‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource] (volume 3)Chapitre 131 sur 190 · DELAMARE · texte numérisé non relu

DELAMARE

LES LYMPHATIQUES

surtout basophiles. Le noyau est arrondi; il peut présenter, surtout dans les plus grandes formes, une incisure latérale (Ehrlicli); lorsque cette encoche s'agrandit, le noyau devient polymorphe.

Après fixation par la chaleur et coloration au triacide, le noyau apparaît à peu près homogène, verdâtre ou bleu noir (Engel). Par d'autres fixations, on distingue l'existence de grains ou d'amas de chromatine centraux et périphériques; la chromatine centrale apparaît sous forme d'amas allongés ou de corpuscules arrondis; la chromatine périphérique forme une membrane nucléaire épaisse par place, amincie ailleurs.

Ces cellules possèdent parfois, mais non toujours, un et même deux vrais nucléoles bien mis en évidence par la fixation au chlorure de platine (Lôv\4t). On les voit aussi après fixation au sublimé et coloration à l'hématoxylineorange.

Toutes ces cellules ont, en somme, assez de caractères communs pour constituer, en apparence au moins, une famille naturelle. Mais à côté des ressemblances (exiguïté de la taille, du protoplasma, disposition à peu près identique de la chromatine nucléaire, etc.), il est des différences dans les propriétés optiques et les affinités tinctoriales du protoplasma, dans le contour cellulaire, qui se montre régulier ou irrégulier. Ces différences ont paru assez importantes à Ilayem pour justifier la distinction de deux espèces cellulaires : les mononucléaires clairs et les mononucléaires opaques. Ces derniers répondraient aux lymphocytes d'Ehrlich ; seuls, ils se rencontreraient dans la lymphe et, par suite, mériteraient bien cette appellation, traductrice de leurs origines. Dominici fait des distinctions plus nombreuses : il décrit, à côté du lymphocyte ordinaire à noyau assez fortement teinté, ponctué de grains de chromatine centraux et périphériques, à protoplasma légèrement basophile ou clair, des éléments identiques dont la seule marque spéciale est d'émettre des bourgeons protoplasmiques capables de se détacher. Il donne à ce stade physiologique l'individualité d'un type cellulaire défini : c'est la cellule mère de globulins. Puis, sous le nom de petite plasmazelle, il décrit une cellule à noyau très coloré et à protoplasme très basophile; sous celui de petit mononucléaire basophile, un élément à protoplasma homogène, très basophile mais dont le noyau est clair, presque dépourvu de chromatine. On sait qu'une même cellule, suivant l'état de sa nutrition, suivant le repos ou l'activité mitosique de son noyau, présente des variations considérables dans la teneur et la colorabilité de sa chromatine nucléaire; on sait d'autre part que les réactions colorantes du protoplasma peuvent varier pour le même élément, suivant les phases de son évolution; enfin, c'est une propriété très commune chez les leucocytes, que celle de semer dans les milieux ambiants de petits fragments de leur protoplasma. Dans ces conditions, il est permis de penser que la cellule mère de globulins, la jietite jjlasmazelle et le p)etit nucléaire basophile sont moins des types cellulaires véritables, jouissant d'une signification et d'une individualité propres que les aspects d'un même élément, variable, suivant l'évolution, la nutrition ou la dégénérescence.

Les microcytes ne sont pas phagocytes (Metchnikoff). Leur amiboïsme, nié par certains auteurs, semble restreint mais réel (Laguesse, Wolff, Hirschfeld); il est peut-être inconstant (.Jolly).

ANATOM[E GÉNÉRALE

Ils se rencontrent normalement clans le sang, la lymphe, la sérosité péritonéale, dans les formations lymphoïdes dilTuses ou cii"conscrites voisines des épithéliums, surtout digestifs, dans les ganglions lymphatiques, dans la rate, dans la moelle osseuse.

Dans le sang, sur 100 glohules hlancs, il y a 22 à 2'j microcytes (Khrlicli et Lazarus); Ouskoff en trouve 20 à 2S pour 100; Mathias Duval, 23 pour 100 ; Dumont, 28,') pour 100. — Ils sont plus nombreu.x chez les jeunes enfants ( Voïno-Oranski, Ehriich, Engel), plus rares chez les vieillards, k partir de 7^ ans et surtout de 1)0 ans (Soloviefl). — Ils augmentent pendant la lactation (Ostrogorskv), pendant la digestion (Rieder), après injection de pilocarpine (Waklstein, etc.), après la spiénectomie (Uskow, EmilianolT, Hartmann et Vaf[uez). Dans ce dernier cas, Koroholf les a vus diminuer. — Ils auguicn- Icnt sous rinflucnce dos causes morbides les plus diverses : lymphadénie, lymphomes malins (Ehriich, Karewski), tuberculinhémie (Grawitz), coqueluche (Meunier).

Ils diminuent après extirpation du pancréas d'Aselli (Rokitzkv, Tchigaiell); après extirpation de quelques groupes ganglionnaires importants, Ehriich et Reinbach en ont trouvé 0,0 pour 100 au lieu de 2,) pour 100. — Koroholf signale leur diminution après la ligature du canal thoracique ; Omelianski. après la section des vasomoteurs.

Ce sont les éléments les plus nomhreu.\ de la lymphe : Ilayem n'a trouvé dans la lymphe du tronc satellite de la carotide que des « mononucléaires opaques >>. Dans le canal thoracique du chien, sur 1.33 éléments, j'ai trouvé 128 microcytes. Après fixation par le sublimé, leur protoplasma se teignait bien par les couleurs acides. Ils prédominent aussi dans les voies caverneuses du ganglion lymphatique.

S'ils sont général(Mnenl considérés comme des éléments très jeunes, certains au contraire les regardent comme des éléments vieux, dégénéi'és, ayant perdu leur protoplasma.

Au point de vue de leurs relations avec les autres leucocytes, il est intéressant de noter que dans certaines circonstances pathologiques, ils peuvent, sans grandir davantage, se charger de granulations neutrophiles (Rieder). Ils deviennent alors les j)etits ps('w(()-l>ji»j)hoc>/les neulropliUi'>^ d'Ehrlich. De même, on trouve parfois dans le ganglion lymphatique normal des microcytes éosinophiles.

Rappelons encore qu'il n'y a pas de limites pi-écises, au point de vue de la taille, entre ces éléments et ceux que nous allons étudier sous le nom de niacrocytes.

Macrocytes

Sijn. : 2'- variété de Max Scluiltze, foniics gramles di^s inoiionurlcaires clairs et opaques d'Hayein; certains macrophages de iMetchnikolT; certaines cellules vacuolaires de Henaut et Lacroix; méi;alocytes de Dunionl; polyeidocytes de Darier; grands mononucléaires de Lihvit, Klirlich : grands lymphocytes de Denys, Engel; leucocytes niùrs et vieux d'OusUoll'; grandes cellules hyalines de (îulland.

Arrondis ou irrégulièrement ovalaircs, les macrocytes ont de lo h 17 a dans le sang; ils peuvent atteindre 30 à 40 dans les tissus. Ce sont les plus grands leucocytes. Le protoplasma des macrocytes est abondant et présente

[G. UELAMMŒ.]

LES LYMPHATIQUES

souvent des vacuoles. Il se colore plus faiblement que le noyau et paraît légèrement basophile (Elirlich). Le protoplasma des macrocytes observés dans les tissus (tissus lympboïdes) est ou très basopbile ou acidophile.

Le noyau est grand, arrondi ou presque quadrangulaire ; il se montre aussi réniforme, cordiforme, lobé en bissac. Il est parfois double et même triple. Ces cellules sont alors véritablement polynucléaires. Excentrique presque toujours, le noyau est assez pâle et présente un ou deux vrais nucléoles centraux et quelques grains de cbromatine; le réseau chromatinien, très délicat, disparaît facilement sur les pièces mal fixées. Il est bien évident qu'on ne saurait admettre avec Botkine que la forme et les dimensions de cette cellule sont uniquement le fait de l'altération artificielle d'un mononucléaire moyen.

Ehrlich sépare du grand mononucléaire les éléments dont le noyau est réniforme. Et, comme il trouve dans leur protoplasma quelques granulations neutrophiles, il les décrit sous le nom de formes intermédiaires aux leucocytes non granuleux à noyau arrondi et aux leucocytes granuleux à noyau polymorphe. On a remarqué que ces cellules intermédiaires étaient plus grandes que les polynucléaires, qu'elles étaient rares dans le sang. Par contre, Ehrlich n'admet pas d'intermédiaires entre ses lymphocytes et ses grands mononucléaires. Nous retrouvons ici encore les grands mononucléaires opaques et clairs d'Hayem. Les grands mononucléaires opaques ont toujours des dimensions inférieures à celles des mononucléaires clairs. Si pour Ilayem, il n'y a pas d'intermédiaires entre les clairs et les opaques, tous les intermédiaires existent entre les formes petites et grandes de chacune de ces deux séries.

Les macrocytes sont amiboïdes et très phagocytes. Ils phagocytent le bacille de Hansen, des globules rouges, des leucocytes, des particules de trisulfure d'arsenic (Besredka).

Ils existent dans le sang, la lymphe, la sérosité péritonéale, le tissu conjonctif, les formations lympboïdes, les ganglions lymphatiques, la rate, la moelle osseuse.

Dans le sang, Ehrlich, sur 100 leucocytes, compte : 1 grand mononucléaire et 2 à 4 formes de transition ; Dumont en trouve 1,5 pour 100 ; Hayem, 13 pour 100. Cette différence tient évidemment à ce que ces auteurs n'ont pas adopté la même limite de démarcation arbitraire entre les micro- et les macrocytes.

Dans la lymphe, Hayem n'a trouvé que des grands mononucléaires opaques. Dans celle du canal thoracique, Dominici a trouvé des macrophages, des myélocytes basopliiles. Dans le canal thoracique du chien, j'ai trouvé quelques macrocytes à noyau réniforme. Et j'ai vu d'assez nombreux macrocytes vacuolaires ou non, à protoplasma presque toujours acidophile dans les voies lymphatiques du ganglion normal de lapin. Ces éléments augmentent dans la leucémie, le mycosis fongoïde (Bensaude, Leredde), la malaria, après section des vasomoteurs (Omelianski),

ANATOMIK (lÉNÉRALr-:.

Cellules à grains neiitvophiles.

Sj/ii- ". varicir (le iMjix Si'liullze Ct (ril.'iyeiii ; Iciirncx le piilymiclcniie (iii niiiMix n noyau polymurplic ; riiii des iniciv]|iliai;cs de Mi'lcluiikdn': Iciii.'dcytc nIimix d'i lii^kull'; rcllule a liiios i;r;iiuilalioiis oxypliiles do Kaiitliack ot llaidy; iiiyélocylos neiitio])liilt's de Den^ï-.

( "if sonl des (.cl lu les il

;7. — (;olllllesà,^^aill^nmilnipliiles.

Ile Kl à \ 't \j. dans le sang iinrnial, sont facilcnicn (, rofonnaissables grâce à la grande polymorpliie de leiii's noyaux. Dans le sang de cerLains leucémiques el dans la moelle osseuse, il esl, des cellules plus grandes, à grains neutrophiles et à noyau arrondi ; c'est à celles-ci seulement qu'Ehrlich réserve le nom de myélocytes neutrophiles (mononucléaires neulrojiliiles). Anormalement encore, des cellules, petites comme les microcy tes, pos-

scd(>nt des grains neutro- ])liil('s (gloliules nains de Spilling, Hieder el .lolJy ; pidits pseudii-l\ iupliocytes neul niphiles d'Elirlich).

Le novau polvjnorplie est élrangh' en hissac. contourné de mille manières et plus ou ou moins comparable aux lettres E OSYZ. Souvent il est l'ormé de 2, 3 ou 4 masses arrondies ou stalactil'ormes reliées, en général, par des filaments chromatiniens si iins qu'ils sont presque imperceptibles. Ce novau est lour à tour monillfornie, é t( li lé, boiirgeonnan t.

Nous avons vu que des causes multiples semblaient présider à la genèse de ces l'oriues capricieuses. Sans rappeler ici toutes ces causes, nous nous bornerons à ajouter ([ue souvent, comme l'ont constaté Denys et .lolly, la forme annulaire, parfaite ou incomplète, tieni, non pas à une anomalie caryodiérétique, mais au sim])le rapprochement des extrémités libres d'un boudin nu cléa ire arciforme .

Ce novau possède un réseau de ciiromatine fort dense: il se colon» en verdàlre ou en noir ])leu par le triacide.

Le novau unique (myélocyte ou mononucléaire neuirophile d'Llirlich) est grand et perforé de trous qui laissent voir les granulations cytoplasmiques.

Le protoplasma, très réfringent, se colore bien eicane. par les colorants acides (Ehrlich). Il est ])arsemé

de fines granulations qui se teintent en violet jiar le triacide (mélange de vert de niétbvli\ d'orange et de fuchsine acide). C>e sont les granulations dites

Fio. .j:i8. — Noyaux aiiniilaiies et seini-annulaiies : ceux de la première langée paraissent explicables par une anomalie de la caryocinèse (disposition en couronne des chromosomes); ceux de la deuxième rangée seinhlent explicables par une fragmentation incomplète; les autres tiennent au rapprochement des deux extrémités libres du bnvau nu-

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