ÉLÉMENTS ANATOMIQUES
cas difficiles l'analyse anatomique intervient et permet de déterminer rigoureusement la nature de chaque partie de Torganisme. L'étude des protozoaireSy de cœlentérés, des vers et de tous les êtres inférieurs^ qui a pris une si grande extension avec la théorie transformiste, ne peut être abordée sans la connaissance exacte des éléments et de leur propriétés.
Importance de l^élément en physiologie. — L'idée dominante de lanatomie générale, qui a tant dimportance en physiologie, est que la vie est une résultante des forces dégagées par la mise en action des propriétés des tissus. Les systèmes de Bichat étaient pour lui des individualités physiologiques ayant leur vie indépendante : or on sait aujourd'hui, grâce aux recherches de l'histologie et à la découverte de l'élément anatomique, que formulée ainsi cette idée n'est pas exacte, qu'il faut appliquer à ce dernier ce que l'auteur de l'anatomie générale attribuait au système ; c'est dans ces parties plus simples, dans les éléments isolables les uns des autres, que réside chacune des forces qui, réunies, font la vie de l'ensemble.
Aussi, bien que les divisions de l'anatomie générale aient une valeur considérable, on peut se demander néanmoins, si la partie fondamentale de l'œuvre n'aurait pas été perdue pour la science sans cette découverte des éléments et l'observation de tous les phénomènes de la vie cellulaire. Muni de ces connaissances, que d'arguments décisifs Bichat aurait pu invoquer, s'il n'avait point dédaigné les ressources de l'analyse microscopique dans laquelle s'étaient illustrés des anatomistes comme Malpighi ! Cette analyse montre, en effet, chacun des actes physiologiques ramené à ses composantes; la nutrition, le développement se voient dans la segmentation de l'ovule, si simple à observer sur les invertébrés ; les contractions musculaires, sur des fibres isolées, séparées du système nerveux. Mais ce qui est plus démonstratif encore, c'est la contemplation de c^s cellules douées de mouvement, comme les éléments ciliés de la trachée, les spermatozoïdes, etc. Abandonnées à elles-mêmes, elles s'agitent et se meuvent dans les liquides comme le feraient desinfusoires, avec une telle apparence de spontanéité, que les premiers observateurs les ont prises pour des animaux.
Quel argument plus puissant invoquer contre l'hypothèse du principe vital, que cette dissociation d'un organisme en un nombre infini de particules vivantes! Car, dans quel élément le placer, ce principe immatériel qui anime l'animal ou l'homme, puisque la vie réside dans chacune des cellules composantes et même dans des parties qui n'ont pas forme cellulaire? Ix)rs même que toutes les manifestations de la vie sont suppri-
mées chez l'être considéré dans son ensemble, chacune de ses cellules est vivante comme auparavant!
Que deviennent, en présence de ces faits, si faciles à constater qu'ils sont de connaissance vulgaire, les démonstrations de Texistence d'un principe immatériel reposant sur sa prétendue indivisibilité?
La physiologie générale trouve encore à Tappui de la même idée bien d'autres preuves tirées des expériences auxquelles elle soumet les différents tissus. CJiacun dVux a, comme nous le verrons, ses éléments carao léristiques; les autres sont communs à tous. Or, lorsque, sous Tinfluence d'un agent toxique, un muscle, par exemple, est modifié dans son action, c'est une vérité banale aujourd'hui que c'est la fibre, l'élément contractile du muscle, qui a été impressionnée. De même, quand certaines substances ont agi sur le cerveau, nous savons très-bien que c'est seulement sur les cellules et les tubes nerveux, etc. Ainsi, l'action des différents agents physiques, chimiques, sur l'organisme, est ramenée à celle de ces mêmes agents sur les différents éléments anatomiques. Il est doiic facile par le moyen des poisons de i>upprimer certaines des forces composantes en laissant les autres continuer leur action.
L'alcool, le chloroforme, l'opium, l'éther, la strychnine, se combinent aux éléments nerveux d'une façon aussi bien définie et aussi constante que les acides aux bases; de même, l'Upas anliar, la Vératrine agissent sur la fibre musculaire, l'oxyde de carbone, l'acide sulfhydriqne sur les hématies, etc. C'est-à-dire, en résumé, (ju'en introduisant des poisons ou des médicaments dans l'organisme, on produit des réactions entre ces substances et ces éléments, réactions absolument délerminées comme celles de la chimie.
La thérapeutique repose sur la certitude que nous avons acquise de les voir se reproduire dans les mêmes conditions : et nous pouvons surtout compter sur son action, lorsqu'elle s'adresse à des éléments en qui résident les attributs les plus élevés de l'animalité. Il n'est point en effet d'effort de volonté qui puisse empêcher les éléments du cerveau d'être modifiés momentanément par l'alcool ou le chloroforme. Du moment que la dose est atteinte, les facultés dites de Tàme sont complètement abolies, et dans l'éthérisatio'n elles sont entre les mains de l'opérateur.
Mais si l'étude des éléments nous montre ces forces organiques isolées, séparées les unes des autres comme les éléments eux-mêmes en qui elles résident, elle nous fait voir en même temps, d'une façon nette, la limite précise où la science positive cesse, pour faire place aux hypothèses. Si, en effet, certaines hypothèses sur la nature des phénomènes intimes de la vie et des cellules peuvent être légitimement faites
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dans Tétat actuel de nos connaissances, il en est d'autres que répudie la science positive, et qu'elle abandonne aux spéculations de Timagination. * L'étude des éléments nous erapêche de tomber dans ces errements si funestes à la science qui consistent à vouloir remonter aux causes premières des phénomènes. Déterminer les conditions précises dans lesquelles ils se produisent, tel est le seul problème (|ue nous devons tenter de résoudre; mais si nous voulons chercher à comprendre ce qu'est la contractililé musculaire, la motricité ciliaire, la nutrition, nous voyons bien vit*» (jue toutes nos connaissances en mécanifjue échouent devant le simple mouvement d'une diatomée, et la chimie tout entière devîint le développementd'une spore de champignon; en face de ces cellules vivantes, animées de mouvements, nous sentons notre impuissance à pénétrer dans la matière. La mécanique, la chimii', la physique nous semblent à une telle distance (le l'interprétation de ces phénomènes intimes, que nous ne pensons pas plus à les expliquer «ivec elles, que les physiciens ne cherchent à trouver dans la pesanteur la mison des phénomènes électriques.
Ils ont maintenu, malgré les progrès de la science, les divisions de la physique en : cinématique, dynamique, chaleur, optique, électricité, etc. Ils ont laissé à part la chimie; et cependant ces sciences ont toutes pour objet les propriétés de la matière inerte et entre les phénomènes dont elles traitent il existe une commune mesure : le principe de l'équivalence des forces, qui montre tout ce que ces classifications ont forcément d'artificiel. Pourtant les phénomènes sonores et lumineux ont été ramenés k des mouvements vibratoires ; pour l'électricité, qui peut affirmer (|u'on ne fera pas de même? La rapidité de transmission de ce qui est encore appelé, improprement, le courant électrique; le fait de la superposition de ces courants dans les mêmes conducteurs, comme celle des vibrations sonores sur les membranes ; la transformation directe du travail mécanique en électricité, et réciproquement: tout porte à penser que l'électricité n'est qu'une certaine forme du mouvement. Néanmoins, les méthodes des sciences exactes sont trop rigoureuses pour aller au delà de ce qu'on peut déduire de l'expérience: et il n'est encore venu à l'idée d'aucun physicien de supprimer les divisions établies ; de même, il faut marquer la distance qui sépare les propriétés physicjues, chimiques, et celles d'ordre organique.
La composition chimique des organismes se ramène toujours au carbone, à l'azote, l'hydrogène, oxygène, soufre, etc., et les réactions qu'ils produisent ont tous les caractères des réactions chimiques. Mais ces éléments du règne minéral, en traversant les tissus vivants, se disposent dans un état particulier que les combinaisons chimiques artificielles
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n'ont pas encore pu reproduire. Les synthèses organiques font bien quelques principes immédiats, mais ce sont encore des produits de désassimilation, et non de la matière organisée. Cet état particulier des éléments composants, de Biainvilie Ta désigné du nom d'état d'organisation. Bichat, exagérant peut-être un peu la notion très-nette qu'il avait des diiïérences qu'offraient les corps organisés avec les substances inorganiques, a eu néanmoins raison de dire : «: Il \ a dans la nature deux classes d'êtres, deux classes de propriélés, deux classes de sciences. »
En parlant ainsi, il acceptait la formule même de cette philosophie scientifique qui laisse de côté la recherche stérile des causes premières, pour l'observation des phénomènes et la détermination de leurs lois. Cependant A. Comte reproche à Bichat a son antagonisme fictifentre la matière organi* sée et la matière inorganique. » Il est certain, à considérer parfois son langage, que la doctrine paraissait vague sur certains points ; si ce n'est dans ridée, au moins dans l'expression. La contractilité organique, l'irritabilité qu'il admettait encore étaient des restes de son éducation première. Mais si Ton juge l'homme par les faits accomplis et par sa méthode, on trouve que le reproche de vilaliste qui lui est adressé quelquefois est certainement mal fondé. Ce livre écrit à la hâte, sous le coup d'une inspiration de génie, aurait été bientôt corrigé si l'auteur n'était mort à trente-trois ans, et avait eu le temps de le méditer davantage. S'il retombe par moments dans les erreurs des physiologistes qui Tout précédé, son langage est pourtant bien explicite quand il dit en commençant : « La doctrine générale de cet ouvrage ne porte précisément l'empreinte d'aucune de celles qui régnent en médecine et en physiologie. Opposée à celle de Boerhave elle diffère, et de celle de Stahl et de celle des auteurs qui, comme lui, ont tout rapporté dans l'économie vivante à un principe unique, principe abstrait, idéal et purement imaginaire quel que soit le nom, âme, principe vital, archée, etc., sous lequel on le désigne. »
Et si l'on veut juger maintenant Bichat par les résultats obtenus, il suffit délire cette phrase, écrite par Gœthe quelques années après sa mort, en 1807. « Tout être vivant n'est pas une unité, mais une pluralité, même lorsqu'il nous apparaît sous la forme d'un individu ; il est une réunion d'êtres vivant et existant par eux-mêmes. » Ces êtres vivants dont parle Gœthe, ce sont les éléments anatomiques. Bichat a donné ainsi à la physiologie une puissante impulsion, en plaçant la recherche des problèmes de la vie non plus sur le terrain des hypothèses vitalistes ou iatro-mécaniciennes, mais sur celui de la méthode expérimentale. A partir de ce moment, la science marche sur la voie tracée, et les découvertes sont
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innomiirmbles. Ost en la suivant que Cl. Bernard a produit son œuvre si considérable, dont une grande partie n'est qu'une suite de Tanatomie générale.
9e r^léBieat e« patlMlogie. — En pathologie, la notion de l'élément a la même importance que dans les autres sciences dont nous venons de traiter.
Elle a permis de faire une analyse rigoureuse de chacun des pixxiuits morbides. Elle a démontré cette proposition si importante, que tous sont formés par les éléments mêmes qui entrent dans la constitution des tissus normaux. Elle a fait rentrer le développement des tumeurs dans les lois générales de l'histogénie, et a montré alors que toutes les affections de cette nature étaient attribuées à des parasites, jusqu'où devaient s'étendre les limites du parasitisme.
Mais, résultat plus important encore, l'histologie, qui nous avait montré l'élément vivant, nous conduit maintenant à cette autredonnée fondamentale, dont nous nous occuperons au chapitre suivant, c'est que deux éléments identiques dans la forme et les caractères extérieurs pouvaient être absolument différents au point de vue pathologique. En un mot, elle nous donne la notion des états isomériques de la matière organisée, comme cause des maladies diathésiques (voy. Ch. Robin, Tfaitédeshumeurs^ étals mmlenti),