CHAPITRE PREMIER
Lorsque dans la considéralion d*un organisme , végétal ou animal , on cherche à se placer au point de vue le plus général de sa structure, on voit, d'après les développements donnés dans l'introduction précédente, que la substance même de cet organisme , abstraction faite des formes élémentaires qu'elle peut revêtir, doit être l'objet d'une appréciation systématique qui forme le degré le plus simple de l'anatomie. Cette opération une fois accomplie , on aborde directement rétude des éléments anatomiques dans lesquels ces substances revêtent dps formes déterminées et irréductibles.
L'étude des principes immédiats, dans son ensemble, touche , en physiologie et en pathologie, à tous les phénomènes de la vie végétative* Mais il convient de la réduire ici à ce qu'elle offre d'essentiel pour la notion de structure.
La simple analyse chimique a de bonne heure établi que les principes médiats des formations organiques appartiennent aux deux règnes; puis, sous l'inspiration biologique, on a reconnu, à côté des corps simples ou composés définis, absorbés ou éliminés dans le mouvement vital , des substances particulières , de composition souvent indéterminée , et douées d^un ensemble de propriétés qu'on ne rencontre que dans la substance des êtres vivants et que l'anatomie envisage sous leur véritable aspect. C'est en tenant compte de cette direction nouvelle , que la chimie a fourni à la biologie tant de matériaux utiles.
Au milieu des nombreuses impulsions particulières qui ont préparé Tétude des principes immédiats, on a vu les efforts chimiques se compléter par une impulsion biologique correspondante. Pendant que Robert Boyle essaie d'extraire les principes du sang, Vieussens étudie plus intimement toutes les liqueurs du corps humain. Les travaux spéciaux de Schowitz, de Homberg, de Barchusen, de Juncker, sont suivis de la révision physiologique de Boerhaave. Puis viennent Baume, Rouelle, Scheele, Guyton -Morveau, Lavoisier, Berthollet, pour lesquels la formation des corps organisés résulte encore de la réunion de quelques éléments ou principes, et bientôt sous une meilleure impulsion prennent naissance les recherches de Fourcroy , John^ Berzelius et des chimistes modernes. . Enfin l'action réciproque de la chimie et de la biologie se fait nettement sentir dans les inspirations positives de Gheyreul et les coordinations de OJainville ; dès ce moment la notion précise des principes immédiats est acquise à la science. Depuis^ MM. Robin et Verdeil ont recueilli toutes les observations nouvelles entreprises sur ce sujet, tout en y joignant un grand nombre de résultats originaux. G'est en profitant de la situation résultée de cette série de travaux , que je vais donner à cette partie préliminaire de Tanatomie générale le développement qu'elle comporte, en réservant pour un ouvrage ultérieur ce qui , dans un tel sujet, se rattache directement à la physiologie et à la pathologie générales.
L'être vivant, pour sa composition chimique, emprunte tous ses éléments au monde extérieur ; il ne crée par luimême aucun corps simple. Parmi ces principes médiats, il en est quatre d'essentiellement prédominants : l'oxygène, l'hydrogène, le carbone et l'azote. Sous ce rapport, les végétaux diffèrent des animaux en ce que chez eux, c'est
16 TRAITÉ d'aHATOMIE GÉNÉRALE.
le carbone qui domine, tandis que c'est i*azote poar les animaux. A la suite de ces éléments fondamentaux vien^ nent des corps moins importants, mais tout aussi indispensables : ce sonty le soufre, le phosphore, le chlore, le calcium, le potassium, le sodium, lé magnésium ; enfin ém TJorps moins importants encom, le silicium, Tiode, le brome, 4e fhior, l'aluminium, le fer, le cuivre et le plomb.
Tandis que le minéral résulte de la combinaison directe ^t déterminée de ces éléments , au contraire l'être f iranl, suivant sa complexité , peut èlre conçu comme formé d'ufi ensemble de substances dont la composition est souvent indéterminée. Il y a toujours, du reste, entre le minéral et i'étre vivant une distinction capitale résultée du degré 4e Étabilité. L'être vivant , en effet , considéré suivant les divers états de l'organisme, peut oflVir une composition immédiate différente. Il y a donc, pour l'être vivant , indétêrfniniitk)n , aussi bien pour les substances essentielle» qui le tomt>osent que pour l'ensemble de ces snbstanoei.
Lit marche la plus naturelle à suivre dans eette étvAs consiste, d'après la loi de classement , i envisager d'abord les principes communs aux denx règnes , puis ce» qui ne ^ rencontrent que chez les êtres organisés; et, parmi ceux-ci , à distinguer, des substances organiques qui fermeiHt d'une manière permanente l'être vivant, eelles dont la formation se rattache surtout au mouvement de eompe^ sitioD et de décomposition.
nWCIPBS nmÉMATS CÛMIIJNS aux HBOX lÉQMXi.
Cette première classe com^nd leà Mémenls èd l'air ^ de riw> et des principes salins appartenant principakflitiit à qu«tre classes de sels, les carbonates, les chlonirei/les •nÛates et les pbosi^tes. En voici le tableau :
l'RINCiPES IMMÉDIATS Et SUBSTANCES ORGANIQUES. fD
irégéttuà±.
Oiygène.
Azote.
Acide carbonique.
Ëdo. '
, Carbonate de potasse,
;6ai^éÉtete de soode.
Carbonate de chaui.
Carbonate de magnésie.
~<3ilor0re desèdianu Chlorure de potassium.
Sulfate de soiide.
Mhtt depetanc.
Sulfate de cbaux.
fliospbate de chaux.
I^osphate de magnésie.
Pbosphatc ammoRiaco-lnagnésiai 7
Phosphate de fer.
'Silice.
Silicftte d^alumloe.
lodore de potassium.
lodnre de magnésium.
^Broomre de magnésium.
Bromure de potassium.
AataÉttiix.
Oxygène.
Azote.
Acide carbonique.
Eau.
Hydroc^.
Hydrogène protocarboné.
Hydrogène sulfuré.
Carbonate de potasse.
Bicarbonate de potasse.
Carbonate de scmde.
Bicarbonate de soude.
Carbonate de chaux.
Bicarbonate de chaux.
Carbonate de magnésie.
Chlorure de sodium.
Chlorure de potassium.
Sulfate de soude.
Sulfate de potasse.
Sulfate de chaux.
Phosphate de chaux.
Phosphate acide de chaux.
Phosphate de magnésie.
Pbb^ate ammoalaco^magttéflta.
Fluorure de Qildum.
Chlorhydrate d*ammoniaque«
Les éléments de i'air et de Teau, outre leur grande prépondérance dans la formation médiate de la substance orgarrique , jotient encore séparéfnenl le rôle de principes immédiats. L'oxygène, I*azote, l'hydrogène , l'acide carbonique, se rencontrent en dissolution dans lesi liquides des végétaux et des animaux.
~ h'oxyginê se lie aux phénomènes fondamentaux de la végétalité et fait partie de l'organisme pendant toute la durée delà vie. Chez les animaux supérieurs, on le trouve à l'état de dissolution dans le sang , et à l'état de gaz dans le parenchynae pulmonaire. Chez Thomme, sa quantité, en vô-
W TKAITÉ D'ANATOMiE GÉNÉRALfe.
lume, est de 223 à 2.H3 centimètres cubes ; elle est en poids, de 6»%020 à 6»^060, chiffres d'ailleurs variables suivant les conditions de l'organisme. L*oxygène est en quantité plus grande dans le sang artériel que dans le sang veineux. D*aprës Hagnus, il entre pour un cinquième dans les gaz du sang veineux et pour un tiers, et même la moitié, dans les gaz du sang artériel. On peut en moyenne évaluer Toxygène du sang artériel de 2, Ai à 3 centimètres cubes pour 100, et pour le sang veineux de i centimètre cube à 1,17 pour 100. Cette moyenne est sans doute plus élevée pour le sang qui sort du poumon. D*après les expériences directes de Hagnus, 1 litre de sang dissout 100 à 120 centimètres cubes d'oxygène. Mais le sang qu'on retire de la veine n'en renferme que 10 à 13 centimètres cubes par litre. L'oxygène est directement emprunté à l'air par les substances oipiniques. Cette assimilation, pour les végétaux et les animaux, varie suivant l'état des milieux et l'état de l'organisme,
U azote est en dissolution dans les liquides végétaux, particulièrement dans les champignons et tous les lichens qui'poussent sur les rocs de basalte. Chez les animaux supérieurs, on le rencontre, comme l'oxygène, dans le poumon, le sang et les gaz intestinaux. Il est gazeux dans le poumon et l'intestin, et en dissolution xlansle mucus du poumon et dans le sang. D'après les tableaux de Magnus il forme un peu plus du dixième des gaz du sang. La moyenne, chez le cheval, a été évaluée a 1",62 pour 100 dans le sang veineux, et à 1%32 pour 100 dans le sang artériel. Chez le veau, il y en aurait moitié moins« Dans les animaux à température constante, on a reconnu que l'air expiré contient habituellement plus d'azote que l'air inspiré.
Vacide carbonique^ directement emprunté à l'air par les végétaux, et résultant, chez les animaux^ du mouvement de décomi^osilion, circule en dissolution dans les liquides des
PRINCIPES IMMÉDIATS ET SCBSTABiCES ORGANfQUES. 21
plàiiles. On Ta étudié surtout dans le sang et le poumon des animaux à température constante. Sa quantité absolue, en volume, est évaluée, chez l'homme, de Sl^JOk^l^^lii^ D'après Magnus , il est plus abondant dans le sang artériel que dans le sang veineux. En admettant que la totalité du sang se partage en 6 litres de sang artériel, et 7,60 de sang veineux; il évalue à 6^,16 Tacide carbonique du sang artériel, et a 7»',80 celui du sang veineux, ce qui donne en tout près de li grammes.
Dans le poumon, Tacide carbonique est mélangé à Toxygène, à Tazote et à la vapeur d'eau, pour former les gm pulmonaires. On en trouve li à 2A millimètres cubes aprèa une expiration cahne , et 7 à 12 après une expiration for* cée. On sait que, suivant les états de l'organisme et suivant les milieux, la quantité de ces différents gaz peut varier soit dans le sang , soit dans le poumon. On a trouvé une très petite quantité d'acide carbonique dans Turine ; il est au contraire en forte proportion dans les gaz intestinaux. A la suite des éléments de l'air, considérés comme principes immédiats , se place naturellement le milieu le plus important, l'eau, qui vient directement contribuer, pour une très grande part, i la formation des êtres organisés. Veau entre dans la constitution de toutes les parties d'un être organisé. Pour un homme adulte, dont la masse serait bivalente à un cube de AO centimètres d'arête, la proportion de l'eau pourrait être représentée par une masse cubique de 36 centimètres de côté. L'eau forme en poids, d'après les calculs de Burdach, les deux t^rs de la totalité du corps. Le poids moyen du corps étant de 6h kilogrammes, l'eau y enUrerait donc pour A2 à AS kilogrammes , et même en rectifiant les résultats de Ghaussier et Senac , on peut avança: que la quantité d'eau contenue dans le corps de rhomme forme plus des deux tiers de son poids. Entre
^- VftàlTÉ D*ANATi)MtE G^NÉRALR.
l'é&iail des dentç, qui n*en contient que 2 pour ipo^ et la v^apeur p^ilmonaire^ qui en contient 997, on peut facileiBeajt; imaginer les degrés successifs de la proportion de ^^au iïxée* (}ans les difiérentes substances organiques, et y déterminant,; splvant les cas, plus ou moins de résistance et d*éla$ticîté.
; Vkydrogène^ élément de Teau^ consi4éré isolément cornue piril»cipe immédiat, offre pey d'importance. On e^ trouve, habitiielleinent une très petite quantité dana les gaz pulmonaires, et il s'en dégage un peu pendant la respiration.; On sait ^ du reste, que le sang peut en dissoudre une cf»*tAÎiie quantité. L'hydrogène se rencontre aussi normalement dans les gaz inteatinanx. L* hydrogène carboné et ^ VJ^irçigin^ sulfuré rt ont é^lement qu'une péd[iocre iqir- |ic»rtance. Le premier de ces gaz est en quantité appr^ci»- U«4f^ns lega^ expiré ; il est plus abon^lant dans TintestiQ^ L'hydrogène si^lf^ré çst ap^âii exhalé en très petite pr^porr tîiip par le pQuij^n , oi il provient peptrétre de la déçom^; pi^tipp du miicus ; il se rançon tyre égaleiqent dans les ga^^ iotfs^oaux,
;, Kn passant maintenant aux principes salins, je signalera dans l'ordre de généralité les divers carbonates qpi jouent un sî grapd rôle dans la constitution de§ végétaux. .
• 1ms c»rbçnate$ d^ potasse^ de ioude^ de ehq^uxt de mfgn^^f «ont çonjnuns aux végétaux et aux animaux; ^ans Cf^^^-ci on rençpntpQ en outr^des bicarbonate;s des ni^n>€îi$ . hpaea* I^ carbonate de potasse» chez les fininiaux, est très. aoiessoiFe ; on le rencontre dans le sang (le ^eux qui spnt^. soMipîs à une aUmei^tation végétale. Le bicarbonate» (jte pCK. ta^a se reneiufitre dans l'urine des herbivores. . ,
JjQ carbopate c)e ^ude qu^on qbtiint p^p incii^éf^tion ^ . 1% pIupfMft de^ tissus anfmpx. et des partij^ fixe^ des bu- , n^uçs, pst Jiw'qïé en grande jpvtip pap U( c(^ïih|^t}qix, av^. d^fiaffr (^ csp^lûn^som di» l4^ souf^e ^xfc dejf 9^^ <>'8^* .
PRINaPES IMMÉDIATS ET MJMTANCIS OMAMIQUES. 2ft
niques ou avec d*autre» substances animales. On le r^« centre néanmoins dans 1^ os, le mng, la lympbe« leli*. quîde eépbalo-raefaidien , et en assez grande quantité dani Furine des lierbiv<Mres. Le carbonate de souck est dissous directeoMftt dans Feau des faumeurs. G*est i ce sel qu'il faut rappculer Takalinité du sang et de la salive. U s# forme en partie dans Forganisme et pénètre en partie pa^ \H diments et les boissons. L'existence du bicarbonate à» soude dans le sang n'est, jusqu'à présent, qu'hypothétique* Le carbonate de chaux a, chez les animaux, une ^ut jprande importance statique que les caii)onates de potassa ou de soude. C'est un principe constituant des os, des carti* lages, des dents, du sang. 11 forme presque entièrement l'otocoiHe. Il y en a toujours dans Furine alcaline des her« bivores. Il ccmtribue à former les <K>ncrétioiis des muselée, des artères , des valvules du cœur, des aponévroses , dés fausses membranes péritonéales et pleurales. On le rencontre encore (bns las concrétions glandulaires , dbins le tubercule crétacé, dans quelques calculs urinaires. Duis lea tissus et les humeurs, t^e sel est à l'état amorphe. C'est dasi qu'il se présente dans les grains ovoïdes de la pie-mère « dans le saMe de la glande pinéale et des plexus choroïdes. Dans la aalive et l'imne de cheval on Fa observé en masses sfhériques formées d'aiguilles groupées autour d'un centre. Oans Foitoconîe , formée essentieUement de carbonate de (JHna^ c« sél se présente avec la ibrme rhomboéérique ^ lui est propre, sauf les irrégularités qui se rencontrent ordilMiirefDent sur les cristaux formés dai|s rorganisme ou dans les hqeides qu'on e» retire. C'est aussi som forme TbmAe éàtkpaO r fim em meim modifiée, qu'il ertstiMtee àm» la «^6 paroCîdi»»e et ^hms FurMe des h m M f^emé Le biea dwwMrtjg de cbatt n'a étéàgaM yi'aeciden teH e Mie » t d M» INmte 4» FhMMw.
2A TRAITÉ D'aNATOMIK GÉNÉRALE*
lie carbonate de magnésie, beaucoup moins répandu que le précédent, se rencontre dans l'urine des herbivores, dans la matière sébacée, et, en très petite quantité, dans le sang.
Le chlorure de sodium se rencontre dans toutes les par* lies qui composent l'organisme animal, et prédomine par sa nature sur tous les autres principes salins. Sa quantité dans le sang ne parait pas beaucoup varier. Sa proportion, relativement aux autres sels solubles, est comme S : 1. Il est partout à l'état liquide, sauf dans les os, les dents et les cartilages. La très haute importance végétative de ce sel ne peut être bien étudiée qu'en physiologie générale. Il me suffit ici d'en déterminer le rôle statique.
Le chlorure de potassium n'a été signalé jusqu'à présent que dans le lait , les muscles , le foie , le liquide céphalorachidien, le sang, le chyle, l'urine, le suc gastrique, la bik, la sueur et les mucosités nasales.
Les sulfates de soude, de potasse, de chaux, sont communs aux végétaux et aux animaux. Le sulfate de soude est en petite quantité chez les animaux, mais on peut le ren« contrer dans presque toutes les parties ; il manque complètement dans le lait, la bile et le suc gastrique. Le sulfate de potasse accompagne ordinairement le sulfate de soude ; cependant il existe séparément et en notable quantité dans l'urine des herbivores , où le sulfate de soude n'a pas été signalé. Le sulfate de chaux a un rôle statique beaucoup moins important. Il existe dans les cartilages du squelette des squales et peut-être dans le suc pancréatique.
Parmi les phosphates , ceux de potasse , de soucie , de chaux, de magnésie, sont communs aux végétaux et aux animaux ; le phosphate de fer est spécial aux végétaux ; les autres indiqués dans le tableau n'ont été signalés que dans l'organisme des animaux. Les phosphates de potasse et de soude se rencontrent en quantité notable dans tes fruits.
PRINCIPES JlfllEOUTS ET SUBSTAUCBS ORGANIQtES. 26
Chez les animaux, ces deux sels se renconlrent dans tous les solides et les liquides de Téconomie. On trouve , en particulier, le phosphate acide de soude dans l'urine , qm lui doit son acidité, Tacide urique rougissant à peine la couleur bkue de tournesol. Le phosphate de chaux , chez les animaux , se rencontre dans tous les tissus et les hu* meurs; il entre également dans toutes les incrustations et dépôts calcaires et dans beaucoup de calculs urinaires. Il s'y présente ordinairement à l'état amorphe, mais on peut, dans certaines incrustations, le trouver sous forme de crkh taux dérivant du prisme rectangulaire droit. Les os en contiennent 48 à 50 pour 100. La quantité peut varier suivant les âges , mais la proportion des principes d'origine minérale reste la même; de telle sorte que, si le phosphate diminue , les autres sels augmentent. Le phosphate acide de chaux jusqu'à présent est spécial à l'urine ; on le rencontre dans l'urine de l'homme, du cheval. Le phosphate de magnésie a, comme le phosphate de chaux, une distribution très générale. Il se rencontre dans tous les tissus et les humeurs des mammifères, mais partout en petite quantité. C'est un dépôt cristallin de ce sel qui trouble l'urine de divers animaux. Les os des herbivores contiennent plus de phosphate de magnésie que ceux de l'homme et des carnivores.
Le phosphate ammoniaco*magnésien ne se rencontre qu'accidentellement chez les animaux, si ce n^est dans l'urine du cheval; Il se forme ordinairement dans les liquides en voie d'altération dont l'ammoniaque se combine avec le phosphate de magnésie. €e sont des cristaux de ce sel qui forment la couche brillante, cristalline, qu'on trouve quelqu^ols au bout de vingt-quatre heures à la surface de l'urine abandonnée à l'air dans une capsule.
Le phosphate de fer, le nlicaU d^alumine^ Yiodnre 4e po^
2fi rlilTÉ d'aHATOMIK OÉNteALB.
tasiium 9t Yiodure de fnmgnésium^ le bromure de magnésium et le hramure de potamum, sont jusqu'ici des principes immédiats apiiartenant spécialement aux v%étaux.
Le fluorure de calcium n'existe qu'en petite quantité éànê I^ os et les dents. Le ckhrhydruie d^ammotdaque ne se r^MSontre que dans quelqi^s sécrétions , le suc gaatrifue, 1^ mi^us, la salive, les larmes et l'urine.
La sfiice, principe important des végétaux , est mal dé* tçrsEHiiée chez les animaux. D y a égalemmt indétermination pour le fer, le cuivre, le plomb et le manganèse^ ^ Ces courtes indications sur les principes immédiats eomiWM aux deux règnes suSSsent , pour le moment , pour eatailériser le rôle statiqiie de ces substances^ et permet^ ïmH de saisir l'étroite dépendance qui lie les êtres organisés aA deux gran^ laSieux , l'air et l'eau. On voit mtéme qvm r^irtretien ^e» principes salins peut se faire en grande paràa au me^^endes eaux potables dans lesquelles on wm* c<mtrô tcaçours une notaUe propc^tioB de carbonates , de sriùàêê et de chlorures.
fia passant actueUeaient aux principes immédiat» é'eri^ gÎM organique, nous allons entrer flw avant dans keonh s^ticn fimdamenlale de» èirea vivants.
PRINGIPBS IMMÉDIATS d'ORIGINE ORGANIQUE, CRISTALLISAILB».
J'ai iadiqué, reU^tifvemoit aux principes d*ôrigÎQe orga^ ni4|u#> iiM diitMietÎMi esseatielle ento*^ im sulistaaees ofgtoîqiiea ppofteme»t dites et celtes qui , résultées du mouvemani de composition et de déeooipoi^tkm, M jouenl qu'iMi rèle tramtoire. On eomprend que l'étude de eea èsraîiiea doil être siNrtoiil £|ite a» pmai de vue pliy^ide** gique. En voici le tabWaa po«yr lesi vé^^taus et lea wir Mfi» é'afHéir MMr RoMq «I Verdeil :
PRINCIPES imuÉttiTr m 9»9snsÂMcm cMAiiiQin». tt:
Frincipes acides et 8€Uin$4
TégéimuK.
Acide citrique.
— tartiîqae.
— malique.
Tannin ou acide unnique.
Acide fongique.
. — silvique.
— spirolleux ou ffltqrtiiw t,
— pinique.
— pi manque.
— eugénique.
— dnnainique,
— copftbl^ique.
Ozatate de cbaax.
Koxalate et qaadroxalate de potasse.
Kinates de cbaux et alcalins.
Kinate de quinine. — de cinclionine.
Angélicates.
Baldianates.
Vaiérianates.
Fungate de potasse.
Stryctinates ou igasurates de strychnine.
Strycfanate de cinchonine.
— de brucine.
— de curarine.
Équisétate ou maiéate de magnésie, licbénate de chaux.
Roccellates.
Paramaléates ou fumarates calcaires
et alcalins.
Tartrates calcaires et alcalins.
Citrates calcaires et alcalins.
Malates calcaires et alcalins.
Myronate de potasse.
Vératrates.
Beri)érusate8.
Méconates de codéine.
— de morphine.
— de marcéine.
— de narcotine.
Ghélidonate de chaux.
Chélidonates de chélidonine.
— de chélérytfarine.
— de glaucine.
Malates et tannâtes de nicotine.^
— de conicinër*
~ d'acQrtjiB*
-^ d atroiHÛÇf
Adde tactique.
Lactate de potasse.
•^ de sowfe.
— de chaux.
Oxalate de chaux.
Acide urique.
Ul3M#da||0(M^.
— de êoude.
— adde de soude.
-^ et cbràx»
— de magnésie.
— d'ammoniaque.
Adde hippurique.
Hippurate de chaux.
•— de soude.
— de pousse. .
Inosate de potasse.
Adde hydrotique, liydrotate de soude.
Hydrotate de potasse.
Adde pneumique.
Pneumate de soude.
Taurocholate de sonde.
flyochoUnate de sonde.
Glycocholate de soude.
Adde UthofeUique.
TRAITÉ D*ANAT0MIK GÉNÉRALC.
Malates^t tannâtes de datnrlne.
— d^hyoscyamine.
— de solanlae.
— de delphinine.
— de berbérine,
— de colcbidDe.
Oallate de sabadllline.
— de TératriDe.
Principes rmittes et oieMùtêi,
Émétiiie.
Gréatine.
Caféine on tiiéine, C^R^AzK^
Créatinine.
Tbéobromine.
Urée.
Bnxine.
AUantoMtoe oaailantolne.
acutine.
Gystine.
Ghaeroiihytline.
Enpatorine.
Ëuphorbiine.
Fumarine.
Violine.
Digitaline.
CaupyophylliBe.
Eogénine.
Absinthine.
iSscuUne.
Antiarine.
Atfaaniantine«
Goccdine.
Golombine*
Hespérikline.
Umonine.
PIpérine ou pipërin, G3<fl«A?0«.
Picrotoxine (méni^wnniBe),
Phloriddne, GS«HM0«.
Méoonine.
Pencédanine.
Qnasséine.
Santonine.
Saponine,
Sénégine.
Smilacine.
Amj^ldafine.
Asparagine, cm^Az^HO.
(Hivile.
SaUebie.
Etc., ete.
PrincipM gras.
Otône. , Cholcstérltte.
Blargarine. |
3#r9Hii«.
PRINCIPB8 llfllÉDUTS ET SUBSTANCES OUGANIQinSS. 20
Stéarine.
Laurostéarine.
Cocine.
Myrbtidiie.
Paumitine.
Oliiie.
Pialmiiie.
CSérine.
Myricine»
Géroléine.
Cérosine.
Essence de térébenthine.
— de cinnamomine, Métacinnaméine.
Cinnamène. Péruvine.
Tolène.
Cpaoïarine.
Styradne.
Bôile de iqrfnna. .
Gampbre.
Camphre de Bornéo.
Essence d'amandes amèrcs.
— d'absinthe.
— de citron.
— de bergamote.
— decqMiha.
— d'élémL ^ d'oUban.
— decobèbe.
— de laTande.
— de benjoin.
Camphre d*anis.
— d'estragon.
Cymène.
CnminoL Essence d'anis.
— de muscade.
— d'ail, bine.
Béléirîne.
CaryophyUine. Asarine.
Anémonine.
Nicotianine.
Réshie crlstaUhie da copahn,
Bétolhie.
Résine crirtallhie d'élémi.
Résine animé cristalline.
Résine cristalUne d'eiqthorbe.
Acide oléiqœ.
— stéarique.
— margariqne.
OlélBé.
Stéarine.
Margarine.
Élalérine.
Stéarérine.
Céttaie.
Batyrine.
Sels k acides gras oq savons.
*& TRAitÉ <>*À*fAtOME (SfeÉftALË.
Principes sucrés.
Wégétàmt.
Sucre de canne^ QiiBnoii^
— de raisin oa glucose, Gi^^M
— des fruits acides, C^%»>Ott.
— de champignon.
Mannite ousucre de manneiC^l^O*.
AiilBira]fu
Sucre de foie.
Sucre de lait.
Dans le tableau précééent, la comparaison entre tes Végétaux e( \e» mmmxx, au point de vue du nombre 4es principes, est de beaucoup à T avantage des végétaux. Maïs il ne faut pas perdre de vue qu'un même anima) peut réunir presque tous les principes de cette classe, tandis qu^on ne saurait trouver un végétal réunissant l'ensemble des principes que je viens d'énumérer. Les noms seuls qu'ils portent indiquent ordinairement leur existence spéciale pour telle ou telle espèce végétale. ,
En complétant plus loin cette étude par Tindication des substances organiques fondamentales, on verra qu'il faut au contraire toujours concevoir la compositimi immédiate de l'animal comme plus complexe que celle du végétal^ ce qui nous permet de prévoir que, pour le maintien de la vie, le degré de mobilité de l'être vivant doit être d'autant plus grand qu'il a une composition immédiate pluâ complexe.
Pour les principes desanimaux en particulier^ on peut Voîif , d'après le tableau précédent, qu'on en re»eOtttfe les ^ux tiers dans le sang. L'urine est ensuite le liquidé où l'on en trouve le plus grand nombre. Bien que le nombre de ces principes soit plus considérable que celui des priaetpes communs aux deux règnes^ ils forment dans l'oigànisctie une masse moindre. C4es principes sont (friétaltldaMes, mais on les rencontre habituellement à Yéiêi amorphe* Relativement au rôle statique, il fout établir une distinction essentielle entre les principes acides et salins ^ les principes
ramciPBs npÊEtmàTs n stnsTÂiioti moanioces. U
QWbras c^ alcali^des, d'une part, et les principes grts, d'autre part, qui ont un r^ statiqae nneiix caractérisé»
Les principe acid^ et salins, sauf Tacide lactique, l'acide {»eumique) Tinomte d» polame, ne se rencontrent en quantité mtaUe que dans les humeurs excrénientitidles* Ils ne peuvent être assimilés et se fixer aux substances or* ganiques* Les principes neutres sont de même purement excrémentitiels ; les corps gras au contraire se rencontrent diM toutfis les espèces d'éléments anatomiques, dans le sérum de toutes les humeurs. Ils se présentent ordinaire^ ment sous l'aspect de gouttelettes variant de 0,0001 à OtOSO de millimètre. Les plus petites du chyle sont quel^ quefim animées du mouvement brownien. Dans les plus grosses on distingue un centre brillant et des couleurs foncéesi. Ces gouttelettes réfléchissent la lumière en blanc et la réfractent en jaune. Dans le lait de vache, la forte proportion de margarine rend les globules presque solides^ mais ils sont dépourvus d'enveloppe propre.
Outre leur rôle normal , les oorps gras jouent encore un rôle important dans la constitution d'un grand nombre de forimitions accidentelles.
Plosîeurs des corps gras annnaux que j'ai indiqués, têts que rélalérine et la stéarérine qu'on retire du suint qui endtitt ta kûm de mouton, ou la cétine qui Sf rencontre dans les cavité cloisonnées des os du crftne du dauphin et antr^ espèces voisines , ont un rdie statique plus spédat.
fin somme, comme je l'ai indiqué plus haut, l'étude de ces substances appartient ou à la physiolf^e, et doit sèrvk a éclairer les phénomènes de composition et de décompoaition^ ou à la pathologie, et doit servir à comprendre 1^ nâdents qui accompagnent certaines accumulations mor^bides de substances normalement destinées à être éHrtiinées; 4e dms néanmoins faire ressortir qu'un td sujet, outre scvi
12 TRAITÉ D*ANATOMIE 6É?IÉRÀLE.
uUHlé propre, offre encore une double propriété : d'une part, ji sert à bien earaciériser le lien étroit des phénomènes vitaux avec ceux du monde , tout en distinguant leur degré de complexité relative ; d'autre part, il révèle dans toute sa ^'igueur Vétroite subordination de Texistence la plus parfaite aux choses les plus grossières. L'homme, en ^et, jeomme tous les êtres vivants, existe en vertu d'un double mouvement de composition et de décomposidon qui entretient et renouvelle sa substance. Or, dans l'état sauvage, nous voyons l'activité animale des êtres les plus supérieurs en grande partie abscnrbée par la nécessité du renonveliement des principes immédiats. Ce qui nous permet d'ailleurs d'apprécier, pour notre espèce, le caractère social de la transmission des matériaux nutritifs qui , en sauvegardant notre existence matérielle, permet à nos plus nobles facultés de s'appliquer de plus en plus au développement de la vie morale.
SOBSTANCIS OKGAmQOB.
Les principes que j'ai envisagés jusqu'à présent n'ont pu se présenter, au point de vue statique, avec un degré suffisant de netteté, à cause de leur défaut de permanence. En ,effet, les principes de la première classe, en grande partie ^npruntés au monde extérieur, sont sujets, dans l'organisme, à un grand nombre de fluctuations. Les principes de la seconde classe , bien que dérivés de phémmènes organiques, sont en général destinés à être éliminés ou consomlnés au sein même Ae l'organisme. Il était néanmoins indispensable de les étudier comme concourant d'une manière importante à la constitution de l'être. Mais le point de vue statique d'une telle étude va mieux se caractériser dans l'examen direct des substances organiques elles<-
PRINCIPKS IMMÉDIATS ET SUBSTANCES OnCANIQUES. 33
niémes, dont la physionomie générale manifeste au plus haut degré la différence radicale qu'il y a statiquement entre les choses qui vivent et celles qui ne vivent pas.
Les substances organiques forment essentiellement la masse des êtres vivants. Entre les aliments qui viennent du dehors et les produits qui sont éliminés, ces substances, pendant toute la durée de la vie , s'entretiennent avec un ensemble de propriétés qu'on ne rencontre que chez les corps organisés. A l'état de simple matière amorphe ou modelée en cellule , en fibre, en tube, cette substance devient la base fondamentale de toute structure.
Le point de vue analytique a fait envisager, pour les végétaux et les animaux, un très grand nombre de substances distinctes. Mais si une telle manière de procéder a des avantages pour l'analyse des tissus, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'elle éloigne de la notion systématique de la substance organisée.
Pour préparer ici la notion d'élément, nous devons rattacher tous les modes spéciaux de la substance organique à trois types protéiques qui correspondent chacun aux trois modes d'existence individuelle : la végétalité et les deux degrés de V animalité. Dans un de ces degrés, l'organisme est relié par des nerfs; dans l'antre, intermédiaire aux végétaux et aux animaux , Tanimal présente des tissus contractiles, mais les irritations portées sur un point de l'organisme ne retentissent point sur l'ensemble , par suite du défaut d'un appareil de reliement , dont l'apparition et le perfectionnement successif dans la série, permettent de concevoir l'unité croissante de l'être, en même temps néanmoins que celui-ci se complique.
D'après cette considération, on peut établir les trois catégories suivantes :
1® Toute substance jouissant de la propriété de végé-
â4i TRAITÉ d'aNàTOMIE GÉNÉRALE.
ter et ayant, dans certaines conditions, la propriété de se modeler en cellule , élément anatomique de la végétalité , doit être envisagée comme un mode spécial de la substance organique végétative^ et pour donner à une telle conception toute sa généralité, il faut s'efforcer, de rattacher à ce type protéique les substances qui, chez les animaux, ont la propriété de se modeler en cellule.
2* Toute substance organique qui, outre les phénomènes ^ composition et de décomposition, présente des propriétés de contractilité et peut, dans certaines circonstances, se modeler en fibre , élément de Tanimalité , doit être copçue comme mode spécial de la substance organique (animale,
?• Toute substance qui se compose et se décompose, se contracte et possède en outre la propriété de se modeler en l'élément de la transmissibilité , le tube , doit être conçue comme substance distincte des deux autres catégories, quoique se rattachant, comme la précédente, à Tanimalité.
Si la lecture des trois propositions précédentes laissait quelque vague dans Tesprit du lecteur, je rappellerai que, dans tous les travaux modernes de la chimie, les observateurs n'ont pu se défendre, au milieu des cas les plus spéciaux d'observation concrète , de concevoir des groupes de substances organiques comme des modifications successives d'un même type. A cet égard, je suis fort éloigné de repousser de telles tentatives , je crois seulement que le simple point de vue chimique était insuffisant. Mais si la biologie, s'appuyant sur les échecs chimiques, méconnaissais le caractère philosophique de ces essais , elle se montrerait évidemment rétrograde.
Pour mieux faire saisir actuellement quelle pourra être la transition dans une telle étude, je vais prendre la question telle qu'elle! ^t dans les derniers travaux sur les prin-
PRlNCIt»ËS IHMÉDlÀtS ET SUBStANCEâ OKCANtQtlES. 35
cipes immédiats. Pour les végétaux , je vais donner le tableau inséré dans Y Histoire naturelle des végétaux para sites ^ de M. Gh. Kobin.
SUBSTANCES ORGANIQUES ViOÉTALKS.
SiAbstances organiques solides,
CeUulose C^^H^QW (fungine , médulline ; c'est le gélin , le fucio , le gélacin, et peut-être aussi ramylure de KUtzing).
Xylogène. D'après Schacht, la substance incrustante de Mulder (C«H^»8), n'est qu'une altération de ce principe ou du suivant ; il en est de même de la lignine, du lignin, de la lignose, de la ligniréose et de la iignone de M. Payen.
Sobérine C«."H» 3«0« *5Aï« ».
Substance intercellulaire.
Amidon ou fécule, C«»H<«0«^
Inuline , id,
Licbénine , id,
Amyloïde 1
Substances organiques liquides ou demi-solides,
A. Non azotées,
Dextrinc , C«H«®OW.
Gommes , id.
Mucilages, id.
Pectose.
Pectine.
Pectase.
Glycyrrhizine.
B. Azotées,
Légumine.
Émulsine.
Pollénine.
Trilicine.
Albumine végétale.
Substances organiques colorantes ou colorées,
GhlorophyUe.
Pfaycocyane.
Pbyco-érylhrine.
Phyco-hématine.
Diatomine.
Matière colorante jaune de la garance fraîche.
Hématine du bois de Gampécbe.
Gartbamine.
Brésiline.
Lutéoline.
Santaline.
Caroline.
Un tel tableau est , comme on le voit , de nature à subir ultérieurement des modifications. Je le donne ici comme exprimant Télat de nos connaissances sur un sujet qui souvent n'a pas* été étudié à son vrai point de vue. Je le ferai suivre de quelques renseignements spéciaux, relatifs seulement aux quatre premiers principes : la cellulose , le xylogène, la subérine et la substance intercellulaire. Ce n'est du reste que dans ces quatre substances que nous allons rencontrer le vrai caractère analomique résultant
de la propriété qu'elles ont de se former en cellule.
La cellulose est un principe soluble dans Tacide sulfurique concentré, et insoluble dans la potasse caustique; celle-ci la gonfle un peu. L'iode et l'acide sulfurique la colorent en bleu ; il faut en excepter la cellulose des cellules des moisissures.
La cellulose forme la partie fondamentale de la paroi primaire des cellules végétales et de leurs couches d'accroissement. La paroi des jeunes cellules en est entièrement formée.
La cellulose, suivant certaines conditions de végétation, peut se transformer d'une part en fécule, d'autre part en xylogène et subérine.
Certains animaux , les tuniciers , par exemple , renferment une forte proportion de cellulose ; on en a également rencontré dans la substance cérébrale des animaux supérieurs.
Le xylogène ^ ou substance lignifiante, se dissout facilement et complètement dans la potasse caustique , et très difficilement dans l'acide sulfurique. Use dissout, par coction, dans le chlorure de potassium et Tacide nitrique.
Le xylogène contribue à la formation de la paroi primaire des cellules des plantes et des couches d'épaississement des cellules lignifiées.
Le lignin, le lignole, etc., de M. Payen, sont des produits de l'action des alcalis sur le xylogène et la subérine.
La subérine, comme l'oxygène, se distingue de la cellulose, par sa solubilité dans la potasse caustique et son insolubilité dans Tacide sulfurique; mais elle ne se dissout pas, par coction , dans un mélange de chlorure de potassium et d'acide nitrique ; elle se change plutôt en une matière d'apparence résineuse , soluble dans l'éther et l'alcool ; brûle sur le couteau de platine avec une flamme claire , en
produisant de la suie et répandant une odeur aromatique , et laisse un charbon poreux.
La subérine se rencontre dans la paroi des vieilles cellules de la couche subéreuse et dans les couches cuticulaires des cellules épidermiques.
La substance intercellulaire ou unissante présente toutes les réactions du xylogène et n'est que du xylogène amorphe interposé aux cellules.
La substance intercellulaire , comme la cellulose , parait subir diverses modifications qu'on apprécie d'après le degré d'insolubilité dans l'acide sulfurique.
La cuticule ne serait que cette substance modifiée par l'action directe de l'air.
Ces indications sur les quatre principes fondamentaux de la substance végétale suffisent a l'appréciation générale que je voulais donner ici. Les connaissances chimiques qu'implique un tel sujet, me dispensent d'une analyse spéciale des autres principes , dont le conspectus seul permet de concevoir dans toute sa complexité la composition élémentaire des plantes. Mais relativement aux quatre principes que j'ai décrits, on sent, d'après les réflexions précédentes, qu'il ne faut pas s'en laisser imposer par quelques diflférences résultant du mode et du degré de solubilité , pour séparer entièrement des substances qui ont, sans contredit, des rapports intimes de filiation que la physiologie végétale déterminera un jour. En ne considérant pour le moment que les caractères indiqués ci-dessus, nous voyons que , d'un côté , à l'égard des substances organiques végétales les plus importantes, le simple point de vue chimique a pu établir la transformation facile de la cellulose en fécule, en xylogène ou en subérine ; d'un autre, la substance intercellulaire n'est que du xylogène à l'état amorphe ; nous sommes donc autorisés à dire qu'on peut spéculer sur la
38 TRAITÉ D'ANÀTOMlfa: GÉJNÉRÀLË.
substance organique végétale comme sur un type protéique, car les plus délicates observations concrètes appuient une manière de concevoir le sujet dont personne ne saurait contester l'utilité philosophique.
Je vais, au même point de vue, apprécier les études faites sur les substances organiques animales.
Substances organiques animales.
D'après le traité de MM. Robin et Verdeil , voici quelles sont les substances organiques bien déterminées pour le moment :
Fibrine.
Gartilagéine
Albumine. /
Cristalline.
Albuminose.
Élasticine.
Caséine.
Kératine.
Mucosine.
Hématine.
PancréaUne.
BUiverdine.
Globuline.
Mélanine.
Musculine.
Urrosacine.
Osséine ou ostéine.
Il est aisé de concevoir, d'après ce tableau , que du moment où le point de vue comparatif s'étendra à l'étude de ces substances , on pourra singulièrement en accroître le nombre, surtout si l'on se contente, pour séparer radicalement deux substances, de quelque différence chimique. Mais à côté de la nécessité qu'il y a pour l'analyse des tissus de distinguer tel principe de tel autre , on ne saurait méconnaître l'incontestable utilité de spéculer sur les substances animales comme sur les substances végétales. Je veux bien admettre que les considérations purement chimiques de Mûlder sur la protéine sont insuffisantes, mais, elles sont évidemment faites dans une direction synthétique qu'il serait fâcheux de remplacer par des distinctions radicales, souvent basées sur des phénomènes dont nous ne pouvons apprécier le degré d'importance.
PRINCIPES IMBIÉDfATS ET SUBSTANCES ORGANIQUES. 89
D'après les considérations préliminaires précédentes, on peut diviser en trois groupes les différentes substances organiques animales. Dans le premier, on envisagerait des substances amorphes ou modelées en cellule , telles que la chitine, la kératine, la cellulose des tuniciers et de la substance cérébrale, les principes colorants, que Ton pourrait envisager comme des substances analogues & celles qu'on rencontre chez les végétaux.
Dans le second , on étudierait les substances amorphes ou modelées en fibre et capables de se contracter.
Dans le troisième, on placerait les substances qui fcHinent la base des éléments nerveux en forme de tube.
Malheureusement, dans l'état actuel de nos connaissances, Texécution de ce plan présente de nombreuses lacunes. Cependant je le donne ici comme pouvant diriger à l'avenir toute recherche sur les différentes substances organiques, et je vais l'appliquer aux matériaux actuels accumulés sur ce sujet. Je commencerai donc naturellement par les substances que je crois devoir rapprocher de la substance organique végétale.
Quand on analyse la substance de l'épiderme et des épithéHums, et en général de toutes les productions qui, sous forme d'ongles, de cheveux, de cornes, de sabots, sont développées à la surface de l'organisme par une sorte de végétation, on voit que cette substance a des propriétés particulières qui la rapprochent de la cellulose. En effet, il faut employer la potasse caustique pour dissoudre cette matière cornée désignée sous le nom de kératine. Mais cette résistance aux agents chimiques est encore mieux marquée dans la chitine^ substance propre du squelette cutané des arthropodes. La chitine, comme la cellulose, est insoluble dans la potasse caustique.
Je placerai dans cette première catégorie lés différents
âO TRAITÉ d'aNATOMIE CÉKÉRAi^li:.
principes colorants, dont voici les principaux caractères d'après MM. Robin et Verdeil.
Uhématiney hématosine rouge^ dés globules sanguins, est demi-solide; la matière amorphe, pulvérulente, brunâtre , insoluble dans l'eau , qu'on extrait des globules , doit être considérée comme un produit d'altération de l'hématine. L'hématine peut sur le vivant, pénétrer certains solides par imbibilion, ou colorer certains liquides. Par transparence, l'hématine est d'un Jaune rouge, assez pâle. Par réflexion, elle est rouge de sang. Ce principe, outre le carbone, l'hydrogène, l'azote et l'oxygène qui le composent, renferme encore 7 pour 100 de son poids de fer, qu'on obtient à l'état d'oxyde en incinérant la substance. Voici, du reste, sa composition d'après les analyses de Miilder :
Bœuf. Sang artër. Sang veiu. Bœuf. Ifoutan.
Carbone. . . 65,3/i 66,49 65,91 66,20 65,73
Hydrogène. . bM 5,30 6,27 5,43 6,28
Azole. . . . 10,39 10,54 » 10,46 10,57
Oxygène. . . 11,88 11,01 » 11,15 11,97
Fer .... . 6,93 6,66 6,58 6,75 6,45
La hiliverdine, matière colorante verte de la bile et des calculs biliaires, se rapproche de l'hématine par sa composition; elle est naturellement hquide. Obtenue par extraction, elle forme- une poudre d'un vert noirâtre, soluble dans l'alcool et dans l'éther, insoluble dans l'eau. Il est bon de remarquer que cette substance, comme l'hématine, a la plus grande analogie avec la chlorophylle des plantes. La biliverdine imbibe quelquefois le placenta des chiennes dans les dernières périodes de la portée. On en trouve aussi des traces dans le sérum sanguin. Accidentellement, elle peut colorer en jaune verdâtre la plupart des humeurs et des solides de l'économie.
La mélanine est la matière colorante des cellules de pig-
pniiNClP£S IMMÉDIATS ET SUBSTANCES ORGANIQUES. Al
ment de la peau, de la choroïde, des procès ciliaires et de l'iris , de divers corpuscules ganglionnaires du cerveau et de la moelle. Ce principe est dans l'économie à l'état solide ou à l'état demi-solide; obtenu par extraction, il forme une poussière noire, cohérente, lentement soluble dans les alcalis concentrés; d'après Scherer, il est composé ainsi qu'il suit :
Carbone 68,08 | Azole 13,76
Hydrogène .... 6,91 | Oxygène 22,23
Vurrosacine est naturellement solide; sa couleur varie du rose au rouge amarante-, on la rencontre en petite quantité dans l'urine et dans les dépôts d'urate de soude et d'ammoniaque. Obtenue par extraction, elle se présente à rélat de poudre d'un rouge noirâtre , soluble dans Talcool et réther.
Le point de vue comparatif pourrait permettre d'étendre considérablement l'étude de ces matières colorantes. Il doit suffire, pour le moment, de caractériser celles qui offrent le plus d'intérêt et sur lesquelles j'aurai d'ailleurs l'occasion de revenir dans d'autres parties de l'anatomie générale. Leur distinction est fondée sur des caractères secondaires , landis qu'au fond un lien étroit les lie entre elles et même aux principes colorants des végétaux. De telle sorte qu'il y aurait un certain intérêt à réunir, dans un même cadre de recherches concrètes, les substances colorantes végétales et animales , pour en établir la filiation. La comparaison déjà si bien établie par M. Verdeil entre la chlorophylle des plantes et l'hématine, prouve toute la réalité d'un tel mode d'investigation , en même temps qu'elle justifie Tordre dans lequel je place ici l'étude spéciale de ces substances.
Pour que l'étude de cette première catégorie dç sub-
stances fût complète, il faudrait pouvoir y analyser les différents états de la substance organique végétaline, qui déternfïinent toutes les autres formations cellulaires, normales ou anormales, observables chez les animaux. Réduits à l'étude de l'élément lui-même, nous renvoyons, à titre de complément, aux caractères spéciaux physiques et chimiques des différents éléments sous forme de cellules, indiqués dans le chapitre suivant.
Si je passe actuellement aux substances organiques du second groupe, que je considère comme des modes de la substance animale contractile, on verra que depuis longtemps on a saisi, entre les substances organiques animales, un certain nombre de caractères généraux, très propres à démontrer l'utilité logique de la fusion d'un certain nombre en une seule. Si, pour l'analyse des tissus et des humeurs, il est utile de distinguer la fibrine de l'albumine , la cartilagéine de l'ostéine, il est néanmoins incontestable, je le répète, qu'il y a tout d'abord utiUté à se figurer ces substances comme des états divers d'un même type, d'autant plus qu'en fin de compte, l'étude directe du mouvement de composition et de décomposition, en physiologie, consistera à rechercher quelles sont les conditions vitales de la transformation de l'albumine en fibrine, en albuminose, en caséine , en mucosine , en pancréatine , en globuline , en musculine. On voit donc qu'il faut bien se garder, tout en corrigeant les procédés chimiques, de proscrire à cet égard les tentatives de systématisation , si opiniâtrement poursuivies par tant de chimistes modernes.
En attendant que des recherches nouvelles, sûrement dirigées parla méthode que j'indique, permettent d'envisager sans confusion l'ensemble des substances organiques, je vais ici, d'après les derniers travaux, donner d'abord les propriétés générales des substances organiques animales ;
puis indiquer, à propos des études spéciales, les principaux desiderata de cette étude.
Les substances organiques animales , liquides ou demisolides peuvent , sous l'influence du vide ou d'une tem|)érature qui ne dépasse pas 100 degrés, être amenées à l'état solide. Cette dessiccation, lente et graduelle, suit une marche spéciale à ces substances. Ainsi solidifiées , elles ne présentent plus leurs propriétés fondamentales. On peut les leur rendre en les plongeant dans une quantité d'eau égale â celle qu'elles ont perdue. Chez des êtres assez simples, végétaux et plusieurs infusoires, on peut, alternativement, par la dessiccation et l'humectation , ôter la vie à un être, puis la lui rendre. Nous reconnaissons ainsi dans ces deux propriétés fondamentales inverses, mais liées dans chaque substance par une relation, l'ébauche grossière des actes les plus complexes d'endosmose et d'exosmose de la vie végétative.
De même que la coagulation diffère de la solidification des corps bruts, de même le racornissement, la dessiccation diffèrent de la cristallisation , de même aussi l'hygromé- Iricité de c«s substances doit se distinguer soigneusement des simples phénomènes de dissolution.
Chimiquement , ces corps se présentent avec des caractères qui leur sont propres. Une même espèce peut s'unir soit à des acides , soit à des bases et à des sels neutres , acides ou alcalins. Une autre particularité résulte de ce que les acides, les bases et les sels, ont un mode général d'action pour toutes les espèces azotées liquides, un autre mode pour les solides , et de même pour les espèces non azotées liquides et solides.
Les acides faibles sont sans action sur ces substances , mais les acides puissants minéraux et végétaux , les gon* fient en leur donnant l'aspect et la transparence d'unô^
hk TRAITÉ D'aNÀTOMIE GÉNÉRALE.
gelée. Si le véhicule est en certaine quantité, il ^erce uiie action dissolvante. Les alcalis étendus agissent d'une manière analogue.
Pour comprendre les phénomènes de la vie végétative, il est encore une remarque chimique très importante, relative à l'instabilité de ces substances : sous des influences très légères, telles que l'action de l'eau chaude, de l'eau légèrement acidulée, de l'air à une température de 30 à iO degrés , d'une substance altérée , les matières organiques changent de caractère. L'altération de ces substances, comr mencée à l'air, se continue dans le vide et se termine soit par catalyse isomérique , soit par putréfaction.
Au point de vue de la composition médiate , il peut y avoir identité entre certaines substances : amidon, inuline, lichénine, pour les végétaux ; albumine et musculine, pour les animaux. Anatomiquement toutes ces substances sont différentes. Ajoutons que , d'après les analyses faites dans lés mêmes conditions , une même substance peut , suivant les conditions, présenter des variations dans sa composition médiate; ce qui permet d'établir que ces principes sont de composition chimique indéterminée. Il appartient a la physiologie d'établir, dans un tel ordre de variations, quelle est la limite normale au delà de laquelle il y a altération, maladie ou destruction.
Dans l'action d'un acide ou d'un alcali sur une substance organique, il n'y a pas saturation déterminée par telle quantité de substance, pour telle quantité correspondante d'acide ou d'alcali; ceux-ci, quelle que soit leur quantité, s'unissent à la totahté de la masse organique employée. Dans ces actions, la constitution de la substance organique se trouve essentiellement modifiée. Cela est bien évident avec les acides chlorhydrique , sulfurique , azotique ; avec les dissolutions alcalines concentrées; avec les sels et oxydes
métalliques. Dans tous ces cas , le composé nouveau n'a rien de déterminé, et quand on dit sulfate d'albumine, on se sert d'une nomenclature qui, pour les cas complexes, a perdu sa propriété essentielle. En un mot, on ne peut déterminer, une fois pour toutes, YéquivaUnt de ces principes immédiats.
A la suite de ces propriétés générales , je dois ici , pour l'analyse des tissus et des humeurs, aborder chacune de ces substances, tandis que les réflexions précédentes sur la substance organique nous y préserveront de toute influence trop spéciale.
La fibrine est une substance liquide, incolore, inodore et insipide. On la trouve à Tétat normal dans le sang, la lymphe et le chyle. Dans diverses conditions anormales, elle peut s'épancher dans Tépaisseur des tissus ou à la surface des membranes muqueuses et séreuses.
Le sang veineux contient en moyenne 2,20 à 2,30 pour 1000 de fibrine. Cette quantité varie suivant les organes dont le sang revient. Le sang des veines sus-hépatiques en contient très peu; celui de la veine porte en contient trois fois moins que celui de la veine jugulaire. Le sang artériel en contient plus que le sang veineux. Le sang des nouveau-nés en contient moins que le sang des adultes. Dans la lymphe et le chyle , la fibrine est d'autant plus abondante qu'on recueille les liquides plus près du canal thoracique.
Hors de l'organisme, la fibrine se coagule spontanément et d'une manière plus ou moins rapide, suivant les conditions de l'organisme et suivant les espèces animales. Cette solidification débute, dans la masse liquide, sous forme de minces filaments transparents, entrecroisés, qui, en se multipliant, finissent par donner à la fibrine l'aspect d'une gelée plus ou moins dense. La coagulation de la fibrine peut
Ad TRAITÉ D*AliATOMIE CÉNÉRALÏ.
être suivie de sa rétraction, mais ce second phénomène est moins constant, et varie davantage suivant les conditions de l'organisme. Les différences d'aspect et de consistance des caillots sanguins dépendent surtout du mode de rétraction. Dans les meilleures conditions de santé, la fibrine extraite de l'organisme se coagule lentement et se rétracte au maonmum. Eln se solidifiant, la fibrine, vue par réfraction, devient grisâtre et par réflexion est blanche. Celle du chyle entraînant toujours quelques gouttes d'huile, est d'un blanc laiteux. Celle de la lymphe est grisâtre et devient rosée par l'exposition à l'air. Par dessiccation, la fibrine perd plus des trois quarts de son poids d'eau. D'après les analyses de Scherer qui tiennent le milieu entre les résultats extrêmes des différents auteurs , la fibrine présente la composition suivante :
Carbone 53,571
Hydrogène. . . . 6,895 Azote 15,720
Oxygène \
Soufre. I 22,8U
Phosphore /
Dans certaines conditions morbides, la fibrine peut, dans rprganisme vivant , passer à l'état solide. J'ai déjà signalé l'état fibrillaire sous lequel se présente la fibrine qui forme le caillot sanguin ; elle peut également se présenter sous forme de granulations moléculaires très fines, grisâtres, douées d'un mouvement brownien quand elles sont libres. Dans la fibrine coagulée en fibrilles, on rencontre toujours une partie sous forme de granulations. Lorsqu'on suit l'altération des caillots, on voit la partie fibrillaire se résoudre elle-même en granulations.
Dans les poches et dilatations vasculaires morbides, la fibrine coagulée se dispose par couches concentriques, superposées à la manière des membranes , sans qu'il soit possible de la confondre avec elles. .Dans les concrétions allongées des vaisseaux , les couches de fibrine se déchirent eo
forme de rubans fibreux ; une fausse interprétation de ces états a fait considérer comme plus ou moins organisés, des caillots dans lesquels la fibrine se présentait avec ces diflférents aspects.
Le pseudo-pus fibrineux qu'on trouve quelquefois au centre de ces caillots , n'est autre chose que de la sérosité tenant en suspension des granulations moléculaires de fibrine et des globules blancs du sang, mais dans aucun cas des globules de pus. L'aspect fibrillaire nettement apercevable dans les couches récentes des concrétions , disparaît dans les couches anciennes , de telle sorte que la masse devient tout à fait homogène. Les mêmes différences s'observent dans la fibrine infiltrée entre les éléments des tissus, à la suite d'épanchemenls sanguins. Tandis que la fibrine épanchée des pseudo-membranes est d'abord fibrillaire et tend de plus en plus vers l'homogénéité, au contraire le blastème ou lymphe plastique qui précède toute néo-membrane, commence par être homogène jusqu'au moment où des éléments fibro-plastiques et des fibres de tissu lamineux coimnencent à s'y modeler.
Si maintenant on se demande quel est le mode d'entretien de la fibrine normale du sang, de la lymphe et du ebyle, on arrive à la considérer comme se formant par catalyse isomérique au moyen des éléments de l'albumine. En effet, on a montré qu'en injectant du sang défibriné dans les artères d'un supplicié, on pouvait de nouveau retirer de ce même sang un principe coagulable analogue à la fibrine ; mais un fait plus général est celui de la diminution de l'albumine , diminution proportionnelle à l'augmentation de la fibrine dans les maladies inflammatoires.
Ualbumine est une substance liquide, incolore, inodore, d'une saveur fade, déviant à gauche le plan de polarisation. Cette déviation est proportionnelle à la quantité d*al-
â8 TRAITÉ D*ANATOMIE GÉNÉRALE.
bumine contenue dans le liquide. Chaque minute de Talbuminimètre correspond à, 0«',180 d'albumine , et chaque degré à 10^800.
Celle subslance se rencontre dans le sang , la lymphe, le chyle el dans les éléments analomiques des muscles. Elle esl en pelite quantité dans le lait provenant d'une sécrétion active, dans la salive parotidienne , dans le liquide normal et anormal des séreuses. Dans certaines conditions physiologiques et dans un grand nombre d'étals morbides , on la rencontre dans l'urine. Elle sert à constituer le pus et la sérosité des ampoules, du vésicatoire, de la brûlure, du pemphigus, etc.
D'après M. Becquerel, le sérum du sang à l'état normal, confient de 76 à 85 pour 1000 d'albumine. La moyenne 80, diminue à mesure qu'on pratique des saignées successives sur un même individu. J'ai indiqué.sa diminution dans les phlegmasies, tandis que la fibrine augmente.
Une dissolution d'albumine exposée à la chaleur se trouble à 00 degrés; de 63 à 75 degrés elle se sépare du véhicule, et son coagulum est insoluble dans l'eau; un grand nombre d'acides précipitent l'albumine de ses dissolutions. Le caractère distinclif de ce principe, comparé à la pancreatine, résulte de sa non-coagulation par le sulfate de magnésie. Si l'on mélange du sérum sanguin, à froid, avec une quantité de sel cristallisé , dépassant en volume celui du liquide , et qu'on jette le mélange sur un filtre, il passe un liquide limpide qui coagule directement par la chaleur et les acides, parce que l'albumine n'a pas été précipitée par le sulfate de magnésie.
L'albumine se forme dans le sang. Plus abondante que les autres substances, elle sert probablement à les produire ou par de simples changements isomériques, ou par élimination de certaines proportions de carbone, d'hydrogène.
PRINCIPES IMMÉDIATS ET SUBSTANCES ORGANIQtËS. AO
(l'azote et (l'oxygène. Voici, d'après plusieurs auteurs, quelle est sa composition :
Sclierer (moyenne de 5 analyses). Dumas et (^boars.
Carbone 5^,833 53,54
Hydrogène 7,035 7,08
Azote 15,675 15,82
Oxygène. . . .
Soufre } 22.365 23,56
Phosphore. . .
Valbuminose a beaucoup d'analogie avec l'albumine et Ir caséine. Sa non-coagulation par la chaleur la distingue de l'a'.bumine.Le précipité qu'elle forme avec l'acide acétique, et qui se redissout dans un excès d'acide, la distingue de la caséine.
Cette substance se trouve dans le chyme provenant de la digestion des matières azotées. Elle passe dans le sang, où l'on en trouve de â à parties pour 1000.
La caséine e<l spéciale au lait. On l'y trouve dans les proportions de 20 à 40 pour 1000, suivant les périodes de la lactation. C'est une substance liquide, sans odeur ni saveur, quand elle est pure ; coagulable par les acides acétique , lactique et autres , par la présure sèche ou liquide , neutre ou acide, par le sulfate de magnésie en excès, et non coagulable par la chaleur.
D'après les analyses de Mûlder, Scherer, Dumas, la caséine présente en moyenne la composition suivante :
Mulder. Scherer. Dumas.
Carbone 53,83 55,66 53,70
Hydrogène 7,15 7,46 7,20
Azote J5,65 15,72 16,60
Soufre '
La pancréatine est spéciale à la sécrétion du pancréas,
^ TRAITÉ d'aNàTOMIB GÉNÉRAUS.
comme la caséine à celle de la mamelle. C*esl une sub^ slance liquide , incolore, d'une certaine viscosité; coagulable par la chaleur, se dissolvant dans IVau quand elle a été coagulée par l'alcool, et coagulant par le sulfate de magnésie en poudre. D'après M. Cl. Bernard, c'est la seule substance qui, traitée par le chlore, prenne une coloration rouge.
La pancréaiine se putréfie rapidement à l'air, surtout pendant les temps d'orage et les chaleurs de l'été. Elle perd alors la propriété de se coaguler par la chaleur et les acides. Dans le suc pancréatique morbide , cette substance s'altère graduellement, devient de plus en plus aqueuse, et perd la propriété caractéristique qu'elle a d'émuUionner les graisses.
Les différents mucus renferment une petite proportion d'une substance liquide qui varie, sans doute, suivant les différentes muqueuses, et qu'on peut réunir provisoire** ment sous le nom de mucosine^ en attendant que des (ra«vaux spéciaux permettent de les distinguer nettement.
La caséine, la paiicréatine, les différentes mucosines^ rangées par MM, Robin et Verdeil dans les substances or* ganiques, n'ont pas un caractère anatomique bien tranché, en ce sens qu'on les conçoit difficilement comme pouvant concourir a former des éléments anatomiques. Ce sont là des modifications d'une même substance qui n*ont même que l'apparence de produits d'un certain ordre. On peut ranger dans la même catégorie une série de liquides organiques qui ont chacun, sans doute, des caractères spéciaux, mais qui ne sont également que des produits d'un ordre complexe. Je me contenterai de citer la synovine, substance propre de la synovie, qui n'est qu'une modification de l'albumine dont elle diffère très peu. La lacrymine, substance organique propre des larmes, qui se sécrète abondamment quand la conjonctive est enflammée ; substance visqueuse se
PRINCIPES IMIIÉDUTS ET SVBSTAUCBS OMANIQUES. 6^1
dottgulant au contact de Teau» Ln âpermatine^ subsUtice propre ao sperme qui sort du testicule, qu*il ne faut pas confondre avec la substance propre au liquide prostatique et celle qui est spéciale aux glandes de Cooper et de iléry. La sérosité hydropisique , la paralbumine^ trouvée dan9 le liquide de Thydropisie ovarienne.
On sent^ d'après ces exemples, que le nombre de cet substances organiques ne saurait être limité , mais en réalité aucune d'elles n'a la propriété de revêtir les form#t élémentaires. Gn peut d'ailleurs les concevoir toutes comme des modifications d'une même substance.
La globuline forme la base des globules du sang: elle est demi-solide, se dissout dans l'eau, et se coagule alors à une température plus élevée que celle de l'albumine. Sa précipitation complète ne s'opère qu'à 03 degrés. Elle est Unie dans te globule à que^ues graisses et à la matière coloraûle du «mg.
La criêtalUne^ qu'on ne trouve que dans le cristallidi $ tous les caractères de la globuline, seulement sa dissolutioil par l'eau coagule dès 75 degrés.
La muêculine a'existe que dans le tissu musculaire : c'est ane substance demi solide, soluble à la température ordi* Baire dans l'eaUf contenant un dixième d'acide chlorhy'*drique. Il faut donc la distinguer de la fibrine du sang qui^ arrosée par de l'eau contenant un dixième d'acide chlorby-^ drique, se gonfle et se transforme en une masse gélatineuse. Si l'acide est plus concentré , la fibrine reprend son état pour se gonfler de nouveau si l'on ajoute de l'eau, et tout cela sans que la fibrine se dissolve. La fibrine est unie, dans la fibre oiusculaire, a la créatine, la créatiniue, Tinosate de potasse et différents sels.
. VélasticinCy substance propre des tissus de la fibre jaune, est une substance transparente , insoluble dans l'eau et
52 TRAITÉ tt^ANATOMlE OÉNÉUALE.
racîde acétique; soluble lentement, même à froid, dans les acides sulfurique, nitrique et cblorhydrique. Ces dissolutions étendues d'eau ne sont point précipitées par la potasse.
Le sarcolema des faisceaux primitifs des muscles parait formé de la même substance ou d'une substance analogue. Il en est de même de la substance fenêtrée des artères.
D'après des analyses de Sdierer et de Tilanus , Télasticine présente la composition suivante :
Tuoiqiie élastique des artères (Si berer). Ligainent de la nnqae (Tilanas)» I. ÎU
Carbone 52,95 53,39 55,75
Hydrogène. . . . 7,07 6,97 7,61
Azote ...... 15,36 15,36 17,74
Oxygène 23,82 2/ï,27 i>
De tous les principes immédiats, Télasticine sert le mieux à établir la relation qu'il y a entre l'étude des éléments et celle des substances organiques. Si pour tous les cas la relation était aussi nette , l'examen des formes élémentaires ne serait qu'une partie de l'histoire du principe immédiat lui-même. En effet, nous verrons, en décrivant les différents états des tissus élastiques , une série de formes Qbriliaîres de plus en plus distinctes, dérivant toujours d'une même substance organique, l'élasticîne, qui peut successivement se présenter :
A l'état amorphe ;
Sous forme de tunique amorphe vpérimtsium des faisceaux primitifs des muscles ;
Sous forme de tunique avec des éraillures indiquant le premier degré de séparation de la substance : tunique fenêtrée ;
Séparée en fibres anastonK)séeS) figurant un réseau: fibre jaune artérielle ;
Séparée en Cbres plus distinctes : fibre jaune ligamenteuse;
Piettement modelée en fibres : fibre dartoïque.
Celle relation, outre qu*elle jelle une vive lumière sur ]a théorie du développement des éléments* forme une dé* moflstraiion des plus nettes contre la théorie cellulaire, en nous montrant à cAé des substances qui ont la propriété de se modeler en cellules, des substances qui, isolées ou réunies en un certain nombre, ont la propriété de se mo* deler directement en fibre ou en tube.
La cariilagéine , substance propre des cartilages , est soluble par Teau bouillante , mais ne se prend pas en gelée par le refroidissement, comme Vosiéine.ljk ckoridrine u*est que le produit de la décomposition de la cartilagéine. D après Scherer, voici sa composition :
CartiUif et des côtes.