ANOMALIES DE LA MOELLE
11 n'est pas question ici des anomalies graves, des monstruosités, mais des simples asymétries.
La moelle peut être de longueur anormale. Keuiïel Fa vue finir à la onzième vertèbre dorsale et dans un autre cas à la troisième lombaire. Peut-être les anomalies dans le nombre des vertèbres ne sont-elles pas sans influence sur le niveau où la moelle se termine.
Le cône terminal est quelquefois bifide; dans ce cas les deux brancbes de bifurcation aboutissent à un filum unique. Assez souvent il se termine par un renflement bulbeux, ou même par deux bulbes superposées; ces renflements correspondent au ventricule terminal.
On a fréquemment signalé le dédoublement du canal central, mais il sem^île que dans tous les cas on a affaire à une altération sénile ou pathologique, à un cloisonnement longitudinal par végétation épithéliale ou névroglique. Le canal peut être déplacé à gauche ou à droite. La forme de sa section est quelquefois très variable sur un court trajet.
On connaît deux cas d'ectopie simple de la colonne de Clarke. Dans le premier, concernant un jeune homme de IG ans, mort de pleurésie, la colonne reportée très en avant de chaque côté occupait la commissure postérieure et la région intermédiaire aux deux cornes. Cette anomalie n'existait qu'à la région dorsale, la région lombaire supérieure était normale, la région dorsale supérieure et cervicale ne put être examinée. (Pick. Arch f. Psycli., 1871). Ce n'est probablement là qu'une anomalie réversive, car cette situation de la colonne de Clarke est normale chez certains mammifères, le rat, le chien (Lenhossék). — Dans le second cas, observé chez une femme de 28 ans, la colonne était dissociée en deux groupes cellulaires, un très petit à la place habituelle, un autre aberrant en plein faisceau de Burdach, sur le trajet des racines postérieures internes; cette disposition n'était bien marquée qu'à droite et n'occupait que le quart supérieur lombaire sur une longueur de i centimètre. (Musso. Rivista sperim. di fren., 1887).
Bien de plus commun que les asymétries de la substance grise, abstraction faite, bien entendu, des asymétries artificielles produites par l'obliquité des coupes ou par une déformation de la moelle pendant le durcissement. Tantôt ce sont les cornes antérieure ou postérieure qui diiï'èrent de forme ou de volume avec celles du côté opposé, tantôt la moitié droite n'est pas identi(iue à la moitié gaucho; ou bien c'est une colonne cellulaire qui sur son trajet longitudinal est très irrégulièrement disposée, se renfle, s'amincit ou même disparaît momentanément. Ces asymétries sont toujours bornées à un segment de la moelle.
Les hétérotopies de substance grise ne sont pas très rares. Kronthal {Neurologisches Ccntralblatt, 1892) en a rassemblé 19 observations, iiuxquelles il faut ajouter quelques cas ultérieurs de Feist, de Buffini, etc. Elles consistent dans ce fait que, par une malformation embryologique, une partie de la substance grise se trouve ou détachée de la masse centrale ou dédoublée, c'est-à-dire qu'il y a par exemple deux cornes postérieures du même côté; l'îlot ectopique est tantôt entouré par les faisceaux de la substance blanche, tantôt traversé par eux. Ces malformations peuvent ne siéger que d'un seul côté. Elles sont ordinairement très restreintes comme extension, limitées à une seule paire rachidienne ; rarement elles se prolongent sur plusieurs centimètres. Il est probable qu'elles sont fréquentes, à en juger par analogie avec ce qu'on a observé pour le cervelet, et si on n'en cite pas un plus grand nombre de cas, c'est qu'il est rare qu'on étudie histologiquement une moelle sur toute sa longueur. Le laboratoire de Mendel où toutes les moelles sont systématiquement débitées et étudiées en coupes sériées a fourni à lui seul quatre observations d'hétérotopie.
Sur les vingt premières observations, trois concernent des animaux et dix-sept l'espèce humaine. Parmi ces dix-sept, six provenaient d'établissements d'aliénés. Kronthal soutient que ces anomalies ne sont point indifférentes, qu'elles constituent pour le sujet qui en est porteur un lieu de moindre résistance, un point faible qui le prédispose aux maladies de la moelle sous finfluence d'une cause occasionnelle, un traumatisme, une maladie infectieuse. Il se fonde sur ces faits à coup sûr remarquables, que : 1° sur ces dix-sept sujets (j'ajoute le cas de Feist), seize avaient en même temps une lésion acquise de la moelle : myélite, sclérose, dégénération fasciculée ou en foyer; 2° douze ont contracté ces lésions terminales, alors que leur maladie première n'était pas une cause suffisante pour les provoquer, au moins à l'état ordinaire (phtisie, pneumonie, paralysie pseudo-hypertrophique, saturnisme, etc.); 3° dans certains cas, la myélite accidentelle était justement localisée au segment de moelle atteint d'hétérotopie.
Dans la substance blanche, on a noté la fréquente déviation du sillon médian postérieur qui prend une forme arquée, et surtout les asymétries du faisceau pyramidal. Bappelons aussi la présence de cellules nerveuses aberrantes au milieu des faisceaux, signalées par de nombreux observateurs et tout récemment encore par Sherrington et par Waldeyer.
[C H A RPV.]
LIYIIE QUATRIÈME
MORPHOLOGIE DE L'ENCÉPHALE
L'encéphale est, comme son nom l'indique (èv, dans, xs^aXrj, tète), la partie des centres nerveux qui occupe la cavité crânienne. En dehors de lui, il n'y a plus que la moelle.
Il est caractérisé par ce double fait, qu'il est situé dans le crâne, tandis que la moelle est située dans la colonne vertébrale, et qu'il a pour origine une partie
déterminée du tube nerveux embr3'onnaire, partie qui est antérieure daiîs le corps supposé horizontal et qui se dilate en vésicules. La trace de cette disposition originelle en vésicules, alignées les unes à la suite des autres, se retrouve à l'état adulte dans la forme multilobée que pré ■ sente l'encéphale. L'embryologie nous apprend aussi que dans la différenciation du tube nerveux primordial le cerveau précède la moelle, il la précède également dans les étapes du système nerveux chez les invertébrés. 11 n'en est donc pas l'efflorescence, comme on l'a dit si longtemps, et comme son aspect extérieur ainsi que son fonctionnement nous portent à le croire; il est l'organe initial, le premier centre ; la moelle n'est qu'une formation secondaire, ultérieure; le grand sympathique, une formation tertiaire.
La forme de l'encéphale est celle d'un ovoïde à grosse extrémité postérieure, dont le grand axe ou longueur (D. antéro-post.) mesure en chiffres moyens 17 cm., la largeur (D. transv.) 13, la hauteur (D. vert.) 12. Sa face supérieure est régulièrement courbe, comme la voûte crânienne sur laquelle elle s'applique; divisée en deux moitiés par la scissure interhémisphérique et plissee par les circonvolutions que masque l'arachnoïde, elle appartient tout entière au cerveau proprement dit. Sa face inférieure ou base est autrement compli-
Cervelet
Bulbe
FiG. 153. — Encéphale et ses divisions.
Vue laU'rale (imitée de Sclnvalbo),
MORPHOLOGIE DE L'ENCÉPHALE
3° venir. —
Aq. Syivhts
Cerveau ani.
(Ilémisplihvcs)
Cerv. interm.
(Couches opiiq.)
(juée. Les trois étages de la base du .crâne, correspondant aux fosses frontale, sphénoïdale et occipitale, s'y traduisent de chaque côté par trois saillies qui s'étagent en retrait les unes sur les autres. Les deux premières sont d'abord le sommet du lobe frontal, puis le sommet du lobe temporal; ces deux parties et les organes inscrits entre elles sur la ligne médiane dépendent du cerveau. Audessous et en arrière, la troisième saillie est une masse nerveuse qui, sur un encéphale renversé, est reçue dans la dépression en fer à cheval que présente la base du cerveau en arrière. Cette masse se décompose ainsi : tout à fait en has, une sorte de renflement de la moelle qu'il continue sans démarcation, le Bulbe rachidien; au-dessus de lui, un nœud à fibres transversales, le Pont de Varole ou Protubérance annulaire; derrière le bulbe et la protubérance et les débordant sur les cotés, le Cervelet, reconnaissable à sa couleur grise et à son aspect plissé ; enfin tout à fait en avant, les Pédoncules cérébraitx. C'estpar ces pédoncules que les organes précédents, bulbe, protubérance, cervelet, semblent articulés avec le cerveau; ils en sont complètement isolés par la section de cet étroit passage, qui mérite d'être appelé Visthme de Vencéphale, nom que Ridley avait eu le tort de donner à l'ensemble des pédoncules cérébraux, de la protubérance et de ses pédoncules moyens.
Tandis que le cerveau occupe la loge crânienne supérieure qui comprend les fosses frontales, sphénoïdales etoccipi taies supérieures, le bulbe, la protubérance et le cervelet remplissent la loge crânienne inférieure, formée par les fosses occipitales inférieures, la gouttière basilaire et la tente du cervelet. Cette dernière les sépare complètement de la loge cérébrale ; la seule communication se fait par l'échancrure antérieure de la tente (trou de Pacchioni), et c'est par elle que passent les pédoncules cérébraux, trait d'union entre ces deux grosses masses nerveuses.
Can.épendy
FiG. 154.
Arrière-cerveau (Bulbe)
Moelle
Les vésicules cérébrales de Tembryon.
Sclii'iiia imité de Gegenbaur.
Divisions de l'encéphale. — Le sectionnement de l'encéphale en organes a été longtemps arbitraire. Les anciens appelaient moelle allongée l'ensemble des parties blanches comprises entre la moelle, le cervelet et le cerveau, et la comparaient à un animal dont la protubérance était le corps; le bulbe, la queue; les pédoncules cérébelleux moyens, les cuisses ou les jambes; les pédoncules cérébraux, les bras, et qui montrait même, en arrière, des testicules et des fesses (tubercules quatrijumeaux). De cette comparaison grossière, diversement interprétée d'ailleurs par les anatomistes, résultait une terminologie qui s'est
ICIIARPY.]
222 NEVROLOGIE.
en partie conservée (criira, testes, nates...). Aujourd'hui c'est Fembryolog-ie qui sert de guide; comme le fait remarquer Hertvvig, « le développement de l'encéphale aux dépens de cinq vésicules distinctes constitue une base morphologique, naturelle pour la description de l'organe » (Voy. livre I, p. 21 sqq.). Nous étudierons successivement le bulbe, la protubérance, le cervelet, les pédoncules cérébraux et le cerveau. Cette description comprendra dans une première partie la morphologie de ces organes à l'œil nu, tels qu'on les étudie dans une salle de dissection, et dans une seconde partie leur structure.