. Il suit de cette disposition que la cavité thoracique, en se dilatant, aspire, non seulement l’air atmosphérique qui se précipite par la trachée dans les poumons, mais aussi le sang noir qui se précipite par les gros troncs veineux dans l’oreillette droite. Les mouvements alternatifs de la poitrine n’ont donc pas pour but exclusif la respiration ; ils ont encore pour avantage de favoriser la circulation.

F. Anastomoses des veines.

Les veines communiquent entre elles comme les artères et plus fréquemment que celles-ci. Elles présentent du reste toutes les variétés d’anastomoses que nous avons décrites : anastomoses en arcades , anastomoses à angle ou par convergence , anastomoses par communication transversale ou oblique , anastomoses mixtes ou composées. A toutes ces variétés vient s’en ajouter une nouvelle qui leur est propre : Yanastomose par communication longitudinale.

Les anastomoses en arcades correspondent pour la plupart à celles des vaisseaux artériels. Le système veineux abdominal en est le siège de prédilection.

Les anastomoses par convergence, plus multipliées que les précédentes, se voient sur toute l’étendue du réseau veineux sous-cutané, dans la plupart des régions du corps, et particulièrement sur les points où existent des plexus, comme autour du rachis, dans l’excavation pelvienne, etc.

Les anastomoses par communication transversale, si rares dans les artères, se rencontrent en grand nombre sur le trajet des veines. C’est surtout autour des troncs artériels de troisième ordre qu’on les observe ; les deux veines satellites de ces troncs sont reliées entre elles par une foule d’anastomoses transversalement ou un peu obliquement étendues de l’une à l’autre. Les veines préparâtes, à leur passage sur la racine du nez, communiquent par une anastomose de cet ordre. Des anastomoses semblables s’étendent des veines sous-cutanées aux veines sous-aponévrotiques ; le sinus circulaire n’est qu’une double anastomose transversale des sinus caverneux : à l’intérieur du canal rachidien, combien d’anastomoses semblables !

Les anastomoses par communication longitudinale sont de deux ordres : les plus simples sont constituées par une veine qui, après avoir parcouru un certain trajet, vient s’ouvrir dans la veine dont elle était partie. Ces anastomoses constituent un canal collatéral qui s’ouvre par

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son extrémité initiale dans la veine principale au-dessus d’une paire de valvules, et par son extrémité terminale dans la même veine, au-dessus d’une autre paire de replis semblables. Ainsi disposé, ce canal collatéral a reçu de M. Vernéuil le nom de canal de sûreté. Ce qui le caractérise, c’est la communication qu’il établit entre deux segments valvulaires différents ; il s’étend d’un segment compris entre deux paires de valvules et dans lequel la circulation est momentanément suspendue par suite d’un mouvement de reflux, à un antre segment plus élevé. Son rôle est de prendre le sang emprisonné dans le premier pour le transmettre au second resté perméable. Sous cette forme il constitue un canal de sûreté, réduit à sa plus simple expression. Mais il offre rarement une aussi grande simplicité. Très souvent il est représenté par une veine qui se bifurque et qui s’ouvre par une de ses branches, très courte, dans le segment valvulaire inférieur, et par l’autre, plus ou moins longue, dans le segment supérieur. Plus souvent encore cette veine se subdivise dans son trajet ascendant et s’ouvre alors dans plusieurs segments différents ; ou bien elle se termine par l’un de ses rameaux dans la veine qui précède, et par un ou plusieurs autres dans les veines voisines. Les anastomoses de ce genre jouent un rôle extrêmement important dans la circulation du sang veineux. Elles lui ouvrent, pour revenir au cœur, une foule de voies différentes, d’autant plus utiles qu’elles sont elles-mêmes munies de valvules le plus habituellement, et qu’elles s’opposent aussi au reflux du sang, tout en le conduisant vers les veines restées perméables. .le ne puis mentionner ici toutes ces variétés que M. Jarjavay dans sa thèse a fait connaître pour la plupart, et dont il a exposé une étude très détaillée et très complète (1).

Les anastomoses mixtes ou composées se présentent sous l’aspect d’un plexus à mailles inégales, plus ou moins larges, formé de vaisseaux très différents d’étendue et de calibre. Ces plexus sont tantôt étalés comme celui de la face dorsale de la main et celui de la face dorsale du pied ; ou fasciculés comme celui qu’on observe sur les côtés de la prostate et sur les côtés de l’utérus ; ou disposés en cordon, comme celui qui accompagne l’artère spermatique ; ou sans forme déterminée, comme Je plexus des vésicules séminales, le plexus vésical, le plexus de Santorini, etc. Tous ces plexus ont pour destination de faciliter le retour du sang. Leur existence, leur nombre, le développement si considérable qu’ils présentent, se rattachent à cette cause première qui nous a déjà rendu compte de tant de faits particuliers : l’absence d’un agent d’impulsion à l’origine des veines.

Les anastomoses ont pour destination d’établir entre les divers départements du système veineux des communications plus ou moins faciles.

(1) Jarjavay, les Canaux de sûreté . Thèse, 1888.

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En se succédant et s’enchaînant, elles constituent des voies collatérales qui suppléent, comme dans le système artériel, à l’insuffisance momentanée ou définitive de la voie principale. C’est, ce qui a lieu, par exemple, pour les veines axillaires, sous-clavières, brachio-céphaliques, jugulaires, en un mot, pour tous les gros troncs veineux sus-diaphragmatiques. Les expériences suivantes le démontrent :

Première expérience. — Sur un homme adulte j’ai lié la veine sousclavière, puis j’ai injecté les veines du membre supérieur par l’une des branches qui rampent sur le dos de la main. L’injection est arrivée sans difficulté jusqu’à l’oreillette droite.

Deuxième expérience. — Chez un autre sujet j’ai appliqué deux ligatures sur la sous-clavière, à 3 centimètres de distance ; l’injection est parvenue facilement aussi jusqu’au cœur.

Troisième expérience. — Le tronc veineux brachio-céphalique gauche est lié à sa partie moyenne, et l’injection faite comme précédemment ; le liquide se répand de proche en proche dans toutes les grosses veines, puis pénètre dans la veine cave supérieure et l’oreillette droite.

Quatrième expérience. — La veine jugulaire interne étant liée à sa partie moyenne, le liquide est introduit par le sinus longitudinal supérieur : injection de toutes les veines du cou, des troncs brachio-céphaliques et de la veine cave supérieure.

Ces expériences nous montrent qu’à côté des gros troncs veineux du cou et de la racine des membres supérieurs, il existe une grande voie collatérale : voie si large qu’un liquide grossier, comme le suif, la traverse sans effort ; voie toujours ouverte, toujours suffisante, fonctionnant instantanément, et différant beaucoup à cet égard de celles qui sont annexées aux gros troncs artériels. Les conséquences qui découlent de ces faits sont importantes au point de vue physiologique. Elles ne le sont pas moins au point de vue chirurgical. L’une des grosses veines de la hase du cou étant ouverte, le chirurgien peut la lier sans crainte d’interrompre le cours du sang. Sans doute cette ligature restera toujours une opération grave ; mais elle emprunte ce caractère de gravité à la phlébite qui pourra en être le résultat, et nullement à l’oblitération du tronc veineux.

Ces conclusions sont-elles applicables aux veines des membres inférieurs ? Une ligature peut-elle être jetée sur le tronc de la veine fémorale au niveau du pli de l’aine, sans occasionner un trouble notable dans la circulation ? Ici il importe d’établir une distinction : faite avec un liquide solidifiable, l’injection est arrêtée par la ligature ; faite avec un liquide froid, elle franchit sans peine le lien constricteur. Les faits du reste parlent dans ce sens : sur quatre ligatures chirurgicales, deux ont été suivies de succès.

Si du tronc de la veine fémorale nous passons à celui de la veine cave

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inférieure, nous serons conduits par l’expérience à des résultats analogues et plus remarquables encore. Une ligature étant faite sur ce tronc, le liquide injecté par l’une des veines iliaques externes arrive avec la plus extrême facilité jusqu’au cœur. J’ai posé deux ligatures à 10 centimètres d’intervalle, même résultat. Si l’on en pose trois, quatre, cinq, le résultat reste encore le même ; et telle est l’ampleur des voies anastomotiques suppléant ce tronc veineux, qu’on pourrait le rendre imperméable sur toute son étendue, l’anéantir en un mot, sans que les liquides injectés cessent de parvenir facilement jusqu’à l’oreillette droite. Les vaisseaux qui ramènent alors le sang dans les cavités droites du cœur sont les veines intra et extrarachidiennes. Lorsqu’un médecin comprime l’aorte pour suspendre une hémorrhagie foudroyante consécutive à l’accouchement, il pourra donc procéder à cette compression sans être arrêté par la crainte de comprimer aussi la veine cave; si le sang ne revient pas par cette voie, il reviendra par les veines rachidiennes.

§ 2. — Conformation intérieure des veines.

Considérées dans leur conformation intérieure, les veines diffèrent très notablement des artères. Celles-ci présentent des parois lisses, parfaitement unies dans toute leur étendue. Sur les parois des veines, on remarque, au contraire, un grand nombre de replis membraneux qui jouent le rôle de soupapes mobiles, et qui ont reçu le nom de valvules.

Nous avons à étudier, dans ces replis, leur forme, leur situation, leur nombre, leur texture et leurs usages.

A. Forme des valvules. — Elle rappelle parfaitement celle des valvules sigmoïdes de l’aorte et de l’artère pulmonaire. Dans les gros troncs veineux les valvules sont semi-lunaires comme les précédentes. A mesure qu’on descend des troncs aux simples ramuscules, elles s’allongent dans le sens parallèle à la veine.

Chaque valvule présente deux faces dont l’une est tournée vers les parois de la veine et l’autre vers l’axe du vaisseau ; et deux bords, l’un adhérent ou convexe qui se dirige vers les capillaires, l’autre libre ou concave tourné vers le cœur. — Les faces sont planes lorsque la valvule s’efface pour livrer au sang un libre passage ; au moment où elle s’abaisse pour s’opposer au reflux de celui-ci, la face pariétale devient concave, et convexe la face opposée. — Le bord adhérent est consolidé par un bourrelet fibreux qui forme le squelette de la valvule et qui peut être considéré comme l’analogue des anneaux fibreux du cœur; il a été bien décrit par Ifouzé, dans sa monographie sur les valvules des veines (1). —

(1) Rouzé de l’Aulnoit, Recherches sur les valvules des veines, 1854, p. 49 et suiv.

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Le bord libre est très mince, concave, lorsque les valvules s’élèvent, plus ou moins rectiligne et tendu lorsqu’elles s’abaissent.

Dans cet état d’abaissement, les valvules forment, avec la partie correspondante de la veine, une petite cavité, cavité valvulaire.

Au niveau des cavités valvulaires, les parois veineuses subissent deux modifications importantes. Elles sont plus minces et demi-transparentes, en sorte qu’elles laissent entrevoir le contour de chaque valvule. Elles sont moins résistantes aussi et cèdent à l’effort de la colonne sanguine ; de là une dépression ampulliforme, analogue à celle que l’on remarque au niveau des valvules sigmoïdes de l’aorte, dépression désignée aussi sous le nom de sinus. A l’extérieur, ces dépressions se traduisent par des renflements. Lorsque ces renflements sont nombreux, la veine prend un aspect noueux d’autant plus accusé qu’elle est plus dilatée.

Telle est la disposition la plus habituelle des valvules ; mais toutes n’arrivent pas à ce complet développement. Il en est un grand nombre qui restent à l’état de rudiment et qui ne sont représentées, ainsi que l’a très bien constaté Houzé, que par leur bord adhérent, c’est-à-dire par une sorte de bourrelet fibreux, demi-circulaire. C’est surtout sur les membres qu’on observe ces valvules à l’état de simple ébauche.

B. Situation «les valvules. - — Les valvules sont échelonnées sur les parois des veines ; quelques-unes répondent à leur embouchure. On peut donc les distinguer en valvules pariétales et valvules ostiales. Ces dernières sont rares. — Elles se présentent sous l’aspect d’un petit diaphragme. Ce qui les caractérise surtout, c’est leur implantation sur le pourtour de l’embouchure de la veine; c’est aussi leur direction perpendiculaire à l’axe de la veine dont elles dépendent. Une valvule pariétale peut être extrêmement rapprochée de l’embouchure de la veine à laquelle elle appartient ; mais, quel que soit ce rapprochement, si elle ne s’insère pas sur le pourtour même de l’orifice, elle conserve les attributs des autres valvules du même ordre.

Quant à la situation des valvules pariétales, tous les faits qui s’y rattachent peuvent être résumés dans les propositions qui suivent :

1° Elles sont généralement accouplées ou disposées par paires; et les deux valvules de la même paire sont diamétralement opposées, d’où il suit qu’au moment où elles s’abaissent, leurs bords libres se juxtaposent. 11 n’est pas extrêmement rare de voir ces bords libres s’unir, sur une petite partie de leur étendue, au voisinage des parois de la veine.

2° Elles se succèdent dans un ordre alterne. Si les supérieures se dirigent d’avant en arrière, les inférieures se dirigeront dans le sens transversal. Cette alternance, qui n’est pas rigoureusement symétrique, permet aux valvules de s’entr’aider pour ainsi dire dans le rôle qu’elles remplissent en se complétant les unes par les autres.

3° Elles ont pour siège de prédilection l’embouchure des branches collatérales : les unes se trouvent situées dans la veine principale audessous de cette embouchure, et les autres dans les veines collatérales au niveau ou dans le voisinage de celle-ci. Leur disposition est telle en un mot que le sang versé dans une veine valvuleuse ne peut ni refluer vers son origine, ni rentrer dans la cavité des veines afférentes.

C. Nombre de valvules. — Dans quelques veines, elles se multiplient; d’autres en contiennent peu; beaucoup n’en possèdent pas.

Elles sont plus nombreuses dans les parties du système veineux où le sang coule contrairement aux lois de la pesanteur, plus dans les membres inférieurs que dans les supérieurs, plus dans les veines de petit calibre que dans les veines volumineuses, et plus aussi dans les veines des muscles que dans celles de tout autre organe. Les veinules intramusculaires en sont en quelque sorte criblées.

Les valvules seraient plus abondamment répandues dans les veines superficielles que dans les profondes, suivant Béclard et Meckel. Blandin a réfuté cette erreur, en montrant que les veines inlermusculaires dont les parois sont plus minces et plus souvent déprimées par le jeu des muscles, possèdent, ainsi que la physiologie pouvait le faire prévoir, plus de valvules que les veines sous-cutanées. Mes recherches et celles d’Houzé confirment cette opinion.

Parmi les veines qui présentent le moins de valvules, je citerai la grande azygos, les thyroïdiennes, les spermatiques, les jugulaires, etc.

Au nombre de celles qui en sont privées, viennent se ranger les veines pulmonaires, la veine porte, la veine cave supérieure, les troncs brachiocéphaliques, les rénales, les utérines, les veines intrarachidiennes, les nombreux sinus de la dure-mère, les veines du cerveau, etc.

I). Historique et usages des valvules. — Les valvules ont été découvertes en 1603 par Fabrice d’Aguapendente, un des plus illustres anatomistes de l’Italie (1). Dans ces leçons il décrivait longuement ces replis, indiquait avec précision leur situation, leur nombre, leur forme, et toutes leurs variétés. Quelle était leur destination? Sur ce point Fabrice gardait le silence; il connaissait l’organe; il n’en connaissait pas les fonctions. Mais parmi ses élèves se trouvait un jeune auditeur venu des régions septentrionales de l’Europe. Envoyant les valvules il en comprit l’utilité et l’importance ; pendant qu’un triple voile en dérobait les usages à la vue du maître, une soudaine illumination les révélait à l’esprit de l’élève. Soit qu’il conservât des doutes, soit peut-être qu’il entrevît déjà dans le rôle attribué aces modestes replis toute une révolution grosse d’orages,

(1) Fabricio ab Aquapendente, Opéra omnia, 1738. Lugduni Batavorum. De venarum ostiolis, p. 150. Planches I. II. III, IV, V, VI, VII et VIII.

STRUCTURE DES VEINES

Harvey garda aussi le silence, comprenant cependant qu’une voie nouvelle et féconde venait de s’ouvrir devant lui. Cette voie allait être à la fois l’honneur et le tourment de sa vie; il y entra résolument. Les valvules, à dater de ce moment, devinrent l’objet de ses vives et constantes préoccupations.

De retour en Angleterre, il reprit ses études, les poursuivit par tous les moyens en son pouvoir, multiplia les recherches et les expériences, accumula les faits et les preuves qui confirmaient sa doctrine, et après de longues années de méditation se décida enfin à l’enseigner en 1619, mais ne la publia'qu’en 1628. Elle se résumait dans cette brève formule : les valvules s’opposent au reflux du sang; le sang ne peut donc osciller; il se meut dans une direction constante; il fait le tour complet de l’appareil circulatoire ; en un mot il circule.

Parmi les vérités successivement conquises, aucune peut-être ne s’est présentée à l’admiration des hommes avec un pareil cortège de simplicité, de grandeur et d’évidence. C’est assez dire qu’elle devait rencontrer la plus violente opposition. Car toute vérité est un rayon de lumière; et plus la lumière sera vive, plus elle détruira d’illusions, de préjugés, d’erreurs de tous genres, plus elle détrônera de vaines théories et de fausses hypothèses, plus elle soulèvera de clameurs. Aussi la gloire que décernent les grandes découvertes se mesure-t-elle trop souvent au nombre de leurs blasphémateurs. Celle d’Harvey fut complète ; l’Europe entière se déchaîna contre le circulateur f et cette guerre impie dura quinze ans ! !

§ 3. — Structure des veines.

Les parois des veines sont moins épaisses, moins élastiques et moins fragiles que celle des artères, plus extensibles et plus rétractiles dans le sens transversal. Elles se composent aussi de trois tuniques : une externe, une moyenne et une interne.

A. Tunique externe. - — Comme celle des artères eile est formée de fibres conjonctives et défibrés élastiques dont la plupart suivent aussi une direction longitudinale. — Les fibres de tissu conjonctif sont groupées en faisceaux et fascicules aplatis qui se divisent chemin faisant et qui échangent dans leur trajet de fréquentes divisions, de volume très divers. — Les fibres élastiques remplissent les intervalles compris entre ces faisceaux, les entourent de toutes parts et les relient entre eux, en sorte qu’elles forment avec ceux-ci une enveloppe complète, parfaitement caractérisée, qu’on peut détacher et isoler par grands lambeaux. Ces fibres présentent un volume très inégal ; mais les plus grosses sont ici remarquables par leur extrême abondance. Elles s’anastomosent à

ANGIOLOGIE.

de si courts intervalles qu’elles constituent un réseau à mailles très serrées, d’ailleurs fort inégales et irrégulières. Pour prendre une saine notion de ce réseau, il faut faire disparaître les faisceaux de tissu conjonctif; il apparaît alors dans toute sa réalité, avec les caractères qui lui sont propres, et l’on peut juger de son importance et du rôle qui lui appartient dans les fonctions des veines.

Celte tunique forme à peu près la moitié de l’épaisseur des parois veineuses et quelquefois plus, lorsqu’elle est très développée, comme sur les veines profondes de la jambe. On ne rencontre jamais parmi les libres qui la composent la moindre trace de fibres musculaires.

B. Tunique moyenne. — Elle comprend aussi dans sa structure des fibres de tissu conjonctif et des fibres élastiques. Mais ces deux ordres de fibres ne prennent à sa constitution qu’une part très secondaire. Les premières se groupent en très petits faisceaux sans direction déterminée ; les secondes sont incomparablement plus rares et plus déliées que dans la tunique externe. — L’élément qui prend ici le premier rang est le tissu musculaire. Il constitue presque toute la tunique moyenne.

En faisant disparaître les faisceaux conjonctifs, on reconnaît combien sont minimes et clairsemées les fibres élastiques dans la tunique moyenne, et combien aussi est développé le tissu musculaire qui la constitue.

L’opinion des anatomistes sur la répartition des fibres musculaires dans l’épaisseur des parois veineuses est bien loin encore d’être fixée. Quelques-uns, assez nombreux, admettent qu’on les rencontre non seulement dans la tunique moyenne, mais aussi dans la tunique externe ; plusieurs même disent les avoir observées également dans la tunique interne. J’ai pu constater qu’elles ont pour siège unique et constant la tunique moyenne; les veines sous ce rapport ne diffèrent pas des artères. M’étant livré sur l’étude de ces fibres à d’assez longues recherches, je vais, pour éviter des répétitions et des longueurs, les résumer sous la forme de propositions.

Première proposition. — Dans toutes les veines sus-diaphragmatiques la tunique moyenne se compose de fibres lisses, circulaires, partout juxtaposées et formant une enveloppe complète très régulièrement. constituée et d’épaisseur uniforme.

Deuxième proposition. — Dans la veine cave inférieure et les veines iliaques on voit se surajouter à celle couche profonde ou circulaire une couche de fibres longitudinales plus épaisse que la précédente et l’entourant sur toute sa circonférence. Cette seconde couche se compose de gros faisceaux parallèles, s’unissant entre eux par des échanges incessants de faisceaux plus petits. Lorsqu’on la comprime, les gros faisceaux s’écartant, les petits deviennent apparents et la couche longitudinale prend un aspect plexiforme. Elle se prolonge en bas en conser-

STRUCTURE DES VEINES. 667

vant les mêmes caractères sur les deux veines iliaques primitives et les veines iliaques externes.

En haut, cette couche musculaire superficielle ou longitudinale s’étend jusqu’au foie, ou plutôt jusqu’au diaphragme. — Les gros faisceaux qui la composent ont été vus et mentionnés par la plupart des histologistes modernes. Au-dessus du diaphragme ils disparaissent complètement ; la portion terminale de la veine cave ascendante ne comprend dans sa composition que des fibres connectives et des fibres élastiques. M. Ranvier, le premier, je crois, a signalé çe fait, que mes études viennent confirmer. Je l’ai vérifié non seulement chez l’homme, mais aussi chez le chien, où il est du reste plus facile à constater.

Sur la veine azygos on retrouve ces mêmes faisceaux longitudinaux, qui se prolongent jusqu’à son embouchure et ne sont pas moins volumineux que sur la veine cave inférieure.

Cette couche musculaire longitudinale, si développée chez l’homme, paraît destinée à contre-balancer chez lui les fâcheux effets de l’attitude verticale. Car chez plusieurs quadrupèdes sur lesquels j’ai voulu constater son existence, et particulièrement chez le chien, le lapin et le cheval, elle faisait complètement défaut. Il faut donc la considérer comme un appareil sus-ajouté dans l’espèce humaine à la tunique moyenne pour lui permettre de lutter avec plus d’efficacité contre Faction de la pesanteur.

Troisième proposition. — Les veines du membre inférieur par leur tunique moyenne diffèrent peu de celles du membre supérieur. Cependant j’ai vu très nettement les fibres musculaires longitudinales se prolonger sur la veine fémorale jusqu’à sa partie moyenne; plus bas elles s’atténuent beaucoup et disparaissent à peu près complètement sur la veine poplitée. Les veines profondes de la jambe et du pied en sont dépourvues. Il en est de même des veines superficielles. J’ai examiné avec soin la grande saphène dans toute son étendue; sa couche à fibres circulaires était partout bien distincte ; mais je n’ai pu retrouver nulle part le moindre vestige de fibres longitudinales. Sur le système veineux général, ces fibres, en résumé, appartiennent donc exclusivement : à la grande azygos, à la veine cave inférieure, aux veines iliaques primitives, aux veines iliaques externes et aux veines fémorales.

Quatrième proposition. — Il existe sur le tronc de la veine porte de gros faisceaux musculaires à direction longitudinale. Ces faisceaux s’étendent de son origine, c’est-à-dire de l’angle de réunion de la grande mésentérique et de la splénique, à son angle de bifurcation. La couche qu’ils forment embrasse complètement la couche des fibres circulaires dont elle diffère par son épaisseur beaucoup plus grande et par sa disposition plexiforme. Elle constitue essentiellement la tunique musculaire de ce tronc veineux sur lequel tous les observateurs depuis Bichat

ANGÏOLOGIE.

sont restés surpris de 11e rien trouver qui rappelât la présence d’un agent d’impulsion. Or cet agent d’impulsion existe; il est représenté par ces puissants faisceaux longitudinaux associés aux fibres circulaires sousjacentes. Au moment où ces deux plans de fibres se contractent, le tronc de la veine porte diminue de longueur et de calibre; il diminue de capacité par le transport de toutes les parties qui le composent vers un point central répondant à sa partie moyenne; il représente donc une sorte de cœur. Ce cœur n’affecte pas, il est vrai, la forme d’un renflement; il n’est pas animé de contractions rythmiques et instantanées. C’est un cœur tubuliforme, se comportant à la manière de tous les muscles lisses; son action est lente, progressive, et entrecoupée aussi d’in termittences. Bien que mes recherches soient encore incomplètes, je me crois cependant autorisé à penser qu’il existe chez tous les mammifères, et probablement chez tous les vertébrés;

Cinquième proposition. — Les fibres musculaires des veines sont plus longues que celles des artères, et les fibres longitudinales sont plus longues que les libres circulaires. L’étendue moyenne des fibres artérielle est de 70 p, celle des fibres veineuses circulaires de 125 p à 160 p, et celle des fibres longitudinales de 220 p à 250 p. J’ai vu sur la veine cave inférieure et sur la grande azygos des fibres dont la longueur s’élève jusqu’à 400 p et 450 p, longueur excessive et à peu près égale à celle que présentent chez la femme, les fibres de l’utérus au terme de la gestation. Ces différences de dimensions sont du reste faciles à constater, les fibres dissociées nageant en grande abondance dans le liquide de la préparation ; quelques-unes se déroulant en ligne droite, le micromètre permetd’appréciertrès exactement leurétendueabsolue et relative.

C. Tunique interne des veines. — Cette tunique diffère des deilX autres par sa minceur beaucoup plus grande, par les plis longitudinaux qu’elle présente dans la plupart des gros troncs veineux, et par sa structure. Comme celle des artères, elle comprend deux couches, une couche élastique et une couche endothéliale. La première est si délicate qu’elle permet d’entrevoir assez facilement la couche des fibres circulaires sous-jacentes ; on remarque alors qu’elle a pour éléments principaux des fibres élastiques longitudinales, assez régulièrement parallèles, et reliées entre elles par d’autres fibres beaucoup plus ténues, qui lui donnent l’aspect d’une dentelle. A ces fibres élastiques s’entremêlent des fibres conjonctives qui se continuent avec celles de la tunique moyenne. — La couche endothéliale est formée de cellules allongées, dont le grand axe est parallèle aussi à celui de la veine. Elles présentent un contour un peu sinueux, et s’engrènent par les parties rentrantes et saillantes de ce contour. A l’aide du nitrate d’argent on les met aussi très nettement en évidence.

STRUCTURE DES VEINES

Les trois tuniques qui forment les parois des veines sont donc parfaitement caractérisées et bien distinctes. Il n’y a pas de transition insensible de l’une à l’autre. Chacune d’elles a des attributs qui lui sont propres et qui 11e permettent pas de les confondre.

I). Vaisseaux ut nerfs. — Dans les parois des veines les vasa vasoruin se prolongent bien manifestement de la tunique externe dans la tunique moyenne; ils s’étendent même jusqu’à la tunique interne qu’ils pénètrent en partie. A mesure qu’elles deviennent plus profondes, les artérioles et les veinules se transforment en gros capillaires qu’on peut suivre sans peine, et qui s’anastomosent assez fréquemment dans leur trajet : de là un réseau d’autant plus apparent que les capillaires contiennent presque toujours du sang, en quantité du reste très variable. Les parois des veines diffèrent par conséquent de celles des artères par leur vascularité beaucoup plus grande, différence qui nous explique leur inégale tendance aux lésions inflammatoires : on sait, en effet, combien sont rares les phlegmaties dans le système artériel, et combien au contraire elles sont fréquentes dans le système veineux. Les nerfs dans la tunique externe suivent les vaisseaux sanguins, dont ils se séparent plus profondément pour se ramifier dans la tunique musculaire.

E. structure des valvules. — Les valvules des veines ont été considérées comme un simple repli de leur tunique interne. Elles offrent en effet une grande analogie de constitution avec des valvules du cœur. Comme celles-ci, elles se composent de deux lames, l’une interne regardant l’axe du vaisseau, et l’autre externe tournée vers sa paroi. La première est identique à la tunique dont elle provient; les fibres élastiques sont longitudinales, c’est-à-dire perpendiculaires au bord libre de la valvule ; les cellules endothéliales sont allongées dans le même sens. La lame externe selon M. Ranvier est plus mince, et le grand axe des cellules est parallèle au contraire au bord libre. Entre ces deux lames, on observe un plan de fibres connectives transversalement dirigées, c’est-à-dire parallèles aussi au bord libre des replis valvulaires. Cette lame intermédiaire tire son origine du bourrelet qui donne attache à leur bord convexe ou adhérent, et auquel ils empruntent en partie leur résistance. Ce bourrelet est formé, comme les anneaux fibreux du cœur, de fibres conjonctives et de fibres élastiques.

Chez le bœuf la lame intermédiaire des valvules présente une structure bien différente et exceptionnelle : elle se compose de fibres musculaires parallèles à leur bord libre et formant une couche continue sur toute sa hauteur. Ces fibres faciles à voir 'et faciles aussi à dissocier sont minces et très longues. Leur diamètre ne dépasse pas p.. Pour en déterminer l’étendue m oyenne, j’en ai mesuré quatre ; elle était de 285 p., longuer

ANGIOLOG1E.

considérable, et peu près égale à celle des grandes fibres longitudinales du tronc de la veine porte. C’est surtout sur la veine cave inférieure, ou plutôt postérieure, qu’on trouve ces valvules riches en fibres musculaires. Elles sont remarquables par leur aspect inégal, comme chagriné, par leur teinte rougeâtre, et par les variétés de formes qu’elles présentent. 11 existe aussi dans leur épaisseur des capillaires sanguins, qui remontent jusqu’à leur bord libre, et qui sont du reste peu nombreux, mais cependant bien manifestes.

ARTICLE 11

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