CHAPITRE III
DE LA CELLVLE
§ 11. On appelle cellule, en anatomie végétale et animale, un élément figuré limité dans ses dimensions. Ces dimensions varient, en général, de0",005à0",3.
Dans les végétaux on trouve des cellules prodigieusement allongées et qui atteignent jusqu'à plusieurs millimètres et môme quelques centimètres dans le sens de leur plus grande dimension.
Le nom de cellule, qui suppose une cavité, est appliqué à beaucoup d'éléments pleins. Il a été donné d'abord aux parties constituantes des tissus végétaux ; ceux-ci, en effet, étant représentés pour la plupart par des agglomérations de petites cellules creuses, avec des parois qui les séparent les unes des autres, Malpighi, Leeuwenhoek, leur donnèrent le nom d'utricules, de vésicules. De Mirbel, en 1800, et Turpin, ainsi que nous Tavons dit plus haut, les regardaient comme des individualités physiologiques. La découverte, dans les tissus animaux, d'éléments de forme différente mais jouant le même rôle, fit qu'à ces derniers on donna la même désignation, en vertu de cette tendance malheureuse des anatomistes, parce qu'elle amène toujours la confusion des termes, à donner des dénominations d'après les usages physiologiques, alors surtout que ces usages ne sont pas bien déterminés.
§ l!2. La cellule Téi^étale offre les mêmes caractères que la c(dlule animale, mais ces caractères sont plus accusés. C'est donc elle que nous prendrons tout d'abord pour sujet d'étude.
Celte cellule est formée des parties suivantes :
1° Une paroi;
i** Un corps cellulaire avec des produits de sécrétion renfermés dans le corps cellulaire;
3° Un noyau.
b'i TRAITÉ U'aNATOMIE UÉNÉRALB.
La paroi est en général limitée par un double contour net qui manque si elle est très-mince; souvent elle est formée par des séries de couches concentriques engendrées, suivant Hugo MohI, par l'utricule azoté et de dehors en dedans. Elle est plus résistante que tout le reste de la cellule. Ses formes sont géométriques.
Au point de vue chimique elle est composée de cellulose, substance ayant comme formule [C"'H"'0"')°. D'après Berthelot, on poun^ail en effet classer les diverses substances ayant cette même formule {C"'H"'0"') suivant une série continue, en faisant varier l'exposant. 11 considère comme appartenant à la même série un grand nombre de substances dont les premières seraient Itis gommes, la dexlrine, le gtycogène, ayant pour formule (CH'^O'»)'; les secondes (C"'H"»0'V seraient les fécules, mucilages, inulines, etc. Enfin, celles qui ont pour formule (C"'H"'0"')', bleuies par l'iode après l'action des alcalis faibles, dissoutes par l'oxyde de cuivi'e ammoniacal, et auxquelles appartient la cellulose proprement dite.
Ensuite viennent les corps ayant (C'^H'^O'") KiG. I — Ceilutci végéialus avec 5, 6, 7, comme exposant, et qui reprédclépidernie Juiioiigede se„iei,t [^ tunicinc ou cellulose animale; les liliacue.— a, paroi ; b, iiojau;
c, uiricuicaioïc; if.contenu principes incrustants, insolubles dans l'ali^uido de u ceUule. ^ij^ gulfurique, comme le lignin, le xylogène,
la librose, la vasculosc, etc. la culose ou substance de la cuticule de l'épiderme végétale (Braconnot), la fungine des champignons, etc. (1).
Ces substances ne renfennent point d'azote, elles rentrent donc dans la troisième catégorie des matières organisées dont nous avons parlé au chapitre précédent, c'est-à-dire que leur vitalité est extrêmement obscure si toutefois elles vivent, et qu'elles se bornent très-pmbablement à des actions physiques.
La paroi des cellules végétales agit suilout comme inteiTiédiaire pour tes échanges endosmo-exosmoliques. Sa présence indique un développement assez avancé du l'élément, mais non pas la fin de la période d'activité. La segmentation se fait encore {voyez plus loin) sur des cellules douées de parois, quand ces parois n'ont pas actjuis une ti-op grande
I, tUi. Uubiii, Aiiiiluiiiie et iilii/sù/biijie cellulaiies
DR LA CELtULE. .53
épaisseur : c'est un Tait commun sur les végétaux de voir les phénomènes de segmentation alors^ qu'elles existent enrare.
Dans rinlérieurde la paroi sont renfermées deux parties importantes : Vutricule azoté et le noyau.
L'ntricalv amaté est la partie fondamentale de la cellule ; c'est dans son épaisseur et dans le noyau que se passent tous les phénomènes vitau<E. Tantôt il remplit toute la cellule au début de sa formation ; tantôt il est i-eprésente par une couche plusouraoinsépaisse, collée sur la face interne delà paroi, avec des filaments qui traversent la cavité centrale {lig. 1).
Ces dispositions variables de l'utricule azoté tiennent à ce qu'il commence par être une masse pleine, et qu'ensuite se déposent dans son intérieur des liquides, des produits de désassimitation intra- cellulaires, qui tendent à le rejeter peu à peu sur la paroi de cellulose. La plupart du temps l'utricule azoté forme une simple couche régulière, mince, appliquée sur celte enveloppe. 1! est difficile de savoir au juste si ces vacuoles ou dispositions variables qu'il affecte sont normales, ou sî elles ne résultent pas de modifications qui se produisent presque instantanément quand les cellules végétales sont '''^^J; ^ ^H^^'^J,^^ exposées à l'air. La substance de l'utricule azolé Dan«l«catiié»(luprD-
est en effet éminemment altérable. Î^SÏ^rV!"»"""' '".!"
mémo de» graini de
L'utricule azoté se colore en jaune avec l'acide ciiloropliïNi> an voit des nitri(]ue, comme tous les composés albuminoïdes; Jjou"** "' ° """""' il est dissous par les acides acétique et chlorhydrique ; l'eau le gonfie rapidement, les chromâtes alcalins le coagulent. Il renferme le noyau, soit dans sa partie centrale, quand il est lui-même disposé en masse continue ; soit dans une sorte de membrane d'enveloppe qu'il lui fournil, quand il est séparé en filaments et n'occupe qu'une partie de la cavité cellulaire.
Dans l'intérieur de l'utricule azoté se trouvent des vacuoles remplies de liquides de composition très- variables. Ces liquides, nous l'avons dit, sont les produits de désassimilation.
Ils sont, d'après Ch. Itobin, aqueux, mucilagineux, avec des gouttes d'huiles aromatiques colorées; ou bien ce sont des huiles, des résines comme le caoutchouc, la gulta-percha, etc. Ils tiennent en suspension des parties solides, comme les grains de chlorophylle, d'amidon, des cristaux, etc. C'est ce liquide remplissant les cavités de l'utricule azoté, qui a reçu de Hugo MohI le nom de protoplaxma (proto-
5i TRAITÉ d'aNATOMIE GÉNÉRALE.
plasma ou premier liquide formateur). Hugo Mohl confondait ainsi le rôle de ce liquide avec celui de Tutricule azoté. Remak a donné à tort ce nom à Tutricule azoté. Si la désignation de Hugo Mohl n'était pas exacte, car il attribuait au liquide le rôle de la partie solide, il était encore plus irrationnel de donner à une partie solide un nom employé ]usque-là à désigner une partie liquide. Néanmoins ce nom de protoplasma est maintenant adopté par la plupart des auteurs, et il signifie pour eux toute matière organisée. C'est évidemment un abus de langage, mais on peut très-bien accepter ce terme pour désigner Tutricule azoté ou le corps cellulaire des éléments ayant forme de cellule.
Certains corps cellulaires, o^ protoplasmas végétaux ou animaux, sont le siège de mouvements de nature spéciale : les mouvements amiboïdes. Ce sont des mouvements lents d'expansion suivis de retrait de la masse azotée. Hs peuvent amener le déplacement de la cellule lorsque la partie qui forme expansion vient à rencontrer un corps étranger auquel elle adhère momentanément. Ils sont faciles à observer sur des êtres unicellulaires de constitution très-inférieure, par exemple sur les amibes, les zoospores des saprolégniées (Cornu), sur les plasmodies des myxomycètes, alors qu'ils n'ont pas encore leur membrane d'enveloppe, sur les grégarines à certaines phases de leur développement, etc.
Dujardin, en 1838, a donné le nom de sarcode à la substance qui pourrait être le siège de ces phénomènes.
Or, nous avons vu précédemment que le nom de protoplasma avait été mal à propos appliqué au corps cellulaire ; Mac Schûltze, en 1863, Kt du protoplasma et du sarcode deux termes identiques. Mais la confusion devint plus grave, quand, en 1864, Allmann et Kûhne employèrent le mot de sarcode pour désigner le corps cellulaire des infusoires, des hydraires et même la substance musculaire; en un mot, toute substance animale ou végétale susceptible d'engendrer le mouvement.
Alors la contractilité musculaire, ce que nous avons appelé motilité ciliaire, et enfin la propriété de la matière organisée qui donne des mouvement amiboïdes ou sarcodiques, furent considérées comme propriétés identiques (1).
Or, rien absolument n'autorise à faire une semblable assimilation. Ni la nature des mouvements, ni la nature des substances, car les unes appartiennent au règne végétal, les autres au règneanimal, ne permettent de regarder toutes les matières douées de motilité comme étant les mêmes.
Il est bien certain qu'en se plaçant au point de vue mécanique pur et
(1) Voy. Eléments mtMculaires ei Contractilité musculaire.
DB U CBLLULE. 55
simple, il n'y a ancune analogie entre le mouvement des cils vibratiles et la contraction d'un muscle. En outre des preuves que nous donnerons plus loin et qui sont tirées du mode d'action de l'êlectricilé, les propriétés de ces diverses substances monlreront les différences qui les séparent. Celte assimilation est d'autant moins autorisée que les mouvements sarcodiques ou amiboïdes de certains éléments sont peut-être des phénomènes cadavériques.
Quand on admet une entité comme le principe vital, on peut, sans crainte d'être gêné par les preuves contraires Urées de la chimie ou de l'observation physiologique, le supposer présidant aux fonctions d'êtres Irès-étoignés les uns des autres; mais lorsqu'on se refuse à admettre ces hypothèses, il faut des preuves matérielles pour démontrer que deux mouvements différents ont la même cause. Cette théorie du sarcode, celle aussi de l'irritabilité cellulaire, dont nous nous occuperons bientêl, ne sont qu'une résurrection du vitalisme de Stahl sous une autre forme. En résumé, ces mouvements d'expansion et de retrait du protoplasma se produisent sur des cellules qui n'ont pas encore de paroi ou dont la paroi est très-mince. Ils sont dus h une propriélé de la matière organisée, qui est très-mal définie.
Le noyanesl unepartleconstituantede la cellule, se présentant comme une masse sphérique ou ovoïde granuleuse, incluse dans le corps cellulaire ou utrieule azoté. Le noyau offre une consistance plus considérable que l'utricule azoté. Il résiste plus énergiquement à l'action des différents réactifs, des acides qui en particulier dissolvent le corps cellulaire. Il se colore fortement avec la teinture d'iode. Son existence est liée à celle de ce dernier (Cb. Robin), c'està-<]ire qu'il n'y a pas de noyau sans utrieule azoté, mais il peut exister un utrieule sans noyau.
Le noyau n'est pas toujours aussi évident sur les cellules végétales que sur les cellules animales. Dans les bulbes des Fig. 3. — c«Uu[ea v£géiale«. Partie liliacées, d.„. lépiderme de. monocoty- ^^^ r..ïr"s'5"..«rlédonées, dans les spores de certains cham- Hon du noyau auiourdu nucléole, pignons, les cellules d'un grand nombre
d'algues, de fucus, on trouve des noyaux très-nets et qui deviennent surtout évidents avec la solution d'iode iodurée.
56 TRAITÉ d'aNATOMIE CKNIiRAI.E.
Le noyau renrerme quelquefois dans sa partie centrale un petit corps sphérique : c'est le nucléole. Il est Tacile à voir sur les cellules à uiie période assez avancée de leur développement. On rencontre souvent, ainsi que je l'ai figuré, deux ou trois nucléoles dans le même noyau, et chacun de ces nucléoles est un centre de segmentation.
CBLLOLE AHIIULE.
■§13. La cellule animale est constituée sur le même plan que la cellule végétale. L'analogie n'est pas seulement dans la forme, elle se poursuit dans les réactions chimiques des parties constituantes. Ainsi, les )iarois cellulaires sont formées de substances renfermant une proportion d'azote beaucoup moindre que les albuminoïdcs, et qui se l'its ViB'^ Q''!^!r!RJ!^ rapprochent manirestemcnt de la cellui^'^.A-^ /-< eR^^ lose, quelquefois c'est même de la cellu-
lose, comme dans l'enveloppe des tuniciers.
Fie 4 — CoUuici JcléH='"inpiiun H n'en est pas moins vrai qu'il vadesdiff:.VSr2;;.',™''nS Krccesimporumes k connall,; et à dé. Iules plus inrgEB de la eouchn su- terminer avec précision, avant d'affirmer ^ "' *■ que les deux règnes se confondent h la
limite, comme le prétend Hœckel. Tant que ces caracicrcs ne seront pas bien connus, il sera toujours permis d'affii-mer qu'il n'y a pas plus identité entre les deux qu'entre lacourbe et sou asymptote. On peut diœ, en elTet, qu'il n'y a aucun moyen rigoureux pour distinguer une cellule végétale d'une cellule animale et beaucoup de protozoaires peuvent être rangés tanlât dans un règne, tantôt dans l'autre ; mais de ce que nous ne connaissions pas de caractères dilTérentiels absolus, il ne faut pas en conclure qu'ils n'existent pas, étant donné surtout que nous n'avons encore que des notions incertaines sur la nature de ces êtres.
Paroi. — La paroi des cellules animales est une formation secondaire. Ce qui prouve que ce n'est pas la partie active de la rellule, c'est qu'elle persiste sur les éléments qui n'ont plus qu'un râle mécanique, et qu'après la mort elle n'est pas altérée. Alors que le corps cellulaire a disparu, qu'il est remplacé par un liquide, des matières grasses, comme dans les vésicules adipeuses, la paroi ne sert plus que d'enveloppe. Ses réactions ne Eontpas celles des substances douées d'une vie énergique; elle résiste aux réactifs qui dissolvent rapidement le corps cellulaire, et se colore difficilement avec les substances qui teignent fortement les matières azotées.
DE LA CEIXrtE. 57
Dans les végétaux, nous avions vu que la paroi avail une composition chimique différente du corps azoté, et rentrait dans le groupe des substances cellulosiques. De même les parois des cellules animales sont formées de principes immédiats décomposition différente : les subslances collagènes.
Certains éléments anatomiques animaux nont pas de paroi, tout au moins pendant une longue période de leur existence; d*autres en possèdent une Irès-mince, difTicile h mettre en évidence, il est rare qu'elle soit jamais nette comme dans les cellules végétales. La plupart du temps on ne peut la reconnaître que lorsque le protoplasma se remplit de liquide, qu1l se forme des gouttes sarcodiques la soulevant comme une sorte d'ampoule à la surface de Télément. En général, elle est beaucoup trop mince pour qu'on puisse la distinguer au microscope par un double contour comme celui qu'elle donne sur les cellules végétales.
Corps cellulaire on protoplasma. — Le corps cellulaire correspond à l'utricule azoté de Hugo Mohl : c'est la partie la plus importante. Quand il disparaît l'évolution de l'élément est terminée, et celui-ci ne se borne plus qu'à un rôle physique.
Le corps cellulaire des cellules animales représente bien le type de la matière organisée, telle que nous l'avons décrite dans le chapitre précédent (voy. Matière organisée), il possède à peu près les mêmes propriétés chez les végétaux que chez les animaux. Il offre, en face des acides, les mêmes réactions que celles que nous avons données pour les cellules végétales; mais il est en général moins altérable que le protoplasma de ces dernières, surtout chez les vertébrés supérieurs. Ces analogies ont fait que Hœckel, reprenant la théorie de Bory Saint-Vincent, a pu supposer un règne intermédiaire; celui des protistes. Mais il tranche peutêtre la question d'une façon trop affirmative, sans donner, cemme nous le disions, des preuves précises tirées de la constitution de ces êtres.
Dans le corps cellulaire se déposent des substances variables, coiTespondant à celles que nous avons rencontrées dans les vacuoles de l'utricule azoté des cellules végétales.
Ce sont des gouttes de graisse, des cristaux d'acides gras, des matières colorantes, telles que les pigments: le pigment noir de la choroïde, les granules jaunes des cellules de l'ovisac; les produits de sécrétion des épithéliums glandulaires, comme les gouttes de lait, de la matière sébacée, de la bile, de la pancréatine, etc. Ce sont ces différentes matières qui donnent aux cellules leur coloration, alors que la substance organisée est à peu près incolore. Ces matières colorées peuvent être considérées comme des produits déformation secondaire et n'ayant plus que des actions chimiques.
38 TRAITÉ D'ANATOMIE GÉN^nALS.
Ce protoplasma des cellules animales est, comme celui des cellules végétales, doué de mouvements amiboïdes lorsque la paroi est très-mince ou n'existe pas. On comprend par conséquent que celle-ci étant plus rare ou, la plupart du temps, d'une minceur extrême, il y ait beaucoup plus de
— Crllules du foie d'un des gouttes de mntiÈre colorante bilUirc dans
le corps a:taU.
FiG 6 — Ccitulej «pilhéliales du jabot du pigeon remplies de conrrélions -iiaU'es rréparalion de MM Fitattera Deifosies I ross ,-*,-
corps cellulaires animaux doués de mouvements de ce genre. Ils sont Taciles à observer sur les leucocytes, les éléments de la moelle des os, les hématies des embryons.
nisyaH. — Le noyau existe d'une façon à peu près constante dans les cellules animales, mais à une époque variable du dé> veloppemenl.
C'est une partie importante, ce que prouve bien l'histoire de la formation des éléments. Ilestdoué par conséquent d'une vie active comme le corps cellulaire. Tan-
de la glande ., , , . . ,
la lactation, tôt il se formeun peu aprèsçelui-ci : telest
vitellus après la fécondation, et daus le cas d'individualisation des cellules par gemmation lors de ta constitution des feuillets blastodermiques chez beaucoup d'invertébrés (voy. Blastoderme) ; d'autres fois il apparaît avant la cellule, d'après Ch. llobin. La cellule se forme alors autour du noyau qui sert de centre de génération.
Les cellules animales possèdent un noyau tant qu'elles n'ont pas dépassé une certaine période. La disparition du noyuu marque la lin de l'activité cellulaire.
Les cellules à noyau sont extrêmement communes dans le règne animal, car c'est l'état normal de l'élément pendant sa période d'activité ; au contraire, dans les cellules végétales, la présence du noyau n'est pas aussi fréquente. On voit donc que s'il y a identité au premier abord entre la
DE LA CBLLITLE. 511
celluleanîmftleet végétale typiques, néanmoins certains caractères élablisgent des différences notables.
Le nuyau n'a pas la même composition que le corps cellulaire ; les réacliTs qui attaquent le corps cellulaire le laissent la plupart du temps intact. Il n'est donc pas exact de le considérer comme une cellule primaire. Ses contours sont nets ; quelquefois il a un aspect framboise très* singulier; il est souvent plus volumineux que le reste de la cellule. Les noyaux de certaines cellules peuvent être plus gros que d'autres cellules considérées dans leur ensemble.
Généralement, la forme dn noyau est sphérjque ou ovoïde, mais elle peut se modifierd'une foule de façons. Dans les éléments des tumeurs
FlG-8. — No}au( multiplet se rormanl Fie. 9. — Cellules avec Jes noyaux
par KgnienlaUon dana des cellulea lijpertrophiés cl irréguliers dnns
d'une tuoieur du diptoé. une tumeur épithéliale, d'apri'n
Ch. Robin.
êpithéliales on trouve des noyaux ovoïdes, en bissac; d'autres tellement irréguliers, qu'ils échappent à toute description. Ch. Robin figure dans les cellules des tubes séricifëres des chenilles, des noyaux ramifiés, avec un grand nombre de prolongements volumineux (1 ).
Souvent le noyau se remplit de liquide : ce sont des gouttes de matière grasse ou d'autres liquides, par exemple dans les cellules du cartilage à une période avancée de la vie, surtout dans les conditions pathologiques. Alors on distingue une mince paroi à la surface du noyau et celui-ci prend un aspect vésiculeux.
Le noyau disparaît à peu près en même temps que le corps azoté. Quelquefois il reste adhérent à la paroi sous forme d'un petit corps pendant un lemps plus ou moins long. Dans les cellules de l'épiderme il disparaît complètement lorsqu'elles passent à l'état corné ; il en est de même pour la plupart des vésicules adipeuses.
I/ne cellule peut renfermer plusieurs noyaux : 1* dans les phases diverses de son développement ;'â° à l'étal adulte : telles senties cellules dé certaines glandes, les myéloplaxes, les cellules du foie, etc.; 3* dans les
tl) Va;. Anal, et phyiiotogie cetlvlalrt*.
(iO TRAITÉ D'aNATOMIE GÉNÉnALE.
allérations pi ho logiques, dans les Uimeurs qui sont le siège d'une généralion aclive d'élémeuls, on rencontre fréquemment des cellules à plusieurs noyaux. La présence de plusieurs noyaux dans une même cellule montre donc qu'elle est en voie de développement. Mais ce fait n'est pas caractéristique des tumeurs cancéreuses ou autres lésions du même oi-dre, car entre les deux feuillets de la caduque utérine, Ch. Robin a monlréquc les cellules épithélrales de la muqueuse se prcsenlatcnt avec des formes três-iri'égulières et des noyaux multiples.
Le nucléole csl un petit corps en général très -réfringent situé au centre du noyau; il ne se forme qu'après celui-ci. A l'état normal, la plupart des cellules n'en possèdent pas; sa présence est le signe d'un développement très-avancé. L'ovule renferme un nucléole : c'est la tache germinalivc ; de même les cellules nerveuses, les éléments volumineux des tumeurs dites cancéreuses.
l^snoyaux peuvent exister isolément dans plusieurs circonslanci;s : 1° avant la formation des cellules dont ils vont servir de centres de génération ; 2* lorsqu'une cellule à plusieurs noyaux s'est rompue comme le font les cellules blaslodermiques pour donner naissance aux noyaux des. cellules nerveuses ou myélocytes (Robin). {Voy. Déretoppement Hes éléments nerveux.) De même dans les tissus morbides on rcnconire des noyaux libres. Les noyaux libres ne sont pas de petites cellules ; il ont identiquement les caractères de ceux qui sont renfermée dans les cellules. Les acides, qui dissolvent les corps cellulaires, l'acide acétique en particulier, laissent les noyaux intacts, les rendent même plus évidents. Celte réaction, qui dans certains cas peut ne pas avoir toute l'imporlance qu'on lui a attribuée, ici est démonstrative pour la raison suivante : c'est Fin. 10, — f^iluloi épiiiiilinloï «ug |es novaux, s'ils étaient assimilables ii nri-vs sur une tiimcur pfiplllairc , ni' - . ■ , j
du triRono yiticjd. Soyaui m.il- des ccllules, ne représenteraient que des 'iplcS' cellules jeunes, incojnplétement dévelop-
pées, par conséquent beaucoup plus attaquables par l'eau, les acides, etc., que les corps cellulaires des éléments adultes; or, la substance de ces noyaux est très-résistante par rapport aux utriculcs azotés. Donc îl faut admettre qu'elle est de nature différente.
I>pendant il faut reconnaître que le nombre des éléments, qui m présentent sous forme de noyaux libres est beaucoup plus restreint qu'on ne le supposait, et que dans la plupart des cas oii l'on admettait l'exis-
DE LA CELLULE. Gl
lence de noyaux libres, on peut retrouver le corps cellulaire enveloppant : ainsi dans la partie la plus profonde des couches épithéliales.
Pour donner une description de la cellule animale, nous avons suppose qu'elle était complète, comme la cellule végétale que nous avons prise pourlype; mais les histologistes, reconnaissant que des éléments plus ou moins voisins de cette forme possèdent néanmoins les mêmes propriétés, ont étendu cette désignation à des éléments dans lesquels manquait ou la paroi, ou le noyau.' Schwann pensait qu'un élément anatomique ne pouvait représenter une individualité physiologique qu'à la condition de posséder toutes les parlies que nous avons éhumérées; il avait construit pour chacun d'eux une sorte de type idéal que beaucoup d'auteurs cherchent encore malgré eux à réaliser. Or, il est bien démontré que toute masse de matière organisée, limitée dans ses dimensions^ peut être considérée comme analogue à la cellule au point de vue physiologique. IVIais on voit quelle confusion dans le langage scienlitique apportent toujours ces désignations fondées sur des hypothèses probables mais non démontrées. C'est ainsi que toujours l'introduction des données physiologiques dans les dénominations anatomiqucs cause des erreurs à Tinfmi. Le langage de l'anatomie ne devrait se baser que sur la forme, si l'ensemble des caractères ne permet pas de donner des noms indiquant la nature même des objets.
Kolliker distingue les vraies cellules, celles qui ont leur paroi ; les protoblastes sans noyaux; les protoblastes avec noyaux. Ces désignations ont encore le tort de préjuger de la fonction de l'élément, néanmoins elles sont préférables pour le moment à celles de cellules.
Mais quelque nom qu'on leur donne, on doit considérer comme ayant les propriétés de la cellule les divers éléments que nous avons énumérés, et ce qui prouve bien ce<|ue nous disions précédemment qu'une masse limitée de matière organisée peut, au point de vue de ses attributs physiologiques, être assimilée à une cellule, c'est ce fait que certains animaux unicellulaires (monères, grégarines) passent par cet état.
11 en est de même des cellules blastodermiques nées par gemmation (Rohin) et dans lesquelles le noyau n'apparait que consécutivcuïcnt.