‹ Traite d'anatomie generale appliquee a la medicineChapitre 64 sur 101 · TISSU ET SYSTÈME ADIPEUX · texte numérisé non relu

TISSU ET SYSTÈME ADIPEUX

§ 71 . Après la description que nous avons donnée du tissu lamineux, des vésicules adipeuses et du développement de ces derniers élémenls

nous n'aiirniiB pus à- iiniis étemlre loiiguenifiil sur \c lissii .iilipeiix.

Le tissu a(lip«iu\ a la tcxliirp du liss-ii Umincux, diins It-quel se sonl développées un grand nombi-e de vrsienlis adipeuses. Ces vésicules en se formant repaussenl peu à peu les Taisceaux de libres el les écartenlles uns ilesaulrrs. Il en résulte que si l'un enlève la prisse, le lissu adipeux oirre l'aspect d'un llssuaréolaiivdont les parties pleines sont représentées par des faisceaux (!>' libres lamineiisps enlre-croicées dans toutes les dir^lions.

Si l'on examine le pannîcule sous-culani^, on voit, en effet, des amas (le vésicules adipeuses, d'une teinte jaune plus ou moins foncée, dis{M)sées en amas ou lobules: et ces lobules sonl s«'*paiiis les uns des autres par des faisceaux de libres lainineuses, dont un ^raudnombn'vonl se perdit' dans le demie, les antres dans les couches aponévi-otiques sous'jacentes.

Le lissu adipeux, focmé ainsi d'amas de vésicules adipeuses dont te contenu est liquide à la lempéralure du corps, doit être considéré comme un tissu destiné à amortir les chocs, à répartir également les pressions. Il joue dans l'économie le ii^le qu'auraient une foule de petits coussins remplis de li(|uide, interptisés aux parties qui exercent les unes sur It's autres des pi'essions réciproques.

CoHSMlnetM ndipeiix nHicnlalrcs. — Ces coussinets renferment li'ès-peu de fibres; ils sont, par conséquent, formés presque entiëi'emenl par une graisse fluide. Les uns sont dans la cavité articulaire, comme le ligament adipeux du genou , où ils servent à combler les vides que les mouvements de flexion ou d'extension tendraient à produire dans la synoviale. Les franges synoviales , formées aussi de tissu adipeux, jouent un i"rtle analogue. D'autres coussinets sont extra-articulaires ; ils sont en rapport avec les ligaments el suppriment te fmtlenienl que ceux-ci pourraient éprouver dans les mouvements.

C«n«NlnelN ndipenx rachidlrn*. -- ils sont disposés en demicercle, en dehors de lu dure-mèiv, sur les ligaments jaunes des vertèbres,

- 284 TmiTÉ D'aN^TOMIE r.ÉNBRAI.E,

et se prolongent dans les irous de ronjugaison. Leur mollesse esl trèsgrande. Or, ainsi que Itichet le fait remarquer (art. Kacbis, Analomif chirurgicale), celte graisse fluide peut se déplacer, sortir el rentrer de la cavité rachidiennc sous l'influence de la plus légère pression. Ils aideni donc l'action du liquide céphalo-rachidien, lorsque sous l'influence des variations de la pression sanguine, ce liquide monte et descend de la cavité rachidiennc dans la cavité crânienne.

PanniCNlr ndlpeax •oas>eatané. — Le (tannicule adipeux sons-cutané existe dans certaines régions, celles qui sont exposées à des pressions ; il manque au contraire dans toutes les autres. II est surtout renmrquahie h la paume des mains, au talon, ii la plante des pieds, sur les Tessrs, le dos, l'abdomen. Il Tait défaut, sur la ligne.médianc du corps, aux paupières, à la verge, au scrotum, à la face dorsale des mains et des orteils.

Dans la plupart des régions il est douille par le faxrin superfirialh ;

mais à la paunio des mains et ii la plante des pieds le pannicute adipeux

est entièrement adhérent : d'une part au derme, de l'autre à l'aponé\Tose.

Ainsi il ne peut glisser ni sur l'une ni sur l'autre de ces membranes, et

se trouve par conséquent dans des conditions

excellentes pour supporter les pressions aux-

V I .j^" quelles ces parties sont soumises.

I J^ 1' sifr'' " ^^^^ signaler encore la boule graisseuse de

l^r .nfi^^i Itichatcommeétantun organe premierdu système

y*r /il'Ë U adipeux.

Toutes les parties du système adipeux dont nous venons de parh>r existent d'une façon conftjmte, quel que soit l'étal d'amaigrissement du sujet. Ce sont en cITel des organes indispensables au mouvement.

m. I.'h'i. — TiMU caiijaiiclif de la liingousln. ■- A . fibrrs laniincuses ;

f, «orps llbro-pla8lî(|UP.

Kystème lamliicnx dans la série animale. — Le système l.imiueux se présente avec les mêmes éléments et des caractères analogues dans toute la série animale. Très-abondant chez les mammifères et les oiseaux, il devient plus rare chez les poissons : chez ces animaux , et en particulier chez les plagiostomes, el aussi chez les batraciens, il prend souvent la forme cmbryonnaii'edu tissu lamineux des mammifères, c'est-à-dire la forme gélatineuse ou colloïde. Les auteurs qui se sont plu ii décrire ce tissu

SYSIÉMK LAMINE^X. ^85

eomme formé de cellules irauraienl jamais émis une semblable opinion s'ils avaient étudié ce tissu chez les squales et chez les raies.

Chez les invertébrés, il existe aussi un système lamineux plus ou moins développé» Le tissu est souvent représenté par des fibres lamineuses, ailleurs par des cellules de formes variées, ressemblant quelquefois à des cellules épithéliales. Ces aspects s*expliquent facilement, étant données toutes les variétés de corps fibro-plastiques. Chez les crustacés, on trouve sous la peau et autour du tube digestif des masses de tissu conjonctif assez considérables, avec des vésicules adipeuses en plus ou moins grand nombre, suivant lanimal. Ces vésicules renferment une matière grasse, moins réfringente que celle qui se trouve chez les mammifères, et dont la composition chimique n'a pas été étudiée. Enfin, chez les mollusques, les échinodermes, on rencontre encore des éléments du tissu conjonclif.

PATHOLOt'.IK I»IJ SYSTÈME LAMIXEIJX.

v^ 7:2. Les différentes altérations de ce système, les tumeurs auxquelles il donne naissance, vont encore nous éclairer sur sa nature intime. Si, en effet, l'élude de Tanatomie pathologique ne peut se faire sans Tanatomio normale, d'un autre côté les ressources qu'elle nous offre ne doivent jamais être négligées ; de même que l'élude comparée des éléments dans la série animale permet d'arriver à la solution de certains problèmes d'histologie presque impossibles à résoudre, en ne considérant que l'homme. L'observation des phénomènes pathologiques nous montre donc des caractères de la plus haute importance, si nécessaires (|ue c'est sur eux (|ue Bichat a fondé ranatomie générale. Or, aucun système n'offre autant d'intérêt en pathologie que le système conjonclif, car il prend part à toutes les lésions.

Formation accidentelle des éléments du tissu lumineux. Régénération cicatricielle. — Les éléments du tissu lamineux se forment dans une foule de conditions diverses.

A. — Chaque fois que la circulation devient plus active, qu'il y a congestion durable, on voit naître des éléments nouveaux de ce tissu. Ainsi l'urticaire chronique lui-même amène l'épaississemenl de la peau et du tissu cellulaire sous^cutané; la congestion souvent répétée du foie détermine la cirrhose, les congestions permanentes autour des iilr^i'**» et des abcès produisent les mêmes résultats.

B. — Dans les solutions de continuité c'est lui qui fait les f de cicatrisation.

486 TKAirÊ D*ANATOMIE GÉNK1L\LE.

C. — Il est le complément nécessaire de tous les produits pathologiques, de toutes les formations nouvelles, etc.

Tous ces faits prouvent que, bien qu'uni intimement aux autres tissus, il possède au milieu d'eux son individualité, sa circulation propre ; car chaque fois qu'une congestion sortant un peu des limites des conditions fonctionnelles se produit, c'est lui qui en profite: ce sont ses éléments (|ui se développent à l'exclusion et aux dépens des autres; il est étrange (|ue malgré cela certains autem*s lui accordent encore un rôle formateur.

Les intlammationsaiguësou chroniques, phlegmons, anthrax, abcès, etc., laissent après elles des éléments nouveaux du tissu conjonctif. Aussi a-t-on voulu faire de la production de ces éléments le caractère essentiel de l'inflammation. Mais ces éléments représentent un produit comnmu à rinflammation et à beaucoup d'autres altérations de tissu. Caracté* riser un genre de lésions par ce phénomène, qui se produit d'ailleurs normalement dans le développement, c'est donc non-seulement commettre une erreur grave en anatomie, mais des plus funestes pai* ses conséquences en médecine (voy. Inflammation, sifstème capillaire).

Régénération, formation de» cicatrice». — Tous les tissus ont une tendance plus ou moins marquée à se régénérer quand ils ont été détruits. Cette propriété tient sans doute à ce qu'ils renferment tous des éléments nucléaires ou des cellules à fonne embryonnaire en grande quantité. Les solutions de continuité, en plaçant ces éléments nucléaii'es dans des conditions de nutrition plus favorables, favorisent leur développement; mais après les épithéliums, le tissu conjonctif est celui qui se régénère le plus facilement. Or, comme il existe partout, aussitôt qu'une solution de continuité se produit, il se développe aussitôt pour combler le vide.^Il constitue alors des masses végétantes, molles, très-vasculaircs, auxquelles on a donné le nom de bourgeons charnus. Ces bourgeons sont formés par de la matière amorphe molle, demi-liquide, et des noyaux anologues à ceux qui chez l'embryon précèdent le tissu conjonctif. Pendant un temps très-long, alors même que la plaie est entièrement fermée, ces tissus de formation nouvelle n'offrent aucune consistance. Si le blessé meurt pendant le travail de cicatrisation, pendant l'agonie et les heures qui suivent la mort ils se flétrissent rapidement et se liquéfient. Ainsi, sur un homme dont j'avais amputé la cuisse, et qui mourut d'infection purulente le quarantième jour après l'opération, alors que la cicatrisation «îtait presque achevée, j'ai vu en quelques jours toute la masse de bourgeons charnus disparaître et le fémur complètement découvert se présenter au fond d'un cône, comme au momenl de l'opération. (À»tle résorpti<m de

SYSTEME LAMl.NELX. i87

la cicatrice tieul à ce que les éléments figurés, fibres laïuineuses, etc., les seuls qui soient persistants, mettent un temps très-long à se développer. Dans le travail de cicatrisation, lesnovaux des fibres lamineuses se transforment en cellules fibro-plastiques qui donnent elles-mêmes des fibres lamineuses. Quand celles-ci sont en assez grand nombre, la cicatrice est solide et la plaie ne peut plus se rouvrir. Alors se produit un phénomène (les plus iniport^mts, dont Ch. Robin a fort bien cxpli(|ué le mécanisme : c'est la rétraction cicatricielle.

Nous avons vu que la matière amorphe du tissu cicatriciel était trèsabondante au début. Lorsque des faisceaux de fibres lamineuses se sont formés, elle n*est plus représentée que par des dépôts situés entre ces éléments ; or, à la longue, un travail de résorption se fait sur cette substance, travail qui agit moléculairement avec la même force que se produit rimbibition du coin de bois qui fait éclater la pierre. Ainsi, peu à peu les faisceaux de fibres sont rapprochés les uns des autres par suite de la résorption de la substance intermédiaire , et comme les fibres lamineuses sont inextensibles, la cicatrice rétractée ne se laisse plus distendre.

LÉSlONiS Ul'ES A LA GEXKSK DKS KLKMENTS CONJONCTIFS.

Les éléments du tissu conjonctif se développent dans une foule de circonstances pathologiques, ainsi que nous venons de le voir. Il n'est donc pas étonnant de les rencontrer comme parties constituantes accessoires des lésions les plus variées ; ainsi autour des tumeurs épithéliales, des tumeurs des os, etc., on rencontre des éléments identiques à ceux qui constituent la masse tout entière des tumeurs dérivées uni- (|uement du tissu conjonctif.

Lors donc qu'il s'agit de détenniner la natufe d'une lésion ou* d'une tumeur, il importe de voir où siègent la lésion fondamentale initiale et les lésions accessoires ; c>st un sujet dont nous aurons à parler longuement lorsque, après avoir passé en revue tous les systèmes, nous jetterons un coup d'oeil d'ensemble sur les produits morbides qui en dérivent (vo\ . Classification des tumeurs). Or. aucun autre élément que ceux du tissu conjonctif ne nous donnera autant de difficultés, parce qu'il se rencontre partout, qu'il encombre pour ainsi dire toutes les tumeurs. Il masque la lésion fondamentale, et pour la retrouver il faut faire l'histoire complète de la maladie, déterminer sa nature par l'ensemble des caractères anatomiques et cliniques, suivre l'évolution de la tumeur par la comparaison d'une série de lésions semblables à diiïérents degrés de développement. Il est vrai que cette méthode n'est pas celle qu'à l'exemple des Allemands

ÛSH THAITK d'aNATOMIE (iENKHALE.

nous tendons de plus en plus à adopter en France. L'un étudie le malade, l'autre la tumeur, comme si Tidée de lésion pouvait être séparée de l'idée de maladie; bien heureux encore si celui (|ui fait l'examen microscopique n'en est pas réduit à voir seulement un fragment minime de la pièce, décomposée elle-même en autant de parties qu'il y a de laboratoii^es. Ces procédés j)eu philosophiques appliqués à la médecine, cette absence de méthode ont engendré les théories les plus fausses, ont dévoyé les meilleurs esprits, et sur aucun sujet peut-être il ne s'est accumulé autant d'erreurs que sur les lésions qui procèdent du tissu conjonclif. Du reste, une physiologie aussi fantaisiste que celle qu'on s'est plu à créer à ce système ne pouvait engendrer en pathologie que la confusion.

La plupart des éléments qui entrent dans la constitution des autres tumeurs ont une évolution simple. La cellule épithéliale, par exemple, dans quelque condition qu'elle se trouve, conserve ses attributs distinctifs, parce qu'à 1 état normal ses dérivés ne sont jamais que des éléments épithéliaux. 11 n'en est pas de même pour l'élément du tissu conjonctif. La cellule ou le noyau originel peut engendrer la fibre lamineuse/ la vésicule adipeuse, la cellule étoilée fusiformc. Celte cellule originelle ellemême peut évoluer de plusieurs façons différentes. On voit donc quelle complication résulte des propriétés mêmes de cet élément que nous rencontrons dans tous les produits pathologiques dont nous sommes appelés à (aire l'histoire. Néanmoins, en nous reportant aux phénomènes du développement normal, nous verrons que le problème est beaucoup plus simple qu'on ne pourrait le supposer au premier abord.

Pour une foule de tumeurs, la plupart des auteurs d'anatomie pathologique n'ont pas cherché à dégager la lésion initiale, perdue souvent dans la masse du tissu conjonctif nouveau, et, par une expression qui exprimait bien le vague lîe leurs idées, celle de sarcome, ils ont désigné toutes les tumeurs qui renfermaient beaucoup de ce tissu. Ils ont perdu de vue celte notion, qui domine tout l'art du diagnostic, c'est que devant le malade l'expérience prouve chaque jour (ju'il faut exprimer la maladie par une formule simple; que, sous une apparence de symptômes complexes, il y a toujours une lésion organique fondamentale, entraînant toutes les autres comme conséquences, et celle-ci, d'après la loi posée par Bichat, se ramène elle-même à une lésion de svstème.

Si dans l'étude des produits pathologiques ils n'ont pas appliqué cette méthode, s'ils ont tenté de faire de l'anatomie pathologique en dehoi^ de l'anatomie normale, de l'histogénie et même de la médecine, il n'est pas étonnant que par une marche opposée nous arrivions à des conclusions et à une nomenclature absolument différentes.

SYSTÈME LAMLN'EL'X. ^89

Nous ne suivrons donc pas les auteurs qui ont introduit dans le langage médical ces expressions de sarcome, myxome, etc. , parce qu'elles consacrent des idées inexactes ; et si nous manquons de termes pour représenter la nature des lésions, il sera encore préférable, je pense, d'en laisser un certain nombre sans dénomination que de leur donner au hasard des noms qui n'expriment pas leur nature véritable.

Eu considérant les altérations dans lesquelles il n ei^tre que des éléments du tissu conjonctif, l'expérience prouve (ce qui, d après ce que nous avons vu, est facile à comprendre) que le caractère fondamental, celui qui entraine tous les autres, celui qui exprime la maladie, si l'on peut dire ainsi, est l'évolution de l'élément. En un mot, la loi d'évolution des éléments nouveaux qui se produisent, est la caractéristique véritable. La nature de la lésion anatomique détermine le genre, l'histoire clinique détermine l'espèce.

Or, nous voyons^ en rappelant les faits exposés chapitre V, que la cellule originelle, Télément fondamental du tissu conjonctif, peut rester dans le tissu sous sa forme primitive ou engendrer trois espèces d'éléments : les corps fibro-plastiques, les fibres lamineuses, les vésicules adipeuses. Quand elle évolue sans se modifier, sans perdre ses caractères primitifs, elle peut s'atrophier à peine née, ou suivre une évolution plus longue, ou enfin se multiplier en restant toujours ovoïde ou sphérique,€t s'hypertrophier sous cette forme. Autant de tumeurs, autant de produits pathologiques, autant de genres de maladie différents.

Nous pouvons rappeler ici le schéma par lequel nous avons exprimé les diflerenls modes d'évolution de cet élément.

La première partie de la courbe  montre l'évolution de l'élément qui engendre tous les autres. Au point A commence la séparation ; si à partir de ce point l'élément s'atrophie et dégénère, c'est le genre tubercule. Nous disons genre, car tous les tuberculeux ne sont pas les mêmes. Si le noyau va plus loin dans son évolution, mais dégénère fatalement après un temps plus ou moins long, c'est le genre gomme. La gomme est un produit commun à la syphilis et à la scrofule et même à la morve.

Enfin le noyau s hypertrophie, il se segmente, n'a de tendance à dégénérer qu'après avoir acquis un développement considérable ; il forme des tumeurs envahissantes : genre tumeurs embryoplasliques , expression mauvaise, nous le savons, mais qui a au moins l'avantage de préciser l'élément qui la compose. Tumeur embryoplastique est un terme générique, comme gomme et tubercule.

La cellule conjonctive peut s'élever plus haut et donner un élément plus parfait, représenté par la cellule fibro-plastique, d'où le genre tumeur Ubro-plastique de Lebert et Robin.

Cadiat. Anatomie ç^énvirah^ 19

490 TIUITE d'aNAÏUMIE GÉNÉRALE.

Après, nous voyous des tumeurs où les éléments se développent entièrement et ne subissent pas de dégénérescence : ce sont les tumeurs fibreuses ; et enfm celles dont le trait caractéristique est le développement de la vésicule adipeuse, ou le genre lipome.

Nous n'avons classé ici que les tumeurs, mais sur chaque courbe il faudrait ajouter les lésions généralisées d'un système : ainsi, Téléphan* tiasis est une maladie du système lamineux caractérisée par la multiplication des fibres ; il en est de même des scléroses des parenchymes. La polysarcie est une maladie du système adipeux.

Premier f enre de léftioiiA s Envahissemeiit de« aatrei^ liftAUA par le iîmmn conjonctlf . — Dans le développement du système nerveux central, nous avons vu que le tissu conjonctif et les vaisseaux ne s'y montraient qu'à une époque très-tardive ; le même phénomène se produit pour la plupart des organes. Leurs [éléments sont formés, en grande partie, ayant les cloisons lamineuses accompagnant les vaisseaux sanguins. Si cette sorte de pénétration progressive, qui s'ac* complit pendant la développement normal, se poursuit, alors que le parenchyme est complètement fonné, il en résulte la sclérose.

La sclérose consiste dans l'envahissement progressif d'un parenchyme, connue le foie, le poumon, par du tissu lamineux de nouvelle formation. Ce tissu nouveau a d'autant plus de tendance à se développer, que les éléments conjonctifs du parenchyme ont la forme embryonnaire. Quand il a atteint son développement complet, il subit, comme dans la cicatrisation que nous avons exposée précédemment, un retrait; de sorte que les éléments ([u'il tend à envelopper peu à peu se trouvent comprimés, sWophient, arrivent à la dégénérescence graisseuse. Telles sont les lésions qui marquent la dernière période des affections rénales appelées à tort néphrites interstitielles.

Le poumon, de même, peut être atteint par la sclérose et arriver en-> tièrement à l'état de masse dure, fibreuse.

Sclérose des centres nerveux. — La sclérose en plaques, la sclérose des cordons de la moelle, est caractérisée de même parla formation au milieu des éléments nerveux de tissu conjonctif condensé et peu vasculaire.

Ostéomalacie. — Dans cette maladie, lorsque la substance calcaire s'est résorbée, l'os est envahi par du tissu conjonctif de formation nouvelle. De même on en voit se former dans la maladie que j'ai décrite sous le nom d'ostéite rhumatismale. Dans ces deux cas, la formation du tissu conjonctif n'est qu'un phénomène consécutif et accessoire.

Ëlephan tiasis. — L'éléphanliasis est produit par l'hypertrophie, la

SÏSTbMK LAM1^EL'X. iOl

^éiiûratioii excessive du tissu lamîneux sous-culané, dans lequel se forme, en inëme temps que les fibres lazuineuses, une quanlilé considérable de substance amorphe intermédiaire.

Paralysie infantile. — La forme de paralysie décrite par Duchenne (de Boulogne), dans laquelle les masses musculaires sont en apparence conservées ou même hypertrophiées, s'accompagne d'un enrahissement du muscle par du tissu conjonctif et adipeux, qui prend peu à peu la place des faisceaux musculaires. H faut noter que, dans les altérations dont nous avons parlé, les éléments de formation nouvelle étaient simplement représentés par les libres lamineuses ; mais, dans le cas actuel, il se forme en plus des vésicules adipeuses. C'est donc plutât du tissu adipeux qui se produit que du tissu conjonctif.

Ti^ercule. — Le tubei-cule est caractérisé par la formation de-petits noyaux de libres lamineuses dont le mode de développement n'a pu encore être suivi d'une façon précise, dont la durée est très-courte et qui subit la dégénérescence Irès-peu de temps après s'être formé.

Ces éléments n'ont en moyenne que 0"",005 à 0"",00t) de diamètre, et néanmoins )a plupart de ceux que l'on rencontre sont déjà séniles, c'està-dire qu'ils sont remplis de granulations graisseuses. Us se développent par des trat* nées partout où se renconlreut des éléments du tissu lamineux ; quand ils se sont accumulés en amas assez considérables, ils forment de petits nodules de teinte gris bleuâtre, auxquels on a donné le nom de granulations grises.

A une période un peu plus avancée, ceux qui occupent la partie centrale de la grannla- F"c- '56. — Nojaux du tubercule . . „,. . . .1,1 enwhitMiildMhiieewJïmua-

tion passent a l état graisseux el se désagre- cuUira tous la m

gent ; alors la petite tumeur prend une teinte pharjnx.

Jaune (tubercule cru de Laennec). Enfin, la

dégénérescence des éléments se poursuivant toujours, le tubercule

s'ouvre, laisse échapper une matière liquide semblable à du pus, et à sa

place il reste une ulcération ou une caverne.

C'est ainsi que se développe la lésion tuberculeuse da ns tous lestissus . J'ai montré que pour les muqueuses elle était toujours la même; l'hypothèse de la dualité de la phthisie, émise par quelques auteurs de pathologie en Allemagne, se trouvait par cela même très-ébranlée. M. Grancher est arrivé de son côté au même résultat en étudiant le poumon.

TII.V1TK II AHATOMIE (iEKEKAl.E.

Le^ connues sont produites par les niOmus i.'léiiRMilâ t{ui^ lu gi'aiiulation tuberculeuse; mais ces éléments ont une évolution un peu différente. Doués d'uue vitalité plus ^tinde, ils roiTneut des umas volumineux avant de subir la dégénérescence graisseuse. En outre, ces tumeurs sont limitées, leurs éléments n'étant [wsdifl'us et infiltrés nu milieu des autres tissus comme ceux du tubercule.

Deuxième Kciire : Tiimrurs dérivée» do li»sa lauilnrnx.

— Après les produits morbides que nous venons df décrire il faut étudier ceux qui forment les tumeurs pivjprcmcut dites.

Toutes les variétés d'aspect que le lissu conjonctil présente dans les différentes phases du développement chez lembijon ou mémo- chez les animaux, peuvent être offertes par les tumeurs dont nous avons à parler. Suivant le nombre des éléments figurés, la proportion de matière amorphe qui leur est mélangée, suivant aussi les dilTérenles coloralions qui résultent de la présence des vaisseaux et même de sang épaDcbé psr places, et encore du degré de développement que les éléments ont pu atteindre, on voit des tumeurs qui offi'ent des aspects variables. Ce sont ces seuls aspects qui leur ont fait donner les noms de sarcomes, myxomes, psammomes, etc., adoptés par la plupart des auteurs de pathologie. Ces dénomiluilions cl les classiiicalions qu'elles consaci'enl ne reposent donc que sur des caractères tout à fait accessoires :

ceux qui résultent de lu présence d'une plus ou moins grande quantité de matière amorphe, intermédiaire aux éléments ligures, ou bien de dépôts calcaires qui n'ont rîon de plus spécial ici que dans une Toulé de lésions.

11 y a là une envur de méthode évidente, car s'il est impossible dans les sciences naturelles de donner des règles précises pour créer des classilicatioua , il n'eu est pas moins certain que la nature de l'élément Tondamental et son évolution établissent des caractères (jui priment tous les autres. Avant même d'étudier ces produits pathologiques, toutes les considérations dans lesquelles nous sominus entri' à propos du développement des

- Courtics ri-présenL-int l'évululioii dL's

eonjonclits, — A, Jlôini^nUdu tubercule;

H, Je la gomme; C, ili's tumeurs embryoplasti-

i|ucb; D, iIuï tumeurs librn-plii «tique; E, des

■> llbrcmcs; F, des !i|(umrï.

SYSTÈME LAMINEIX. 293

éléments, soit dans la série animale, soit chez un même être, devaient nous faire pressentir que c'était de leur nature et de leur évolution que nous devions tirer les données nécessaires pour arriver à classer les lésions.

Si Ton se reporte à ce que nous avons dit page 207, sur les différents modes de développement de la cellule lamineuse, que nous avons figurés par des courbes, on voit que nous devons avoir six divisions de tumeurs marquées par l'évolution de l'élément Tondamental. Mais il ne faut pas oublier que ces divisions ne correspondent qu'à des genres et qu'il reste encore à déterminer les espèces.

Le premier genre est celui des tumeurs appelées par Ch. Robin du nom d'embryoplastiques. Elles sont formées par des noyaux et des cellules sphériques ou ovoïdes plus ou moins volumineuses, semblables à toutes celles qui chez l'embryon ont précédé les éléments conjonclifs. Ces cellules et ces noyaux se multiplient par segmentation. Ils atteignent un grand développement, sans cependant arriver à l'état de fibres lamineuses ou de vésicules adipeuses.

Néanmoins, un grand nombre d'entre eux se désagrègent, subissent la dégénérescence graisseuse, quand ils sont arrivés à former des masses considérables dont le volume n'est pas en rapport avec celui des vaisseaux noun'iciers. Cette altération produit des taches jaunes dans la tumeur et souvent son ulcération. Elle est toute différente de la réplétion régulière par de la matière grasse, déterminant la formation d'une vésicule adipeuse, et correspondant à des tumeurs d'un autre genre. Ces tumeurs sont molles, et souvent ressemblent à de la pulpe cérébrale, d'où le nom d'encéphaloïdes qu'on leur a souvent donné. Elles sont gélatiniformes, avec des teintes variables suivant l'abondance des vaisseaux, les taches hémorrhagiques, le nombre de points envahis par la dégénérescence graisseuse.

Tumeurs fibro-plastiques, — i" Mode de développement de la cellule conjonctive, ~ L'élément fondamental est l'élément fusiforme, étoile, chez lequel la nutrition est active, qui se multiplie rapidement, exige beaucoup de matières nutritives et s'altère vite quand elles lui manquent. Il en résulte des tumeurs qui diffèrent peu des précédentes dans leur foime et tous leurs caractères extérieurs. Suivant la quantité de matière amorphe plus ou moins abondante qui se trouve mêlée aux éléments figurés, elles sont gélatineuses, fongueuses, transparentes ou trèsdures et de couleur blanche ; comme les précédentes elles peuvent être envahissantes et s'ulcérer, suivant les propriétés de l'élément fondamental. Elles sont quelquefois infiltrées dans les autres tissus, d'autres

:2Ui TRAITÉ D'aNATOMIE GÉNÉRALE.

fois circonscrites. On n'y rencontre jamais de libres élastiques. Ces tumeurs ont été aussi appelées myxomes, quand elles étaient gélati- * neuses; sarcomes^ quand elles étaient plus dures, etc.

Tumeurs fibreuses. — 5° Mode de développement, — L'élément fondamental est une fibre lamineuse, complètement développée, n'exigeant que peu de matériaux de nutrition, pouvant rester indéfiniment dans les tissus sous la même forma Les éléments accessoires sont des corps fibro-plastiques en voie de développement et formant des fibres lamineuses nouvelles.

Il résulte des propriétés de l'élément fondamental, la fibre lamineuse, du mode d'évolution de la cellule conjonctive qui tend toujours, dans ce cas, à engendrer des fibres, que le tissu morbide oflre les caractères d^une masse plus ou moins condensée de fibres lamineuses. C'est donc un tissu serré, dur, n'ayant point de tendance à l'envahissement et à l'ulcération. Les névromes appartiennent généralement à cette catégorie de tumeurs ; elles peuvent se rencontrer partout. Sur les gencives, elles constituent une variété d'épulis et souvent des tumeurs énormes.

Lipomes, — 6° Mode de développement. — Lorsque la cellule conjonctive qui forme la tumeur se développe en vésicule adipeuse, il en résulte encore une variété de tumeurs nettement déterminée qui emprunte ses caractères généraux à ceux de l'élément fondamental.

Quels sont les caractères des lobes adipeux du tissu conjonctif au point de vue qui intéresse le plus le chirurgien ? C'est d'être circonscrits, toujours sous le même volume, quand une fois leur développement est achevé, et de pouvoir être facilement isolés des tissus ambiants.

Or, l'expérience démontre que lorsque le mode d'évolution de l'élément fondamental fait que la tumeur est un lipome, celle-ci offre tous les caractères des lobes adipeux normaux.

Mais on comprend tout de suite que pour arriver à l'état de vésicule adipeuse l'élément doit traverser des phases intermédiaires. Ainsi dans une tumeur de ce genre on peut trouver des cellules qui marquent toutes ces périodes : les unes, à l'état de corps fibro-plastiques, les autres, commençant à se remplir de graisse, ou à l'état de vésicules adipeuses parfaites.

Or, suivant que la tumeur renferme un plus ou moins grand nombre d'éléments de Tune ou de l'autre espèce, son aspect peut varier depuis celui de la tumeur fibro-plastique jusqu'à celui du tissu adipeux normal. Dans les lipomes en voie de développement, on trouve donc à la périphérie un tissu gélatineux, transparent, et au centre, des masses jaunes

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(le véritable tissu adipeux. Les auteurs dont nous avons déjà parlé et qui ont introduit les mots de sarcomes lipomateux, myxomes lipomateux, etc. , n'ont pas vu encore qu'ici le caractère primordial était l'évolution de l'élément en vésicule adipeuse, et ils ont désigné ces tumeurs toujours d'après l'aspect extérieur. Or, ce qui prouve combien les dénominations sont défectueuses, c'est qu'elles consacrent implicitement l'existence des lésions mixtes. Des lésions de cette nature sont en contradiction complète avec toutes les données de la pathologie.

PISCUSSÏON DES DIVERSES HYPOTHESES EMISES SUR LA NATURE ET LA CONSTITUTION

DU TISSU CONJONCTIF.

§ 73. Nous avons exposé la structure du tissu conjonctif, telle qu'elle a été faite par les différents anatomistes français, Velpeau, Chassaignac, Richet et surtout Ch. Robin. Les hypothèses qui ont été émises à toutes les époques sur la constitution de ce tissu ont soulevé tant de discussions, ont eu par cela même une telle importance, que nous devons leur consacrer quelques pages. Nous avons reporté l'exposé de toutes les théories à la fin de cet article afin de ne pas compliquer notre description. Mais nous ne pouvons les passer sous silence; car, pour comprendre la plupart des descriptions d'anatomie pathologique; il est nécessaire de connaître l'historique de cette question.

Toutes les hypothèses sur la constitution du tissu lamineux, sur ses rapports avec le système lymphatique, se retrouvent dans Mascagni (1787), dans Bichat et dans la thèse de Breschet. Les théories des auteurs allemands, qui ont reçu en France un accueil si favorable, ne sont donc pas nouvelles, elles ont seulement revêtu une forme différente chaque fois qu'elles se sont présentées. Mascagni, Bichat, ne connaissant pas les phénomènes découverts par Dutrochet, n'avaient d'autre moyen pour expliquer l'absorption et les mouvements des liquides nourriciers dans les tissus que d'imaginer : le premier, que le tissu cellulaire était un ensemble de cavités lymphatiques ; le second, la théorie des exhalants et des absorbants, c'est-à-dire d'un système de petits vaisseaux très-fins faisant suite aux vaisseaux sanguins et lymphatiques.

Cette dernière idée fut reprise par Yirchow, qui changea les mots d'absorbants et d'exhalants en conduits plasmatiques. L'os, avec ses canalicules dont nous connaissons mal les usages, fut pris par lui comme un type dont se rapprochait l'ivoire avec ses conduits.

De là il passa au cartilage qui a bien des cavités et point de canaux.

Mais Tau tcur allemand ne s'arrête pas à ces objections. Enfin, des éléments pleins, solides du tissu lamineux, furent considérés comme des conduits.

Cette théorie fut abandonnée, mais l'idée qui avait inspiré l'auteur allemand, celle de Mascagni et de Bichat restaurée, ne fut pas oubliée pour cela, elle prit une autre forme, quitte à tomber d'elle-même une seconde fois. Et cependant les anatomistes et les chirurgiens français, qui ont fait du tissu conjonctif une description si simple, si conforme à la vérité et si pratique au point de vue de la physiologie générale et de la médecine, ont été considérés comme retardataires vis-à-vis des professeurs de l'Allemagne.

Pour appuyer cette théorie des absorbants et des exhalants réhabilitée, il était nécessaire de faire un certain nombre d'hypothèses tant anatomiques que physiologiques.

Nous en ferons l'examen, non pour la vaine satisfaction de relever des erreurs commises par les partisans d'idées que nous avons toujours combattues, mais parce qu'il est instructif de voir combien des esprits éminenis ont de peine à se dégager des opinions préconçues, même quand il s'agit des faits positifs de l'anatomie, et surtout parce que ces hypothèses ont une influence considérable sur les progrès de l'anatomie générale, et qu'on en trouve les traces à chaque pas.

Hypothèses sur la nature des éléments. — Les éléments fusiformes et étoiles qui engendrent des fibres lamineuses, ou se transforment en vésicules adipeuses, ou restent dans le tissu sous la forme embryonnaire, ont été considérés comme des conduits (conduits plasmatiques).

Or, leur évolution, la façon dont ils se remplissent d'huile qui ne va jamais dans les prolongements lorsqu'ils se transforment en vésicules adipeuses (Ch. Robin), l'absence de cavité, sauf dans les altérations pathologiques et cadavériques, ont fait de tout temps soutenir à ce dernier auteur que les fibres étaient pleines et que ces éléments n'étaient pas des confluents de conduits.

Il était si facile de voir où était la vérité, que l'hypothèse des canaux plasmatiques ne put vivre longtemps ; elle fut bientôt abandonnée pour l'ancienne conception de Mascagni, restaurée avec les ressources de l'histologie moderne. Ranvier trouva dans le tissu conjonctif et dans les tendons, des corps fibro-plastiques aplatis, ayant pris la forme de lamelles : il en fit des épithéliums tapissant les cavités qu'il fallait à tout prix voir dans ce tissu ; ces cavités^ d'ailleurs, ne devaient être que la continuation des vaisseaux lymphatiques. Mais ces cavités sont artificielles, et nous n'aurons pas de peine à réunir toutes les preuves pour montrer que les

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systèmes lymphatique et conjonctif sont absolument distincts Tun de l'autre.

L'auteur que nous citons aurait dû au moins produire un dessin représentant ces prétendues lacunes tapissées de leur épithélium, en donner la forme, les dimensions, le mode d'abouchement avec les conduits lymphatiques. Or, une description de ce genre, faite suivant les méthodes de lanatomie, n*a encore été apportée nulle part.

Par contre, en suivant le développement des éléments fibro-plastiques dans toutes les conditions où ils naissent, on voit qu'ils prennent, ainsi que nous Tavons déjà dit, les formes les plus variées ; ils s'aplatissent entre les faisceaux tendineux et y demeurent comme des parties accessoires qui n'ont plus d'emploi, une fois que la période du développement est passée.

Ils offrent, lorsqu'on les considère dans la série animale, toutes les formes possibles, depuis les cellules irisantes jusqu'aux chromoblastes des batraciens, quelquefois celles de cellules aplaties comme des lamelles ; mais toute leur histoire prouve qu'ils n'ont aucun rapport avec les éléments épithéliaux ; jamais leurs formes ne permettent de les rapprocher des épithéliums des vaisseaux lymphatiques qui sont si caractéristiques et si faciles à reconnaître.

Enfin, d'après M. Renaut, ces cellules plates qu'on trouve dans le tissu cellulaire et dans le tendon et qui, pour nous, ont un rôle accessoire, formeraient dans le tissu conjonctif lâche des nappes protoplasiniques, disposées de manière à constituer au sein de la substance fondamentale de vastes surfaces d échanges communiquant plu^ ou moins régulièrement entre elles par leurs expansions protoplasmiques. De quels échanges s'agit-il? et quelles sont les preuves de ces échanges? C'est ce que l'auteur ne nous dit pas.

En résumé, jusqu'ici nous ne voyons aucune description précise, aucune preuve anatomique sérieuse pour soutenir les théories dont ces éléments ont été l'origine.

Substance conjonctive. — Au point de vue de la théorie des exhalants et des absorbants, ces éléments ramifiés auxquels on donnait toutes les formes imaginables étaient les parties importantes ; les autres devenaient accessoires. On devait alors ic^enlifîer tous les tissus dans lesquels on supposait l'existence de ces conduits nourriciers ou de ces cellules qui exerçaient une influence sur la nutrition périphérique (théorie des territoires cellulaires).

Alors l'hypothèse de Reichert, que le tissu conjonctif était une masse

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homogène striée, parsemée de cellules, fut admise sans restriction; les fibres lamincuses n*étant qu^tm produit artificiel (Virchow, Pathologie cellulaire). C est ainsi que certains auteurs traitent les questions d'anatomie. Un élément est utile à une théorie, on Tajoute ; un autre est un obstacle, on le supprime.

Or, Texamen le plus élémentaire montre dans les tendons, les ligaments, le tissu lamineux, ces fibres comme élément principal. II est ira* possible de ne pas les voir, soit chez l'adulte, soit chez l'embryon, isolées ou en faisceaux. Les effets de la polarisation par réfraction ou par ré« flexion, donnant les teintes irisées aux aponévroses, prouvent encore que celles-ci sont formées de fibres parallèles. On ne peut même comprendre le jeu d'un tendon, d'un ligament sans ces fibres. Elles réalisent pour la transmission intégrale des efforts des dispositions d'une perfec* tion extrême et que les mécaniciens cherchent sans le savoir à reproduire, sans toutefois y arriver. Si elles n'existaient pas, on ne peut imaginer te qui en tiendrait la place.

Les fibres lamineuses étant supprimées rien ne gênait plus la théorie, sauf peut-être quelques considérations de chimie. Mais la chimie est ellemême si peu avancée, la composition des matières albuminoïdes si incertaine, que là on ne trouvera pas d'obstacles sérieux.

Le cartilage, l'os, la cornée, le tendon, le tissu lamineux, le corps vitré, la corde dorsale, la matière amorphe ou névroglie des centres nerveux, toute substance amorphe fut considérée comme une paroi cellulaire plus ou moins épaisse, et tous ces tisssus regardés comme des masses homogènes, parsemées de cellules ; l'ensemble formait le systèmede tissus de substance conjonctive.

Mais le mot de système comporte, sans aller plus loin, sans voir de quoi chaque tissu est composé, l'idée de parties ayant les mêmes propriétés physiques, chimiques, physiologiques et pathologiques (Bichat). Or, quel rapport physique entre un tissu mou, sans consistance, et celui qui est destiné à supporter comme le tendon les puissantes tractions musculaires? Dans la vie de l'ensemble, ce sont deux organes fonctionnant de façons absolument différentes.

En quoi l'élément du cartilage ressemble-t-il à celui du tissu cellulaire et de l'os ? Au point de vue chimique, l'un des tissus renferme de l'osséine, de la gélatine, l'autre de la cartilagéine. La névroglie n'a aucun des caractères chimiques du tissu conjonctif, elle est durcie par les mêmes acides qui rendent ce dernier transparent et gélatineux.

Quel rapport pathologique entre un tissu où les inflammations ont le caractère du phlegmon et celui qui ne s'enflamme jamais? Aucun. Alors

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on fait une théorie nouvelle sur l'inflammation, on bouleverse des doctrines rationnelles, appuyées sur des siècles d'observations et que depuis Galien aucune découverte n'avait pu renverser.

Si maintenant on veut examiner de près chaque point de la question, qu'on étudie ce qui est relatif à chaque élément en détail, tout cet écha« faudage de théories s'écroule entièrement.

Kôiliker est le seul anatomiste qui ait vu que sous cette théorie des tissus de substance conjonctive, il y avait pour l'anatomie comparée un problème à résoudre. D'après lui, ces tissus se substituent les uns aux autres dans la série animale pour former des pièces identiques : ainsi le carti^ lage remplace le tissu conjonctif pour former les vertèbres de sélaciens. J'ai montré, de mon côté, qu'il existait une partie du système fibreux ayant des particularités de texture spéciales, qui se substituait au squelette, et auquel j'ai donné le nom de système fibro-squelettique. Mais quels que soient les rapports embryogéniques et philogéniques existant entre ces différents tissus, en résulte-t-il qu'ils soient les mêmes à leur état de développement complet, qu'ils aient les mêmes attributs physiologiques? Si peu familiarisé que l'on soit avec la notion de tissu, comment confondre des choses aussi dissemblables que le tissu cellulaire et l'os. C'est par des raisonnements presque métaphysiques que les anatomistes allemands les ont assimilés les uns aux autres.

Existe-t-il pour tous ces tissus une pathologie commune? Certainement non. Renferment- ils une substance conjonctive qu'on puisse isoler par l'analyse chimique? Pas davantage.. Ont-ils une origine embryonnaire commune? On ne le sait pas. Et cela serait que cette preuve n'aurait aucune valeur. Nous avons, en effet, vu qu'un même feuillet blastoderraique pouvait donner des produits absolument distincts. Le muscle et l'os ne naissent-ils pas dans le feuillet moyen?

Hypothèses sur la texture, — !• Le tissu lamineux est formé de cavités.

Cette idée vient de l'aspect qu'il olTre après insufflation et du nom de cellulaire qui lui a été donné. Mais ces cavités sont aussi artificielles que les bulles de l'eau de savon, car jamais sur les coupes on n'aperçoit le moindre vide. Les nappes de fibres sont intimement unies et ne se séparent que lorsqu'on injecte un liquide ou un gaz.

2* Ces cavités communiquent avec le système lymphatique.

Or, la composition chimique du liquide de l'œdème est absolument différente de celle de la lymphe. Aucun anatomiste n'a pu figurer l'abouchement des conduits lymphatiques dans ces cavités; les injections de lymphatiques faites avec des pressions énormes n'y pénètrent jamais.

Hypothèses mr les nttrihttts physiologiques du tissu coujonctif. — A une époque où Dutrochel n avait pas encore découvert les phénomènes (le l'endosmose, Bichat avait pu faire du tissu conjonctif un parenchyme commun de nutrition et y placer ses vaisseaux exhalants et absorbants. De même, de Blainville, alors que Thistogénie n'existait pas, pouvait supposer que ce tissu était un élément générateur commun vis-à-vis des autres. iMais les eiTeurs commises par ces deux grands anatomistes devaient tomber d'elles-mêmes avec les progrès de la science. Malheureusement quand des théories sont signées de noms aussi illustres, elles mettent des siècles à disparaître et reviennent sans cesse sous des formes différentes. C'est ainsi que la théorie des exhalants et des absorbants a engendré toutes ces hypothèses sur la physiologie des systèmes conjonctif et lymphatique ; le parenchyme commun générateur de de Blainville se retrouve dans la substance conjonctive de Reichert et la formation de tous les éléments aux dépens du tissu conjonctif. Rroussais est en partie dans Virchow. La théorie des humeurs de Galien, à part^ les esprits éclairés, règne encore en souveraine en médecine.

Or, la théorie du parenchyme commun de nutrition de Bichat est contredite par ce fait, que le tissu conjonctif ne renfenne qu'une très-faible proportion de matière albuminoïde coagulable ; par tous les faits de pathologie qui montrent que chaque fois qu'une congestion non fonctionnelle se produit dans un organe, c'est lui qui se développe au détriment des «autres tissus; car ce sont les vaisseaux qu'il accompagne qui représentent les agents de la nutrition et non pas ses propres éléments.

La seconde de de Blainville n'est pas plus soutenable. De quoi, eu effet, ce tissu est-il générateur? Est-ce des épithéliums qui sont formés bien avant lui dans les deux premiers feuillets du blastoderme? Est-ce des éléments nerveux qui proviennent de l'involution du feuillet externe? Est-ce des globules rouges du sang dont on suit la généalogie jusque dans les cellules de segmentation du vilellus? Est-ce des éléments musculaires qui sont formés dans les plaques musculaires bien loin de tout élément du tissu lamineux, et dérivent aussi des cellules blaslodermiques? Est-ce du cartilage dont les premiers éléments pour le cartilage basilairc et hyoïdien dérivent des cellules blastodermiques.

Tout prouve au contraire qu'il vient un des derniers, qu'il se développe parallèlement aux autres, qu'il les pénètre peu à peu, et quand sa nutrition est trop active il amène l'atrophie des tissus qui sont en contact avec lui.

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