LOBE DE L'INSULA
Le lobe ou lobule de l'insula de Reil occupe le fond de la scissure de Sylvius. Il faut écarter les lèvres de cette scissure, entre les lobes frontal et temporal, pour apercevoir l'insula dans l'excavation.
Il ressemble à un poing fermé ou à une coquille de bivalve, ou plus simplement il a la forme d'une pyramide triangulaire; le sommet du triangle regarde en bas et en avant, la base en haut, en direction horizontale ; le bord antérieur est court, vertical ; le bord postérieur, long et oblique. Il y a trois faces aplaties.
Au moment de son apparition, dans le cours du cinquième mois embryonnaire, l'insula est complètement à découvert dans la fosse de Sylvius; mais peu à peu les trois lobes qui l'environnent croissent à la rencontre les uns des autres et, passant par-dessus l'insula qui reste accolé au corps strié, finissent par le recouvrir complètement ou à très peu de chose près au moment de la
[CHARPY.}
NEVROLOGIE.
naissance; c'est là le phénomène du recouvrement ou de l'occultation de Finsula. De cette saillie des grands lobes surplombant le lobule central résulte la formation de sillons et d'opercules.
Les sillons sont les dépressions qui séparent le contour de l'insula de la face profonde des lobes qui se projettent par-dessus lui. L'insula tout entier est entouré comme d'un fossé par le sillon de Reil ou sillon circulaire, et chacun de ses trois côtés est bordé par une partie de ce grand sillon ; de là un sillon de Reil antérieur, un sillon supérieur, un sillon inférieur ou postérieur. Le sillon de Reil ne fait pas le tour complet de l'insula. 11 commence dans l'espace perforé ou vallée de Sylvius; mais après avoir contourné les trois côtés, l'extré-
SUl. de Beil sicp.
Rolando
Insiila antérieur. Eberstaller.)
S. Reil post.
Sillon central Pli falcif. Pli tr. ant.
FiG. 229. — L'insula (teinté en bleu).
Insula postérieur en bleu plus foncé. — Plis transverses du lobe temporal. (D'après
mité de sa branche inférieure, au lieu de revenir à l'espace perforé, remonte sur la face supérieure du lobe temporal et cesse un peu en arrière du sommet de ce lobe.
En se projetant par-dessus l'insula, les circonvolutions voisines lui constituent des couvercles ou opercules, qu'il faut soulever pour voir le lobe sur lequel ils s'appliquent. On distingue quatre opercules, entre chacun desquels s'engage une branche de la scissure de Sylvius. L'opercule orbi taire est l'extrémité antérieure de F'^ ; l'opercule frontal ou antérieur, le cap de la troisième frontale, entre les deux branches de Sylvius; l'opercule rolandiqueou supérieur est constitué par le pied des deux circonvolutions rolandiques F« et Paei celui de F^, il est donc en arrière de la branche ascendante de Sylvius; enfin l'opercule inférieur ou temporal est formé par la première temporale, le pôle temporal et la face interne du lobe (fig. 208).
A la jonction du sillon antérieur et du sillon inférieur de Reil, au point où la face externe de l'hémisphère s'unit à la face inférieure, le sommet arrondi de l'insula est séparé de l'espace perforé parle pli falci forme. Broca a nommé ainsi une crête antéro-postérieure qui sépare la vallée ou espace perforé de la scissure de Sylvius; sa couleur est gris hlanchàtre et sa forme semi-lunaire. D'après Retzius, il représente la partie moyenne atrophiée de la circonvoluli!)n olfactive externe. Au pli falciforme aboutissent le sillon de Reil antérieur, le pôle de l'insula, le sillon central interinsulaire; c'est là aussi que l'artère sylvienne émet ses ramifications digitées ; c'est pourquoi Schwalbe l'a appelé le seuil de l'insula {lunen insulsB ). Ajoutons que le pli falciforme n'est pas constant, et qu'il ne sépare qu'imparfaitement la scissure de Sylvius de l'espace perforé, tandis que chez les animaux à grand développement olfactif, l'insula est séparé de la base, non par une crête étroite, mais par la puissante racine externe du pédoncule olfactif et par la profonde scissure antérieure du rhinencéphale.
Le sommet du lobe porte le nom de pôle de l'inAula. Du pôle partent en éventail les circonvolutions i?iSM/fare.s-, appelées encore plis courts ou plis droits (gyri brèves, gyri recti), au nombre de cinq ordinairement, qui se portent les unes verticalement en haut, les autres en haut et en^^ arrière. On les compte d'avant en arrière, de i' kl'^; chacune d'elles a une forme conique, étroite à son origine polaire, 'ilarge à sa terminaison dans le sillon de Reil. Dans ce sillon, elles s'entrecroisent avec de petits "pW?,, plis obliques, émanés des circonvolutions voisines, c'est-à-dire de la troisième frontale et des frontale et pariétale ascendantes. Quatre sillons rectilignes, sillons insulaires, séparent ces circonvolutions. Il en est un, le troisième, qui est caractérisé par sa constance, sa profondeur, son apparition précoce, et a reçu le nom de sillon ventral; il sépare en deux parties le pôle de l'insula et se prolonge jusqu'au pli falciforme. Il divise l'insula en deux moitiés, l'insula antérieur et l'insula postérieur.
1" Insula antérieur. — Il comprend trois circonvolutions qui sont les première, deuxième et troisième insulaires antérieures; elles partent d'un point commun auquel Eberstaller réserve le nom de pôle de l'insula, et qu'on pourrait nommer le pôle antérieur. La première insulaire P (gyrus brevis anterior), la plus volumineuse, est située dans la branche antérieure de Sylvius, sous le cap de la troisième frontale avec laquelle elle s'unit assez souvent. En avant d'elle est le sillon antérieur de Reil, en arrière le premier sillon insulaire ou sillon antérieur. — La deuxième insulaire P (gyrus médius), la plus petite, plate, est séparée de la troisième par le deuxième sillon insulaire, ou sillon préceiîtral. — La troisième P (gyrus tertius seu posterior) est volumineuse. En arrière d'elle est le sillon central i^, qui correspond au troisième sillon insulaire.
Eberstaller décrit en outre dans l'insula antérieur le pli transverse et le pli accessoire.
Le pli transverse de l'insula se détache du pôle de l'insula, se dirige en avant vers la Ikirtie orbitaire ou tête de la troisième frontale qui la recouvre et s'unit avec elle de façon très variable. Il forme une barrière entre le sillon de Reil antérieur et l'espace perforé. Retzius le rattache à la circonvolution olfactive externe. — Le pli accessoire, situé en dehors du précédent, sous J'opercule orbitaire formé par F'-^, se détache de la première insulaire, suit le sillon de Reil antérieur et s'unit avec les plis profonds de la troisième frontale.
2' Insula postérieur. — Les deux circonvolutions de l'insula postérieur aboutissent, non au pôle de l'insula, mais à un sommet commun (que l'on pourrait appeler pôle postérieur), qui se prolonge sur la face supérieure du lobe temporal.
La première insulaire postérieure i* (gyrus longus, centrale postérieure) est remar- ([uable par sa longueur; elle se dirige en haut et en arrière, recouverte par le pli temporal transverse, se divise en deux ou trois branches et arrive à l'intersection des sillons supérieur et inférieur de Reil; là, elle s'entrecroise avec les plis marginaux de la pariétale as-
[Cil A RPV.]
NEVROLOGIE.
cc.ndaiilc. — La dcuxièiiie insulaire postérieure P (gyrus posterior secundus), séparée de la précédente par le quatrième sillon J'*, ou sillon poalccnlral, est limitée eu arrière par le sillon de Reil inférieur; elle est plate, ordinairement mal dillërenciée de la première, surtout ù leur origine antérieure commune.
Les circonvolutions et les sillons de l'insula montrent une grande concordanc3 avec ceix du lobe frontal dont ils semblent être le prolongement.
L'insula, chez l'homme, est vaste; ses plis sont nombreux et bien développés comparativement à ceux des animaux. Son occultation complète par les opercules des lobes voisins tient au développement excessif du lobe frontal et principalement de la troisième circonvolution.
Avant-mur. — Que l'on fasse une coupe verticale ou une coupe horizontale à travers l'insula, on remarquera qu'il est en quelque sorte plaqué contre
j jj^'^
Fin. 230. — Circonvolutions cérébrales.
Face externe.
la face externe et convexe du noyau lenticulaire ou extra- ventriculaire du corps strié. Un espace de quelques millimètres seulement sépare l'écorce insulaire do la substance grise du corps strié. Entre le noyau lenticulaire et l'écorce de l'insula, on observe de dedans en dehors : une couche blanche, ou cajjsule externe, qui n'adhère pas au corps strié; une couche grise, l'avant-mur; une seconde couche blanche interposée entre l'avant-mur et l'écorce. Cette dernière couche, qui était pour Rolando la lame de la vallée de Sylvius, est connue sous le nom de capsula extrema (Voy. fîg. 254 et 258).
Uavant-mur, claustrum de Burdach, noj^au tœniforme d'Arnold, bandelette vermiculaire, est une lame de substance grise qui double la surface profonde de l'insula et la sépare de la capsule externe; elle ne dépasse en aucun sens le sillon de Reil. Elle est verticale, parallèle à la face externe du noyau lenticulaire, large de 1 à 2 mm. Sa face interne est lisse, légèrement concave; sa face externe, denticulée, présente de légères crêtes qui s'enfoncent dans les plis des circonvolutions de l'insula. Elle se recourbe sur sa périphérie, pour se rattacher à l'écorce
CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.
du lobe frontal et du lobe temporal, sur les limites de l'insula; une coupe verticale montre qu'à sa partie inférieure elle double de largeur, en môme temps qu'elle se rapproche du corps strié ; puis elle se replie en dedans, pour se continuer avec la substance grise de l'espace perforé, sur laquelle repose déjà le no3^au lenticulaire.
L'avant-mur, constant chez les mammifères, est une formation cortical' aberrante ; il représente la couche profonde des cellules fusiformes de l'écorce cérébrale, isolée de la couche moyenne par la pénétration des fibres arquées
Fig'. 23L — Circonvolutions cérébrales.
Face interne.
Ces deux dessins et le suivant sont l'assemblage des dessins partiels que nous avons donnés plus haut.
qui unissent les circonvolutions et qui sont, ailleurs, placées au-dessous de la couche cellulaire profonde. Cependant Brissaud et van Gehuchten le rattachent au corps strié.
Bibliographie. — Parmi les derniers travaux sur l'insula, il faut citer : GuLDBERG, Zur Morpliologie der Insula Reilii, in Anat. Anzeiger, 1887; — Eberstaller, Zur Anatomie und Morphologie der Insula, in ^4jiat. Anzeiger, 1887; — CuNNiNGHAM, The sylvian fissure and the island of Reil, in Journal of Anatomy, 1890. — G. Retzius, Das Mensc/ienhirn. 1896.
Sur Fanatomie comparée, le mémoire important de Clark. Journ. ofcompar. Neurology, 189G.
Cerveau du nouveau-né. — Au point de vue de ses circonvolutions, le cerveau du nouveau-né est une ébauche terminée; c'est presque un cerveau d'adulte à une échelle
[CIIARPr:
NEVHOLOGIE.
réduite (llel/.iiis). (>c u'esl puinl un type simple, il est seulement moins compli(iué (ju'il ne
sera plus tard.
L'avancoment morpliologicpie extérieur est rein;ir(|uable, si on le compare au retard histolo- ^■ique de la structure interne. En eflct, toutes les circonvolutions sont déjà formées et par leur petitesse donnent même Fillusion d'une richesse plus firande." Les plis de passage existent tous; les sillons primaires et secondaires aussi; seuls les sillons tertiaires ou incisures, surtout ceux (pic émanent des lèvres des grands sillons, n'ont pas tous paru, encore voit-on déjà beaucoup d'incisures longitudinales ou en étoiles. Même le lobe frontal, malgré son bec rostral très prononcé, est près d'avoir atteint la totalité de son extension, car l.i scissure de Rolando, que je trouve inclinée de CO à 65° au huitième mois (chiffre un \)e\i inférieur à celui de Cunningham cité plus haut), présente l'angle définitif de 70° (angle rolando-sagittal), et non de 50" comme l'a dit Hamy.
Les variations individuelles sont acquises et indiquées dès ce moment; c'est du moins ce qui soutient Giacomini contre Weisbach, et il se fonde sur ce fait qu'il a constaté des différences morphologi([ues sur des cerveaux de fœtus jumeaux du même sexe.
Le principal retard évolutif porte sur la troisième frontale, qui représente la dernière acquisition du cerveau humain, et par suite, celle qui doit ontogéniquement se développer la dernière; le pied surtout, centre du langage articulé, est encore mal indiqué. Cet imparfait développement de la circonvolution de Broca, de son pied et de son cap, a pour conséquence de laisser à découvert une faible partie du pôle de l'insula, car l'opercule frontal ne rejoint pas l'opercule temporal; le pôle apparaît au fond d'une petite fossette à bords radiés, large de quelques millimètres.
Dès le§ premiers mois qui suivent la naissance, la troisième frontale achève sa croissance proportionnelle, l'insula est totalement recouvert. Sur le reste de l'hémisphère, les sillons secondaires prennent leur importance définitive, sans qu'on sache s'il s'en forme de nouveaux. Il est probable, au contraire, que des sillons tertiaires ou incisures qui n'existaient pas encore peuvent se former, de là des circonvolutions plus flexueuses, plus divisées, et plus lobulées.
L'atlas de Retzius {Das Menschenlurn, 1890) contient les photographies de plusieurs cerveaux du 9'' mois foetal.
Cerveau du vieillard. — Les modifications de forme que l'on peut observer sur le cerveau du vieillard sont toutes les conséquences d'un seul processus général, l'atrophie. Les circonvolutions sont amincies en tous sens; Engel fait observer qu'il devient exceptionnel d'en rencontrer d'une largeur de 10 mm. comme à l'âge adulte, de là une forme ])lus sèche, plus ferme, plus anguleuse, au lieu de la forme large et arrondie. Les scissures et les sillons s'agrandissent et deviennent béants; un liquide céphalo-rachidien abondant les remplit, et ce même écartement des lèvres des scissures isole les circonvolutions ([ui les bordent et les détache plus nettement. Le dessin de la surface de l'hémisphère devient apparent.
Type inférieur du cerveau. — Les principaux caractères d'infériorité sont : la forme élémentaire des circonvolutions, qui sont rectilignes, simples, symétriques, atrophiées dans certaines parties ou bien présentant le type des circonvolutions primitives du 4'= mois; — la pauvreté des plis d'union, plis de passage ou phs d'anastomose; — l'imparfait développement des sillons et des scissures; — la conformation réversive, simienne, de certaines régions, telle <iue la terminaison effilée en rostre de l'extrémité du lobe frontal, la projection d'un opercule occipital par-dessus la scissure occipitale externe.
Fio. 232.
Circonvolutions cérébrales.
Face inférieure.
TOPOGRAPHIE CRANIO-CÉRÉBRALE.
Une seule de ces anomalies ne saurait mettre un cerveau en état d'infériorité, soit par ce qu'elle peut être un simple accident de forme extérieure, soit parce qu'elle peut être compensée. Mais quand elles s'accumulent, elle donnent au cerveau tout entier, ce qui est rare, ou à une partie déterminée du cerveau, une tournure tout à fait simienne, et il est bien difficile de penser qu'une imperfection histologique et fonctionnelle n'accompagne pas cette dégradation anatomique. Le type inférieur des circonvolutions s'observe à des degrés très divers et dans des combinaisons très variées chez les idiots, les microcéphales, les faibles d'esprit. Il est aussi celui d'un grand nombre de races inférieures,
Ouant au cerveau des criminels-nés, ils ne présentent ni un type général dégénère, inferielir ni des anomalies propres, que l'on puisse invoquer comme des stigmates caracteris-
Bolando
Lob. angiil.
Pôle insxd
Inc. préocc.
FiG. 233. — Type simple des circonvolutions. Cerveau d'une femme faible d'esprit. (D'après Pozzi.)
tiques. Ce sont plutôt des cerveaux irréguliers, avec des formes at\'piques dans leurs plis et leurs sillons et des inégalités régionales de développement.
Bibliographie. — Pour la description d'ensemble je me suis inspiré avant tout des publications de Broca. Anatomie comparée des circonvolutions, /?euiie d'anthropologie, 1878; — Nomenclature cérébrale, Ibidem, 1878; — Description élémentaire des circonvolutions cérébrales de l'homme. Ibidem, 1883; — de l'article de Pozzi. Circonvolutions cérébrales, dans le Dictionnaire des sciences médicales, 1876; — de la Névrologie de Schwalbe (1881), qui lui-même a utilisé les travaux antérreurs classiques d'Ecker (1869) et de Pansch (1879).
Voy. aussi: Eberstali.er, Das Siirnhirn, 1890; — Giacomini, Guido allô studio detle Circonvoluzioni cerebrali, 1884; — Retzius, Das Menschenhirn, 1890, et BioloQ. Unlersucli., tome VIII, 1898.
TOPOGRAPHIE CRANIO-CÉREBRALE
Dans'une première période purement anatomique (Gratiolet, Broca), ce fut au point de vue de la morphologie que l'on étudia les rapports entre les circonvolutions du cerveau et les lignes naturelles du crâne extérieur, c'est-à-dire la topographie crânio-cérébrale. On reconnut bientôt qu'il n'existait aucune concordance rigoureuse de forme entre les productions écailleuses de la voûte crânienne et la division conventionnelle des lobes cérébraux. Il n'y a que des relations d'ensemble entre la surface nerveuse et la surface osseuse, bien que cette dernière soit faite uniquement pour protéger la première. Ainsi les bosses frontale, pariétale et occipitale répondent approximativement au centre des lobes de même nom; l'écaillé temporale recouvre la partie antérieure du lobe temporal; la scissure occipitale est à peu près sous-jacente à la suture lambdoïde, et la scissure de Sylvius longe sur un certain trajet le bord supérieur de l'écaillé temporale. Mais cette dernière scissure s'étend aussi chez l'adulte sous le sphénoïde et sous le pariétal, et chez le nouveau-né elle est bien au-dessus de la suture temporo-pariétale; la scissure de Rolande est loin de la suture coronale, de telle sorte que le lobe frontal est au point de vue crânien en partie pariétal;
\CHARPy.]
NÉVROLOGIE.
la scissure oocipilalo du uouvoau-né est à 12 et ITj mm. en avant do la suture lambdoïde; enfin les circonvolutions ont une direction en complète discordance avec les fibres rayonnantes des plaques osseuses qui les recouvrent.
La découverte des localisations cérébrales, en permettant de diagnostiquer le siège précis de certaines lésions circonscrites et en engageant le cbirurgien à attaquer ces lésions par une brèche à la voûte crânienne, ne devait pas tarder à exiger une connaissance plus exacte et plus minutieuse des rapports crànio-cérébraux. C'est la deuxième période ou période chirurgicale, dirigée surtout dans un sens pratique, celui de l'intervention opératoire. On dut alors s'occuper beaucoup moins de la forme du crâne et de ses divisions en <is distincts, et beaucoup plus des lignes géométriques que Ton peut tracer sur la surface de la tète d'un homme vivant, en correspondance avec les lignes "sous-jacentes de la sur-
Ligne roland.
Cap de F'
FiG. 234. — Topographie crànio-cérébrale.
Ligne rolaniiiqiie et ligne sylvienne. (D'après Poirier.)
face cérébrale; le crâne fournit simplement des points saillants, des repères ou jalons pour le tracé du terrain. La topographie cérébrale de crâniologique est devenue céphalométrique.
A ce point de vue nouveau, la question est surtout du [domaine de l'anatomie chirurgicale; aussi renverrons-nous le lecteur aux ouvrages spéciaux. Il trouvera une étude approfondie du sujet dans la Topographie crânio-encéphalique de P. Poirier (1891), œuvre complétée depuis lors par la thèse de Lefort, de Lille'(i890), celle de Woolonghan, de Bordeaux (1891); un chapitre spécial de VAnatomie médico-chirurgicale de P. Poirier (1892) et de la Chirurgie opératoire du système nerveux de Chipault, t. I, 1894: enfin par plusieurs communications nouvelles (d'ANTONA, Semaine médicale, 1891; — Kœuler, Deiitsch. Zeilschr. /". Chir., 1891; — Clado, Congrès de chirurgie, lS9'-i; — Masse et Woolonghan, Bordeaux, 1894. — Waldeyer. Rapport au Congrès international de 1900).
Nous nous contenterons d'indiquer les données fondamentales sur lesquelles est basée à l'heure actuelle la topographie crânio-cérébrale.
Pour déterminer sur le vivant les relations topographiques entre les circonvolutions et la surface extérieure, il faut éviter les repères difficiles à trouver, les mesures difficiles à prendre, les instruments difficiles à manier. C'est ainsi qu'on a renoncé à chercher sur la ligne médiane le bregma, point qui marque la rencontre des sutures coronale et bi-pariétale et que rien ne révèle au toucher; les plans vertico-transversanx, celui de Merkel no-
TOPOGRAPHIE CRANIO-CÉRÉBRALE. 339
tamment, passant par les apophyses mastoïdes, ne sont pas commodes à tracer; même il n'est pas aisé de dessiner une simple ligne horizontale du crâne, et Ton a dû abandonner les procédés de Lucas-Championniére qui, malgré leur imperfection, ont rendu pourtant de réels services. Les seuls repères utilisés sont : l'angle fronto-nasal qui sépare le nez du front; le lambda, point oir se rencontrent les trois branches des sutures lambdoïde (pariétooccipitale) et sagittale (bi-pariétale); l'inion, terme anthropologique employé pour abréger son synonyme protubérance occipitale externe; le trou auditif et l'apophyse orbitaire externe. Les trois premiers sont placés sur la ligne médiane antéro-postérieure qui a reçu le nom de ligne sagittale. Quant aux mesures d'angles qu'emploient un certain nombre de chirurgiens, elles sont données par les cyrtomètres ou encéphalomètres, instruments formés par des lames de métal flexible qui se moulent sur la convexité de la tête et s'inclinent à volonté l'une sur l'autre.
Les trois scissures qui séparent les quatre grands lobes sont les lignes fondamentales à construire. La plus importante de toutes est la scissure de Rolande, pour deux raisons : d'abord le milieu de Rolando est au milieu de la longueur de l'hémisphère et représente le centre du diamètre de la courbe antéro-postérieure; en second lieu les centres moteurs connus sont tous situés dans son voisinage. Si à la scissure de Rolando on ajoute la scissure occipitale ou perpendiculaire externe qui limite en arrière le lobe pariétal ^et qu'avoisinent les centres visuels, on pourra déjà dessiner toute la surface cérébrale, car la scissure de Sylvius longe l'extrémité inférieure de Rolando à une distance et sous un angle déterminés (30°, Woolonghan), et par elle nous connaissons la position de la première temporale. Pour plus de précision toutefois il est bon de tracer par des repères spéciaux la ligne sylvienne, comme on trace la ligne rolandique et la ligne occipitale.
1° Ligne rolandique. — La ligne rolandique correspond à la scissure de Rolando. Pour la tracer, il faut déterminer son extrémité supérieure et son extrémité inférieure.
Extrémité supérieure. — Le procédé américain, procédé des chirurgiens d'Angleterre et d'Amérique, l'indique d'une façon simple et exacte. Il consiste à prendre le milieu de la ligne courbe sagittale naso-iniaque; ce milieu est le point central ou mi-sagittal. « Mesurer « avec soin la distance qui sépare le fond de l'angle naso-frontal de l'inion, en suivant « bien la ligne sagittale ou ligne médiane antéro-postérieure, prendre la moitié de cette (( distance à partir du point nasal, y ajouter 2 cm. en arrière (un travers de doigt), et marte quer ce point qui donne certainement à 1 cm. près le point de la voûte qui répond au « haut de Rolando (Poirier). » C'est donc au fond une mesure relative et par conséquent excellente, applicable à tous les sujets; ceci revient à dire en elîet que l'extrémité de la scissure est situé au 53/100 de la ligne sagittale. Il se trouve qu'en chiffres absolus ce point rolandique est à 18 cm. 5 en moyenne de la suture nasale, quelquefois à 19 et même à 20, d'après Kœhler; à 17 chez les dolichocéphales et 18 chez les brachycéphales, d'après Lefort.
Extrémité inférieure. — Pour la déterminer, le procédé le plus sûr est celui de la verticale préauriculaire, qui est avec variantes la ligne de Poirier et de Merkel. « Recon- « naitre et tracer au crayon l'arcade zygomatique qui est sensiblement horizontale; sur « cette ligne de l'arcade élever une perpendiculaire passant juste au-devant du tragus, par « la fossette ou dépression préaurirulaire, et compter à partir du trou-auditif, 7 cm. sur « cette perpendiculaire (Poirier). « C'est là encore une mesure qu'on peut transformer en mesure proportionnelle, car on peut à tout âge prendre, au lieu des 7 cm., chiffre absolu et vrai pour l'adulte, la moitié, moins un travers de doigt, de la distance auri-sagittale. J'ai vu ce chilfre varier de 2 cm., c'est-à-dire entre 60 et 80 mm., comme aussi la verticale abaissée du sillon peut tomber en avant de l'articulation temporo-maxillaire et non en arrière, et cela d'un côté seulement. La ligne auri-sagittale mesure de 1.5 à 17 cm. d'après Kœhler sur 51 cadavres, IG dans les 2/3 des cas; il compte pour le bas de Rolando 6 cm. au-dessus du méat, ou en mesure relative le point entre le milieu et l'union du 1/3 moyen avec le 1/3 inférieur.
Woolonghan, qui a contrôlé le procédé de Poirier, l'a trouvé très exact.
En réunissant les deux points extrêmes, on obtient la ligne rolandique qui correspond à la direction générale de la scissure, mais non à son trajet détaillé; car la scissure marche en zig-zag, infléchie ou ondulée, souvent fortement convexe en arrière dans sa partie supérieure et quelquefois coudée en crochet sur le bord supérieur de l'hémisphère, ce qui la reporte à 10 ou 13 mm. plus en arrière. On se rappellera que les deux circonvolutions qui la bordent, Fa et l^a, ont ensemble une largeur moyenne de 30 mm., soit 15 mm. en avant et en arrière de la scissure.
On peut encore construire la ligne rolandique d'une autre façon par une simple mesure d'angle, quand on a obtenu son extrémité supérieure. En effet la scissure de Rolando fait avec la ligne médiane antéro-postérieure un angle (angle rolando-sagittal) qui est de 70°. Ce chiffre est excellent, quoi qu'on en ait dit; je l'ai vérifié sur de nombreux cerveaux, Le-
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NEVROLOGIE.
fort et Woolongiian aussi. On mène donc une ligne oblique de 70° sur la ligne sagittale, ce que Ton peut l'aire avec un des cyrtomètres ou cncéphalomèlres construils dans ce but, ou mùme sans instrument en construisant au point supérieur un angle droit avec la ligne sagittale, angle (jne Ton partage deux fois en son milieu, c'est-à-dire d'abord en un angle de 45° et celui-ci à son tour en un angle de 22°. La ligne étant tracée, on compte à partir du point supérieur 11 cm. et on obtient ainsi l'extrémité inférieure de Rolando. La scissure n'a que 8 à 9 cm. de long, mais on en prend lia cause des parties molles.
Clado construit autrement la ligne rolandique, la ligne clé, comme il l'appelle. Du point supérieur connu (point mi-sagittal, plus un travers de doigt) il mène une ligne au sommet de l'angle de l'os malaire; cette ligne passe par Rolando, l'origine de Sylvius et la pointe du lobe temporal.
On remaniuera que le milieu de la ligne rolandique est situé, par rapport au plan frontal, à 30 ou 00 mm. au-dessous du point central ou mi-sagittal du crâne, et par rapport au plan antéro-postérieur au milieu du diamètre sagittal ou grande longueur du cerveau.
2° Ligne occipitale.
Cette ligne correspond à la branche externe de la scissure
occipitale ou perpendiculaire.
Pour déterminer son extrémité supérieure, il faut d'abord chercher le lambda, c'est-à-dire le point d'union des sutures lambdoïde et sagittale; il est sur la ligne médiane, immédiatement en avant d'une petite saillie qui marque l'angle supérieur de l'occipital. Le lambda correspond presque toujours à l'origine de la scissure ou mieux à la rencontre de ses deux branches externe et interne. Il est quelquefois de 2 à 5 mm. en arrière d'après