PRÉFACE. XI
prême de toute recherche scientifique. Pour les atteindre, il faut commencer toujours par l'observation, sans laquelle aucune science ne peut se constituer, et lorsque la constatation des faits mille fois répétés a permis de poser les premiers axiomes, les raisonnements s'enchaînent peu à peu et à la Hn s'établissent les formules. Or, les sciences exactes, surtout la mécanique et la géométrie même, ne peuvent pas plus se passer de l'observation que les sciences biologiques des raisonnements et des théories : ce qui n'empêche pas que chaque jour on voit tantôt les physiciens négliger Tobservation pour le calcul, tantôt les physiologistes et les anatomistes se borner à rassembler des faits sans chercher à en tirer les déductions légitimes.
Autour de ces lois générales, qui donnent la raison de toute chose, des travailleurs infatigables tourhent pendant des siècles comme autour d'une cime inaccessible. Leurs efforts ne sont pas stériles, car chaque jour est marqué par des découvertes nouvelles, mais que rien ne relie et dont on ne peut comprendre la valeur. Alors le flux sans cesse renouvelé des idées philosophiques fait surgir tout à coup des hommes comme Bichat, pouvant unir dans la poursuite de leur but des facultés extraordinaires à une opiniâtreté invincible. A eux seuls est réservé de découvrir les voies nouvelles et de conduire la science assez haut pour qu'elle puis§e embrasser d'un coup d'œil, en même temps que tout le passé si péniblement parcouru, l'avenir sans limites qui s'ouvre devant elle.
Or, pour que les sciences arrivent ainsi à la pleine possession d'elles-mêmes et à la connaissance de ces formules, qui paraissent si simples une fois énoncées, il n a pas suffi aux hommes qui les ont conduites d'une heureuse inspiration. Ainsi, pour passer des anciennes observations astronomiques et même des lois géométriques de Kepler à sa conception si grandiose. Newton se créa des instruments nouveaux, comme seule une intelligence supérieure pouvait en concevoir. Il refit l'analyse transcendante déjà commencée par Leibnitz, la plus grande partie de la dynamique fondée par Galilée et Huyghens, et posa les bases de la mécanique céleste. De même Bichat, en se dégageant des anciennes hypothèses sur le principe vital