‹ Traite d'anatomie generale appliquee a la medicineChapitre 28 sur 101 · DES MANIFESTATIONS DE Ï.A VIE DANS LA MATIÈRE ORGANISÉE · texte numérisé non relu

DES MANIFESTATIONS DE Ï.A VIE DANS LA MATIÈRE ORGANISÉE

§ 9. La première question, dans l'élude des propriétés d'ordre organique de ces matières, est de savoir comment elles se fonnenl. Peuventelles naître spontanément du monde minéral? Telle est la question, dite de la génération spontanée, depuis longtemps discutée, et qui est loin d'avoir reçu une solution définitive.

Les partisans de Thétérogénie peuvent encore invoquer des arguments à Tappui de leur thèse, bien (|ue les expériences de Pasteur, les recherches des naturalistes qui ont observé la génération des parasites de rhomme et des différents animaux aient fait faire un progrès considérable à la question, et reculé de pins en plus le domaine de Thétérogénie. Mais, ainsi que l'observe avec raison Ch. Robin, la première question à résoudre, avant de chercher à comprendre la formation d'un animal quelque inférieur qu'il soit, serait celle de la génération d'un simple élément anatomique. Or, il est manifeste que certains éléments se forment spontanénjent dans un blastème, c'est-à-dire au sein de la matière organisée vivante, comme le noyau vitellin au centre de l'ovule, les cellules végétales au centre d'autres cellules, dans le cas de formation libre intracellulaire ; mais si ces exemples sont rares, car pour la génération même des éléments dans les tissus animaux la doctrine de la genèse a perdu beaucoup de terrain, ils n'en soiit pas moins positifs. Pour les espèces animales ou végétales les plus inférieures, il en est peut-être de même, et les cas de génération spontanée peuvent être très-restreints, mais exister néanmoins. Or, étant donné la rapidité avec laquelle les organismes inférieurs sont détruits, pour peu que leur milieu soit modilié, peut-on être assuré que dans les expériences on a réalisé toutes les conditions nécessaires à leur développement, (i'est là l'argument derrière lequel peuvent encore longtemps se réfugier les partisans de l'hétérogénie.

En outre, les êlres sur lesquels porte la discussion, champignons ou algues, sont encore trèsélevés en organisation, car ils ont une constitution cellulaire bien définie. Si la génération spontanée existe, les végétaux formés de cette façon seraient cerlainement analogues aux amibes^ à des masses de matière azotée, sans forme arrêtée, sans paroi de cellule ni de noyau. Huxley avait cru la voir dans ce qu'il a appelé le BatybiuSy qui a été démontré être du sulfate de chaux. Si des matières de ce genre existent, elles sont encore à démontrer.

rVvtrition. — La matière organisée est animée d'un double mouvement continu d'assimilation et de désassimilalion. De Blainville définissait la vie par ce double mouvement; on peut, il est vrai, le considérer comme le fait capital qui domine tous les autres.

L'assimilation est un acte en vertu duquel la matière organisée s'imbibe de substances dissoutes et les transforme par son contact de façon à les rendre identiques à ce qu'elle est elle-même. Le protoplasma des cellules végétales transforme ainsi l'acide carbonique, l'ammoniaque en matière organisée réductible après la mort en principes immédiats albuminoïdes. On voit par conséquent quelle est l'énergie de ces phénomènes chimiqu.es qui peuvent amener des corps gazeux et de composition simple à former des composés aussi complexes. L'assimilation n'est donc pas une simple imbibition de matières dissoutes, mais une série de réactions chimiques très-actives et qu'on n'a pas encore pu reproduire expérimentalement.

La désassimilation consiste aussi en transformations chimiques amenant le passage des albuminoïdes à l'état de sels cristallisables et d'alcaloïdes , la formation de matières grasses, de sucre, de glycogène, d'amidon, substances qui se séparent peu à peu de la matière organisée suivant leur degré de solubilité.

Chez les végétaux, les phénomènes d'assimilation sont plus énergiques que chez les animaux. Les premiers, en effet, fabriquent de la matière organisée avec des substances minérales ; les seconds ne font cette dernière qu'en transformant des matières albuminoïdes en leurs isomères ou en principes gfas et amylacés.

Nous avons dit plus haut que la vie était d'autant plus active dans la matière organisée que celle-ci était plus molle, plus destructible. Le protoplasma des cellules végétales, dans lequel se passent ces phénomènes énergiques d'assimilation, qui se développe avec tant de rapidité surtout chez les cryptogames, n'échappe pas à celle loi générale ; à peine exposé à l'air, il se détruit et il n'y a point de réactif qui le conserve. Il se rapproche par conséquent par ces caractères du protoplasma des cellules des invertébrés.

Quant aux actes de la désassimilalion, ils offrent encore d'un règne à l'autre des différences sensibles. Dans la matière organisée animale, ils engendrent des produits qui n'ont plus aucun emploi ; dans l'autre, au contraire, ce sont des huiles, des gommes, de la cellulose, etc., qui continuent h faire partie de l'organisme. Aussi, tandis que le végétal ne cesse de croître en se désassimilant, l'animal se détruit rapidement en même temps qu'il se nouiTit.

L*assimilation remportant suria désassiniilation, il en résulte Taccroissèment, les phénomènes de développement et par suite de reproduction. La reproduction n'est que la séparation d'une certaine portion de la masse totale, possédant par conséquent les mêmes propriétés originelles ou acquises, d'où résulte la loi d'hérédité. Toute matière organisée tend d'abord à l'augmentation de sa masse, pendant une certaine période, qui serait représentée sur une courbe par la ligne ascensionnelle. Puis arrive un moment où les composés chimiques, engendrés par le travail de nutrition, s'accumulent, gênent l'action du reste de la masse, et alors commence la période de déclin représentée par la partie descendante de la courbe. Enfin amve la cessation de la vie, qui n'est pas un retour en arrière, comme le dit avec raison Ch. Robin, mais le dernier point de la courbe d'évolution.

Il n'y a donc pas dans [la matière organisée de phénomènes de régression, ainsi que récrivent aujourd'hui la plupart des auteurs. Jamais il n'y a de retour eu arrière dans quelque phénomène que ce soit. Il est contraire à toute saine philosophie d'accepter une telle idée; mais il y a évolution, c'est-à-dire changement continu, suivant une loi déterminée.

On trouve encore écrit dans beaucoup de livres le retour à létat embryonnaire. C'est une idée fausse qui repose sur une observation incomplète des phénomènes de génération des éléments. Il n'est pas plus exact de dire qu'un élément revient à l'état embryonnaire, que d'admettre qu'un être flétri par l'âge peut reprendre tout à coup les formes et les attributs de la jeunesse. Depuis l'élément le plus simple jusqu'à l'animal le plus élevé en organisation, nous trouvons toujours la même loi: une période d'accroissement se terminant par les phénomènes de reproduction, après quoi le déclin. La régression, le retour à l'état embryonnaire, sont malheureusement contraires aux lois naturelles.

On appelle retour à l'état embryonnaire d'un tissu une génération nouvelle dans ce tissu, d'éléments ayant les mêmes caractères qu'ils offrent* chez l'embryon. L'erreur est manifeste. Chaque tissu renferme des éléments susceptibles de reproduction ; or, dans certaines conditions celte reproduction s'effectuant, il en résulte des cellules nouvelles à côté des anciennes, mais les anciennes n'en sont pas rajeunies pour cela. Une société ne devient pas plus jeune parce qu'il s'y fait beaucoup d'enfants.

Beaucoup d'éléments de l'organisme n'ont que ces propriétés de nutrition. D'autres ont en plus l'excitabilité, propriété qu'il ne faut pas confondre avec l'irritabilité, sur laquelle nous nous expliquerons au chapitre suivant. L'excitabilité est la propriété que possèdent les nerfs et les muscles, de dégager de la force vive sous l'influence de certains agents phy-

siqucs, chimiques ou organiques, dits excitants. L'excitabilité des nerfs chez les animaux, qui ont atteint un certain degré d'organisation, leur permet de percevoir des sensations. La force vive dégagée établit sous forme de fluide nerveux un courant qui se propage dans tout le cercle formé par les fibres nerveuses ; d'où résultent des modifications des centres de perception, ou impressions sensitives. Si le courant revenant de ces centres vers la périphérie influence les muscles, excitables aussi, il produit une contraction et un mouvement. La substance nerveuse possède donc, sous le nom de névrilité (Vulpian), la sensibilité et la motricité.

Chez les animaux supérieurs, la faculté de sentir les impressions périphériques, de les élaborer, de déterminer des réactions motrices, est Tatlribut d'éléments spéciaux bien déterminés : les éléments nerveux.

Ces éléments possèdent donc la névrilité qui comprend, d'après Ch. Robin:

La sensibilité.

La motricité.

- , ( instinctive.

La pensée J . ,, ,, ( mtellectuelle.

Ces propriétés des éléments nerveux, qui constituent les attributs les plus élevés et exclusifs de l'animalité, appartiennent bi(»n en propre à la matière organisée, et ne résultent pas de la manifestation d'un principe extra-matériel quelque nom qu'il porte. Elles ne sont pas plus difficiles à comprendre que la germination, que le développement de l'œuf pendant rincubation artificielle.

Le système nerveux de l'embryon de poulet possède, on ne le contestera pas, une grande partie des attributs que nous venons d'énumérçr. Or, si les éléments qui le composent n'étaient que les instruments d'une force préexistante, où serait-elle donc cette force avant l'incubation, et lorsqu'on suspend le développement pendant des journées entières, comme dans les expériences de Dareste ?

Chez les animaux supérieurs, les propriétés des éléments nerveux se manifestent par l'intermédiaire d'autres éléments qui engendrent le mouvement. Ces éléments sont les fibres musculaires, lesquelles possèdenlla contractilité; ainsi névrilité et contractilité musculaire, tels sont les attributs de la matière organisée, qui distinguent les êtres les plus élevés du règne animal. La force vive accumulée par la nutrition et dégagée par la fibre musculaire ne se manifeste plus par un courant comme dans le nerf, mais par un changement d'état moléculaire amenant le changement de consistance, et le retrait dans un sens déterminé. Telle est la C4\use des mouvements.

DES PROPRIKTÊS DE F.A MATIÈRE ORGANISÉE. il

Mais si la faculté de seiilir les impressions extérieures, de réagir par le mouvement volontaire ou instinctif est leur apanage exclusif dans les organismes élevés, il n*en est pas moins vrai que des animaux qui occupent le dernier degré de Téchelle, les infusoires, et même des végétaux, sont influencés par les impressions extérieures, et réagissent par le mouvement. Le mouvement se montre même très-intense, d*une façon continue, sur beaucoup d'éléments dont nous parlerons bientôt. Mais nous verrons, en même temps, qu'on ne peut admettre avec la plupart des auteurs qu'il existe une substance, protoplasma ou sarcode, uniformément répandue chez les animaux et les végétaux et à laquelle il faut rapporter tous les phénomènes de sensibilité et tous ceux de mouvement. La névrililé est un attribut des nerfs, lacontractilité un attribut des niuscles. Lorsque ces éléments viennent à mancjuer, nous ne savons pas ce qui remplace ces propriétés correspondantes, si toutefois elles le sont. (Voy. mouvements des cellules.)

De la maladie dans la matière or^aninée. — Les définitions que nous avons données de l'état d'organisation et de la vie vont nous aider à comprendre comment la matière vivante peut s'altérer et se détruire.

Nous l'avons représentée comme un composé chimique instable, animé d'un mouvement moléculaire d'une activité extrême mais assujetti à des conditions telles qu'il ne peut s'y soustraire quelque peu sans s'arrêteraussitôt. Que représente en effet cette infiniment petite quantité de strychnine qui lue la cellule nerveuse? Quelques bulles d'hydrogène sulfuré, d'oxyde de carbojio, qui enlèvent aux globules du sang toutes leurs propriétés. L'élément musculaire cesse de vivre au-dessus de 45 degrés, de même le globule rouge ; et privées du sang plusieurs secondes, les cellules des centres nerveux cessent aussitôt de penser et d'agir.

La plus légère influence suffit donc à éteindre le mouvement vital. 11 est comme ces vibrations puissantes d'un corps sonore, d'une cloche métallique, qu'on arrête instantanément par le moindre contact ; comme ces vibrations lumineuses qui traversent des espaces infinis et se polarisent dans une mince lame tranparente, ou s'y éteignent une fois polarisées. La vit» cesse dans la matière organisée sous des influences (pie nos sens ne peuvent apprécier et l'expérience seule nous permet de distinguer les agents nuisibles et ceux qui nous sont favorables.

L'organisation n'est donc compatible qu'avec certaines conditions de milieu exactement déterminées ; mais, que le milieu change dans d'étroites limites et aussitôt elle disparaît. Les parties constituantes des organismes supérieurs sont comparables à ces êtres unicellulaires qui ne résistent

W TRAITÉ D'aNATOMIE GÉNÉRALE.

pas aux modifications les plus légères de Teau dans laquelle ils vivent. Comment les animaux supérieurs peuvent-ils traverser tant de milieux différents, supporter des températures extrêmes, absorber des poisons, respirer des gaz délétères? C'est qu'ils se créent un milieu intérieur (1) dans lequel vivent leurs éléments. Aussi, bien que la matière vivante soit toujours dans un état d'équilibre instable, les êtres supérieurs, et surtout l'homme, résistent à mille causes de destruction, par une lutte continuelle, par des artifices admirablement combinés. Du moment que l'influence du milieu extérieur l'emporte, la matière des éléments meurt aussitôt.

L'étude des conditions extérieures nuisibles aux éléments et aux liquides de l'organisme devrait donc appeler toute la sollicitude du médecin.

Mais la médecine n'en est pas encore venue à professer comme vérités démontrées, (juc la plu])art des lésions d'organes ont comme causes primitives des maladies générales (totius substantiae), que ces états généraux morbides peuvent être déterminés dans leurs manifestations, qu'ils ont leur loi de développement et d'évolution.

Faute de connaître les propriétés de la matière organisée, les relations étroites qui l'unissent au milieu extérieur, de voir que tous les phénomènes vitaux résident dans des réactions chimiques, et surtout d'avoir acquis par l'étude delà chimie organique la notion des étals isomériques; les uns considèrent la maladie générale comme une entité qu'il faut repousser ; les autres comme une hypothèse inutile pour les progrès de la science et de la pratique.

Cependant, pour quiconque a pénétré tant soit peu dans l'étude de la vie unicellulaire ; qui a vu tant d'états différents, tant de manifestations diverses de la vie sur la matière organisée, sous la même fonne extérieure; qui s'est bien pénétré de celle idée que là où existaient les maladies virulentes les plus manifestes, l'analyse microscopique des éléments poussée aussi loin que possible les montrait toujours avec les mêmes caractères morphologiques; s'impose comme vérité incontestable la notion des étals moléculaires et des changements d'états isomériques, comme cause des altérations de toute la substance des organismes vivants: el la maladie générale n'est plus une entité.

Si nous n'avions pour lutter contre les causes de destruction venant de l'extérieur (|ue les faibles ressources que possèdent les animaux à sang froid, notre existence sérail de courte durée; ceux-ci, en effet, peuvent à

(1) Ch. Robin, Cl. Bernard.

peine changer de milieu sans en souffrir. Les poissons, les crustacés, les mollusques, placés dans de larges bassins en communication avec la mer supportent très-difficilement ces conditions nouvelles, et cependant en quoi dilîèrent-elles des conditions normales? Ils s'étiolent, ne se reproduisent pas et meurent rapidement. Or, si nous cherchons anatomiquement la cause de leur mort, tous leurs organes paraissent intacts, la maladie n*est écrite nulle part. De même où trouverons-nous dans des lieux humides, mal éclairés, la cause saisissable du rhumatisme ou de la scrofule, dans Tair des salles de blessés celles de l'érysipèle et de l'infection purulente? Où trouver aussi la lésion dans la période d'incubation des maladies infectieuses? Mais, si à une période plus avancée les maladies générales se traduisent chez les animaux supérieurs par des désordres multipliés, c'est que chez eux l'organisme lutte jusqu'au bout et qu'il ne succombe que quand toutes ses ressources sont épuisées, que tous les organes ont été lésés les uns après les autres et ont cessé peu à peu d'agir.

Mais, plus on s'éloigne des animaux à température constante et plus on trouve des êtres étroitement liés à leur milieu, qui meurent pour ainsi dire en masse et sans lésions pour peu que celui-ci vienne à changer.

11 faut reconnaître cependant, que si ces maladies chez l'homme n'ont pas été étudiées avec tout le soin qu'elles méritaient, la médecine et surtout la chirurgie tendent néanmoins de plus en plus à prendre une heureuse direction. On voit moins de malades tués par l'acharnement avec lequel on a voulu extirper la lésion locale; le praticien cherche les conditions extérieures favorables pour l'organisme souffrant, il emploie tous les moyens pour lui rendre sa vitalité ; et l'idée de maladie par excès de forces perd du terrain chaque jour. Mais que de temps gîigné, que de discussions inutiles évitées, que de progrès accomplis, si la question avait été prise de haut dès le début, comme elle devait Têlre, et traitée scientifiquement !

Combien de médecins ont dédaigné les lumières de l'anatomie générale, et cependant voici comment elle s'exprime par la bouche de son représentant le plus autorisé. Voilà les leçons qu'elle donne depuis de longues années, et qui devraient être écrites en tête de tout traité de médecine :

a On donne le nom de maladies générales aux maladies dans lesquelles toutes les parties de l'économie offrent des troubles de la nutrition et, par suite, de tous les autres actes qu'elles accomplissent. Ce sont les affections qu'on a nommées maladies du sang, etc., soit parce qu'on a supposé qu'il était primitivement lésé, soit pjirce que seul il présente des changements appréciables.

» Ces maladies sont remarquables souvent par l'intensité, la rapidité ou

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retendue des troubles qui se manifestent. Par contre, elles ne laissent souvent pas de' lésions, ou des lésions peu importantes, cela est vrai, à l'égard des organes considérés quant à leur forme, leur couleur et leur consistance. Mais les lésions ne sont pas cherchées où elles existent réellement, c'est-à-dire dans la composition chimique, dans Tétat moléculaire des substances organiques.

» C'est qu'en effet, ces substances sont modiliées dans leur an*angement moléculaire, et nous savons combien par leur instabilité elles se prêtent à ces décompositions.

» Modifiées par des causes peu étudiées, soit dans la quantité, soit dans la qualité des matériaux qui ont servi à leur formation, elles acquièrent d'autres propriétés que celles qu'elles doivent avoir normalement; il y a donc perturbation dans les actes qu'elles accomplissent. De cette perturbation natt l'état pathologique qui peut rester borné h une humeur ou, selon sa nature, se transmettre aux tissus qui entourent la partie malade, et de là étendre son influence sur toute l'économie.

» Nous voyons par ces considérations combien sont nombreuses les maladies qui viendront se ranger dans le cadre des affections dépendant de modifications isomériques, oude la composition intimedes substances organiques.

» Les fièvres typhoïde, variolique, scarlatineuse, le choléra, la peste de charbon, la syphilis, etc., peuvent être cités comme exemple.

» Dans l'étude de ces affections et pour se rendre compte de leur nature, pour distinguer les phénomènes fondamentaux des épiphénomènes, les lésions caractéristiques de celles qui ne sont que secondaires, il faut pouvoir remonter de ces lésions complexes, mais peu marquées, jusqu'aux modifications de l'état moléculaire des substances organiques, modifications qui dominent les autres altérations, et existent souvent en l'absence de tout changement physique et de structure intime.

» Faute d'une éducation expérimentale physique et chimique, les médecins accueillent avec empressement toutes les théories qui consistent à attribuer les maladies miasmatiques et virulentes à l'introduction dans l'organisme d'animaux ou de végétaux invisibles, mais doués d'une action d'une merveilleuse énergie, à regarder comme cause primitive et essentielle des phénomènes observés les êtres de cet ordre, dont le développement n'est qu'un épiphénomène de l'altération primordiale. Ces vues sont séduisantes, mais nïalheureusement elles suppriment la nécessité de connaître les faits relatifs à la constitution de la substance organisée, de sa naissance, de son évolution, de ses propriétés spéciales et de ses altérations. Il n'y a plus, en effet, à se préoccuper de ces questions.

DES PROPHIÉTES DE LA MATIERE ORiiAMSEE. iT)

puisque la matière organisée esl alors considérée comme passive devant les attaques des corps étrangers qui s'y implantent, et comme n ayant pu se modifier par le fait de ses actions propi-es et de ses relations moléculaires avec les milieux ambiants. » (Ch. Hobin, Traita d^s humeurs.)

On appelle état rirM/^w/, d'après M. Robin, une disposition particulière de la matière organisée, susceptible de se transmettre |Kir simple contacl. Le type de l'élat virulent s'observe dans la variole, la vaccine et suiHout dans la syphilis.

La transmission de ces maladies se pi*oduit par le contacl de quantités inlinimont |)etites de substances atteintes de la même altt^ration, et dans l'état d'organisation. Quand l'état d'organisation a cessé, la contagion n'eslpius possible. Aussi les piqûres anatomiques sont-elles beaucoup plus dangereuses lorsque la matière seplique provient d'un cadavre frais que d'un cadavre en putréfaction. Si les accidents de ce geniv tenaient à l'introduction dans l'organisme d'algues, de champignons ou de monèi'es, ce serait l'inverse, car, après la mort, ces êtres se multiplient de plus en plus à mesure que les tissus animaux entrent en fermentation.

Le vaccin desséché, encore aclif, esl dans le même étal que les tardigrades reviviscenls par l'action de Thumidité. Il lui suffit d'un peu d'eau pour reprendre ses propriétés. Dès que ce virus vaccinal ou le virus syphilitique a élé mis en présence d'un organisme sain, celui-ci esl niodilié moléculairemenl dans toute sa substance, et celle modilicalion persiste toute la vie. L'exemple de la syphilis est absolument démonslralil', el si, pour certaines maladies dont nous allons nous occuper bient(\t, il esl possible d'invoquer l'action des ferments figurés, il n'en est plus de même pour elle.

La syphilis, en elTet, est Iransmissible par la fécondation, elle peut se transmettre du père à l'enfant, de la mère à rcnranl. Or les ferments liguH's ne résident pas dans le spermatozoïde, pas davantage dans l'ovule. Dans le cas où la transmission de la syphilis du père à la mère se fait par l'inlennédiaire du fœtus, on peut encore moins invoquer la théorie des ferments. Force est donc d'admettre une véritable action calalylique, un étal moléculaire particulier (|ui se propage d'une quantité inliniment petite de matière à une masse relativement considérable. L'élal syphilitique n'est pas du reste le seul qui se transmette de celte favon par le spermatozoïde ; celui-ci ne représente guère que la cent millième partie de l'ovule, el dans la fécondation il lui communique tous les vices héréditaires dont le père esl entaché. Les dialhèses tuberculeuse cancéreuse, certaines dispositions organiques passent d'une génération à

Taulre. Or, il ne viendrait à l'idée de personne d'invoquer ici raction des ferments. Les auteurs qui expliquent la contagion par l'introduction de lermenls figures ne tiennent en outre aucun compte de la nature des maladies. La syphilis, que nous avons prise pour exemple, oiïre de nombreux points de ressemblance avec la vaccine ; elle présente aussi, dans son évolution, ses accidcnis, une telle analogie avec la scrofule, que bien des médecins s'y trompent ; or, pour la scrofule, il est bien certain que ce ne sont pas des ferments qui l'engendrent, qu'elle est une manière d'élre des organismes qui en sont atteints, naissant avec eux et se perpétuant par l'hérédité.

A côté de ces exemples de contagion parfaitement définis et qui ne trouvent qu'une seule explication, il en est d'autres moins nets sur lesquels les pathologistes sont loin de s'entendre.

Ce sont les cas de maladies virulentes aiguës , telles que : la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, etc., et, en dernier lieu, la morve, le , charbon, la maladie du sang de rate. Deux théories se trouvent en présence, ou môme trois : la première qui attribue ces maladies à un état virulent transmissible; la deuxième, à un ferment soluble, comme la diastase; la troisième, à un ferment figuré.

Il est certain, ralalivement aux deuxdeniiers agents, qu'en introduisant dans le sang d'un animal un ferment, on détermine des accidents rapidement mortels, ressemblant à ceux du sang de rate. Mais, malgré la rapidité de ces accidents, existe-t-il entre ceux qu'on produit artificiellement et ceux qui se développent spontanémentune simple analogie ou une identité? De même les abcès métastatiques de l'infection purulente et ceux qu'on produit au moyen des injections de poussières ont bien la même forme anatomique ; mais cela ne prouve nullement que la cause première de l'infection puruleiite réside dans un obstacle mécanique à la circulation. L'identité de lésion n'implique pas toujours l'identité de cause; or, pour l'infection purulente, il faut être bien peu médecin pour ne pas sentir que la véritable cause est une sorte d'empoisonnement, de modification de toute la substance de l'individu.

Dans cette question de la contagion, il entre un grand nombre de données dont il faut absolument tenir compte, sous peine de commettre de graves erreurs. 11 faut connaître la nature de la maladie contagieuse, son évolution, ses symptômes, son mode de contagion; en outre, il est nécessaire de savoir exaclement quels sont les organismes inférieurs aux- (juels on pourrait lattribuer. Or ces êtres sont à peine classés; c'est tout au plus si l'on sait à quel règne appartiennent les Schizomycètes ou Bactéridiens; et Claus, qui les rattache aux Prolistes d'Hœckel, ne craint

DES PROPRIÉTÉS DE L.V MvTliLRE i>RGA\lS££. iT

pas de dire : < La division des Baclêries eo genre el en esp^'ces esl dautant plus impossible, que jusqu'ici on n a pas obsenê chex elles de reproductiên sexuelle; il faut se contenter d établir artificiellement des formes spécifiques et des espèces physiologiques ou variétés, sans pouvoir toujours prouver leur autonomie... La classification des Bactéries est une des questions les plus obscures et les plus embrouillt^es. tlohn, qui a étudié pendant de longues années les Bactéries, et qui a esSitfé de se reconnaître au milieu de la confusion presque inextricable quf a régné dans la synonymie de ces petits êtres, les considère comme des algiu^. > Mais le même auteur, par une singulière contradiction, reconnaît ailleurs Texistence de plusieurs espèces paihogèHes : le Micrococcus mcriMir, le J/. septicus ou ferment de la pyohémie : le J/. (lîpktherîcu^ ou ferment de la diphthérie...

On voit, en résumé, combien il faut être réservé sur de pareilles questions quand on veut tenter de les résoudre: c'est non-seulement la médin^ne tout entière qu'il faut connaître, car la considération d'une seule maladie, et surtout de celles que Ton fait ailificiellement dans un labonitoire, ne peut donner que des idées très-fausses; mais, il faudrait avoir dt^ brouillé la partie la plus obscure de la botanique. Qui peut se flatter d*en être là ? Néanmoins, les exemples qe nous venons de citer montrent assez que les auteurs ne craignent pas de classer chaque maladie d aprt's le protozoaire qui pour eux en est la cause. La vaccine a le sien, de inénio la variole, la fièvre typhoïde, la diphthérie. On cherche celui de la syphilis.

Les auteurs qui ont donné ainsi Texplicalion de toutes ces maladies ne voient pas qu'un lien étroit relie la plupart d'entre elles, et que depuis la scrofule jusqu'aux maladies virulentes qui évoluent en quehiues heures, il y a une analogie évidente dans ce fait, que toutes ne frappent Torganisme qu'une seule fois. La variole, comme la syphilis, la vaccine, la scarlatine, la rougeole, la fièvre typhoïde, atteignent rarement le même sujet à deux reprises ; il faut donc admettre ([u'elles impriment à la matière organisée des dispositions particulières et comparables entre elles. Or, si nous suivons la série de ces maladies, nous retombons sur les premiers termes pour lesquels les ferments figurés ne peuvent jamais être mis en cause. Comment expliquer , en admettant leur influence , qu'un organisme qui a suhi une première atteinte de la variole puisse traverser ensuite impunément des foyers de contagion ? Comment admettre la guérison spontanée de ces maladies? Quelle est donc la cause qui empêcherait les bactéries d^achever leur œuvre de destruction, quand une fois elles ont pénétré dans l'organisme? Pourquoi cette fermentation commencée s'arréterait-elle tout à coup, alors qu'au début d'une maladie,

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ii'élaiil alors {ju'cii pelit nombre, elles ont troublé toutes les fonctions, et qu'à la (in elles ont dû se multiplier par millions? En quoi, cnOu, ces modifications de l'organisme, qui font la diphthérieou la variole, ressemblent-elles à une fermentation? Quand on introduit des ferments bien déterminés dans le sang d'un animal, on le tue rapidement; mais l'analogie n'est qu'apparente : on (ait artificiellement une fermentation, mais non une maladie.

§ 10. CeiiiiaUoii de la vie et de l^élat d^org^anination. — Les

exemples que nous avons cités plus liaul, de l'œuf d'oiseau, de la graine, des lardigrades, nous ont montré comment la vie pouvait s'arrêter momentanément dans la matière organisée, sans que pour cela larrangeinent moléculaire ou l'état d'organisation fût changé. Une foule de conditions peuvent ainsi la susprendre; tels sont : le froid, la chaleur, le changement de milieu, les réactifs chimiques, etc.

Lorsqu'elle a été arrêtée un certain temps par l'action de ces agents extérieurs, elle peut reprendre avec la même intensité, à la condition (ju'on replace la matière organisée dans son milieu normal ; mais, d'une façon générale, la mort définitive survient avec d'autant plus de rapidité (|ue les manifestations de la vie sont plus complexes sur l'animal en expérience et que l'élément appartient à un être plus élevé en organisation.

Ainsi les éléments nerveux chez les mammifères ne sont excitables que pendant un temps très-court, après que le sang a cessé de leur amver. Le cœur s'arréte-t-il quelques secondes dans une syncope, aussitôt la vie cesse dans les cellules nerveuses de Tencéphale. Mais tant (|ue l'état d'organisation persiste dans ces éléments, il est possible de les faire revivre eiî rendant au cœ^ur ses battements.

Dans les orgaiiismes inférieurs ou embryonnaires, où les éléments ne s(mt plus dans cette intime corrélation les uns avec les autres, où leur vie est plus indépendante parce que celle de l'ensemble est moins complexe, dans C3UX surtout qui n'ont guère que les propriétés de nutrition, la vie peut s'arrêter pendant de longues périodes, puis reprendre comme auparavant.

Sur la plupartdes êtres, après que la vie s'est arrêtée un certain tempsdans la matière organisée, l'état d'organisation disparaît à son tour, en vertu de phénomènes chimiques qui amènent la séparation des principes immédiats. Alors toute résurrection est impossible ; de ces réactions chimiques, la plus remar(|uable et la plus évidente est la coagulation des substances liquides ou molles qui composent les éléments : telle est la

DES monUÉTÉS Dfi Li MATIKRE OKJLXISÈE. 49

coagulation do sang, la coagulation de la myosine amenant la rigidité cadaTérique^ etc. Or, ainsi que je Tai remarqué a\>e!C M. Bocbeloiitaine sur un supplicié, il u\ a pas dlntervalle entre le moment où cesse la contractilité musculaire et celui où commence la rigidité cadavérique. C'est la coagulation du muscle qui supprime ses propriétés vitales. Mais TtHat d'organisation peut disparaître pai à peu sans qu'il y ait cessation brusque de la vie.

Sur les êtres vivants, il disparait des tissus, en vertu de nuxlificatiens lentes qui sont une conséquence de la loi d'évolution. La matière organisée, au lieu de se dédoubler brusquement en ses principes immédiats, se résorbe peu à peu et se trouve remplaci'e par des matières grasses. Chez les végétaux, c'est exactement le même phénomène qui se produit lorsque le protoplasma des cellules est remplacé par des gouttes d'huile ou des grains d'amidon. Mais la plante formant toujours des éléments nouveaux, les anciens persistant comme une sorte de squelette, ne cesse pas pour cela de se développer. L'animal au contraire étant limité, assujetti à une fonne déterminée ; dans la masse de substances qui le composent, les produits chimiques prennent la place des * parties vivantes. Ainsi la matière organisée de leurs tissus diminue peu à peu à mesure qu'ils passent à l'état sénile. Cette substitution graisseuse se fait d'abord sur les éléments qui ne joUent qu'un rôle physique : les parois des vaisseaux, les os, les cartilages. La nutrition se ralentit progressivement jusque dans les parties les plus essentielles à la vie de l'ensemble, et enfin survient la mort naturelle marquant Pavant-dernier terme de la courbe d'évolution.

Après la mort, lorsque la matière organisée, séparée en ses principes immédiats, est abandonnée à elle même, elle subit la fermentation dans les conditions habituelles où elle se trouve placée. Ln fermentation transforme ces principes en ammoniaque, hydrogène sulfuré, acide carbonique, eau, etc., et ainsi la matière organisée retourne au monde inorganique. Or, certaines substances, ainsi que nous l'avons déjà dit, empêchent la fermentation. Ce sont les matières qui se combinent, connue le t^mnin, les sels de chrome, l'alcool, h la matière organique ; certains milieux ou bien une température assez basse agissent de même. Ainsi les viandes se conservent dans une atmosphère il une température constante de !2 ou 3 degrés au-dessus de zéro, et ces corps de mammouths (ju'on a trouvés dans les glaces du pôle nord étaient tels que leur chair a pu encore servir à l'alimentation.

La théorie des ferments de M. Pasteur explique ces faits en disant que les matières organiques n'ont aucune raison de se détruire si elles ne

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deviennent pas la proie des organismes inférieurs, végétante ou animaux, qui déterminent leur décomposition en se nourrissant à leurs dépens ; l'ensemble des phénomènes produits par la nutrition de ces êtres formerait la fermentation.

Cette théorie semble répondre à la plupart des faits. Il est certain, ainsi que l'ont démontré les expériences de Pasteur, et celles de Tyndall, dans ces dernières années, que toutes les conditions qui empêchent la pénétration des germes, des ferments figurés empêchent aussi la fermentation.

Néanmoins, on ne peut pas dire que le développement des ferments figurés soit la seule cause de la putréfaction des matières organiques, car il existe des ferments azotés solubles, ou zymazes, admis même par Pasteur et qui amènent le dédoublement des matières albuminoîdes. Mais en outre il existe un grand nombre de liquides très-favorables à la formation des moisissures, comme les solutions étendues d'acide chlorhydrique, diacide chromique, les bichromates alcalins ; et les mêmes solutions s'opposent cependant à la putréfaction des matières animales. Cette question de la fermentation à laquelle est liée celle de la virulence, de la contagion dos maladies infectieuses, est donc loin d'avoir reçu une solution définitive.

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