‹ Traité d'anatomie humaineChapitre 39 sur 368 · CONFORMATION EXTÉRIEURE DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

CONFORMATION EXTÉRIEURE DE LA MOELLE

La moelle extraite du canal raehidien paraît finement plissée dans le sens transversal; ces plis sont dus à la rétraction de la pie-mère qui n'est plus tendue par ses extrémités. Pour s'accommoder à l'allongement et au raccourcissement de la colonne, conséquences nécessaires des mouvements de flexion et d'extension, de l'augmentation ou de la diminution des courbures vertébrales, la moelle et son enveloppe intime jouissent d'une certaine élasticité ; elles se plissent ou s'aplanissent suivant qu'elles sont relâchées ou tendues. Nous avons déjà vu que, les organes étant en place, ces variations de longueur n'excédaieiit pas quelques millimètres dans les conditions normales.

Dans le sens longitudinal, la moelle est parcourue par plusieurs dépressions ])arallèles, sillons de la moelle. Deux de ces sillons sont situés sur la ligne médiane, l'un en avant, l'autre en arrière, sillons médians; les autres, sillons latéraux, sont sur les flancs, de chaque côté.

l» Sillons médians. — Le sillon médian antérieur suit la face antérieure de la moelle, depuis le collet du bulbe, où il est presque complètement comblé par l'entrecroisement des pyramides, jusqu'à la fin du cùne terminal. Il est peu profond, de 2 à 4 mm., et n'entame la moelle que d'un tiers de son D. antéro-postérieur ; mais il est large, facile à écarter. Un double prolongement de la pie-mère y pénètre avec des vaisseaux importants. Son entrée béante est conformée en gouttière à bords convexes, pour recevoir les artère et veine spinales antérieures ; ses faces plates et lisses, qui se regardent sans se toucher, tombent perpendiculairement sur une rainure transversale dont le fond est la commissure blanche, surface où l'on remarque au milieu un raphé saillant et de chaque coté des faisceaux obliques séparées par des fentes vasculaires.

Le sillon médian postérieur s'étend sans interruption du plancher du quatrième ventricule à l'extrémité inférieure de la moelle. Extérieurement on ne voit qu'un trait délié à cause de l'affrontement des bords sans biseau, et sur la coupe une fissure très étroite, pi'ofonde de 4 à 6 mm., aboutissant à une surface grise, la commissure grise postérieure. Ce sillon, quelquefois coudé à sa partie profonde, ne peut s'ouvrir qu'artificiellement, car il est occupé par une cloison de névroglie, placée de champ et soudée aux deux lèvres de la fissure. Il n'y a pas de gouttière à l'entrée, et on ne voit au fond ni le diverticule latéral, ni le raphé, ni les lignes vasculaires du sillon antérieur.

Ces deux sillons médians ne sont pas seulement distincts par ces caractères de profondeur, de béance et de rapport extérieurs, ils le sont encore par leur origine embryonnaire. Le sillon antérieur est l'intervalle naturel que laissent

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE

Cordon lai.

Sill.iiiéd.ant.

entre eux les cordons antérieurs de la moelle dans leur croissance progressive en avant, tandis que le sillon postérieur est dès l'origine intra-médullaire ; il représente la partie postérieure du tube médullaire primitif, isolée de sa partie antérieure qui devient canal de l'épendyme, et peu à peu transformée en une fente fermée par un septum.

Quoi qu'il en soit, ces deux sillons médians séparent la moelle en deux moitiés, deux demi-cylindres symétriques; il y a donc une moelle droite et une moelle gauche, comme il y a deux cerveaux. Le pont de substance nerveuse qui, entre les sillons, unit les deux moitiés de l'organe a une épaisseur de 2 mm. ; il constitue les commissures de la moelle (fig. 119 et 120).

2° Sillons latéraux. — H V ^ de chaque côté deux sillons collatéraux constants et deux sillons intermédiaires accessoires.

Le sillon collatéral antérieur, placé à 2 ou 3 mm. en dehors du sillon méd. antérieur, ne mérite pas le nom de sillon ; ce n'est pas une

dépression de la surface, c'est la ///// [111, , /M ï L'JIB Siu.coU.am.

ligne d'insertion des racines antérieures. L'arrachement de ces racines laisse à nu sur la moelle un ruban de 2 mm. de large, criblé de petites fossettes au point d'implantation des filets radiculaires; la succession de ces fossettes artificielles a fait admettre un sillon collatéral antérieur. Onle suiten haut jusqu'à la protubérance; plus on descend, plus ce sillon se rapproche delà ligne médiane ; il la touche presque à la fin du renflement lombaire, et disparaît avec l'émergence du nerf coccygien.

Le sillon collatéral postérieur est au contraire une dépression réelle, une rainure étroite chez l'homme, élargie en gouttière chez les grands animaux, qui reçoit les racines postérieures. Ces racines, bien que plus nombreuses et plus volumineuses que les racines antérieures, se ramassent près de la moelle en un cordon serré qui, par des branches montantes et descendantes, suit le sillon et le comble ; arrache-t-on ces racines, on voit que la rainure est peu profonde et qu'elle aboutit à la tête de la corne postérieure. Le sillon collatéral postérieur suit toute la moelle, en ligne un peu ondulée, courbée au niveau des renflements, et finit à la base du cône terminal.

Le sillon intermédiaire postérieur est une fente linéaire, située environ à 1 ou 2 millimètres en dehors du sillon médian postérieur. Exceptionnellement il a une certaine profondeur, mais ordinairement il entame à peine la substance blanche. En haut il se prolonge sur le bulbe, en bas il finit vers le tiers moyen de la région dorsale; il est donc surtout cervical. Chez l'embryon on le suit jusqu'en bas de la moelle; déjà sur des fœtus de six mois, je l'ai vu ne commencer

— Face antérieure egment de moelle.

A droite, les racines antérieures ont été arrachées.

[CHARPY.]

NEVROLOGIE.

Cordon de Goll

Cordon lai

Sill.int. }-)0&t.

Sill.coll.posi.

qu'en haut do la région thoracique. On volt quelquefois à la région [cervicale

un petit sillon intermédiaire antérieur, placé tout près du sillon' médian et marquant la limite externe du faisceau pyramidal direct.

SUl.tnéd.posl.

Cordons de la moelle. —

Les sillons interceptent entre eux des faisceaux longitudinaux de substance blanche irrégulièrement prismatiques, appelés cordons de la moelle.

Entre le sillon médian antérieur et le sillon collatéral postérieur est le cordon antéro-latéral , qui comprend la plus grande partie de la demi-circonférence de la moelle. Il a une certaine autonomie anatomique et fonctionnelle. Le cordon jjostérieur s'étend de la ligne d'insertion des racines postérieures au sillon médian postérieur.

Le cordon antéro-latéral est à son tour un peu arbitrairement subdivisé en deux cordons secondaires, le

d'un serment

A gauche, les racin

ont été arrachées.

Cord. lat.

Cordon poslérieur

cordon antérieur et le cordon latéral ; la ligne de séparation est la limite externe de la zone de pénétration des racines antérieures, en d'autres termes les racines anté-' rieures appartiennent au cordon antérieur.

Le cordon antérieur commence au bulbe avec les pyramides et finit en pointe au bout du cône terminal. Il n'occupe point la totalité de la face antérieure de la moelle, et tandis que celle-ci s'élargit au niveau des renflements, le cordon antérieur va toujours en se rétrécissant à mesure qu'il descend ; dans la partie inférieure du renflement lombaire, il est même réduit à la zone radiculaire. Sur la coupe, c'est un triangle dont le sommet tronqué adhère en partie à la commissure blanche, dont la base convexe se continue avec la courbe du cordon latéral.

Cordon anlér.

FiG. 117. — Cordons de la moelle.

Le cordon antéro-latéral et le cordon postérieur avec leurs divisions, figurés sur la moitié gauche d'une coupe transversale.

MORPHOLOGIE DE LA MOELLE. 175

Le cordon latéral occupe toute la face latérale de la moelle et déborde sur la face antérieure; il s'étend entre les deux lignes d'insertions radiculaires. Sa surface extérieure très bombée montre de nombreuses fentes longitudinales à court trajet; elle ne présente à la région dorsale aucune émergence de racines; mais à la région lombaire elle laisse passer des filets ténus qui vont s'adjoindre aux racines antérieures, et à la région cervicale les origines du nerf spinal. C'est sur elle c[ue s'insère le ligament dentelé. En coupe, c'est un quadrilatère d'une aire beaucoup plus grande que le cordon antérieur et dans laquelle on distingue à l'œil nu des fissures et des cloisons radiées recoupées par des cloisons concentriques.

Le cordon postérieitr correspond à la face postérieure de la moelle; il comprend l'espace interradiculaire et les racines postérieures elles-mêmes. Il est inégalement large suivant les régions. Sa section montre une surface triangulaire dont la pointe mousse s'unit à la commissure grise, et dont la base extérieure se détache en relief sur la circonférence de la moelle, parce que sa courbe appartient à un cercle plus petit que celui du cordon antéro-latéral.

Dans la région cervicale et la dorsale supérieure, le sillon intermédiaire postérieur délimite, aux dépens du cordon postérieur et le long du sillon médian, un faisceau, large de 1 à 2 millimèti-es suivant les régions, qui va en augmentant à mesure qu'il s'élève vers le bulbe qu'il traverse. C'est le cordon de Goll. On ne le suit pas plus bas à l'œil nu ; mais, outre que chez l'embryon il est visible jusqu'au filum, chez l'adulte il se reconnaît sur toute la longueur de la moelle par sa réaction pathologique individuelle.

Schulz, étudiant des moelles d'adultes durcies au liquide de MuUer, a mesuré les diamètres des diiïérents cordons en coupe transversale. Les chiffres suivants, moyennes de plusieurs moelles, donnent le plus grand diamètre de chaque cordon.

Part, cervicale. P

Moelles D. transversal . 12""^4

— D. ant. post . 9. 0

Cordon antéro-latéral (I). transv.). . . 3"im4

— poster 3. 5

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