‹ Traite d'anatomie generale appliquee a la medicineChapitre 77 sur 101 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

IIY9TÉ1HE DEU SÉBEUSES

§ 89. CoQfiidérationA préliminaire». — L'anatomie des séreuses a élé tellement discutée par les différents auteurs qui Tont étudiée depuis Bichat, qu'av<int d'entrer en matière il n*est pas inutile de présenter, au préalable, quelques considérations sur la nature de ces membranes et l'historique de la question.

Nous avons étudié les os, les cartilages, les tendons, agents passifs dans les phénomènes du mouvement. Avant de passer aux systèmes qui, par contre, ont un rôle actif, nous plaçons l'élude des séreuses, c est-àdire des organes premiers de glissement, sans lesquels aucun mouvement n'est possible.

Il faut être bien pénétré de cette idée que, dans la mécanique animale, chaque organe premier appartenant à un système quelconque est doué d'une action propre bien déterminée. Le muscle engendre la force, le tendon la transmet, l'os sert de levier, le tissu élastique ramène à leur place, comme un ressort, les parties déplacées, et enfin la séreuse supprime les frottements. Là où le mécanicien emploie des appareils de graissage compliqués et toujours insuffisants, nous voyons, pour faciliter les mouvements, une disposition des plus simples et un liquide spécial, la synovie qu'aucune huile ne peut égaler.

Bichat avait compris que partout où il pouvait y avoir frottement, se trouvaient des organes premiers de glissement, comme il y en avait de mouvement. Ces organes sont les séreuses, membranes bien définies, partout identiques, ayant leur anatomie, leur physiologie, leur pathologie spéciales, et telles, en un mot, que la formule d'une seule est applicable à toutes les autres. Cette idée si simple n'a pas été comprise, au point qu'on a émis sur la nature des séreuses toutes les hypothèses.

Les histologistes qui auraient dû remettre l'anatomie dans sa véritable voie n'ont fait que la dérouter davantage.

Et cependant, en reprenant cette question avec M. Ch. Robin, grâce aux moyens perfectionnés qu'on possède aujourd'hui sur l'étude des tissus.

nous sommes revenus au point de départ, et nous avons vu que la conception de Bichat du système séreux devait être, saut quelques détails, entièrement acceptée.

L'historique de celte question est pleine d'intérêt, car elle nous fait voir comment, pour une faute de peu d'importance, l'idée de Bichat, si féconde en applications médicales, fut si vite abandonnée ; tant il est vrai que les hommes de génie dont toutes les paroles ont une si grande portée ne peuvent commettre d'erreurs qui n'aient un long retentissement.

Bichat avait déKni les séreuses de la façon suivante : Toute séreuse est un sac sans ouverture, fournissant, en s'enfonçant sur les organes comme un bonnet de coton qu'on enfonce sur la tête, un feuillet viscéral enveloppant l'organe, un feuillet pariétal tapissant la cavité qui le renferme. La théorie était fausse quand il s'agissait des articulations ; mais Bichat croyant sa loi générale, voulait voir le feuillet synovial jusque sur les cartilages d'encroûtement. Gerdy et Blandin cherchent à leur tour à retrouver ce feuillet; ils le poursuivent vainement soit au-dessous, soit au-dessus du cartilage.

Par ce seul fait la doctrine est mise en doute. Velpeau, dans son mémoire sur les cavités closes, Taltaque jusque dans ses fondements. Sans réfléchir à tout ce que la médecine accumulait de preuves contre lui, en créant l'histoire du rhumastisme articulaire, à tout ce que l'embryogénie pourrait faire de son côté en montrant la préexistence de ces membranes à tout mouvement, il entreprit contre la théorie de Bichat un éloquent plaidoyer, aussi funeste à la pathologie générale que celui qu'il lit plus tard contre la scrofule.

Les séreuses, pour lui, ne sont pas des membranes distinctes, mais des surfaces séreuses, produites par le mouvement; le système de glissement de Bichat est du coup supprimé.

Valentin, à son tour, découvrit l'épithélium des séreuses. Comme la théorie de Velpeau n'était pas en tout point satisfaisante, on se crut sauvé avec celte nouvelle découverte. Ce fut le dernier rx)up porté à l'œuvre de Bichat, car l'idée des membranes bien définies fut remplacée par celle de revêtement épithélial. •

A partir de ce moment les erreurs ne se comptent plus. La découverte d'éléments ayant quelque aiialogie avec l'épithélium des séreuses parmi ceux du tissu conjonclif, les hypothèses sur la constitution de ce dernier tissu qui en font une dépendance du système lymphatique, ont fait écrire, dans certains ouvrages, qu'il y avait un système anatomique composé par les vaisseaux lymphatiques^ les séreuses elle tissu conjonclif ; c'est-à-dire

des parties n'ayant entre elles absolument aucun rapport à quelifue point de vue qu'on les envisage. II est regrettable de voir tant d'efforts n'aboutir qu'à effacer de Tanatomie générale la plus belle page que Bichat y ait écrite.

Or, en ajoutant quelques notions d'histologie el d'embryogénie à la description de son système des séreuses, on peut dire qu'elle doit subsister en entier.

DESCiiiPTlON DES SÉREUSES.

Les séreuses sont des membranes minces, transparentes, laissant voir au travers de leur tissu les organes qu'elles enveloppent. Avec Tàge elles deviennent un peu opalescentes. Sur certains points du péritoine des mammifè/es, on trouve cette opalescence, où elle est due à la présence de libres élastiques dont nous parlerons plus loin.

Leur surface est lisse, luisante, même sur les cadavres longtemps après la mort, alors que toute couche épithéliale a disparu. Leur face profonde adhère à divers organes : nmscles, tendons, périoste, etc., dont elle est séparée par une couche de tissu lamincux ; ou bien elle leur est directement accolée. Ainsi, entre les ligaments latéraux du genou et la synoviale, on trouve non-seulement du tissu lamineux lâche, mais encore des vésicules adipeuses.

Elles sont tenaces et résistantes, aussi forment-elles de véritables ligaments, comme les ligaments suspenseurs du foie, le mésentère, etc. Leur élasticité est peu prononcée. Elles se prêtent à l'ampliation des organes, qu'elles enveloppent, par écartement de leurs lames bien plus que par distension de leur tissu.

Elles résistent longtemps à la putréfaction el à la gangrène.

Di«pof»ition» i^éiiérale» des Héreumem. — Pour comprendre la disposition des séreuses^ il suffit d'imaginer une cavité, comme la cavité abdominale, tapissée dans toute son étendue par une membrane. A supposer qu'on fasse pénétrer un organe, comme le foie, dans cette cavité, la membraiie l'enveloppera plus ou moins. S'il n'y entre qu'à moitié, une partie restera adhérente aux parois, et la séreuse sera décomposée en deux feuillets : l'un pariétal, qui n'a point changé ses rapports; l'autre viscéral, qui s'applique sur la partie de l'organe enfoncé.

Mais si le foie que nous avons pris comme exemple s'avance profondément dans l'abdomen, il tend h se détacher des parois el entraîne avec lui des portions de péritoine, qui forment des replis ou ligaments suspen-

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B^ les choi

THAITÉ DANATUHIE OKNEIULE.

rs. En i-éalité, peudanl le dév<>loppemeiil einhryoïmairo c les choses se («ssenl.

li y n donc deux feuillets dans loulc Mireiise : un Teuillel pariétal el uu feuillet viscéral. Kichat les avail toutes décrites de cette l'açon, en attachant il l'idée de feuillet celle de membrane distincte. Mais acluelleniem n'est plus eoiisidcrée, dans la généralité dos cas, que comme un

Kic. 170. — Coupe Ui h, tissu sircux pro] conjonclir

simple revêtement. Or, partout uù il e\iste une surface séreuse on pout, ainsi (juc nous l'avons fait voir avec Ch, Hobin, démontrer l'existence d'une couche spéciale, distincte des tissus sous-jacents, sauf sur les cartilages articulaires. Cette couche à l'état normal sur le vivant est formée de deux parties :

1° D'une Iraine (|u'oil we saurait mieux comparer (]u'au chorion des muqueuses ;

^ D'un épitliéliuni.

Texture des néreuntH. — La Irame des séreuses offre une surface lisse, sans papilles ni élevures. Son épaisseur moyenne est de 0°"",05 à(l'"",03,cheï l'homme, pour la tunii|ue vaginale, le péritoine, les plèvres, le péricarde viscéral. Dans les régions adhérentes, elle s'élève jusqu'il 0"™,10.

Les éléments de la trame sont représentés par des Hbres lamineuses, des libres élasli^gues, de la matière amorphe, des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et des nerfs. Ces fibres élastiques sont plus abondantes dans tes séreuses que dans le tissu lamineux sous-jacent.

Les /ihres lainiiienses sont isolées ou en faisceaux entre-croisés. Lus mailles qu'elh's forment sont cond)lées par de la matière amorphe. Quand

SYSTkMB DES SKRBUSBS. 3119

celle-ci manque, la séreuse est perforée comme le grand épiploon. Celui-ci, da reste, a primitivement la structure d'une membrane partout continue, et la résorption de la substance amorphe interposée aux faisceaux de fibres ne se fait qu'après la naissance.

Cette matièi*e amorphe est tenace, résistante. C est à elle très-probablement que la séreuse doit la plupart de ses propriétés, car nous voyons qu'elle ne renferme pas d'autres éléments que ceux du tissu conjonctif.

Sur les coupes perpendiculaires à la surface de la séreuse, on voit que cette matière dépasse un peu les éléments et forme une couche limitante hyaline de O^-^OOl à 0""",003, vue par Tood et Bovvman en 1845. Ils Tont appelée basemeni membrane. C'est à elle que la séreuse doit son aspect lisse et brillant, et non à l'épithélium qui tombe quelques heures après la mort. Elle remplit les mailles que forment les éléments figurés de la membrane, comme le ferait un véritable vernis.

On a peine à comprendre pourquoi les anatomistes n'ont pas été plus frappés par l'aspect lisse des séreuses, et n'en n'ont pas cherche la raison. On ne comprend pas surtout qu'on ait pu supposer un instant, d'après ce que nous venons de dire, que la partie essentielle de ces membranes était la couche épithéliale.

Réseau élastique. — A la face profonde des séreuses se trouve un réseau plus ou moins riche de fibres élastiques ; souvent il forme une couche épaisse, variant de O"'",^ à 0""°,03. Il manque dans les points où la séreuse adhère intimement à une membrane fibreuse (foie, rate, testicule), à la surface des organes qui ne sont pas soumis à des changements de volume.

C'est immédiatement au-dessous de ce réseau que sont les lobules adipeux du tissu lamineux, quand la séreuse est doublée par ce tissu. Il est d'autant plus épais que les organes enveloppés sont exposés à des chan^ments de forme plus considérables. Tood et Bowman, Bizzerora, Salvioli, ont vu ce réseau sous-séreux; ces derniers auteurs le nomment corps ou trame même de la séreuse.

Les artérioles, les veines, se trouvent au-dessous de cette couche élastique, sans jamais y pénétrer. Les capillaires seuls la traversent pour aller se rendre à la séreuse.

Lymphatique» des i»éreases. — Les séreuses renferment un petit nombre de capillaires lymphcitiques qu'on peut mettre en évidence par les injections ou les imprégnations de nitrate d'argent. En certains points, ils présentent des dilatations tapissées par l'épithélium caracté* ristique des lymphatiques, ce qui n'a pas empêché certains anatomistes allemands de les considérer comme des lacunes j auxquelles ils font jouer

un rôle important; mais il est bien démontré que ces lymphatiques siègent dans la trame de la séreuse. Ils ne présentent aucune ouverture à la surface de la membrane; ils s'en approchent plus que les capillaires sanguins, mais ils ne l'atteignent jamais; au-dessus d'eux on trouve toujours la limitante hyaline ou basement membrane, et une couche de fibres lamineuses

FiG. 180. - Lymphatiques du péritoine à la sur- pasSant COmme un pOllt auface de l'utérus. Dans le tissu même de la séreuse desSUS des dilatations 1 vmphaon voit des vaisseaux lymphatiques.

On peut voir sur des coupes perpendiculaires que les lymphatiques de la séreuse sont tantôt immédiatement au-dessous d'elle, tantôt dans son épaisseur et à une distance variable de la surface libre. Les préparations de M. Mierzejewski ne laissent aucun doute à ce sujet.

Épithéliam de» «éreases (découvert dans la sérosité du péricarde par Valenlin en 1836). Voy. page 158.

Il forme une rangée unique de cellules minces, polygonales, reposant sur la couche hvaline de la trame de la séreuse.

A Télat frais, ces cellules ont une forme polygonale; elles sont minces, transparentes, avec un noyau ovoïde entouré de granulations grisâtres. Ces cellules se présentent souvent de champ dans les préparations, de façon quelles ressemblent ainsi à des corps fibro-plastiques; mais lorsqu'elles nagent dans le liquide, il est facile de voir leur véritable forme.

Leur diamètre est de 0""",04 à 0'"",05. Il y en a de moitié plus étroites, d'autres du double plus larges. Leur épaisseur est en moyenne de Qmm 002. Le noyau de ces cellules possède un nucléole petit et bj^iliant; sa largeur est de 0™'",000 h O^^jOiâ ; son épaisseur, de O'"'»,003 à 0'»'",0(U. 11 est placé souvent près d'un des bords de la cellule.

Il disparaît sous l'action du nitrate d'argent et reparaît avec l'hématine, rhématoxyline et la teinture aqueuse d'iode. Ces cellules forment une couche sans aucune interruption à la surface de la séreuse; mais des accidents de préparation peuvent çà et là faire tomber quelques cellules et donner lieu à de fausses interprétations, faire croire à l'existence de lacunes, lorsqu'on ne tient pas compte du véritable tissu séi'eux qui double la couche épithéliale.

D après Tourneux et Herrraann {Journal d'anatomie, 1876), la couche hyaline limitante n'est en aucune façon décomposable en cellules, ni directement, ni par le nitrate d'argent, contrairement à ce que

Ucbove et d'autres auteurs avaient cru démontrer pour les muqueuses.

Tourneux et Herrmann ont fait voir en outre, qu'au milieu des grandes cellules plates, on rencontre toujours des éléments plus petits, disposés d'espace en espace sous forme de traînées ou dHots et qu'on peut rattacher génériquement aux premiers. A propos du système épithélial, nous avons déjà décrit ces dispositions, et nous avons montré comment se développaient les éléments épithéliaux des séreuses.

Les petites cellules occupent les points excavés, moins exposés par conséquent aux frottements ; elles ne laissent entre elles aucun espace libre. Ainsi, sur le centre phrénique, toutes les dépressions intertendineuses, quelles que soient leurs formes, que ce soient des gouttières ou des dépressions triangulaires (voy. lig. i47), sont tapissées par ces petites cellules, représentant des centres de génération cellulaire. Ces centres de prolifération peuvent bourgeonner extérieurement ou intérieurement, en donnant des amas mûriformes pédicules comme ceux de I epiploon, ou des cônes pénétrant dans le tissu sous-jacent qu'on a décrits sous le nom de puits lymphatique (voy. plus loin, Péritoine).

SécrétioiiA de« séreuftes* — Ces liquides, à l'analyse chimique, semblent peu différents de ceux du tissu conjonctif, mais ils n'ont pas non plus d'analogie avec la lymphe. Aussi ne faut-il pas dire, avec Wundt, que l'oedème est une accumulation anormale, de lymphe. En eiïet, aucun des liquides des séreuses à l'état normal n'est coagulahle, ou spontanément, ou par la chaleur.

Les liquides des grandes séreuses se trouvent généralement en très-petite quantité ; mais, en outre, il est difficile de les recueillir à Tétat de pureté, de sorte que les analyses qui sont données de ces liquides n'ont point de valeur si l'on ne spécifie pas exactement les conditions dans lesquelles on les a pris sur l'animal ; car dans les épanchements accidentels, leur composition change complètement. La proportion de liquide des grandes séreuses est en général plus faible, relativement à la surface de la membrane, que celle des articulations. Néanmoins, Colin a pu recueillir jusqu'à 10() et i()0 grammes dans les plèvres, et 80 à IGO grammes dans le péricarde.

La synovie, qu'il est facile de recueillir à l'étal de pureté, et en dehors de toute inflammation, présente la composition suivante :

Eau 928

Chlorure de sodium /

Carbonate de soude )

IMiosphalc de ctiaux 1 ,50

Phosphate amoniaco-niaguérïicn traces.

r.AOïAT. Anatoinic générale. 2(1

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