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DE L'ÉTAT D'ORGANISATION

§ 8. a L'organisation est un état particulier d'association moléculaire » de principes immédiats, appartenant à trois groupes, unis chimiquement )> en un système commun, temporairement indissoluble. La faible stabi- » lité de cette composition complexe est à la fois la condition d'exis- » tence de sa rénovation moléculaire nutritive et de sa dissociation » chimique après une durée restreinte. Ce qui a vécu n'est plus doué d'or- » ganisation. » (Littré et Robin, Dictionnaire de médecine y 1878.) L'étal d'organisation, ainsi défini, est absolument indépendant de la forme ; une substance homogène, un liquide, comme le plasma sanguin, sont organisés.

Mais les auteurs que nous venons de citer n'ont pas assez bien établi la différence entre l'état d'organisation et la vie. Tout corps vivant est organisé, mais la réciproque n'est pas vraie : tout corps organisé n*est pas vivant. L'organisation n'est que la condition nécessaire de la vie, elle ne la fait pas. Un exemple bien simple fera comprendre qu'il y a la même différence entre ces deux états, d'une substance simplement organisée et d'une substance vivante, qu'il y a entre réquilibre au repos et le mouvement.

La graine, que l'on peut conserver intacte pendant des siècles sans aucune altération, est un corps organisé ; qu'on la place dans des condi-

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lions déterminées de chaleur et d'humidité, elle deviendra vivante et germem. Mais si cette graine est altérée, c est-à-dire si son état d'organisation a disparu, quel que soit le milieu où on la place, elle ne peut pas revivre et se développer.

On pourrait citer bien d autres faits aussi remarquables, empruntés tant au règne animal qu'au règne végétal : Les expériences de Doyère et de Pouchet père ont montré que Ton pouvait dessécher des tardigrades, les soumettre à une température dépassant 100 degrés, les conserver ensuite quatre-vingt-deux jours dans le vide absolu, et après toutes ces manipulations leur rendre la vie en les replaçant dans une atmosphère humide.

Un autre exemple est fourni par l'œuf des oiseaux. Celui de la poule, au moment où il est pondu, a déjà subi un commencement de développement; sous rinfluence du froid le développement s'arrête; Tœuf ainsi refroidi peut se conserver plusieurs semaines, exactement dans l'état où le froid Ta saisi ; mais qu on lui rende une chaleur de 39 à 40 degrés, aussitôt la partie active de Tœuf redeviendra vivante. M. Dareste a montré dernièrement qu'on pouvait, à une période avancée de l'incubation, arrêter le développement pendant un jour ou deux pour le laisser reprendre ensuite sous l'influence de la chaleur.

A la graine, aux tardigrades, que faut -il pour rendre la vie? Un milieu avec lequel ils puissent opérer des combinaisons chimiques; à Tembryon de poulet, il suffit de la chaleur, c'est-à-dire d'une certaine quantité de force vive ([ui imprime à la matière le mouvement vital. Entre la chaleur et la vie, il y a donc encore celte loi d'équivalence, qui gouverne toutes les forces de la nature.

Cl. Bernard admettait qu'il existe une vie latente dans la graine, et il divisait les êtres suivant qu'ils ont une vie latente, une vie oscillante, c'est-à-dire avec des maximas et des minimas, ou une vie constante. Dans la graine, il y aurait, selon lui, une nutrition réduite à son minimum et l'humidité, le contact de l'air ne feraient pour ainsi dire qu'activer le mouvement. Nous ne pouvons admettre qu'il en soit ainsi, que les grains de blé retrouvés dans les anciens monuments de l'Egypte aient vécu pendant toute cette immense période sans évoluer, sans se détruire. Ce qu'il appelle vie latente, c'est pour nous l'état d'un corps qui est apte à vivre mais qui ne vit pas , qui est simplement organisé. Une preuve incontestable en est fournie par ce fait que le vide ne détruit pas les propriétés de la graine, pas plus que dans les expériences de Doyère il ne détruit celles des tardigrades. Or, là où il n'y a pas d'oxygène, il n'y a point de vie ; il y a seulement organisation.

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Entre la matière organisée desséchée et la matière organisée hydratée et vivante, il existe une différence absolue. Le rapport entre ces deux états est le même qu'entre un- corps inorganique et un corps organisé. Mais, s'il faut admettre que le mouvement est inséparable de la matière, quelle que soit sa nature ; si l'immobilité que nous supposons aux molécules de la substance simplemt^nt organisée n'est qu'un repos relatif, on peut représenter les différences entre ces deux états en les conjparant à deux corps dont l'un aurait comme loi de son mouvement une certaine courbe, l'ellipse par exemple, l'autre une hyperbole.

Les exemples précédents font assez comprendre la différence entre l'état d'organisation qui est le repos, et la vie qui est le mouvement. L'état d'organisation n'est pas plus la vie que l'état moléculaire du charbon n'est la lumière. Mais qu'on chauffe ce corps combustible, c'est-à-dire qu'on lui iinprime une certaine quantité de force vive, sous forme de mouvement, de choc, de frottement ou de chaleur; s'il est placé dans le milieu voulu, aussitôt il deviendra incandescent et les combinaisons chimiques ne cesseront que quand il sera entièrement consumé.

On pourrait pousser la comparaison plus loin. Si rien n'enlève la cendre et les produits de conibustion qui s'accumulent, le charbon s éteint bien avant d'être entièrement brûlé ; de même dans les organismes, les produits engendrés parles parties vivantes restent au milieu d'elles; ils s'y entassent, les étouffent pour ainsi dire et marquent ainsi le terme où toute vie doit s'éteindre.

Ce n'est pas seulement chez les végétaux, chez les animaux inférieurs (jueron peut trouver des comparaisons, mais chez les mammifères, chez l'homme lui-même. Aussitôt après la décapitation tous les éléments, toutes les parties constituantes de Têtre sont aussi vivantes qu'auparavant, et si Ix^aucoup d'entre -elles ne donnent plus aucune manifestation de vitalité, elles ne cessent pas pour cela d'êlre organisées, et elles restent ainsi dans cet état d'organisation pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que s'opèrent les premiers dédoublements chimiques. Brown-Sé([uard, en effet, a montré qu'en injectant du sang dans les vaisseaux, on pouvait, longtemps après la mort, rendre aux muscles leur contractilité.

Les éléments nerveux continuent de vivre lorsqu'après la décapitation on injecte du sang oxygéné dans les artères. Aussi la mort, telle que le vulgaire la considère, n'est-elle pour le physiologiste que la cessation d'action de l'encéphale, .alors que toutes les parties de l'orgaiiisnie ont conservé les mêmes propriétés. Elles sont toutes dans l'état d'or^\anisation : qu'on leur rende le plasma sanguin, c'est-à-dire leur

milieu normal, qu'on leur permette les échanges chinii(|ucs indispensables, et la vie reparaîtra.

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