LOBE DU CORPS CALLEUX
Le lohe du corps calleux (gyrus cinguli, circonvolution du corps calleux), ou par abréviation le lobe calleux, entoure le corps calleux qui lui est concentrique. Il est réduit à une seule circonvolution, (|ui présente cette particularité de passer au-dessous de deux autres lobes, du lobe IVonlal et du lobe pariétal, et d'aboutir à la limite du lobe occipital.
Cette circonvolution, C, est limitée en dessus par la scissure sous-frontale ou calloso-niarginale, et àpartirdu lobo pariétal, par le sillon sous-jjariétal, qui n'est souvent qu'une incisure et qui la sépare si imparfaitement du lobule quadrilatère de P' que Rolando réunissait le lobe calleux et ce lobule sous le nom de circonvolution crètée, par analogie avec une crête de coq. En dessous, la limite est nettement tracée par le sillon du corps calleux dont la circonvolution forme la lèvre ou paroi supér ieure.
I.e lobe calleux nait en avant du bec du corps calleux par une languette étroite et courte, pli de passage qui l'unit avec la première fi'ontale; puis, suivant un trajet ar(jué, contourne successivement le genou, la partie moyenne et le bourrelet du corps calleux, et sous ce bourrelet, s'unit à la circonvolution de riiippocampe T^. Le point de jonction est un pont étroit, large de o mm. à peine, a]i|)elé (juelqucfois istJime, etc[ui est un véritable pli de passage ; c'est sur lui (jue finit en encoche la scissure calcarino, plus exactement la branche commune de la calcarine et de l'occipitale interne.
L'islhme est le pli Icniporo liinbique de Broca. H est constant, mais sou-
NÉVROLOGIE
vent profond (68 f. sur 168 cerveaux, Giacornini), petit, lisse, et effilé à sa partie antérieure et partiellement recouvert par le lobule lingual. Zuckerkandl, qui l'appelle la portion ventrale du lobe calleux, fait observer que, chez les animaux osmatiques, l'isthme forme un pli tout à fait superficiel et bien développé.
La surface de la circonvolution, c'est-à-dire sa face interne, est en général simple. On y rencontre parfois de légers sillons, parallèles à la direction générale, et plus souvent des incisures transversales ou étoilées, dont un certain nombre paraissent être des nervures vasculaires. Elle possède aussi une face inférieure très étroite qui surplombe le corps calleux en formant le toit de son sillon ou ventricule; cette face est en rapport avec l'artère cérébrale antérieure qui n'y marque pourtant aucune empreinte, et avec les prolongements du corps godronné décrits sous le nom de tractus gris de Lancisi. L'écorce cérébrale au fond du sillon calleux se termine, en apparence du moins, d'une façon simple, en biseau que rase horizontalement le plan transversal du corps calleux.
Le lobe calleux est uni aux lobes voisins par plusieurs plis de passage. Tout d'abord un pli initial l'unit à son origine avec la partie inférieure de la première frontale, et un pli terminal, l'isthme, le soude à la circonvolution de l'hippocampe. Dans son trajet sous le lobe frontal, on rencontre un ou plusieurs plis fronto-limbiques qui, se dirigeant en haut et en arrière, traversent la scissure sous-frontale et vont à la frontale interne ou partie interne de ; leur lieu d'élection est au niveau du genou calleux, ou plus en arrière sous le lobule paracentral. Les plis d'union avec le lobule quadrilatère sont constants ; il est habituel d'observer deux plis pariéto-liinbiques, antérieur et postérieur, l'un en avant, l'autre en arrière du sillon sous-pariétal qu'ils ferment à ses extrémités.
Quant à l'isthme, qui est lui-niémc un pli de passage entre le lobe calleux et le lobe temporal, il est relié au lobe occipital par deux plis : l'un profond, qui va à la circonvolution du cunous, O", pli runéo-liinhique, l'autre qui l'unit à la cin(]uième occipitale 0^, pli occipito-hippocampique ; ce dernier, comme son nom l'indique, appartient déjà au commencement de la circonvolution de l'hippocampe.
Variations. — Giacomini présume que l'existence du lobe du corps calleux est liée à celle du corps calleux lui-même ; car il a constaté son absence partielle sur plusieurs cerveaux de marsupiaux qui n'ont pas de corps calleux ; il manquait également totalement ou partiellement sur des cerveaux sans corps calleux et cela, malgré la présence de la cinquième temporale.
L'isthme peut être profond, la scissure calcarine arrivant par une forte incisure jusqu'au sillon du corps calleux, comme cela se voit chez beaucoup de singes; le lobe calleux et T'^ paraissent complètement séparés, mais sont pourtant continus par un pli profond.
11 est très rare que les plis fronto-limbiques soient dirigés en haut et en avant. On rencontre un pli unique 25 fois sur 100 iGiacotnini), 14 fois sur 100 (Féré), et deux plis 4 fois sur 100. Quand un pli va au lobule paracentral en coupant la scissure sous-frontale au niveau de son coude, le lobule quadrilatère est mal défini sur son bord antérieur et parait fusionné au lobo frontal. Il est exceptionnel que la circonvolution soit coupée par un sillon faisant communiquer le sillon du corps calleux avec la scissure sous- frontale, comme aussi (1 fois sur 1G8) d'observer un sillon sous-pariétal complet, allant de la scissure occipitale interne à la branche ascendante de la scissure sous-frontale ; dans ce dernier cas, qui rappelle le type des carnivores, il n'y a pas de pli pariéto-limbique et le lobule quadrilatère est nettement circonscrit sur ses trois côtés.
On trouve souvent des sillons longitudinaux ou parallèles sur la face interne de la circonvolution du corps calleux. Ils se présentent à tous les degrés de développement, depuis l'incisure légère et courte, jusqu'à la fente longue et profonde, discontinue ou continue, entourant la partie géniculée de la circonvolution et se prolongeant plus ou moins dans le sens sagittal. Cette fente peut être profonde et la scissure sous- frontale qui lui est excentrique être au contraire superficielle: on peut alors parfaitement faire la confusion de l'une à l'autre, si l'on ne se repère pas sur leurs terminaisons. Manouvrior a décrit ce sillon longitudinal ou parallèle qui dédouble le lobe calleux, sous le nom de sillon intra-limbique ; il pense qu'il a suivant les cas deux interprétations différentes. Chez les grands animaux, chez lesquels il se rencontre fréquennnent, il indiquerait un agrandissement du lobe du corps calleux, tandis que chez les hommes de race supérieure, il marquerait une extension de la frontale interne (partie interne de F^), le pli supérieur du lobe calleux étant
HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX
absorbé par la circonvolution frontale: dans ce dernier cas, la scissure sous-frontale tendà s'elfaeer et à i''tro remplacée par le sillon intra-linibiquc. (Voyez Manouvricr, Le Sillon sous-frontal, Soc. d'an/lirop., 1892).
LOBE LIMBIQUE
Lnhp limltiipii'
Tous les cerveaux de mammifères, y compris l'homme, qu'ils aient ou non des circonvolutions, présentent à la l'ace interne de l'hémisphère, autour du corps calleux, un anneau cortical distinct affecté en principe à l'organe de l'olfaction. Cet anneau fermé en arrière parait ouvert en avant, mais là aussi il est complété par l'union do son extrémité supérieure avec la racine interne du pédoncule olfactif, de son extrémité inférieure avec la racine externe. Brocn, dans un de ses plus mémorables travaux (1878), on a donné une étude approfondie; il l'a appelé lobe limhique, parce qu'il forme le limbe ou limite delà cavité générale de l'hémisphère, du bile de la vésicule liémisphérique.
l'>Uidié chez un animal osmatique (chien, loutre, renard), c'est-à-dire doué d'une olfaction puissante, l'appareil olfactif, cérébral, est composé de deux parties, du lobe olfactif qui corres|)ond à notre bulbe olfactif, et du lobe limbique. Le lobe olfactif est attaché à un volumineux pédoncule, qui, par deux rac//ies' olfactives externe et interne, se soude aux extrémités du lobe limbique: d'où l'aspect d'une raquette, dont le lobe olfactif est le manche, et le l(dje limbique le cercle.
Lv lobe limbique est circonscrit eniledans, sur son bord interne et concave, par le sillon de l'hippocampe et le sillon du corps calleux qui sont les deux moitiés du sillon il'Amnion embryonnaire ; en dehors, sur son bord externe convexe, par la scissure limbiijite, scissure profonde qui sépare la circonvolution d'avec le lobe pariétal et le lol)e frontal, les seuls qui existent chez les non primates. Cette scissure n'est pas continue, des plis de passage lacoupent, surtout le pli fronto-limbique, qui isole un tronçon antérieur ou scissure sous-frontale. Dans le lobe luimême, on peut topographiquenient distinguer deux parties ou arcs, un arc supérieur ou sus-calleux, qui entoure le bourrelet, la face supérieure et le genou du corps calleux ; un arc inférieur ou sous-calleux ou lobe de l'hippocampe, qui répond à la face inférieure du corps calleux et à la partie latérale de la fente de nichât. Ces deux arcs séparés en avant par un écartenient que comblent les racines divergentes du
pédoncule olfactif sont continus en arrière: tout au plus, un pli de passage rétro-limbiquc, profond ou superficiel suivant l'animal considéré, situé aunivcau du bourrelet du corps calleux, indique-t-il le point île la séparation future (Voyez flg. 245).
Ce vaste appareil, qui occupe sur la face inférieure et sur la face interne du cer\ eau une place considérable, est tout entier alTecté à l'olfaction chez les animaux osmatiqui's, ]ii)ur qui l'odorat est le sens capital, que détrônera plus tard le sens de la vue chez les niaujiuifères supérieurs.
Chez les animaux anosmatiiiues, à odorat pou ou pas dé'veloppé, tels que sontles cétacés et les singes, le lobe limbique s'atrophie dans certaines do ses parties et se transhjrmo dans cl'autres, et surtout ses deux arcs se dissocient. Considérons l'homme, que l'on ne peut ilire anosmatique au sons littéral du mot, mais qui est au moins microsmatiqiie {Turner). Nous reconnaissons chez lui l'ancien lobe limbique à cette circonvolution qui entoure le corps calleux et va par ses doux extrémités aboutir à l'espace perforé antérieur, où là aussi son ouverture est formée par les grêles racines de l'olfactif. Cette circonvolution. Foville l'appelait circonvolution de l'ourlet: Gerdy, cire, annulaire ; Arnold, gyrus fornicatus. Seulement nous l'avons dissociée: nous avons di'critson arc supérieur comme lobe du corps calleux, son arc inférieur comme circonvolution do l'hippocampe, 7'''; les deux arcs sont toujours continus en arrière, mais non pas à plein jet et seulement par un pli de passage étroit, Visthine. qu'entaille plus ou moins profonilémoni la scissure calcarine. La limite interne n'a pas changé, c'est toujours le sillon de rhippocam])c et le sillon du corps calleux; la
Arc inf.
Pr,l„
lohr olf.
Fia:. 239.
Schéma du Lobe limbique. Type raipielte.
NÉVROLOGIE
limite externe, la scissure liinbique, n'existe plus sous ce nom et dans sa forme typique ; elle est coupée en tronçons dont chacun est rattaché à un lobe voisin, mais on peut sans peine la reconstituer malgré ces interruptions; on la retrouvera dans la scissure sousfrontale, le sillon sous-pariétal, le quatrième sillon temporal t*, qui estconstantet profond, enfin le sillon limbique temporal.
Les deux circonvolutions du lobe ont divorcé anatomiqucmont et physiologiquement ; elles ont changé de fonction et c'est cette adaptation à un autre travail, inconnu d'ailleurs, il faut bien le dire, qui a empêché ou amoindri leur atrophie. "Ainsi la circonvolution du corps calleux, arc supérieur, est restée volumineuse et plissée chez les cétacés dont l'appareil olfactif est atrophié et la racine interne nulle; chez l'homme, elle semble, comme nous l'avons vu, devoir être absorbée par le lobe frontal. Seule son extrémité antérieure, qui reçoit des origines olfactives au niveau du carrefour, parait être restée un centre cortical de l'olfaction. La circonvolution de l'hippocampe, 7''', n'est plus qu'une partie du lobe temporal, et là encore on ne peut plus chercher do centres olfactifs que dans son extrémité antérieure ou lobule de l'hippocampe, et dans les formations ammoniennes et godronnées de son bord interne. Les deux extrémités de l'anneau limbique seraient donc seules restées olfactives.
On a objecté à la magistrale description de Broca d'être incomplète par omission d'un autre anneau cortical olfactif et de comporter une appellation inexacte. M. Duml, considérant le corps godronné comme une circonvolution véritable et rappelant que certains animaux possèdent des circonvolutions sous-calleuses, pense qu'il existe un second limbe, concentrique au premier, le vrai limbe de la cavité hémisphérique, représenté par le corps godronné et le trigone cérébral; là serait le lobe limbique réel, et la scissure limbique devrait être clierchée dans le sillon île l'hippocampe.
Cette manière de voir soulève deux objections : d'abord, elle suppose que la circonvolution du corps calleux ne se continue pas avec celle de l'hippocampe, ce qui est pourtant indéniable, ensuite elle fait terminer le corps godronné sous le corps calleux au lieu de le prolonger sur cette commissure par les nerfs de Lancisi.
Au même moment Schwalbe, pour les mêmes raisons, distinguait dans sa Névrologie deux lobes limbiques concentriques : un lobe limbique externe, qui n'est autre que celui de Broca, et un lobe limbique interne. Le lobe liinbique interne (gyrus marginalis internus) est constitué par le corps godronné, le trigone cérébral et le septum luciduin ; il se soude au lobe interne au niveau du crochet de l'hippocampe ; il a pour limite externe, le séparant du lobe limbique externe de Broca, le sillon de l'hippocampe et le sillon du corps calleux, pour limite interne la fente de Bichat ; l'interposition du corps calleux, qui se fait à une époque tardive de la vie embryonnaire, écarte fortement les arcs supérieurs des lobes limbiques, c'est-à-dire le trigone et la circonvolution du corps calleux.
Giacomini admet lui aussi un second limbe autour du grand limbe de Broca. Ce limbe intérieur est représenté par le corps godronné, la fasciola cinerea avec les circonvolutions ou érainences sous-ealleuses, elles nerfs de Lancisi qui passent sur le corps calleux, toutes parties qui sont continues, arquées, et s'étendentdu lobule de l'hippocampe à l'espace perforé antérieur, comme le grand lobe limbique lui-même.
Zuckerkandl reconnaît dans l'appareil olfactif une disposition intermédiaire entre celles qu'ont indiquées Schwalbe et Giacomini. Il y a, suivant lui, trois cercles concentriques: le plus extérieur est le grand lobe limbique de Broca (circonvolutions de l'hippocampe et du corps calleux, auxquelles il ajoute les circonvolutions sous-calleuses des animaux, rudimentaires chez l'homme) ; le second est l'arc marginal externe, qui comprend le corps godronné et les nerfs de Lancisi, et qui passe par conséquent au-dessus du corps calleux ; le troisième est l'arc marginal interne, que forment la fimbria, le trigone cérébral et le pédoncule du septum lucidum, et qui est situé sous le corps calleux.
Enfin plus récemment, Trolard et Bole ont soutenu des opinions à peu près analogues. Nous reviendrons d'ailleurs sur ces questions à propos des origines olfactives.
Quelle conclusion tirer de ce rapide exposé ? Broca, malgré ces objections qu'il connaissait, a maintenu son nom et sa description du lobe limbique, et tous les auteurs étrangers que j'ai cités ont fait comme lui. Cette question ne touche d'ailleurs qu'indirectement l'anatomie de l'homme et des primates chez lesquels on ne décrit pas un lobe limbique, mais un lobe du corps calleux et une circonvolution de l'hippocampe; elle l'intéresse toutefois pour la dérivation et la comparaison des parties analogues. Mais qu'il s'agisse d'un lobe limbique typique (osmatiques) ou transformé (anosmatiques), il n'y a rien à changer ni à la terminologie ni à la conception de Broca Le mot lobe limbique a un sens acquis et précis qui désigne un organe déterminé ; y toucher serait produire la confusion. D'autre part, ce mot lobe ne peut vraiment s'appliquer qu'aux grandes circonvolutions qui entourent le corps calleux et non à ces productions atténuées, même chez les osmatiques, qui sont los nerfs de Lancisi et le corps godronné. 11 reste seulement entendu qu'il existe, en
HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX
ileilans du grand limbo do l'IiLMiiisidière, un limbo cortical secondaire représenlé par la formation (jodronnée.
Voyez sur la question du lobe linibique: Broca, Le rjrnnd lobe limhique, Revue d'anthropologie, 1878; — Schwalbe, Neurologie, 1881 : — Giaconiini, Faxcia dentaln du grand liippocampe. Archives italiennes de Biologie, 1884; — Zuckerkandl, Das /iiechrcntrum, 1887, et bas Riechbundel des Arnmomliornes in Anatoni. Anzeiger, 1 888 ; — Trolard, Appareil central de l'olfaction, 1889; — Bole, Le lobe li}nbi(juc, thèse do Lille, 1893.