LOBE OCCIPITAL
Le lobe occipital est le plus petit et le plus mal différencié des grands lobes; il occupe la partie postérieure de l'encéphale, et correspond aux fosses occipitales supérieures.
L'origine du lobe occipital se montre à la jonction du lobe temporal et du lobe pariétal ; il apparaît à la fin du troisième ou au commencement du quatrième mois embryonnaire, alors que les autres parties de l'hémisphère sont déjà dessinées. On admet généralement qu'il représente une production accessoire, tardive, une sorte d'excroissance de la partie temporo-pariétale du cerveau. Mais Kœlliker et His, se fondant sur la précocité des scissures primitives qui, dès le deuxième mois, se montrent sur la faco interne de l'hémisphère, aux points mêmes où seront plus tard à titre définitif la scissure occipitale et la calcarine, soutiennent que le lobe occipital est une partie fondamentale du cerveau, appartenant à son plan général et que son ébauche est beaucoup plus précoce qu'on ne le pensait. Sa formation est due à la forte courbure de la protubérance qui, chez les primates, porte le cervelet en arrière et en bas. Le fait que la direction de la scissure de Sylvius varie suivant l'existence ou l'absence de ce lobe semble encore indiquer que la morphologie du manteau tout entier est intéressée par son développement (Cunningham).
Le lobe occipital n'existe que chez les primates. Benedikt croit pourtant que si l'on nie son existence chez les quadrupèdes, c'est par suite d'une assimilation vicieuse de leurs scissures avec celles des primates, et que les mammifères non primates onten général un lobe occipital.
Son poids absolu est de 110 gr. chez l'homme en moyenne, de 95 chez la femme (Broca). Son poids relatif représente les 10 centièmes du poids total de l'hémisphère, dans les deux sexes. Sur les têtes déformées à la Toulousaine, les lobes occipitaux sont ordinairement normaux, mais ils peuvent tomber à 7,3 0/0 du poids cérébral, sans doute par la pression que leur font subir les lobes temporo-pariétaux refoulés ; dans d'autres cas, ils montent à 11 0/0 sans qu'on soit fondé à conclure pour cela à leur hypertrophie, car ce chiffre n'est élevé que par comparaison avec les lobes antérieurs amoindris dans leur développement (Ambialet).
La surface des deux lobes réunis a varié, d'après les recherches de Wagner sur quatre cerveaux, de 382 et 379 centimètres carrés, chez les hommes supérieurs, à 324 et 328 chez les sujets ordinaires, soit environ les 17 0/0 de la surface totale.
La forme de chaque lobe est celle d'une pyramide triangulaire à sommet postérieur. La
HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX
face exlorne convexe est on rapport avec la l'ossc occipitale supérieure, par conséquent avec la bosse occipitale extérieure. La face interne plane regarde celle du cùté opposé, dont elle est séparée parla base de la faux du cerveau. La l'ace inférieure, légèrement concave, repose sur la tente du cervelet inclinée en versant de toit, et par elle est en contact médiat avec la face supérieure de rhémisphérc cérébelleux. Il y a trois bords, un supérieur, un inférieur et externe, un inférieur et interne, ce dernier arrondi unissant à angle obtus les faces interne et inférieure.
Le sommet ou extrémité postérieure, ou pôle ocr/pZ/a/, corrcsponil à la partie supé'ricure et externe de la protubérance occipitale interne; quand cette protubérance fait une forte saillie, qui peut dépasser 1 cm., le sommet de l'bémisplière s'excave sur sa face interne pour la recevoir. Sur cette même extrémité, se rencontre souvent une dépression plus ou moins ])rofondc, oblique en bas et en dehors, décrite par quelques auteurs comme un sillon anormal, mais que Giacouiini a montrée être Vcmpreinte du sinus. C'est le sinus 1. supérieur qui. soit parce qu'il se dévie de la ligne médiane, soit le plus souvent parce qu'il se divisiî ])rématurément en deux branches, inq^riuie sa trace variable sur la face interne de rhémisphérc.
Le lobe occipital recouvre normalement la lotalité du cervelet chez les primates et chez l'honime ; que la coupe ]3asse par le plan médian, au niveau du pôle de l'hémisphore et du lobe médian du cervelet, ou bien en dehors, le cerveau dépasse le cervelet de 2.') mm. environ, d'une quantité absolument et proportionnellement moindre chez l'enfant et chez les singes. <•, Selon Retzius, le recouvrement est incomplet chez certains Lapons, tandis « que chez les races slaves et turco-tartares, il est en général complet. Chez les races « germanique et romane, le cerveau dépasse le cervelet. Mais chez les Mongols, les In- « diens et les Négritiens, c'est à peine si le cerveau recouvre le cervelet sans le dépasser « en général. » Dans l'idiotie, une partie plus ou moins grande du cervelet peut se trouver à découvert.
La base du lobe occipital, placée dans le plan frontal et soudée au reste de l'hémisphère, n'est pas facile à délimiter sur tout son contour. Sur la face interne, la scissure occipitale ou perpendiculaire interne établit une démarcation nette ; mais, sur la face externe, les plis de passage pariéto-occipitaux effacent la séparation originelle, et il en est de mémo sur la face inférieure à cause de la fusion des circonvolutions temporales et occi])italcs. Pour la face externe, Schwalbe trace une ligne fictive allant de l'incisure pi'ofonde qui marque sur le bord supérieur la scissure occipitale à une autre encoche, h peu près constante, qu'on remarque sur le liord externe et inférieur de l'hémisphère à la jonction des lobes temporal et occipital. Cette encoche ou /ncisu>-e préoccipitale, signalée di'jàpar d'autres auteurs, se prolonge souvent sur la face externe en un sillon ascendant, \c sillon pvéncripital de Meynert, qui aide encore à la limitation de la base. Sur la face inférieure, la limite est indiquée par Vempveinte pclreuse, dépression que produit le bord supérieur du rocliei', ou à son défaut par une ligne menée de l'incisure préoccipitale à un |ioint situé au-dessous du bourrelet du corps calleux.
Le lobe occipital possèJeciiiq sillons et six circonvolutions (}ui, à re.\ce])tion de la dernière, ne sont pas toujours nettement différenciées entre elles ni bien distinclesdes circonvolutions du lobe pariétal el du lobe temporal. On les compte de haut en bas, en commençant par la facee.xterne et on continuant ])ar la face inférieure pour remonter de là sur la face interne. Les cinq sillons antéro-postérieurs partent du pôle occipital qui resle indivis et sur lequel par conséquent ils ne se fusionnent pas, puis divergent sur les faces de la pyramide ; on en compte trois sur la face e.xterne, le troisième étant situé sur le bord infcnour etc.xlerne, un sur la face inférieure, un sur la face interne. Kckei- a ddiine le nom de lobulus extreinus à la ])arlic intcrao du pùie occipital qui se trouve derrière l'origine de la scissure calcarine; il le considère comme l'tjrmé par un ou deu.K petits plis descendants, le (l'/i'us dcscendens.
1° Première circonvolution occipitale, 0'. — La première circouvolulion occipitale se dirige parallèlemeni au lioid siij)éi'ieur de rhémisphcie et en dehors de lui ; elle va du pôle occipital à la circonvolution pariétale su])érieure P'.
Sur son bord interne, elle n'est séparée de la circonvolution adjacente (>'' |)ar
NÉVROLOGIE
aucun sillon, et seulement par des Incisures inconstantes. Sur son bord externe, elle est limitée d'avec la deuxième occipitale par le premier sillon occipital, o'. Ce sillon (s. occipital supérieur des Allemands) est dans la moitié des cas le prolongement du sillon interpariétal, dans l'autre moitié il en est indépendant. C'est un des plus constants des sillons occipitaux.
La première occipitale est unie à la première pariétale par le premier pli de passage pariéto-occipital. Ce pli, profond chez la plupart des singes et caché au fond de la scissure perpendiculaire externe, est superficiel chez l'homme et comble cette scissure dont il ne laisse que l'encoche du bord supérieur de l'hémisphère ;il décrit une inflexion curviligne entre cette encoche et le sillon occipital transverse, et vient se souder à 0^.
2° Deuxième occipitale, 0"^. — Située sur la partie moyenne de la face externe, elle va du pôle occipital à la[)ariétale inférieure P"^, à son lobule postérieur, auquel l'unit le deuxième pli de passage pariéto-occipital. Elle est bornée en haut par le premier sillon occipital o' ou occipital supérieur, en bas par le deuxième sillon o-.
3» Troisième occipitale, 0^. — Elle occupe la partie inférieure de la face externe. Le troisième pli de passage, premier pli temporo-occipital, superficiel, l'associe à la seconde temporale T- et quelquefois à la pariétale inférieure ; elle est séparée de T-* par i'incisure préoccipitale, dans laquelle se voit un pli d'union (quatrième pli de passage, deuxième pli temporo-occipital) avec cette circonvolution. Son extrémité antérieure est donc bifurquée en deux plis, un pour 2'2, un pour T"^.
Le troisième sillon occipital, o^ ou s. occipital inférieur, qui la borne en dessous, court le long du bord inféro-externe de l'hémisphère, en arrière de I'incisure. 11 est inconstant, variable dans sa forme, souvent contourné en S ou coupé par une incisure transversale.
4" Quatrième occipitale, 0 '. — Située sur la face inférieure, elle se continue en avant sans interruption avec la quatrième temporale, ; leur limite toute fictive est marquée par la ligne transversale qu'on mène de I'incisure préoccipitale. Cette fusion des deux circonvolutions, toutes deux effilées à leurs extrémités opposées et soudées par leur base élargie, les a fait réunir sous le nom commun de première c. temporo -occipitale ou encore àe lobule fusiforme {Uuschke).
Elle a en dehors d'elle le troisième sillon o', en dedans le quatrième s. occipital, o''. Ce dernier, appelé encore sillon occipito-temporal, est à l'inverse de o\ remarquable par sa constance, sa profondeur, la précocité de son apparition. A partir du pôle occipital il se dirige en ondulant vers le lobe temporal et s'y unit au quatrième sillon temporal t''.
^"Cinquième occipitale, 0'^. — Cette circonvolution, située en presque totalité sur la face inférieure, en petite partie sur la face interne, présente une large surface en arrière, tandis qu'en avant elle se rétrécit pour s'unir à la cinquième temporale par un pli assez étroit (pli de passage occipito-hippocampique de Broca). Sa forme lui a valu le nom de lobule lingual (Huschke). Beaucoup d'auteurs font décrite avec T' comme ne formant qu'une seule et même circon-
TROISIÈME VF.NTIUCULE
voliilion, deuxième temporo-occlj)ilalo. Des iiK.isures longiliidinales peuvent la diviser en deux ou trois plis secondaires. Ses limites sont très nettes de chaque coté, car elle est bordée en dehors par o*, en dedans par la scissure calcari ne.
G" Sixième occipitale, C'. — La. sixième occipitale, |)lacée toute entière sur la l'ace interne, est un peu irrégulière en surface, mais nellement triangulaire dans son contour, le sommet du triangle étant dirigé en avant. On rap|)elle souvent le cuneus (Dardach) on coin, lobule cunéiforme. Sa partie postérieure est séparée de la j)remière occij)itale par le bord sagillal de l'hémisphère, mais
La face inforieuic ilc l'hémisplière est redressée pour permettre de voir 0' et T*. Le lobe occipital on blcii, le cuucus en bleu loncé ; le lobule paracentral en rose.
sans sillon notable et constant, aussi ([uchiues auteurs la considèrent-ils comme étant la i)artie interne de la |)remière occij)ilale, de même que le lobule quadrilatère est la partie interne deP'. Son bord su|)érieur est marqué par la scissure occipitale ou pori)endiculaire interne, (jue traversent dans la profondeur des plis de passage allant au lobule (luadrilatère et à la circonvolution du corps calleux. Son bord inférieurcst la scissure calcai'ine. Sa surface n'esljamais lisse ; dans les formes bien développées, elle est découpée par des incisures.
La scissure calcurine, K, sillon du petit hi|qiocampe, cinquième sillon occipital, 0^, doit son nom decalcarine à sa pénétration dans lacorne occijiilale du ventricule latéral où elle va former le calcar ou ei'got de .Morand. Sa constance,
NÉVROI.OGIE
sa précocité phylogénique et ontogénique lui ont fait attribuer la qualification de scissure au lieu de celle de sillon. Elle nait en arrière, à un demi-centimètre du pôle occi|)ital, par deux branches, Tune ascendante, l'autre descendante qui se prolonge sur le pli polaire (Broca) ou lobulus extremus (Ecker) ; puis elle se porte horizontalement en avant, un peu au-dessus du bord inférieur et interne de l'hémisphère, en suivant un trcijet à double flexuosité, reçoit la scissure occipitale, et se coudant légèrement en bas va finir sur le bord externe de la circonvolution du corps calleux.
L'origine par deux branches n'est pas constante ; les deux branches peuvent manquer et être remplacées par un sillon profond, indépendant du reste de la scissure {sulcus extremus de Sohwalbe). Dans o p. 0/0 des cas (Giacomini) , la scissure arrive jusqu'à l'extrémité du lobe occipital. En s'unissant à la scissure occipitale, la calcarine forme un Y, dont les deux branches obliques circonscrivent le cuneus, 0^. La branche antérieure, tige ou queue de l'Y, semble appartenir à la scissure occipitale dont elle prolonge la direction; mais elle est en réalité une dépendance de la calcarine, comme le montrent les faits d'anatomie comparée et la présence d'un petit pli de passage, toujours profond et constant, le jjU cunéo-limbique, qui barre la scissure occipitale et ne laisse qu'une communication superficielle. Elle est longue de 2 cm. et très profonde ; on y voit de nombreux vaisseaux ; elle peut être bi ou trifurquée dans la profondeur, de là les variations d'aspect de l'ergot de Morand. La scissure calcarine se termine par une incisure sur le bord externe du lobe du corps calleux; quelquefois chez l'homme, en règle générale chez les singes inférieurs, la scissure semble couper en deux la circonvolution calleuse et aboutir à la fissure de l'hippocampe, mais presque toujours ce n'est là qu'une apparence et un pli de passage profond unit les deux parties de la circonvolution à travers l'entaille superficielle (Broca).
La scissure calcarine marche de pair dans son évolution avec la scissure occipitale et quelquefois la précède. Elle apparaît dès le deuxième mois embryonnaire sous forme de sillon précurseur, puis réapparaît définitivement au cinquième mois, exceptionnellement au sixième. Dans le développement ontogénique, la tige unique de l'Y est tantôt commune aux deux scissures, calcarine et occipitale, tantôt propre à l'une quelconque des deux (Cunningham) .
Dans certains cas, chez les microcéphales notamment, mais aussi chez des sujets normaux, la calcarine, au lieu d'être horizontale, suit un trajet parallèle à la scissure occipitale, et c'est celte dernière qui produit l'ergot de Morand. Le cuneus étroit se réduit à un seul pli (Giacomini).
Sillons transversaux (Schwalbe). Les cinq sillons que nous avons i.lécrits sont tous dirigés dans le sens antéro-postérieur. lien est d'autres à direction vertico -transversale, perpendiculaires aux bords de l'hémisphère.
Nous avons déjà signalé sur la limite du lobe temporal un sillon inconstant, le sillon préoccipital qui monte verticalement à partir île l'incisure: il est quelquefois coupé en croix par le deuxième sillon temporal f . Un second sillon le prolonge jusqu'au deuxième pli de passage pariéto-occipital, c'est le.?, occipital antérieur, tantôt isolé, tantôt uni à/'. On trouve donc du haut en bas sur la limite des deux lobes: l'encoche de la scissure occipitale, le premier pli de passage, le prolongement du sillon interpariétal, le deuxième pli, le sillon occipital antérieur et au-dessous le sillon préoccipital, tous deux renfermant des plis de passage plus ou moins apparents, enfin l'incisure préoccipitale.
Dans le territoire même du lobe occipital se montre \e sillon occipital transverse (Ecker). Ce court sillon commence un peu en arrière de la scissure occipitale, près du bord supé-
HÉMISPHÈRES CEREBRAUX
riour, et descend verlicaicment. Tantôt il est isolé, tantôt il représente la branche verticale d'une figure cruciale f[u'il forme avec le sillon interpariétal, prolongé comme premier sillon occipital et dont il semble n'être originellement qu'une branche latérale. Il n'est d'ailleurs pas constant. Quand il est bien développé (1/3 des cas), sa lèvre postérieure se détache obliquement en l'orme d'opercule. On comprend que sa présence force les deux premières c. occipitales à prendre un trajet sinueux en contournant en sens inverse ses deux extrémités C'est à ce sillon que Riidinger a donné le nom de fente simienne, parce qu'il le considérait comme le représentant de la scissure perpendiculaire externe des singes, lesquels n'ont pas de sillon transverse. Pour Cunningham, il n'est qu'une dépendance de la partie occipitale du sillon interpariétal. Enfin Mingazzini pense que le sillon transverse représente seulement la partie moyenne (déplacée par les plis de passage) de la fente simienne, dont la partie supérieure est la scissure occipitale externe, et la partie inférieure, le sillon occipital antérieur (V. Mingazcini. Anat. Anzeiger, 1893). Peut-être enfin ce sillon est-il entièrement une apparition nouvelle.
Plis de passage. — Le lobe occipital est uni 1" au lobe pariétal, parle premier pli de passage pariéto-ociMpital qui va de à 0', par le second pli de P'^ à Ô\ tous deux superficiels et sur la face externe; par un petit pli profond qui, sur la face inverse traverse la scissure occipitale et va du cunéus au lobule quadrilatère (pli cunéo-pariétal) ; — 2o au lobe temporal, par les plis superficiels et larges qui relient la troisième occipitale avec la seconde et la troisième temporale, 0^ avec et r^iplis de passage inférieurs externes, au nombre de deux, queUpiefois de trois) ; sur la face inférieure, ils unissent la quatrième et la cinquième occipitales avec les quatrième et cinquième temporales, ces circonvolutions étant presque fusionnées bout à bout ; — 3o au lobe du corps calleux par le pli profijnd (jui va du cunéus 0" à ce lobe sous le bourrelet du corps calleux (pli cunéo-limbique).
Variations. — Elles sont surtout fréquentes à la face externe. Nous avons indiqué plus haut l'inconstance ilu troisième sillon occipital, du sillon occipital antérieur, les variations dans la terminaison du sillon interpariétal, dans l'origine et le trajet de la calcarine, l'état plus ou moins compli([ué du cuneus, la subdivision du lobule lingual 0^ en deux ou trois plis secondaires par des incisures sulciforines irradiées du pôle occipital, la superlicialité possible du pli cunéo-limbique.