‹ Traite d'anatomie generale appliquee a la medicineChapitre 80 sur 101 · SYSTEME ARTÉRIEL · texte numérisé non relu

SYSTEME ARTÉRIEL

§ 03. Stractare de» artère«. — Les artères sont foniiées do trois tuniques, que Ion peut isoler facilement par simple dissection sur des vaisseaux d'un certain volume, comme la fémorale ou la carotide, etc.

Ces trois tuniques sont les suivantes :

1° Une interne, qui porte le nom de tunique do Bichat;

2° Une seconde, qui lui est superposée immédiatement, et qu'on appelle, en conséquence, tunique moyenne ou tunique musculaire;

3" Une troisième, la plus superficielle : tunique adventice, celluleuseou vasculaire.

Tonique deSichat. — Cette tunique peut s'enlever, par fragments, sur la face interne des artères. Elle apparaît alors comme une polliculc hyaline, transparente, un peu élastique. Plongée dans des acides, elle n'est que très-peu modifiée, et ne se gonfle pas ainsi que le tissu conjonctif ou les membranes fibreuses. Bichat lui avait donné le nom de m(»mbrane ccmimune du système vasculaire à sang rouge.

Lorsqu'on étudie cette tunique sur des coupes perpendiculaires à l'axe du vaisseau sanguin, on la distingue tout de suite. Elle est remanquable, surtout par ses plis longitudinaux qui la font reconnaître à première vue. Ce plissement prouve qu'elle est beaucoup moins élastique que la tunique moyenne, qui l'enveloppe et qui est uniformément revenue sur ellemême. Elle n'a pas la même structure dans toute son épaisseur.

On peut y reconnaître plusieurs couches distinctes :

a. Une couche épithéliale ;

b. Une couche à peu près homogène, striée et parsemée de noyaux (lame striée des auteurs allemands);

c. Une couche hyaline généralement très-mince, souvent remplacée par un réseau élastique.

La couche épithéliale peut se voir sans aucun artifice dcî préparation. Les éléments qui la composent sont des cellules lamellaires comme celles des séreuses (voy. Épithéliums hnneUaires, p. 158).

SlSTiiMK AH'reRIEL. là!)

iJe profil, ces éléiiieiiU oui à peine 0"'*,0()1 d'ùpaiisseur, saurauiiivuau du noyau, qui s'élève de 0"'",1J03 k O""",0(lt au-dessus du plan de la ce!lulo. Vus de Face, ces êtéinenU forinciit sur la uouclie la plus superlicidle de la luiiiquo de Hicliat, un can-elage R'gulier que l'ou met i-n évidence avec les imprégnalious de uilrale d'argent. Préparées de cette

Fn;. \S\I. — iiiimiud iiilcrilu : H, cuuuhe liyalii lu lame ilùic: c, lama slricic; d, luniquo mujeni élMliqiies longitiidiiialcB ; f, fibres musculaire! sangiiini ne dépassant pas la luniiiua adtcntii

faviiii. I^s cellules épilhéliales (dites cndothéliales par certains auteurs) se présenleiil sous la furrue de polygones iiTéguliei's, allongés diuiB le sens

i'.Ht TKAIIÉ UA.V.IÏUMIK <;ENKKALt.

des viiissiuu\ ; généralement elles surit ({uadiiinguliiiri-s et les iiié^lilrs

de leurs biii-ds s'eiigréneiil réi:ipro(|iiemeiiI. Cette œuche épithélîale est un simple revêtement accessoii<e; elle tombe très-peu de temps après la mort. XéannioJns, l^< tunique artérielle conserve son aspect lisse et brillaiil qui ne provient pas de cette couche de cellules, pas plu» que celui des membranes séreuses: la même tunique Irés-peu modifiée se retrouve à la face interne des veines et du cii'ur.

La seconde couche est épaisst^; son aspect strié pivvient des noyaux qu'elle renferme et de quelques fibres élastiques très-lînes. ■

La troisième couche, souvent confondue avec la pré- Kiii.liH).-Èpilh.;. .. , . . I. , j. I

lium de la tunique f^'ii'^'ltt!, se présente sous I aspect a une lame transpaiiiienie de» ar- rente, hyaline, dont les surfaces sont très-uetlemeiit arriïtées, ainsi qu'on peut en juger par le double contour qu'elle oITi-e sur les cou|>es. Celle lame ne forme pas un cylindre complet autour de l'artère; mais des anneaux qui embrassent )a moitié ou Ica deux tiers du vaisseau, et se superposent l'un à l'aulrc (lar leurs bords. Cette couche est très-mince sur l'aorte, épaisse au contraire ^ur les artères du c

Ces trois couches réunies constituant la tunique de Bichat, ne sont séparables qu'artificiellement; elles sont intimement adhérentes et physiologiquement concourent aux mêmes usages : à former un revêtement lisse, uniforme, à la face interne des vaisseaux artériels. C'est à tort que beiiucoupd'auteursfontrenlrerlatroisième couche de la tunique de bichat dans la tunique moyemie : sur les coupes, en effet, on voit qu'elle est plissée comme la lame striée, et par conséquent fait corps avec celle-ci, et qu'elle n'est pas douée de plus d'élasticité. Quand cette couche interne se dépolil, aussitôt le sang se coagule sur ses aspérités; mais elle ne sécrète aucun liquide et n'a pas pour but de détruire la substance fihriiiogène du plasma, comme Schmidt l'a prétendu.

TnHiquc moyenne. — La tunique moyenne est fonnée principalement par des éléments musculaires et des éléments élastiques. Les éléments musculaires sont des fihres lisses, ou libres de la vie végétative. Ces fibres sont disposées par couches concentriques perpendiculairement à l'axe de l'artère. Elles s'y trouvent unies en fascicules plus ou moins épais, qui ne décrivent (tas en général une eli-oonférence complète.

SYSTEMK AUTÉKIEL. 431

Eutre ces faisceaux passent de nombreuses Kbres élastiques dirigées en long et en travers.

Les Kbres élastiques de la tunique moyenne appartiennent aux trois viu'iétés que nous avons décrites. Les unes sont d'une finesse excessive, les autres plus larges, et enfin, tantôt dans l'épaisseur rnéme de la tunique moyenne ou à sa surface interne, on rencontre des lames élastiques fené- Irées. Ces lames s'écartent pour laisser passer les faisceaux nmsculaires. Les fibres larges ou lamelleuses s'unissent entre elles pour former des réseaux transversaux disposés comme les fibres musculaires par couches concentriques. D'après Frey, le nombre de ces couches peut s'élever à (juarante ou cinquante et même plus ; elles alternent avec les couches musculaires. Dans les parois artérielles du bœuf et de la baleine, ces réseaux élastiques atteignent un développement considérable.

La tunique moyenne ne renferme pas de vaisseaux sanguins, si ce n'est dans les plus grosses artères des animaux dont nous venons de parler; elle se nourrit par conséquent aux dépens de ceux de la tunique adventice.

Des trois tuniques des artères, c'est la moyenne qui ofl're le plus gi-and intérêt au point de vue physiologique. Nous verrons en effet, en étudiant le système artériel, quelle importance ont ses deux propriétés de contractilité et d'élasticité, dans les phénomènes de la circulation.

La tunique moyenne renferme d'autant plus de fibres élastiques qu'on se rapproche davantage du cœur, et plus de fibres musculaires lorsqu'on s'en éloigne. Cela se conçoit, étant donné que l'aorte et les gros troncs artériels qui en partent, agissent surtout comme réservoirs .et les petites artères comme distributeurs du sang.

Certaines artères sont surtout riches en fibres musculaires : ce sont les artères des tissus érectiles (Legros) , les artères ombilicales, les artères ovariques (Frey).

La tunique moyenne, considérée dans son ensemble, est la plus épaisse des trois enveloppes artérielles : elle est deux fois et demie à trois fois plus épaisse que la tunique interne.

Tonique adventice* — La tunique adventice est fonnée de tissu conjonctif ne renfermant jamais de graisse, ainsi queBichat l'a remarqué. On comprend tout de suite quel obstacle causeraient à la circulation des masses adipeuses se développ<int autour des artères, comme dans les autres parties du tissu conjonctif. Cette couche présente encore comme caractères particuliers : des fibres élastiques nombreuses et quelques

faisceaux longitudinaux de fibres musculaires lisses. Ces faisceaux musculaires rappellent, ainsi (|ue nous le veiTons, mais très-diminuée, la couche de libres longitudinales des veines.

Dans celle tunique adventice se trouvent les vasa vasorum et les nerfs des parois artérielles: c'est la seule couche vasculaire des artères.

Les propriétés de celte tunique sont très-intéressantes à étudier au point de vue de la pathologie. Elle est, en effet, constituée par un tissu mou, susceptible de s'allonger, quand on exerce une traction longitudinale sur le vaisseau. Aussi dans les plaies par airachement, elle s'étire (îonnne un tube de verre que Ton chauffe à la lampe, et ferme de celte façon Torilice béant du conduit. Telle est la cause qui met obstacle aux hémoirhagies dans les plaies par arrachement et par armes à feu.

Dans la Uyature dru artères, t'est encore cette tunique (|ui fail les frais du travail de cicatrisation. Lors(|u'on cherche à fenner une artère \rdv un procédé (|uelconque, le fil, la torsion, etc., il faut obtenir la rupture des deux tuniques^ interne et moyenne, et raffrontement des parois opposées de la luniciue adventice, si Ton veut éviter les hémôrrhagies consécutives. Certains auteurs d'histologie ont prétendu que les deux tuniques internes pouvaient former le tissu cicatriciel qui doit oblitérer Tarière d'une façon définitive, contrairement à tous les faits observés par les chirurgiens (voy. Ligature des artères dans le Compen- (lium de chirurgie).

De ces observations anatomiques incomplètes on pourrait, comme il est facile d'en juger, arriver à une déplorable pratique chirurgicale. C'esl ainsi qu'on a vu des hémôrrhagies foudroyantes de la fémorale survenues pour n'avoir pas tenu compte des préceptes posés par les auteurs du Conipeudium, et qui sont fondés sur la structure des artères telle que Bichat Ta donnée le premier, et telle que l'ont acceptée P.-A. Béclard et tous les anatomisles français. Lorsque la ligature a rompu la tunique moyenne et la tunique interne plus fragile, surtout dans le sens transversal, que la tuni(|ue adventice, celle-ci forme à l'extrémité du vaisseau un cône dont toutes les parois sont vasculaires et représentées par du tissu conjonctif. Ce tissu, qui est l'agent de tout travail de cicatrisation, bourgeonne comme à la surface d'une plaie, et finit par constituer un tissu fibreux inodulaire qui ferme définitivement le conduit. Tant que ce tissu n'est pas constitué, tant qu'il est mou comme le tissu conjonctif de foiTnation nouvelle, on comprend qu'il soit insuffisant pour résister à l'impulsion sanguine, et c'est pourquoi les chirurgiens évitent de porter des ligatures trop près des grosses branches collatérales, afin d'avoir en même temps un caillot d'une certaine longueur. Mais quand ce tissu

SYSTEME ARTERIEL. 433

a acquis tout son développement, le caillot n'a plus d'utilité ; seulement il faut savoir que le tissu cicatriciel est long à se former.

k — Les artères d*uu certain calibre, jusqu'à celles de 1 millimètre et même au-dessous, sont pourvues de vaisseaux nourriciers ou vasa iNisorum (Kôlliker). Ces vaisseaux pénètrent dans la tunique adventice à Tétat de capillaires, et y forment un riche réseau à mailles irrégulières que Ton voit facilement à l'œil nu sur des injections fines. De ce réseau sortent des veines qui suivent un trajet parallèle aux artérioles correspondantes. Les vasa vasorum ne pénètrent pas dans la tunique moyenne ni dans la tunique interne, si ce n'est pourtant les couches les plus superficielles de la tunique moyenne, chez les grands mammifères (Sappey).

Nerfs des artères, — Les nerfs des parois artérielles ont été décrits pour la première fois par Kôlliker. Ils sont représentés par de minces faisceaux de fibres de Remak anastomosés entre eux, sous forme de plexus. Aux points d'entre-croisement de ces faisceaux se trouvent. des ganglions microscopiques étudiés par Stilling, Klebs, Ilénocque, Arnold, Ordonnez.

On décrit généralement plusieurs plexus superposés dans les pai*ois artérielles; certains auteurs en auraient suivi les branches terminales jusqu'aux éléments musculaires. Si l'on excepte les annélides, chez lesquelles les dispositions de ces nerfs sont faciles à voir, nous pensons qu'il n'y a pas lieu de trop insister sur ces détails, qui n'ont pas été suffisamment contrôlés. Il est certain qu'on rencontre des nerfs et des cellules nerveuses, disposés en plexus, dans les parois des artères, et en général de tous les vaisseaux sanguins à tunique contractile ; mais on ne possède encore que des données assez vagues sur le mode de terminaison de ces nerfs.

Page 1