C. opi
Cervelet
Hyp.
Protub.
FiG. 336. — Cerveau de mammifère.
Ces trois figures, 334, 335, 336, empruntées à Edinger, montrent sur une coupe sagittale schématitiue Ui disposition des parties de l'encépliale, et spécialement le développement progressif du manteau de l'hémisphère.
insolite et acquiert un volume énorme. L'écorce subit un arrêt ; réduite à une mince lame grise, placée au-dessus du ventricule, elle est moins étendue que chez les reptiles ; par certains caractères elle leur est inférieure, par d'autres, elle semble être mieux organisée. ' — Chez les mammifères au contraire, le corps strié s'amoindrit, et l'écorce du manteau devient de plus en plus vaste dans sa surface, de plus en plus complexe dans sa structure. Mais même chez eux, même chez l'homme, une partie de la vésicule hémisphérique garde toujours le type épithélial primitif du cerveau des poissons : tel est le feuillet qui ferme la fente de Bichat.
Si l'écorce nerveuse fait défaut chez les poissons et chez les amphibiens, le siège des phénomènes psychiques, qui existent, si imparfaits soient-ils, doit donc être cherché ailleurs que dans le manteau de l'hémisphère. Il est dans le corps strié et dans le cerveau intermédiaire ou même moyen. Chez les poissons, la grenouille, la tortue, la vision mentale réside dans les lobes optiques, assimilables à nos tubercules quadrijumeaux, et l'ablation des hémisphères n'entraîne pas la cécité cérébrale, comme chez les vertébrés supérieurs. A mesure que l'écorce apparaît, avec les reptiles, les phénomènes de conscience, de volonté, de mémoire émigrent du cerveau intermédiaire, du cerveau antérieur primaire au cerveau hémisphérique ; les anciens organes déchus passent au second rang et ne sont plus désormais que des centres ganglionnaires réflexes, affectés à l'automatisme.
{Sur l'évolution phylogénique, voy. Edinger, Cajal et ses élèves.)
B. Évolution ontogénique. — Le cerveau de l'embrj'on humain n'est d'abord qu'une masse molle, translucide, de couleur uniforme, remarquable au point de vue chimique par sa richesse en eau. C'est au septième mois seulement que l'écorce prend le type nerveux et
se distingue par sa couleur grisâtre du centre ovale à teinte violacée. Un mois plus tard les fibres nerveuses commencent à se myéliniser; des stries blanches se montrent soitdans le centre ovale, soit dans l'écorce même sous forme de fibres radiaires.
Développement des cellules pyramidales. — Les cellules géantes ne commencent à se différencier que chez le fœtus de six mois et demi à sept mois (Vignal, Marinesco). A la naissance, alors que les cellules radiculaires de la moelle ont acquis leur structure définitive, les cellules corticales possèdent leur forme typique, mais elles ne possèdent pas encore de substance chromatique organisée; leurs expansions protoplasmiques basilaires et les collatérales nerveuses sont courtes et simples. Elles atteignent leur plus grand développement après trente ans; à ce moment, leur diamètre a triplé depuis la naissance. Dans la vieillesse, les phénomènes d'involution sont caractérisés par la désintégration des éléments chromatophiles qui se réduisent en une fine poussière et l'apparition de granules dans le protoplasma. Hodgea trouvé le noyau ratatiné ; les nucléoles ne se colorent plus avec l'acide osmique.
Les cellules nerveuses, et ceci s'applique aussi bien aux éléments de la moelle qu'à ceux du cerveau, se forment toutes à l'époque embryonnaire et perdent dès ce moment la faculté de se reproduire. A aucune épotjue de la vie fœtale, Marinesco n'a pu constater de trace de karyokinèse. On sait que les plaies du cerveau ne se réparent pas. La fixité compense cette stérilité. La cellule nerveuse possède une longévité considérable, égale à la vie même du sujet, et c'est là une des conditions de la mémoire et de tous les faits psychologiques (jui s'y rattachent. Mais si elle ne croît plus en nombre, elle peut croître en étendue. Les expansions cylindraxile et protoplasmique s'allongent et se compliquent à mesure que le cerveau se développe et que l'intelligence se mûrit. Il n'est pas défendu de penser, avec Cajal, que le travail cérébral, la culture intellectuelle ont pour effet, non point de créer des cellules, mais d'augmenter les expansions des éléments existants. L'arbre cellulaire étend de plus en plus ses branches; il renforce ses connexions premières avec les arbres voisins et s'engage dans des associations nouvelles. Les acquisitions matérielles, susceptibles d'être transmises par l'hérédité, sont le substratum anatomique des progrès réalisés par l'activité cérébrale (Cajal, Nouvelles idées.... — Marinesco, Evolution de la cellule nerveuse, Revue neurolog., 1898).
Développement des fibres nerveuses. — La m}'élinisation des fibres de l'écorce et du centre ovale s'opère d'une façon continue, depuis le 8° mois intra-utérin jusqu'au %" mois après la naissance. On peut cependant reconnaître certaines étapes qui répondent à des systèmes de fibres différentes. Flechsig distingue : les zones primordiales, qui se myélinisent avant la naissance, %" et 9" mois de la vie fœtale, et correspondent aux centres sensoriels; — les zones intermédiaires, qui apparaissent à la naissance: elles comprennent principalement les fibres centrifuges des centres sensoriels, et notamment les fibres motrices; — les zones terminales qui se développent dans le 2'^ mois et sont des voies d'association.
1° Voies sensitives. — Les voies sensitives s'organisent les premières. Dès le huitième mois, soit dans la calotte du pédoncule cérébral, soit dans le cerveau même, des ganglions à l'écorce, elles prennent leur gaine de myéline et peuvent conduire les impressions périphériques,
A la naissance, le centre ovale est encore gélatineux et gris rosé; le ruban de Reil est seul méduUisé. Flechsig pense qu'à ce moment, et même dans le neuvième mois intrautérin, le cerveau peut être le siège de manifestations psychiques ; il est apte à percevoir les impressions, mais la réaction motrice n'existe pas, les voies de conduction n'étant pas formées. L'homme est assimilable à ceux des animaux qui naissent aveugles, c'est-à-dire impuissants à voir et dépourvus de mouvements volontaires, tels que le chien, le lapin. Or, chez ces animaux, les centres psycho-moteurs sont inexcitables ; les mouvements d'origine cérébrale (mouvements volontaires, modération des mouvements réflexes) n'existent pas, tandis que les mouvements réflexes d'origine spinale s'exécutent dans leur plénitude. Nous avons vu que, pour l'homme également, la moelle devançait le cerveau dans son organisation, et qu'à l'exception de ses voies cérébrales volontaires, elle était prête à fonctionner à la naissance. Tout autrement se comportent les animaux comme le porc, le cobaye, le hérisson qui naissent les yeux ouverts, capables de voir et de conduire leurs mouvements ; leur écorce cérébrale possède une organisation avancée et les centres psychomoteurs, même sur le fœtus contenu dans la matrice, répondent à l'excitation (Soltmann, Tarchanoff).
2" Voies motrices. — C'est dans le cours du premier mois qui suit la naissance, ordinairement dans la deuxième ou la troisième semaine, que les voies motrices achèvent leur organisation. On voit blanchir le faisceau pyramidal, dans le pied du pédoncule cérébral, dans le centre ovale et dans fécorce motrice. Dans le centre ovale, il se présente sous la l'orme d'un ruban blanc qui émerge de la capsule interne et se bifurque près du manteau
[ClfARPr.]
498 NÉVROLOGIE.
(•L'R'bial pour alioulir par une de ses ])raiichcs à la pariétale ascendante et par l'autre à la frontale ascendante. Ce ruban est Vaille rolajicUqne de Parrot. Les mouvements volontaires sont devenus possibles, la volonté elle-même s'essaye sans doute, une fois en possession de son instrument; chez les animaux, les centres moteurs deviennent excitables.
:j' Voies d'association. — Les deuxième et troisième mois ont réalisé un prog-rès important, la myélinisation du lobe occipital, par conséquent la constitution des voies iipli(iues permettant la vision cérébrale. Avec le quatrième mois apparaissent dans Técorcc les libres transversales qui relient entre elles les cellules d'une même couche ou des couches voisines, et qui vont faire de toute l'écorce un système homogène solidaire, pourvu de tous ses fils de communication, apte aux combinaisons sensitivo-motrices les plus variées, comme aux associations d'idées de plus en plus compliquées. La myélinisation des libres tangentielles débute au quatrième mois par la couche superflcielle ou réseau d'Exner et celle des éléments polymorphes; au huitième mois seulement, elle se montre dans la couche des cellules pyramidales. A cette dernière époque aussi, le lobe frontal, siège probable de la haute activité cérébrale, prend la couleur blanche caractéristique des libres complètement médu Misées.
Arrivé au neuvième mois extra-utérin de son évolution, le cerveau de l'enfant est achevé dans son ensemble. Son centre ovale est complètement blanc; la période de sa myélinisation a duré douze mois. Mais son développement se continue et se perfectionne dans le détail, on voit encore apparaître de nouvelles libres médullaires jusqu'à la fin de la deuxième année; au delà, la masse des faisceaux blancs est telle qu'on ne peut plus reconnaître s'il s'en forme de nouveaux. Toutefois, en mesurant l'épaisseur comparative des couches de fibres tangentielles dans des points choisis de l'écorce, sur des sujets de divers âges, on peut se rendre compte que les fibres tangentielles augmentent constamment pour alteindre leur maximum vers 40, 4o ou .50 ans suivant les sujets, et diminuer avec la vieillesse.
On verra plus loin que le cerveau augmente dans son poids total jusque vers ce même âge de 40 ans.
Cette chronologie du développement cérébral, basée sur l'époque de la myélinisation des fibres, s'applique à la marche générale de ce phénomène : mais il y a dans les détails de [^ombreuses exceptions, et l'on ne saurait, comme l'a fait Flechsig en retournant l'argument, conclure de l'époque du développement d'un faisceau ou d'un centre cortical à la nature anatomique et fonctionnelle de cette région considérée. 11 y a dans un même système des fibres tardives et des fibres précoces, les centres d'association sont encore mal définis et les fibres de projection sont beaucoup plus nombreuses qu'on ne le supposait.
Sur cette question de la myélinisation, très discutée dans ces dernières années : Fi.kchsiG, Neurol. Ccnlralblatt., 1894, 1895 et 1898. — Van Gehuchtex, .3» édition, t. 11, p. :118. — Congrès intern. de médecine, Sect.de Neurol., Paris, 1900.