‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 22 sur 194 · LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN · texte numérisé non relu

LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

Le liquide céphalo-rachidien ou sous-arachnoïdien, indiqué par Ilaller, démontré sur le cadavre par Cotugno (1764), considéré alors par la plupart des anatomistes comme un liquide de transsudation cadavérique, mis hors de doute enfin parMagendie (1825) qui prouva son existence sur l'animal vivant, est un liquide qui baigne tout le système nerveux central et probablement aussi le système nerveux périphérique.

Sa quantité a été estimée de 125 à 1 gr., moyenne de 20 cadavres (Cotugno); mais elle paraît n'être que de 63 gr. en moyenne (60 à 70 gr., Magendie et Luschka). Comme il augmente à mesure que les centres nerveux diminuent, il est

LIQUIDE CEPIIALO-HACHIDIEN

plus abondant dans les atro|)hios cérrhralcs, notamment, dans l'alrophie sénile; il arrive alors au chiirrc de 20U à 300 gr. et jiis([irà 400 dans des cas exceptionnels. On a vu des maladesatteints de fracture de la base du crâne perdre chaque jour sans inconvénient 200 gr. de liquide, ce qui prouve sa rapide reproduction. Il (h'sparaît par imbi!)ition environ 72 heures a|H'és la mm l.

I.a part qui revient au cerveau dans le liquide total n'est pas llxe. Un encéj)liale extrait qu'on laisse égoutter dix minutes sans toucher aux membranes perd 10 à 23 gr. de liquide ; coupé entranches parallèles et abandonné une houie ou deux, il donne 28 à 50 gr. de liquide total, périphérique et central (Topinard).

Les rcnscigncnionts suivants sont empruntés à A. Gaulliici', Cliimic biolngiqup^ 1892. — Le liquide c. rachiclien est limpide, incolore ou légèrement eitrin, alcalin. Densité moyenne 1,003 (varie jusqu'à 1,020). Incoagulable par la chaleur. Il contient une très faible quantité de sérum-globuline, des matières minérales qui le rapprochent plus du plasmamusculairo que du plasma sanguin, des traces de graisse, de cholestérine, et de pyi'dcatéchine, accidentellement de l'urée et du glucose.

(;'est une humour tout à fait particulière: l'appeler lyinplie comme on fond de plus en plus à le faire, c'est enlever à ce mot un caractère cliimique précis et voulnir ilire seulement liquide dans lequel baigne un tissu.

Les deux analyses suivantes, dues la première à Ch. Robin, la seconde à Marchand, S(int tout à fait concordantes entre elles ; elles sont très analogues à l'analyse ancienne de La.ssaigne, citée dans nos classiques, ainsi qu'à d'autres analyses do Mi'diu cl dr Srlnuiill, pi'ovenant d'un liquide qui s'écoulait par l'oreille à la suite de fracliu'c, et d'un liquide d'hydrocéphalie clironiipu^

Eau . .

Albumine

Graisses ....

Cholestérine

Extrait alcool, et aqueux (moins les sels)

Laclate de soude

Chlorures potassique et sodicpie.

l^hosphates terreux

Sulfate do potasse et do soude .

Sol ammoniac

Sources du liquide. — (hi ne connaît pas exactement l'origine du liquide r('|di,do-ra( liidien. Nousavons iiidi(|ui'' comme origine probable du liquide inlra- Nciili iculaire les vaisseaux des plexus choroïdes, et sans doute aussi les vaisseau sous-éi)endymaires. i'our le lifpiide sous-arachno'i'dien, sa source est dans les vaisseaux de la pie-mère et de l'écorce des centres nerveux. Ces vaisseaux, arlères et veines, les artères surtout, sont enveloppés d'une gaine lymphatique qui est interposée entre le vaisseau sanguin et les tissus, et qui puise peut-être dans ces deux origines les éléments de son li(juide ; les gaines à leur tour s'ouvrent dans l'espace sous-arachnoïdien. Mais la transsudation du plasma sanguin hors des vaisseaux de la pie-mère et des centres nerveux dans les gaines lyml)iialiques et les espaces sous-aracbno'idiens est loin de tout expliquer ; le liquide céi)halo-rachidien aune composition chimique spéciale, caractéristique, qui suppose l'intervention d'un tissu modificateur encore indéterminé.

Ecoulement du liquide. — Schwalbe, Koy et Relzius ont conclu de leurs expériences soit sur lotadavr(% soit sur l'animal vivant, (pi'il existe plusieurs voies d"tfco»?eme»t pour le liquide, bien qu'au fondées expériences démontrent

NÉVROLOGIE

seulement des voies de communication entre les espaces sous-arachnoïdiens de l'extérieur.

Ces voies sont :

1" Les gaines arachnoïdiennes des nerfs. — Toutes les racines nerveuses et les nerfs émergeant du cerveau ou de la moelle sont entourées par une gaine arachnoïdienne, sons laquelle se prolonge le tissu réticulaire sous-arachnoïdien, en continuité avec l'espace des centres. On injecte donc le nerf en injectant l'espace sous-arachnoïdien. 11 est à remarquer que ces voies séreuses périneurales aboutissent pour le nerf optique dans les tuniques mêmes du globe oculaire, pour le nerf olfactif dans les lymphatiques de la muqueuse nasale, pour le nerf auditif dans lesespaces péri-lymphatiques de l'oreille interne. Flatau, de Berlin (1891), a constaté par de nombreuses injectionssur lelapinque pour l'olfactif le liquide suit uniquement la voie des gaines périneurales, que de ces gaines il passe directement dans les réseaux lymphatiques de la muqueuse nasale, surtout au voisinage de la lame criblée, et que de ces réseaux il ])eut gagner les vaisseaux et les ganglions du cou ou de la cavité naso-pharyngienne ; mais jamaisl'injection ne s'écoule à la surface de la muqueuse, comme l'a avancé Retziusqui a probablement eu alîaire à des ruptures, par altération de l'épithélium.

2° Les granulations de Pacchioni. — Ce serait la voie de sortie la plus importante, voie indirecte d'ailleurs et supposant une filtration à travers deux membranes. Le liquide gonflant l'éponge de la granulation passe à travers son enveloppe arachnoïdienne dans l'espace subdural qui l'entoure en forme de coque, et de l'espace subdural à travers la dure-mère très amincie à ce niveau dans la cavité du sinus ou du lac sanguin où proémine cette granulation, par conséquent en plein sang veineux.

Le liquide céphalo-rachidien comprend non seulement le liquide péri-cérébral, mais aussi le liquide intra-ventriculaire et intra-épendymaire du cerveau et de la moelle.

Liquide intra-ventriculaire. Toutes les cavités des centres nerveux renferment un liquide identique au liquide extérieur.

Les anciens qui le connaissaient l'appelaient pituite, et supposaient qu'il se déversait dans la glande pituitaire par l'infundibulum du troisièmeventricule. Sa quantité est très minime ; les faces opposées des ventricules sont au contact et seulement mouillées. Il augmente avec l'amaigrissement cérébral, il est donc un peu plus abondant dans les atrophies cachectiques et dans l'atrophie sénile ; on trouve alors les cavités ventriculaires, surtout les cornes frontale et temporale des ventricules latéraux, béantes à la coupe et contenant du liquide. Dans les hydrocéphalies aiguës il ne dépasse pas trente grammes.

Le liquide ventriculaire est partout communiquant dans l'intéi'ieur des centres nerveux. Les ventricules latéraux communiquent en effet avec le troisième ventricule par les trous de Monro, le troisième ventricule avec le quatrième par l'aqueduc de Sylvius etle quatrième ventricule avec le canal central de la moelle qui débouche à son angle postérieur. Il est probablement'sécrété ou exsudé par les vaisseaux sous-épendymaires, et parmi ceux-ci il faut compter en première

LIQUIDE CÉPIIALO-RACniDIEN

ligne les plexus choroïdes des venlricules ; nous avons dil f[iie rr'|iilli(''linni qui les recouvre n'est pas identique à celui de Fépendyme et qu'il a peut-être subi une Iransformation glandulaire.

Son rùlc, comme celui des cavités (jui le renferment, pai'ail iHre île régulariser la Icnsion intérieure des centres nerveux et do l'iiarmonisor avec la tension extérieure sujetic a di? grandes variations. On no peut songer à une circulation du liquide vcntriculairc, li([iiide en quantité minime, qui mouille des surfaces ou des tubes capillaires et n'a point d'agent propulseur; mais le fait qu'il est continu à travers toutes les cavités, qu'il peut augnn'nter ou diminuer par exsudation ou résorption, et enfin que par certains orifices dont nous allons parler il peut se iléverscr dans les espaces sous-arachnoïdions, lui permet de A-arier l)ar places sa quantité et sa tension et de servir auv centres nerveux de milieu élastii[ue. L'autonomie relative de chacun des réservoirs du li([uidc ventriculaire est démontri'e par les observations d'hydrocéphalie chronique où les ventricules cérébraux peuvent coidi;nir jusi[u'à deux ou trois litres de liquide sans que celui-ci augmente dans la moelle.

Communication entre les cavités ventriculaires et les espaces sousarachnoidiens. — l^es cavités veutriculaii-es n'étant que les anciennes vésicules cérébrales qui l'ornuiient un système de cavités closes, couiuiuiii(iuant seiileuuMit entre elles, ne doivent pas avoir de débouché extérieur, et le liquide inlra. ventriculaire est origiuellemeul sans relation avec le liquide céphalo-i'acbidien . Même dans leurs points les plus amincis, les parois des ventricules sont encore fermées par l'épithélium ancien et par la pie-mère qui le recouvre. 11 faut donc (jue, dans le cours ultérieur du développement, r(''|ulhéliuui et la pie-irière se lésorbent en un point déterminé pour qu'il se fasse un trou dans la paroi et que les deux li([uides puissent se mêler. On a décrit des perforations semblables et par conséquent des communications entre les espaces intérieurs et extérieurs dans quatre régions différentes : l" dans la fente de Bichat, partie antérieure, 2° dans la fente de Bichat, partie moyenne, par un canal ])éri-veineux, 3" à l'angle postérieur du quatrième ventricule, trou de Magendie, 4° à ses angles latéraux, trous de Luschka.

1» Fente latérale de Bichat. — [^a partie latérale ou antéi i(nire de la fente de Bichat (pii s'étend le long de la corne d'Ammon est fermée par une invagination de la pie-mère dans la corne temporale du ventricule; cette pie-mère, renllée en plexus choroTdes, est doublée par l'épithélium pariétal. Mierzejewsky et Merkel soutiennent d'après le résultat de leurs injections que la paroi ventriculaire se résorbe à ce niveau et qu'une communication s'établit entre l'intér ieur et l'extérieur. Merkel dans sou AnaLomie de 1890 affirme à nouveau ce qu'il avait constaté en 1872. Nous devons dire que la très grande majorité des auatomistes s(jutiennent qu'il n'y a là aucun orilicc naturel et qu'il s'agit de ruptures artillcielb^s.

2 Canal de Bichat — Dans la j)artii> transversale de la grande fente, entre le bourrelet du corps calleux et les tubercules quadrijumeaux, au milieu du confluent sous-arachnoïdien que traverse la grosse veine ascendante de (lalien, Bichat a décrit un canal (pii porte son nom. Suivantlui, l'arachno^ide forme autour de la veine de Galien un pli circulaire analogue à l'hiatus de Winslow ; c'est l'orifice externe du canal arachnoïdien, orifice ovalaire qui jient être réduit à une simple fente. 11 mène dans un canal l'oruié par rarachnoïde qui engaine la veine et lui est unie par quelques adhérences filamenteuses ; l'orifice interne est situé sur la partie inférieure de la toile choro'i'dienne, au-dessous

NÉVROLOGIE

et eu avant de la glande pinéale. L'introduction d'un stylet et l'insufflation démontrent que ce canal s'ouvre dans le troisième ventricule et qu'il fait communiquer ce ventricule avec la cavité générale de l'arachnoïde ou cavité subdnrale. L'arachnoïde irait donc parce prolongement creux se conlinuer avec l'épithélium de la toile choroïdienne.

Nous répéterons ici ce que nous avons dit pour roriQce précédent. Le nombre des observateurs qui admettent l'existence do canal de Bichat est très restreint; pour le grand nombre, l'arachnoïde forme bien autour de la veine un repli plus

Cav. urachn.

Espace s.-arach.

Corps calleux

3" Ventricule Gland pinéale Conjl. Slip.

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