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LOCALISATIONS MOTRICES ET SENSITIVES

Centres moteurs de la moelle. — Chaque muscle du tronc ou des membres possède dans la moelle un noyau d'origine nerveuse dont l'importance varie avec celle du muscle lui-même. Ce sont des centres musculaires, dont l'excitation ou la destruction produisent la contraction ou la paralysie du muscle correspondant. Une disposition semblable existe dans l'écorce cérébrale. De nombreuses affections choniques des centres nerveux démontrent, mieux encore que l'expérimentation, ces localisations élémentaires. Mais ces noyaux sont-ils des amas cellulaires distincts? et comment sont-ils groupés? Trois théories ont été émises et reconnaissent comme principe du groupement le nerf périphérique, la fonction musculaire et la segmentation des membres.

1° Théorie des centres de nerf périphérique. — Elle est défendue surtout par Marinesco. On connaît les noyaux d'origine d'un certain nombre de nerfs. Ainsi le spinal médullaire, destiné au trapèze et au sterno-mastoïdien, provient des cellules du groupe externe de la région cervicale supérieure; le phrénique, nerf du diaphragme, d'une longue colonne qui occupe la partie centrale de la corne antérieure, depuis le 3*= nerf cervical jusqu'au 6'' (Névrologie, p. 976). D'après Marinesco, chaque nerf, radial, cubital, médian, etc.. tire son origine, tout comme un nerf crânien, d'un noyau principal et de noyaux secondaires ; cette

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origine s'étend sur deux ou trois segments médullaires ou même davantage. 2° Théorie des centr-es musculaire». — On admet généralement que les noyaux d'origine dont nous avons parlé sont uniquement l'ensemble des cellules nerveuses, plus ou moins voisines, qui fournissent les fibres motrices d'un muscle, mais qu'ils ne constituent pas un amas distinct, séparé des noyaux A'oisins et reconnaissables sur des coupes. Les colonnes cellulaires motrices sont continues, ou si elles se fragmentent, leurs divisions n'ont pas de signification fonctionnelle. Sano, au contraire, enseigne que chaque muscle a son noyau spécial, anatomiquement distinct, dont il a déterminé la position à la suite de minutieuses analyses. Ces noyaux à leur tour sont groupés, comme le sont les muscles eux-mêmes. Ainsi se constituent les noyaux des extenseui's des doigts, des fléchisseurs de la jambe, des adducteurs de la cuisse, etc.... Ce sont les muscles ou leurs groupes qui déterminent les formes des colonnes radiculair(>s et s'y reflètent.

3° T/téorie des centres segmentaires. — C'est l'hypothèse défendue par Van Gehuchten et de Buck. La localisation n'est ni nerveuse ni musculaire, elle est segmentaire. Les noyaux ou amas cellulaires que l'on distingue dans les renflements de la moelle répondent aux divisions du membre. Il y a trois colonnes pour le membre inférieur, qui est formé de trois segments : le pied, la jambe et la cuisse, et elles se superposent comme ces segments. Il en est de même pour le membre supérieur. Chaque colonne s'étend sur plusieurs segments médullaires; elle chevauche sur la colonne inférieure en sens antéro-postérieur, à cause de sa direction oblique, et la même coupe horizontale qui atteint en avant l'extrémité inférieure de la colonne motrice d(^ la jambe rencontre en arrière le bout supérieur de la colonne motrice du pied. Chacun de ces groupements cellulaires ou noyaux segmentaires est en connexion intime avec tous les muscles du même segment.

Le territoire moteur de la jambe et du pied s'étend de la partie supérieure du ?)•' segment lombaire à l'extrémité inférieure du 4'= segment sacré. Le territoire du membre supérieur, y compris l'épaule, va, d'après Sano, du milieu du 3'' segment cervical au premier nerf thoracique. L'épaule, le bras, l'avant-bras, les mains y sont superposés. La main et l'avant-bras correspondent principalement au 7*= et 8'^ segment cervical ; dans l'amputation du bras, l'atrophie cellulaire remonte au 4^ nerf cervical inclus (Flatau).

La théorie segmentaire est celle qui concorde le mieux avec la disposition métamérique des nerfs périphériques (Voy. dans cet ouvrage : les Ner/U. p. 940); mais elle soulève de graves objections cliniques, entre autres celle que, dans les affections de la substance grise de la moelle, l'atrophie est radiculairc et non segmentaire (Déjerine).

Les théories précédentes reposent presque exclusivement sur les phénomènes de chmmolyse observés dans la moelle à la suite de l'ampulation des membres ou de section des nerfs ou des muscles. (Voy. fieuue neiav/to^igue et Journal de Neurologie, années 1897. 1898, 1899.)

Localisations sensitives. — Ce terme s'applique à deux questions différentes :

1° Aux voies de conduction dans la substance blanche. — Nous avons vu plus haut que deux opinions sont en présence : celle qui considère les sensibi-

MOELLE FOETALE. 217

lités tactile, douloureuse, thermique et musculaire comme spécifiquement distinctes, et leur assigne à chacune un faisceau particulier comme organe de transmission; et celle pour qui la sensibilité, une dans son essence, suit telle ou telle voie sans se dissocier en ses modes divers.

2'* Aux centres de réception dans la substance grise. — Pour expliquer certains faits de thermo-analgésie ou d'affections cutanées disposées en tranches, et non en bandes, et limités à un segment de membre, tel que la main, l'avantbras, Brissaud admet dans la substance grise une disposition métamérique. Il y aurait des centres segmentaires sensitifs comme il y en a pour la motricité, sans que d'ailleurs les étages métamériques excluent les étages radiculaires qui se combinent avec eux. Mais étant donnée la distribution des racines postérieures en branches ascendantes et descendantes de longueurs variées, on ne voit pas sur quel fondement anatomique peut s'appuyer cette hypothèse. Dejerine lui objecte aussi que, comme pour les atrophies musculaires, les anesthésies localisées montrent dans la plupart des cas une distribution radiculaire; il en conclut que chaque terminaison radiculaire dans la substance grise postérieure conserve son individualité et représente une projection cutanée dont la topographie est la même que celle de la racine postérieure correspondante.

Cependant l'existence des arcs réflexes qui associent la sensibilité et la motricité dans les viscères et dans la surface du corps, comme dans un doigt, dans la main, dans l'espace intercostal, dans la vessie, le rectum, paraît bien indiquer l'organisation de centres sensitivo-moteurs.

Voy. Brissaud, Leçons sur les maladies du système nerveux, 2" série. — Contensou. Thèse de Paris, 1900.

MOELLE FŒTALE.

La moelle, qui au quatrième mois fœtal n'avait que 7 cm. de longueur, en a 12 au huitième et à la naissance elle oscille entre 14 et 16 cm., soit 15 en moyenne. A ce moment le filum terminale a de 5 à 6 cm. de longueur, et contient de la substance nerveuse sur la plus grande partie de son trajet. Le poids absolu, qui est de 1 gr. 20 à cinq mois, varie chez le nouveauné entre 3 et 4 gr. Le poids spécifique est plus élevé que chez l'adulte; 1,090 pendant les derniers mois intra-utérins.

Les rapports de l'axe nerveux avec la colonne vertébrale sont à peu près fixés. La moelle a terminé son ascension commencée dès le quatrième mois; déjà à six mois, le sommet du cône terminal correspond à la quatrième vertèbre lombaire, et à 9 mois il est généralement comme chez l'adulte au niveau de la deuxième lombaire, plus rarement à la troisième seulement. Il y a cette particularité que la limite inférieure de la région dorsale est plus élevée que chez l'adulte, la moelle thoracique ayant grandi avec moins de rapidité que la liioelle lombaire ou cervicale; la partie dorsale est donc relativement plus courte, la région cervicale et la région lombaire sont relativement plus longues.

La forme de la moelle du nouveau-né est la forme définitive. Les renflements cervical et lombaire, ébauchés dès le deuxième mois, étaient déjà très nets au troisième. Le canal central, d'abord très vaste et s'étendant en arrière jusqu'à la périphérie de la moelle, s'est réduit rapidement dans sa partie postérieure, sans doute à cause du puissant accroissement des cordons limitrophes; à la douzième semaine il n'y a déjà plus qu'un vestige de son prolongement postérieur.

La myélinisation ou médullisation s'opère dans l'espace d'une année; commencée au cinquième mois fœtal, elle est achevée au cinquième mois extra-utérin. Bechterew a conclu d'expériences faites sur de jeunes animaux qu'un faisceau n'est pas apte à fonctionner, tant qu'il ne possède pas sa gaine de myéline; il est probable que dans les fibres nues le courant nerveux difluse et se perd, et qu'il ne peut arriver à destination que grâce à l'enveloppe isolante de la mj'éline péri-cylindraxile. On aurait ainsi la caractéristique de l'achèvement complet de la fibre nerveuse et de son aptitude physiologique; mais il faut faire une restriction pour les cylindre-axes très courts, qui n'ont pas besoin d'isolateur, car jamais la myéline n'apparaît dans les arborisations terminales, ni dans les cylindre-axes courts des cellules de Golgi.

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NEVROLOniE.

D'une manière générale on peut dire que les fibres des faisceaux ou des racines prennent leur myéline avant que leurs collatérales ne la reçoivent, les voies sensitives bien avant les voies motrices, et les voies courtes avant les voies longues. Les parties myélinées se reconnaissent à l'œil nu, elles sont d'un blanc opaque alors que les autres sont d'un gris translucide. A la naissance tous les faisceaux sont blancs, excepté le faisceau pyramidal qui, formé au cinquième mois, n'acquiert son enveloppe isolante que pendant les premiers mois de la vie extra-utérine ; la moelle est organisée comme centre de mouvements automatiques et comme conducteur sensitif conscient, mais non pour la conduction motrice volontaire qui vient du cerveau par le faisceau pyramidal. Il en est autrement cliez les animaux qui courent librement dès leur naissance; ils ont à ce moment dans leur moelle toutes leurs fibres achevées, y compris leurs fibres pyramidales (Bechterew). En se fondant sur ce fait que, pour accomplir sa fonction physiologique, une fibre nerveuse doit avoir achevé son développement anatomique, et que ce développement se fait dans l'ordre suivant : les racines, les voies courtes, les voies longues, les voies cérébelleuses, les voies cérébrales, Van Gehuchlen pense qu'on peut établir le tableau chronologique des mouvements dont l'embryon est capable. Au cinquième mois les premiers mouvements, par les réflexes simples des racines antérieures et postérieures; au sixième et au septième, des mouvements réflexes de plus en plus compliqués par l'entrée en scène des commissures et fibres d'association; au huitième mois, les mouvements coordonnés parle cervelet; après la naissance, les mouvements volontaiiTS par le cerveau.

De la naissance à l'âge adulte, la moelle et la colonne reprennent un accroissement parallèle, sauf pour la partie dorsale où, pour des raisons inconnues, la moelle surpasse un peu la colonne, ce qui fait que la limite inférieure de la portion thoracique est plus basse chez l'adulte que chez le nouveau-né. La moelle de 15 cm. arrive à 40 et plus, et le fllum terminale de 6 cm. monte à 24.

Chez la plupart des vertébrés inférieurs, la moelle, comme chez l'embryon humain, remplit tout le canal vertébral. Mais le plus grand nombre des mammifères ont une moelle remontée dans la région lombaire, par conséquent un cône, un filament et une queue de cheval. Chez quelques-uns même, elle finit dans la région dorsale. Serres et d'autres zoologistes ont soutenu qu'il y avait un rapport étroit entre l'ascension de la moelle et l'absence ou la réduction de la queue, la moelle descendant d'autant plus bas dans le canal vertébral que la queue est plus développée; l'homme anoure a pour cela une moelle très haute. Mais l'anatomie comparée ne confirme point cette explication. Les oiseaux, dont la •queue est un organe de peu d'importance, ont une longue moelle, tandis que les kangourous, les singes à queue prenante et certains poissons à longue queue ont une moelle courte. L'interprétation est encore à trouver.

Pyram.

Céréb.

Goioers

Pyr.

FiG. 152. — Moelle du nouveau-né.

Les champs blancs correspondent aux parties achevées (myélinées), les champs gris aux parties en voie d'achèvement, les champs noirs (faisceau pyramidal) aux faisceaux sans myéline. La répartition des faisceaux est celle qui correspond au troisième nerf cervical d'après Gowers.

MOELLE SENILE.

Ce chapitre reste à faire, car presque tous les faits avancés sur ce sujet ont été contredits. Nous avons signalé plus haut l'oblitération fréquente du canal de l'épendyme, oblitération ordinairement partielle, c'est-à-dire par segments, qui débute dès l'âge adulte et reconnaît pour cause tantôt une prolifération des cellules épithéliales formant bouchon, tantôt une végétation de fibres névrogliques. Depuis les premières observations de Desmoulins qui remontent à 1820 et dans lesquelles ou ne trouve aucun chiffre précis, on voit affirmer à sa suite par plusieurs auteurs, notamment par Chaussard et par OUivier, que la moelle sénile est notablement atrophiée en longueur et en épaisseur, elle et ses racines, qu'elle a une consistance plus grande, et que sa densité (terme qui ne paraît pas avoir été employé dans un sens rigoureusement scientifique) est augmentée suivant les uns, diminuée suivant les autres. Par suite de l'atrophie le liquide céphalo-rachidien augmente, et môme suivant Hyrtl le vide produit entraîne un état variqueux des veines de la queue de cheval.

Relativement aux varices, Kadyi, qui a injecté 29 moelles, objecte qu'on trouve des dilatations flexueuses des veines aussi bien chez les adultes que chez les vieillards et que leur lieu d'élection est plutôt à la région dorsale. Et quant à l'atrophie, elle est en contradiction

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