ATTRIBUTS PHYSIOLOGIQUES DU SYSTÈME CAPILUIRE
§ 100. Le volume du système capillaire est considérable^ comparé à celui du système artériel. Pour s'en rendre compte, il suffit de voir la quantité de liquide qu'il faut injecter pour remplir les artères seulement, ou, en même temps qu'elles, les réseaux capillaires. Aussi, bien que la pression artérielle se fasse sentir dans ces vaisseaux et puisse atteindre parfois un chiffre très-élevé, car nous avons vu que le système veineux et le système artériel se mettaient quelquefois en équilibre de pression (voy.
Système veineux) , la circulation du sang est très-lente dans les capillaires. Les globules dans ces vaisseaux ne progressent en effet que de 0°"»,2 à O^^jS par seconde. Ces conditions de circulation lente et de pression variable dans les vaisseaux capillaires sont bien faites pour faciliter les échanges entre les fluides extérieurs et le plasma sanguin.
Par le système capillaire, en effet, pénètre la plus grande partie des substances qui servent à TaUipentation ; par lui se fait au poumon Tabsorption de Toxygène, et d'un autre côté il établit des échanges continuels entre les éléments anatomiques et le plasma sanguin.
Ces courants, qui d'une part font pénétrer dans le sang des matières assimilables, de l'autre donnent aux éléments anatomiques les substances nécessaires à leur nutrition, résultent d'un simple phénomène de dialyse. La paroi des capillaires fonctionne exactement comme celle d'un dialyseur. Lorsqu'on plonge dans l'eau un vase fermé par une membrane animale et renfermant de l'albumine en dissolution avec de l'eau, des sels, etc., si la pression est égale de part et d'autre^ les substances les plus diffusibles traversent la membrane pour se mêler aux substances qui le sont moins. Ainsi l'eau et les sels dialysent vers la solution d'albumine ; par contre, l'albumine reste dans le vase, à moins qu'on n'augmente la pression. Mais si le liquide renfermé est soumis à une eertaine pression, on peut voir passer non-seulement de l'albumine, mais de la graisse en émulsion. Enfin, si l'on fait à la membrane un orifice, quelque petit qu'il soit, les liquides se mélangent et leur composition est bientôt la même de part et d'autre.
Il faut tenir compte de tous ces faits pour comprendre les phénomènes de la circulation capillaire.
C'est, en effet, grâce à celte propriété des albuminoïdes, de ne pas dialyser sous une pression faible que s'opèrent la circulation du sang et les échanges dont nous avons parlé ; la circulation d'un liquide comme l'eau ou une solution saline ne serait pas possible. Lorsqu'on injecte de l'eau dans les vaisseaux, elle transsude immédiatement et produit l'oedème des tissus, comme on le voit quand on pratique l'hydrotomie sur des cadavres. Dans certains états pathologiques, lorsque la composition du sang se modifie, l'eau qu'il renferme passe de la même façon. Par contre, les matières albuminoïdes, dialysables, comme les peptones, peuvent, en contact avec la substance des éléments anatomiques, qui est demi-liquide, et sous l'influence de la pression inlravasculaire, traverser la paroi des capillaires ; pendant que les sels dissous dans les tissus, comme l'urée, diffusent vers le plasma sanguin. Ainsi se fait la nutrition des éléments et la rentrée dans le sang des produits de désassimilation. Mais ces phénomènes ont, ainsi
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que le premier, qui les tient tous sous sa dépendance, comme conditions accessoires, d'abord la présence dans le plasma d'une quantité suffisante d'albuminoïdes, et ensuite la fermeture exacte des réseaux capillaires.
Lorsque la première de ces conditions vient à manquer, que le sang est plus difTusible qu'à l'état normal, et que par conséquent la rentrée des sels et de l'eau ne s'y fait pas avec la même énergie, on voit ces substances demeurer dans les tissus : tels sont les phénomènes de l'œdème, de l'albuminurie et des différents états cachectiques.
Quand la seconde condition n'est pas remplie, que les conduits vasculaires ne sont point fermés, on a purement et simplement une bémorrhagie, comme dans le purpura. On peut encore imaginer des orifices trop étroits pour laisser passer les hématies et se laissant traverser seulement par le plasma. Mais alors on se retrouve dans le cas d'un dialyseur dont on a percé la membrane : il y a mélange des liquides, et par conséquent suppression du courant nutritif. Ces faits sont de toute évidence pour quiconque a les notions les plus élémentaires de physique et de physiologie. Aussi n'avons-nous pas besoin d'aller chercher d'autres preuves pour réfuter les auteurs qui ont décrit des stomates dans les parois des capillaires. Toute la physiologie végétale et animale repose sur la théorie de l'osmose de Dutrochet. Or elle ne peut se concilier avec l'existence des stomates. Reste à savoir lequel doit céder le pas : ou de la physiologie tout entière, ou d'un petit détail difficile à prouver d'histologie microscopique.
<( On a voulu, dit Ch. Robin {Traité du microscope, p. 1005), expliquer » le passage des éléments du sang à travers les parois vasculaires par des » modifications momentanées que ces éléments subissent dans leur con- » figuration. Ces variations dans la forme, que l'on a comparées aux » mouvements des amibes, existent réellement, mais on leur accorde » trop d'importance à cet égard. S'il y a destruction cadavérique de Tépi- » thélium, il est possible qne les hématies qui s'étirent aisément ou les » leucocytes ramollis traversent la substance demi-molle des parois des » capillaires. Mais tant que le revêtement épithélial est conservé, les j> corps solides ne peuvent franchir les parois. On s'explique de cette » façon pourquoi une injection assez fine, faite immédiatement après la }» mort, n'infiltre pas les tissus. Mais que l'on attende un ou deux jours, » et surtout que l'on fasse préalablement passer un courant d'eau dans » le système vascuiaire, l'épithélium, très-altérable, sera partiellement » entraîné, et Ton aura presque à coup sûr des infiltrations. »
La pénétration des graisses est plus difficile à expliquer, et nous renvoyons à la Physiologie de Longet, qui cite à ce sujet une foule d'expé-
riences intéressantes sur les conditions dans lesquelles s'opère le passage de ces matières à travers les membranes. Des couches bien plus épaisses que les parois des capillaires, et sans orifices, se laissent traverser par les graisses. Mais ces couches ne sont point homogènes ; elles sont toutes plus ou moins comparables à un réseau, à un réticulum fin que Ion aurait plongé dans de la gélatine. Une pareille membrane peut servir de dialyseur ; la graisse môme la traverse, sans produire de déchirures.
Or, sur les animaux vivants les membranes ont à peu près les propriétés d'un réseau artificiel de ce genre : les éléments anatomiques étant pour la plupart formés de substance molle, presque liquide, maintenue par des parois cellulaires, des fibres plus résistantes. Ce n'est qu'après la mort que les éléments prennent une consistance solide.
Les faits que nous venons d'exposer sont en opposition avec la théorie de la circulation lacunaire des mollusques et des articulés; car nous voyons que le sang ne peut servir d'intermédiaire entre le milieu extérieur et les éléments anatomiques de l'animal, qu'à la condition d'être dans un ensemble de conduits fermés. Il faudrait donc, pour admettre la circulation lacunaire, que les éléments des invertébrés fussent tout différents de ceux des vertébrés, qu'ils fussent tous munis de parpis isolant leur corps cellulaire du plasma sanguin. Or nous avons vu, au contraire, que ces éléments avaient la même structure; leur nutrition doit se faire, par conséquent, dans les mêmes conditions. Ainsi l'anatomie, l'embryogénie, la physiologie, s'accordent à repousser cette théorie de la circulation lacu^ naire.