ARTICLE X
' AMATOMI^IJRS
^ 04. Nous avons, au commencement de cet ouvrnge et dans le premier chapitre, montré de quelle importance était la notion de l'élément anatomique. Dans Tétude des propriétés de chaque tissu et même des usages de chacun des organes, il faut toujours remonter en deniière analyse aux propriétés de l'élément anatomique fondamental.
Pour connaître la valeur des caractères analpmiques que l'on peut tirer de l'étude des éléments, il est nécessaire de jeter un coup d'oeil d'ensemble sur leur développement et leurs propriétés. Les mêmes œnsidéralions sont applicables à l'analyse des altérations morbides.
\ous avons vu que, dans un organismecomplexe, comme celui des vertébrés et surtout des vertébrés supérieurs, l'élément reprèsentait une individualité distincte, ayant son anatomie et sa physiologie, et cependant chez ces êtres, où la vie collective a piis une si grande importance, celle de la partie simple est réduite à son minimum. Chez les animaux inférieurs, au contraire, nous assistons, en considérant des degrés dé plus en plus abaissés, à une sorte d'exaltation de la vie cellulaire, au point même que la cellule peut chez les uns tenir la place d'un organe, chez les autres représenter un animal tcml entier.
Dans le perfectionnement philogéni(|ue des espiVes inférieures, les cellules, vivant isolées d'abord, se groupent progressivement pour for-
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mer des individualités zoologiques, de même que dans lo développenienl embryonnaire ou ontogénique, chaque élément se spécialise et prend une forme et un rôle déterminés. Bien avant que chaque cellule ait revêtu ses caractères morphologiques distinctifs elle manifeste des propriétés qui en révèlent la nature intime. Mais lorsqu'elle a atteint la forme spéciale qui correspond à son maximum de développement, ses propriétés sont devenues si accusées, qu'elle ne semble plus avoir aucun lien de parenté avec celles qui ont eu la même origine. Ainsi, chaque élément représente un être distinct. Au point de vue de la physiologie générale cette idée est fondamentale, mais on peut dire qu'elle domine toute la pathologie.
Cependant, à une certaine période du développement, la cellule s'est tellement éloignée de sa forme originelle, qu'il devient difficile d'avoir de Télément une définition précise, de savoir au juste quelles sont ses limites, en un mol, où cesse la partie simple, l'individualité, et où commence le composé ou l'association.
On voit en elTel, et MM. G. Pouchet elTourneux ont eu raison d'insister sur ces considérations, que s'il est des éléments bien déterminés dans leui's e^iraelères morphologiques, il en est d'autres, par contre, comme ceux des muscles et des nerfs, auxquels il est difficile d'assigner des limites précises. Est-ce la fibrille musculaire qui représente l'élément des muscles ou le faisceau strié? Et pour les nerfs qu'est devenue, dans le tube nerveux, la cellule qui en représentait un segment pendant le développement embryonnaire? Le cylinder axis est bien, au point de vue physiologique, une individualité, mais peut-on, en anatomie, le délimiter «•xactement? Où cesse-l-il et où commence-l-il dans le sens de la longueur?
Il n'y a donc pas, au simple point de vue des caractères de forme, de comparaison à établir entre les différents éléments. Les uns, ceux qui ont conservé les attributs de la période embryonnaire, ont la forme de cellule, ils sont comparables entre eux; les autres se sont éloignés progressivement de cet état primitif. Ils ont donné naissance à des produits qui n'ont plus aucun rapport avec la forme cellulaire; ce sont des fibres de longueur indéterminée, des tubes, etc. Ces fibres, ces filaments, ces tubes, qui donnent aux tissus, qu'ils contribuent à constituer, certaines propriétés spéciales, sont en réalité les véritables éléments anatomiques, et il n'est pas nécessaire de remonter à leur origine pour savoir combien d'éléments embrvonnaires les ont formés: il faut les voir tels (|u'ils sont chez l'adulte, et l'étal dans lequel ils fonctionnent. Ainsi le véritable élément du nerf devrait être regardé comme éteint le cvIindiM*
ÉLÉMENTS ANATOMIOrES. — CONSIDÉRATIONS <iÉNÉRALES. 251
axis; celui du muscle, la fibrille musculaire; car ce sont les dernières parties du nerf et du muscle isolables sans suppression de leurs propriétés, puisqu'elles se trouvent isolées normalement dans certaines régions chez beaucoup d animaux.
Lorsqu'il s'agit d'éléments ayant des propriétés aussi nettement tranchées que les nerfs et les umscles, on est bien obligé de reconnaître qu'ils représentent des individualités distinctes ; de même pour l'ovule, le spermatozoïde, etc. Mais il en est d'autres dont les propriétés n'ont pas autant attiré l'attention des physiologistes, parce que leur rôle est borné à des actions mécaniques et nutritives; néanmoins ces éléments sont absolument indispensables à l'organisme, et quoi qu'en disent certains auteurs, ils représentent encore des espèces parfaitement séparées. La fibre lamineuse, la fibre élastique^ la cellule du cartilage, etc., se forment chacune de leur côté en vue d'usages définis, et avec des propriétés caractéristiques, comme l'élément du nerf et du muscle.
Au point de vue de l'anatomie générale, la considération de l'élément nous amène donc à concevoir des caractères anatomiques aussi tranchés que ceux qu'on peut déduire par l'anatomie descriptive, des dispositions d'un orn:ane pour la détermination de la nature des êtres et leur classification.
Ainsi la forme d'une dent, d'une vertèbre, d'un os quelconque, permet de reconnaître immédiatement l'animal auquel ces parties appartiennent : de la connaissance de l'élément fondamental, on peut déduire aussi les propriétés principales d'un tissu, la nature d'un produit pathologique. Envisagés dans la série animale, les mêmes éléments offrent bien des caractères généraux identiques ; néanmoins ils présentent d'une classe à l'autre des différences telles, qu'il est possible à première vue d'en déterminer approximativement l'origine : ainsi les ovules, les spermatozoïdes, les hématies diffèrent des mammifères aux oiseaux, des poissons aux batraciens, etc.
Ces faits tendent à établir d'une façon indiscutable que chaque groupe d'éléments constitue une espèce distincte nettement délimitée. S'il en est ainsi, ces éléments, en se reproduisant, n'engendrent que des produits semblables à eux, sinon par la forme, au moins par leurs propriétés fondamentales. Le contraire supposerait une exception aux lois générales du développement des êtres organisés, chaque être ne se i*eproduisant jamais que dans sa forme très-peu modifiée. Mais dans le développement embryonnaire, avant la formation de toutes ces espèces, il est bien certain qu'il existe des éléments n'appartenant à aucune et qui ne possèdent qu'un rôle formateur.
(l'est donc d'une façon progressive et très-lente que les cellules qui
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dérivent do lovule preiiiienl, d'une génération à l'aulre, des raractères de plus en plus spécialisés, â leur état de développement complet, ils représentent des espèces dans lesquelles la reproduction a toujours pour résultat de créer des individus identiques à ceux dont ils dérivent directement, mais absolument différents de leurs ancêtres éloignés (1). C'est rhypothèse de Lamark qui parait absolument vraie appliquée au.v étéfnents. Telle est la conclusion à laquelle je suis arrivé à peu près à la même époque avec MM. Pouchet et Tourneux.
Ainsi se constituent des groupes d'éléments dans lesquels les uns ont la forme de cellules, les autres sont plus perfectionnés. Dans une espèce déterminée la reproduction se passe sur les éléments cellules, et de façon à engendrer des individus appartenant toujours au même groupe. Ainsi cartaines parties du blastoderme peuvent engendrer des cellules musculaires, etc.; ces cellules musculaires se multiplient en donnant toujours des cellules musculaires et jamais aucun élément ayant les caractères d(^ la cellule blastodermique originelle.
Lorsqu'on assiste au développement des éléments dans certaines conditions pathologiques, il semble, quand on se borne à un examen superficiel, que les phénomènes de reproduction se passent d une façon toute différente. Tantôt on voit naître certains éléments au milieu de tissus qui n'en renferment point d'analogues; tantôt on voit tous les éléments cellulaires d'un tissu se segmenter et donner naissance à des produits complexes au milieu desquels il est bien difficile de déterminer la part qui revient à chaque cellule, (^'cst pouri|uoi beaucoup de médecins, s'en rapportant à une étude tout' à fait sommaire, négligeant les faits généraux d'embryogénie et d'histogénie, se plaçant en outre dans les conditions d'observation les plus difficiles, ont adopté sur le développement et l'évolution des éléments des théories qui ont généralement cours, parce qu'elles expliquent tous les faits sans toutefois les démontrer; mais ces théories ne résistent pas au plus simple examen, ainsi que nous le verrons.
1/étude embryogéni(|ue des tissus, dont on ne peut se passer pour traiter ces questions, nous a amené à ces deux propositions fondamentales :
La première : c'est qu'un élément en suivant sa courbe évolutive ne revient jamais en arrière. Il n'y a pas plus de retour de l'élément vers son époque embryonnaire qu'il n'y en a pour l'être collectif, l'association d'éléments.
(I) Lorsque lVs|ière chien, par exemple, se reproduit, «.'esl toujours par la formation de cliieiis l't jamais d'un animal appartenant à l'espère anirrieure dont celle-ei aiirnit pu tltM'iver.
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La seconde : c'est qu'un élément n'est générateur qu'à une certaine période de son existence.
Or, les auteurs dont nous parlons ont fait engendrer des cellules nouvelles à des éléments séniles ; ils ont imaginé des éléments indiOerents, c'est-à-dire sans espèce déterminée, et enfin le retour des éléments à Tétat embryonnaire. Mais là où la théorie man(|uail, il lui fallait un soutien : ce soutien fut l'irritabilité cellulaire.
Ainsi se trouvaient expliqués les faits les plus obscurs de Thistogénie sans passer par les longues recherches embryogéniques. La physiologie pathologique pouvait se faire sans les connaissances acquises par la physiologie expérimenlale sur les propriétés de tissu et le jeu des appareils. Malheureusement ces conceptions ingénieuses ne s'appliquent à aucun objet réel, jamais elles n'ont pu avoir la consécration d'un fait démonstratif; elles sont en contradiction avec les idées générales sur la nature des él«'»ments, leur formation, leur évolution. L'observation médicale elle-même ne pourrait leur fournir un point d'appui.
Lorsqu'on jette un coup d'œit sur la plupart des descriptions d'anatomie pathologique, on peut voir, comme conséquence de ces idées sur la nature des éléments, que l'élément fondamental composant' les tiesus morbides et son évolution sont laissés au second plan. Les classifications de ces produits sont l>asées sur des caractères accessoires et la plujiart du temps sur la forme. Or, n'est- il pas de toute évidence, étant donnés les faits (|ue nous avons exposés, que la nature de l'élément est un caractère s|)6cifique primordial. Il sert à déterminer le genre des lésions, sauf à en invoquer d'auti*es pour établir l'espèce. La notion de l'élément comme caractère spécifique est une des idées essentielles de la pathologie, car elle conduit à cette autre notion, celle de la lésion élémentaire sur laquelle repose toute la science du diagnostic (voy. à la clasnification des tumeurs).
F^rmiitioii de» élémeiitfl*. — La formation des éléments doit être considérée à deux époques, pendant et après la période embryonnaire.
Or, ainsi que nous l'avons fait voir à propos de chacun d'eux , il est des éléments dont on peut suivre la généalogie depuis les cellules du blastoderme : ce sont les cellules nerveuses, les fibres musculaires, les épithéliums, les cellules de la coi*de dorsale, les éléments de certains cartilages, etc.
Par contre, on ne sait |)as encore, pour les noyaux du tissu conjonctif, élastique, les cellules dites ostéoblastes qui précèdent les os, les globules blancs du siing, (|uelle est leur origine. Il est probable que ces éléments
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lie doivent pas faire exeeptioii et avoir un mode de développement diffi*renl des précédents ; mais ce mode de développement est encore à trouver pour chacun d eux. Quoi qu'il en soit, les uns et les autres apparaissent d abord sous la forme de cellules ou de novaux. Ces cellules se transforment, donnent naissance aux fibres musculaires, aux tubes nerveux, aux libres lamineuses, etc., et ainsi se constituent des groupes distincts d'éléments et les systèmes anatomiques. Mais toutes les cellules d'un groupe ne subissent pas leur développement complet; un grand nombre restent sous la forme qu'elles avaient en sortant des cellules blastodermiques. Néanmoins elles sont de nature différente, dès ce moment. On peut même dire, qu'en général, la plupart des éléments d*un tissu restent sous la forme cellulaire ou nucléaire primitive. Le développement des éléments nouveaux, dans toutes les circonstances normales et morbides, se fait après la période embryonnaire, aux dépens de ces cellules ou de ces noyaux qui constituent aloi*s des éléments de réserve, d'autant plus nombreux (ju'oii se rapproche plus de Tépoque embryonnaire, ou que le tissu est plus exposé \\ se reformer, comme Test la muqueuse utérine. Cï*st ainsi que dans le tissu conjonclif, dans la substance des centres nerveux, dims les Kbres musculaires^ il existe des noyaux très-nombreux, c|ui sont les uns nerveux, les autres conjonclifs ou musculaires, et qui seuls prendront part au travail d'accroissement après la naissance, de réparation dans le cas de destruction de tissu.
Les autres éléments, ceux qui ont forme de libres, de lamelles, etc., possédant la forme sous laquelle ils doivent agir, comme le dit avtn; raison Ch. Robin, ne sont plus capables de reproduction, les phénomènes de segmentation ou de gemmation ne pouvant s'opérer que sur des cellules ou des noyaux, dont le corps cellulaire a conservé encoi-e toutes ses propriétés de nutrition, la lepraduction étant la conséquencx* d'une nutrition exagérée.
SYSTÈMES AXATOMIQUES