POIDS DE L'ENCÉPHALE
présent de résultats nettement spéciaux. L'aliénation mentale résulte, en effet, d'altérations anatomiques ou de troubles physiologiques pouvant survenir chez des individus ayant un poids encéphalique quelconque. En outre, la nécessité d'envisager parmi les aliénés des catégories diverses a fait que les séries étudiées ont été presque toutes insuffisantes pour donner des moyennes stables. D'après les 800 pesées du D' Dagonet utilisées par le D' Bra, il semblerait que les catégories des mélancoliques, des maniaques (manie aiguë) et des épileptiques aient un poids encéphalique sensiblement supérieur à la moyenne ordinaire. Mais ici peuvent intervenir la congestion ou la sclérose et autres processus pathologiques compliquant la question.
Quelques auteurs peu familiers avec les règles de la statistique anatomique ont émis, au sujet du volume de l'encéphale chez les criminels, des assertions dépourvues de valeur. Ayant pu cuber les crânes de 83 assassins français exécutés, j'ai montré (Congrès intern. de Rome, 1885) que cette série diffère à peine soit par sa composition, soit par sa moj'enne, d'une série de Parisiens quelconques. La moyenne des assassins est un peu plus élevée d'une quinzaine de grammes seulement, ce qu'une très légère supériorité de taille suffirait à expliquer.
Analyse physiologique du poids de l'encéphale. — On a vu
plus haut que le poids de l'encéphale est en relation d'une part avec la masse du corps et d'autre part avec le développement intellectuel. Ces deux relations qui, très souvent, se masquent réciproquement, ont pu néanmoins être mises on évidence grâce à la méthode des moyennes et par diverses comparaisons dans lesquelles la masse du corps était représentée soit par la taille, soit par le poids du corps. Il a été déjà dit pourquoi ces deux modes de représentation sont très incorrects, la taille n'étant que l'une des dimensions du corps, nullement proportionnelle aux deux autres, et le poids total du corps subissant des variations énormes par le fait de l'embonpoint ou de l'émaciation, etc. On comprend que l'estimation de l'influence de la masse du corps sur le poids de l'encéphale serait beaucoup plus correcte si l'on représentait cette masse par un terme anatomique exprimant le développement maximum atteint par les parties actives de l'organisme régies par les centres nerveux encéphaliques. C'est dans ce but que j'ai remplacé le poids entier du corps par le poids du fémur sec, qui représente assez bien le développement quantitatif total du squelette, et, indirectement, du système musculaire.
Or si la relation qui existe entre les variations de da masse active du corps et les variations du poids encéphalique peut être évaluée ainsi approximativement, il s'ensuit la possibilité d'isoler abstraitement cette relation de celle qui existe entre le poids de l'encéphale et le développement intellectuel, autrement dit, la possibilité de partager le poids encéphalique en deux quantités m et i représentant les deux relations à évalue^. J'ai institué pour cela un procédé très simple que l'on trouvera exposé dans mon mémoire mentionné plus haut et dans une communication à la Société de Biologie {Compter rendus, 1891).
Variations suivant le sexe. — La différence sexuelle du poids de l'encéphale est en moyenne de 148 gr. d'après les pesées de Broca (Paris, individus de 19 à 60 ans) et d'après mes cubages de la capacité crânienne.
Cette différence considérable a été interprétée très faussement. De nombreux auteurs se sont empressés d'en déduire une infériorité fondamentale de la femme sous le rapport de rintelligence. Plusieurs se sont appu)-és sur ce fait que l'infériorité du poids de l'encéphale
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clio/ lii l'eiiinic roinjimlciaiL sur l'iuféiioriU'; de sa laillc el du jjuids de suu coi]»s. Mais ils n'ont point romniqué (iiio les diM'auts de cos deux termes analoniiques. comme représentants (le la masse active de l'or^-anisme. ont précisément ici une importance toute particulière. Chez les femmes, en ellel, la taille est plus grêle eu général que cliez les hommes, relativement aux autres dimensions, et le tissu adipeux constitue, avec la chevelure, un fioîclsi iiinrl plus élevé que chez l'homme.
En comparant dans les deux sexes divers termes anatomiqiies et physiologiques conjointement .avec le poids de l'encéphale, j'ai montré que la femme se rapproche de l'homme heaucoup plus par le poids encéphalique que par tous les termes de comparaison susceptihles de représenter avec quelque exactitude la mas.se organique active et principalement les parties du corps le plus directement soumises à l'influence des centres nerveux encéphaliques. C'est ce que démontrera péremptoirement la liste suivante où les chiffres féminins sont exprimés en centièmes des masculins.
Ilommn. l'omme.
Taille 100 90 à 93 (Divers).
Poids du corps — 88,5 (Tenon).
Poids de Venréphalc — 89,0 (Broca, Sappey, etc.).
Poids squelettique (Fémur) . . ; . — 02,5 (Manouvrier).
Carbone consommé en 24 h. . . . — 04,5 (Andral et Gavnrret).
Capacité vitale (à 18 ans) — 72,0 (Pagliani).
Force de serrement des mains . . — 57,1 (Manouvrier).
Force de traction verticale .... — 52,0 (Quételet).
Il est donc certain que l'encéphale est plus lourd relativement chez la femme que chez l'homme. Ceci n'indique pas une supériorité intellectuelle du sexe féminin, mais seulement une prohabilité en faveur de l'égalité intellectuelle des deux sexes. L'abaissement de la taille est une cause d'abaissement du poids absolu de l'encéphale et d'accroissement de son poids relatif si l'intelligence reste égale, comme je l'ai montré {op. cit.).
D'après la circonférence de la tête chez les nouveau-nés, le volume de l'encéphale serait un peu plus grand chez les garçons que chez les filles dès la naissance, comme la taille et le poids du corps (Budin et Ribemont).
Variations suivant l'âge. — Il faut distinguer ici la période d'accroissement et la période de déclin.
Les pesées faites jusqu'à présent, quoique fort nombreuses, ne le sont pas assez encore pour que l'on puisse fournir pour chaque âge des séries suffisantes. On a vu plus haut, en effet, qu'il faut une cinquantaine de cas pour fournir une moyenne stable à 10 gr. près.
La statistique la plus importante est celle de Boyd qui porte sur 191.3 cas. Cependant la plupart des séries jusqu'à l'âge adulte sont encore insuffisantes. Les chiffres suivants donneront une idée de la rapidité de l'accroissement de l'encéphale (garçons).
Poids moyen à la naissance .331 gr. (42 obs.)
— de G mois à 1 an 777 — (40 —
— de 1 an à 2 ans 942 — (34 —
— de 2 ans à 4 ans ] 097 — (29 —
— de 4 ans à 7 ans 1140 — (24 —
— de 7 ans à 14 ans 1302 — (22 —
— de 14 ans à 20 ans 1374 — (19 —
Ce poids moyen de 1374 gr. n'est plus atteint aux âges suivants. Il est vrai
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qu'il n'est basé que sur 19 cas. Mais Broca, opérant sur les chiffres de Wagner, a obtenu également la moyenne la plus élevée à la période de 11 à 20 ans, dans les deux sexes, toujours, il est vrai, avec des séries faibles. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'accroissement de l'encéphale est très rapide et que le poids encéphalique atteint dès l'adolescence des chiffres ti'ès élevés. L'abaissement de la moyenne après 20 ans a été attribué avec vraisemblance, par Broca, à ce que beaucoup d'individus doués d'un encéphale très volumineux mouraient prématurément. Mais cet abaissement ne peut être considéré encore comme un fait suffisamment établi.
En ce qui concerne les âges suivants jusqu'à l'extrême vieillesse, j'ai opéré la fusion âge par âge, de toutes les grandes statistiques faites en Europe d'après des procédés opératoires à peu près semblables, à savoir les statistiques de Broca, Wagner, Bischoff, Parchappe, Sappey, Parisot, Boyd, Peacock et Calori.
La fixité des moyennes que j'ai obtenues successivement pour chaque âge permet de leur attribuer une valeur assez grande. Voici seulement les moyennes finales :
Hommes. P'emmcs.
De 21 il 30 ans 1364 gv. 1230 gr.
De 31 à 40 — 1374 — 1228 —
De 41 à oO — 13.54 — 1233 --
De 51 à 60 — 1347 — 1210 —
Au delà de 60 — 1296 — 1162 —
D'après ces chiffres le poids de Fencéphale chez les hommes commencerait à décroître un peu entre 40 et 50 ans — probablement chez un certain nombre d'individus seulement ; la diminution serait faible encore de 50 à 60 ans ; elle deviendrait considérable après cet âge, et sans doute aussi plus générale. Mais diverses questions se présentent ici : soit au sujet de la résistance à la sénilité de l'encéphale chez certains individus, soit au sujet de l'influence des diverses maladies, etc., — ces questions pourraient être élucidées par la comparaison du poids de l'encéphale avec la capacité crânienne chez un grand nombre d'individus.
D'après les moyennes ci-dessus, dans le calcul desquelles j'ai utilisé près de 4000 observations, la période de déclin commencerait plus tard chez les femmes que chez les hommes.