NERFS DE LA MAIN ET DES DOIGTS
A. Innervation deslombricaux, — Parmi les nerfs destinés aux muscles de la main, ceux des lombricaux présentent seuls quelques particularités intéressantes, et ont fait l'objet d'un travail spécial de Brooks (Variations in the nerves-supply of the lumljrical muscles in the hand and foot, Journ. of Anat. andPhys., 1887). Les observations de cet auteur ont porté sur 90 mains, et l'ont amené à conclure qu'originairement les lombricaux sont innervés par le nerf superficiel et que ce nerf se trouve graduellement déplacé par le nerf profond.
Sur 21 cas :
9 fois le l''' et le 2'' étaient innervés par le médian, le 3'^ et le 4"= par la branche profonde du cubital.
7 fois le 1*^' et le 2*^ étaient innervés par le médian, le 3'' par le médian et par la brandie profonde du cubital, le à-'^ par la branche profonde du cubital.
2 fois le l*^' , le 2"^ et le 3'- étaient innervés par le médian, le àf^ par la branche superficielle du cubital.
1 fois le l'^', le 2*^ et le 3" étaient innervés par le médian, le i^ par la branche profonde du cubital.
1 fois le l'^'' et le 2^ étaient innervés par le médian, le 3® par le médian et par la branche profonde du cubital, le 4" par les deux branches du cubital.
1 fois le 1''' était innervé par le médian, le 2" et le 3*^ par le médian et par la branche profonde du cubital, le 4*^ par la branche superficielle du cubital.
Dans deux cas de Wilson, le 1*^'" et le 3'^ lombrical étaient innervés par un rameau du cubital associé au médian, le 2^ par le médian et le 4'' par le cubital.
Enfin Russel arrive à cette conclusion qu'il y a concordance entre l'innervation des lombricaux et celle des chefs du fléchisseur profond auquel ces muscles sont attachés.
B. Innervation des doigts. — La description des nerfs du membre supérieur montre que les téguments de chaque doigt reçoivent des filets sensitifs de quatre nerfs dits collatéraux dont deux plus volumineux sont placés à la face palmaire (nerfs collatéraux palmaires), et deux plus grêles situés à la face dorsale (nerfs collatéraux dorsauxj. A l'exception des deux collatéraux internes du petit doigt et des deux collatéraux externes du pouce, ces nerfs proviennent de la division des troncs désignés sous le nom de nerfs digitaux; aussi, pour établir l'homologie entre les nerfs digitaux et les nerfs collatéraux, C. Krause propose-t-il de désigner les collatéraux extrêmes sous le nom de 1'^'' et G** nerfs ■digitaux. Nous donnons cette classification, classique à l'étranger, avec la concordance des termes que nous avons employés.
NERFS RACHIDIENS.
1° Classification de G. Krause.
,j ( Côté ext. N.dig. com. I N.dig. prop.rad.dup"
Nerfs sensitifs de la paume de la main et des doigts. Classification de C. Krause.
2"= Classification adoptée.
/Collatéral externe du pouce.
( N. du l"esp. j Col. int. du pouce.
interosseux. ( Col. ext. de l'index.
xT , o„ I Col. int. de l'index.
iN du 2 esp '
■ ' Col. ext. du médius.
xr 1 Q, ) Col. int. du médius.
N.du -r esp. „ , . , ,, ,
/ Col. ext. de l annul.
I Côté
Index .
Médius
A n n ulaire
Petit doigt
int.
ext.
iiit.
ext.
int.
N. digit.
com. H. ) N. digit. I
com. m. I — iN. digit.) ext. \ com. IV. I — int. l N. digit. i — ext. ( com. V. | — int.N. digit. com. VI. —
cub. du pouce rad. de l'index cub. de — rad. du médius cub. du — rad. de ^ann^ cub. de — rad. du p. doigt cub. du —
I Col. int. de l'annul.
Si
NN. du 4° esp. \ ^f' . , , . , < ( Col. ext. du p. doigt,
( Collatéral externe du petit doigt.
Pouce .
coté ext.
Index
Médius
Ann u- j ~laire \
Petit \ doigt )
— int
N. digit.
com. I.
N. digit.
com. II.
N. digit.
com. III.
N. digit.
com. IV.
^N. digit.
ext. \ com. V.
N. digit.
int.
ext.
int.
ext.
int.
e.xt.
int.
Nerfs dorsaux.
N. digit. propre rad. ^Radial. ^ du nonce
du pouce. ^Muscul.-cut. S '-o''^^^- e^t-^u pouce.
N.dig.p.cub.dupouce ^^ ( N.du 1-esp
( com. VI.
rad. de l'index ' "S cub. de — (a rad. du médius ; ~
— cub. du —
— rad. de l'annu
— cub. de —
— rad. du p. doigt N. digit. prop. cub
du petit doigt.
i Col. int. du pouce.
( Col. ext. de l'index.
) Col. int. de l'index.
I Col. ext. du médius.
{ Col. int. du médius.
/ Col. ext. de l'annul.
Col. int.de l'annul.
Col. ext. du p. doigt.
Col. int. du petit doigt,
I N. du 2'= esp
N. du 3'= esp
■^i N. du 4° esp
Les nerfs collatéraux palmaires s'envoient des anastomoses ainsi que les nerfs dorsaux, et, comme les premiers se trouvent en arrière des artères collatérales, leurs filets d'union croisent les vaisseaux. De plus, les filets anastomotiques des nerfs dorsaux se placent au-dessous du réseau veineux des doigts ; enfin, on voit sur les côtés des doigts, quelques fins ramuscules se porter des nerfs palmaires vers les nerfs dorsaux.
Les nerfs collatéraux des doigts se caractérisent par la richesse des terminaisons nerveuses tactiles parmi lesquelles les corpuscules de Vater ou de Pacini ont attiré tout d'abord l'attention des anatomistes, tant à cause de leur nombre que de leur volume. En moyenne on en trouve entre 250 et 350 pour chaque main, quelques auteurs en ont compté jusqu'à 600. D'après Herbst il en existe 65 au pouce et 95 à l'index ; dans la figure empruntée à Henle et représentant les nerfs collatéraux du médius, il y en a exactement 74.
La distribution des nerfs collatéraux des doigts, par rapport à leur tronc d'origine, est indiquée de la façon suivante par les classiques. A la face palmaire, le médian fournit sept collatéraux depuis le collatéral externe du pouce jusqu'au collatéral externe de l'annulaire, les trois collatéraux restants proviennent du cubital ; à la face dorsale, le radial et le cubital se distribuent par moitié l'innervation des téguments de la main et des doigts. D'après Morestin cette der-
FiG. oG3. — Corpuscules de Pacini du médius. — D'après Henle et KiJlliker.
Musc, eut Rad. {br. dors.)
Musc. eut.
nière disposition n'existerait guère que dans la moitié des cas. En effet, les recherches de Zander (1888), de Brooks (1889) et de Hédon (1889), tendent à
montrer que le radial est le nerf dorsal cutané prédominant. La distrihution par moitié est spéciale à l'homme et aux primates et ne souffre que de rares exceptions. Dans la série des mammifères, et spécialement chez les carnassiers, comme l'ont bien vu Zander et Hédon, et comme le décrivent les anatomistes vétérinaires, le radial a souvent une disposition symétrique de celle du médian (chat) ; chez quelques tj^pes, comme le chien par exemple, le cubital ne fournit que le collatéral interne du petit doigt. Les anomalies dans lesquelles le radial donne un nombre de collatéraux égal à celui des collatéraux provenant du médian, représentent donc un retour à un mode primitif de distribution. Il est rare d'ailleurs, chez l'homme, que le cubital prédomine sur le radial à la face dorsale de la main et
Méd
FiG. 564. — Nerfs cutanés du dos de la main et des doigts. — D'après Hédon.
des doigts.
Les collatéraux dorsaux diffèrent des collatéraux palmaires par plusieurs caractères particuliers. En règle générale, ces derniers sont les plus volumineux; en effet, le territoire de distribution des nerfs palmaires est plus considérable que celui des nerfs dorsaux puisque non seulement ils fournissent les filets destinés aux bords des doigts, mais que, à l'exception des doigts extrêmes, les collatéraux palmaires donnent deux rameaux destinés aux téguments de la face dorsale des 2® et 3*^ phalanges. Remarquons du reste en passant, que les doigts extrêmes prennent moins de part que les autres à la fonction du toucher. C'est sur la distribution spéciale du médian que Létiévant (1873) a surtout insisté dans ses études sur les sections nerveuses. Cet auteur avait remarqué qu'après la section de ce nerf, l'anesthésie s'étendait aux 2^ et 3^ phalanges de l'index et du médius, « résultat tout à fait en rapport avec les enseignements de certains anatomistes ». La façon dont se comporte le médian à la face dorsale des doigts n'avait cependant pas échappé à l'observation des anatomistes de la première moitié de ce siècle, ainsi qu'en témoignent la description et les remarquables planches de Swan. (Névrologie, traduction de Chassaignac, 1838, PI. 21 , 22 et 23.) En outre, Cruveilhier avait vu les rameaux dorsaux de la 2® phalange se détacher du médian sur les côtés de la l"", et Hirschfeld les avait figurés dans son atlas, Henle avait aussi disséqué les deux rameaux destinés à la 3"^ phalange. Depuis, l'étude de la distribution du médian à la face dorsale des doigts a fait
NERFS RACHIDIENS. 1051
l'objet d'une série de mémoires dont les plus importants sont ceux de Richelot (1875), de Zander (1883), de Hédon (1889) et de Morestin (1896-1897). D'après les conclusions de ces auteurs, il est actuellement admis que, pour l'index et pour l'annulaire, le collatéral dorsal peut, dans certains cas, atteindre l'extrémité de la phalange unguéale (Morestin), mais que, le plus souvent, il ne dépasse pas l'articulation de la 1"^ phalange avec la 2«; si, quelquefois, ce nerf se prolonge dans le territoire cutané qui revêt la 2« phalange, il est très grêle et toujours secondé par un rameau palmaire. Brooks prétend même que pour l'annulaire, les collatéraux dorsaux ne vont jamais au delà de l'articulation métacarpo-phalangienne. Pour le médius, les collatéraux dorsaux atteignent le tégument qui revêt la 1'*= phalange, mais n'arrivent jamais à l'articulation de la 1''^ avec la 2'^. D'autre part, il existe une particularité intéressante signalée par Morestin : les collatéraux dorsaux donnent quelques filets qui descendent le long de la commissure interdigitale et arrivent à la face palmaire; l'innervation du talon des doigts, dans sa partie inférieure, est donc, jusqu'à un certain point tributaire des nerfs dorsaux.
La distribution des collatéraux palmaires à la face dorsale des doigts, a été bien étudiée par Morestin. En général, les collatéraux palmaires émettent trois rameaux principaux. Le premier, accompagné par une artériole et une veinule, se détache à la hauteur de l'articulation métacarpo-phalangienne, se porte en bas et en arrière en passant à travers une petite bandelette fibreuse transversale qui va de l'articulation au pli interdigital, et qui divise le doigt en deux loges, l'une antérieure, l'autre postérieure. Le second présente une disposition analogue; quant au troisième, il chemine dans un canal ostéofibreux sur les côtés de la phalangette, et aboutit dans la région dorsale au niveau de la matrice de l'ongle oi^i il se divise en filets sous-unguéaux. Tous les nerfs collatéraux d'un même doigt sont remarquables par leurs riches anastomoses en réseau dans le tissu cellulaire sous-cutané, et même dans le derme.
C'est probablement dans la richesse de ces anastomoses ou dans quelques cas de distribution anormale, si fréquents pour les nerfs dorsaux, que réside la cause de ces retours, en quelque sorte instantanés, de la sensibilité à la suite de sutures nerveuses. Arloing et Tripier (1869) ont, du reste, montré que la section d'un seul collatéral, chez le chien, n'amenait aucun trouble dans la sensibilité et que, pour obtenir une anesthésie complète il fallait couper les quatre collatéraux; de tels faits concordent d'ailleurs parfaitement avec les recherches récentes de Sherrington, sur la section des racines rachidiennes (Voy. p. 940). Quant à la sensibilité dite récurrente (Arloing et Tripier), elle est, peut-être, due à ce que chaque tronc nerveux contient des fibres de plusieurs racines, et, à ce que les fibres sensitives répandues dans tout territoire cutané terminal reviennent aux centres par des voies différentes. C'est ainsi, par exemple, que les excitations périphériques portées sur le médius peuvent gagner les centres médullaires, toujours par les mêmes racines rachidiennes. mais en passant soit par le radial, soit par le cubital, soit enfin par le médian. Nous savons, en effet, que seules l'origine et la terminaison des fibres nerveuses sont fixes, et que leur trajet est variable. La présence de fibres non dégénérées dans le bout périphérique d'un nerf sectionné n'est pas davantage
un argument probant, ces fibres pouvant être vaso-motrices ou pouvant appartenir à telle autre variété dont le neurone est situé à la périphérie. Aussi, sans nier d'une façon absolue l'existence des fibres récurrentes, nous croyons qu'elles sont inutiles pour expliquer les phénomènes du retour de la sensibilité, après la section des troncs nerveux.