ATTRIBUTS PHYSIOLOGIQUES DES ÉLÉMENTS NERVEUX
§ 51. Cette substance du cylinder axis et du corps de la cellule nerveuse, qui paraît identique chez l'un et l'autre, jouit de la propriété d'accumuler par la nutrition une certaine quantité de force vive, qu'elle dépense sous Tinfluence d'une excitation mécanique ou chimique. Un nerf excité sur un point quelconque de son parcours donne une décharge d'influx nerveux, qui est la même que si l'excitant avait touché, ou la cellule nerveuse cenirale, ou le récepteur périphérique. Le cylinder axis n'est donc pas un simple conducteur ; l'action commencée dîins la cellule se continue dans tout le parcours du nerf, et elle se propage nécessairement jusqu'à l'extrémité, quand elle a commencé en un point.
Les manifestations les plus élevées de l'activité vitale, telles que la sensibilité inconsciente des centres médullaires, la sensibilité consciente du cerveau, la pensée, la volonté, résultent simplement des propriétés d'ordre organique de cette matière. Elles sont modifiées par l'alcool, le chloroforme, l'opium, la strychine, la suppression du sang, les maladies de tout l'organisme, et surexcitées par les besoins instinctifs, comme la faim, la soif, la reproduction, etc.
Le propre de tous ces phénomènes est d'être intermittents : il n'est point d'action nerveuse continue; un nerf isolé ne réagit qu'un certain temps, après quoi il n'est plus excitable. La nutrition lui rend ses propriétés.
Il eu est de même pour la cellule nerveuse. Les éléments nerveux cérébraux dépensent successivement toute la quantité de force vive qu'ils peuvent émettre, après quoi ils ne réagissent plus. C'e^t ce que le langage vulgaire exprime en disant que l'esprit ne peut toujours être tendu. Le cerveau se fatigue comme les nerfs et les muscles. Quand toutes les cellules ont successivement perdu leur excitabilité, arrive le sommeil.
Dans les états morbides même, se révèlent ces propriétés de la substance nerveuse. Les maladies dites névroses ont toutes des effets intermittents : à des moments périodiques se produisent de véritables décharges, comme si l'influx nerveux accumulé ne se dépensait pas d'une façon régulière.
ÉLÉMENTS Dr TISSU LAMINEUX. 19"
tumeurs dites tumeurs mélaniques. Ces tumeurs sont d'une gravité exceptionnelle; celles au contraire qui sont constituées par des éléments identiques ( 1 ), mais ne renfermant pas de pigment, sont d'une bénignité relative. Ainsi colorés par de la matière pigmentaire, ces éléments forment chez les poissons, les batraciens, les annélides : les cliromoblastes.
Chromoblaste». — Ces cellules sont répandues dans tout le tissu conjonctif, disséminées sous la peau et dans les parenchymes des batraciens, des mollusques, des annélides, etc., et se présentent sous laspect de taches d'un noir très-foncé. Dans ces diflerents tissus leur forme est très-iiTégulière ; elle ne peut élre assujettie à aucune description, et on ne saurait mieux les comparer qu'aux ostéoplastcs ou cavités caractéristiques des os.
G. Pouchet a montré que les changements de coloration que présentaient les poissons, colora- fic. 107. — Chronioblast<* liondue à la présence de ces éléments, étaient sous ''" mésentère de la grc-
' ; nouille. -Gross. 1/3:^».
la dépendance du sVslemc nerveux. Pour lui, ces chromoblastes seraient contractiles et influencés par les nerfs. Les faits cpi'il a avancés relativement aux changements de couleur sont très-exacts, mais nous pensons qu'on ne peut, pour le moment, se contenter de l'explication qu'il en adonnée. Il est impossible d'admettre jusqu'ici sanspreuves absolument démonstratives que d'îiutres éléments que les fibres musculaires soient influencés par l'agent nerveux, car se serait là un fait qui bouleverserait toute la physiologie générale. Peut-être parmi les éléments décrits sous le nom de chromoblastes s'en trouve-t-il qui appartiendraient à deux espèces distinctes : les uns seraient des corps iibro-plastiques, les autres des fibres musculaires lisses. Il est facile de constater en eflct (|ue certains chromoblastes ont une forme absolument lîxe. On ne voit jamais ceux du mésentère ou du poumon d(»s batmciens se contracter «ous le microscope.
(1) Le pigment, d'après Cli. Robin, est une matière à l'état de gouttelettes liquides ou demi-liquides, ou bien de granulations solides, douées d'une coloration propre, jaune, verte, rouge ou noire. Le pigment se trouve normalement dans un certain nombre d*élémerTts anatomiqucs. il colore en noir les cléments de la choroïde et de Tiris, ceux de Tépidcrmc des nègres, les parties brunes de la peau des blancs, cornue le scrotum et Tauréole du mamelon, les taches mélaniques des envies^ etc.
La matière pigmentaire des éléments épidermiqucs choroïdiens, etc., varie du brun au noir In plus foncé. Cette substance est insoluble dans Tacidc acétique et dans l'acide sulfuriquc froiil, cnractère qui la distingue «le l'hémalosine, matière colorante dérivée de l'Iiémoj^lohin»' (voy. page 13t;.
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est une preuve. C est en quelques minutes que ces éléments perdent leurs propriétés, si la circulation n*est pas promptement rétablie dans l'encéphale.
La nutrition du cylindre-axe est liée, sans qu'on en sache la cause, à celle de la cellule nerveuse ; de sorte que les centres nerveux d*où éma- Tient les nerfs sont, relativement à ces derniers, des centres trophiques ; la moelle, les ganglions rachidiens, sont des centres de cette nature relativement aux filets nerveux qui en partent; le ganglion rachidien tient sous son influence la nutrition des deux bouts du nerf sensitif avec lequel il est en rapport. Les centres moteurs agissent de même sur les nerfs; lorsqu'en eflet un nerf moteur est sectionné, le bout périphérique s'altère en quatre jours (Longel). Néanmoins, d'après les expériences de Philippeaux et de Vulpian, cette portion séparée du nerf aurait encore son indépendance, puisqu'elle pourrait se régénérer au bout d'un temps assez long.
Nous' renvoyons aux traités spéciaux de physiologie pour l'étude des propriétés générales des nerfs, et en particulier pour les discussions relatives à la névrilité et à la nature de l'influx nerveux {Traité de physiologie de Lon^ei, t. III).
La façon dont s'altèrent les nerfs et les difficultés de leur régénération prouvent que les propriétés nutritives de leurs parties essentielles sont peu énergiques, et qu'elles ne peuvent avoir une vie indépendante. Aussi ces éléments ne forment-ils pas de tumeurs comme ceux qui ont conservé la constitution cellulaire. Les cellules nerveuses ne donnent des tumeurs qu'à la période où elles ont la forme embryonnaire : telles sont les tumeurs rétiniennes. Mais les éléments périphériques, où la forme cellulaire a disparu, et avec elle les propriétés de la cellule, ne donnent pas de produits de ce genre. Nous verrons plus loin la nature des produits appelés névromes.