CHAPITRE IV
SYSTÈME VEINEUX
Par A. CiiARi'V
CONSIDERATIONS GENERALES
Définition. — Les veines sonldes vaisseaux qui lainèneuL le sang de la périphérie au ciTur.
I^lles se distinguent, des artères par une série de caractères, dont les principaux sont : la minceur de leur paroi, qui leur permet de transparaître sous la peau avec une teinte bleuâtre : celle-ci est due à la fluorescence que présente la paroi blanche appliquée sur le fond obscur du sang ; — leur dépressibililé, allant jusqu'à TelTacement complet, et leur dilatabilité par laquelle le volume du vaisseau peut être doublé et même quadruplé ; — la rareté des ramifications régulières et indépendantes, qui sont typiques dans le svsième artériel ; — la fréquence extrême des anastomoses, même entre les grosses branches, avec toutes les conséquences qui en résultent, réseaux, plexus, formations insulaires, cercles veineux, canaux de sûreté, toutes choses presque particulières aux veines; — la présence de valvules ou soupapes ; — le type musculaire longitudinal que présente souvent leur paroi ; — la situation superficielle, sous-culanéé, d'un grand nombre d'entre elles ; — enlln leur variabilité considérable qui fait que pour beaucoup on a de la peine à fixer un type normal.
S'il est vrai, comme le soutient Bardieben, ({u'originairement chez l'embryon toutes les veines sont régulièrement valvulées comme les vaisseaux lymphatiques et possèdent une branche alTérente pour cha(|ue paire valvulaire, on aurait dans cette disposition une distinction morphologique capitale d'avec les artères, et le type veineux pourrait être ainsi défini : une veine est une summe de segments, originellement identiques, qui se composent chacun d'une pièce cylindrique dilatée en cône (>inus) au niveau de la valvule, percée d'un orifice de branche vei- Fig. neuse et munie d'une paire de valvules. veineux typique.
Schéma.
Disposition. — Le système veineux est disposé en forme d'arbre, ou plus schématiquement sous la forme d'un cône dont le sommet est au cœur, tandis que la base est adossée à celle du cone artériel et lui est unie par les vaisseaux capillaires. De même ([ue pour le système artériel, on distingue un système veineux pulmonaire ou de la petite circulation, qui correspond à l'artère pulmonaire ; il s'étend des poumons au cœur gauche et contient du sang rouge; et un s>/stème veineux général ou de la grande
Serment
SYSTÈME VEINEUX
circulation qui correspond à l'aorte ; il est disposé eiitre les autres organes et le cœur droit, et renferme du sang noir.
A son tour le système général comprend trois systèmes ou cônes différents : 1» le système des veines du cœur ; 2° le système de la veine cave supérieure ; 3" le système de la veine cave inférieure. Tous les trois aboutissent à l'oreillette droite. I^es deux systèmes caves sont infiniment plus vastes que celui des vaisseaux du cœur ; ils se partagent la presque totalité du corps, et le diaphragme qui les sépare et divise le corps en deux moitiés représente assez exactement la limite de leur territoire. Il y a donc un territoire sus-diaphragmatique ou de la veine cave supérieure, et un territoire sous-diaphragmatique ou de la veine cave inférieure, division anatomique qui donne quelque fondement, suivant la remarque de Bicliat, aux ditîérences que peuvent présenter certaines maladies selon la moitié du corps qu'elles affectent.
C'est au système cave inférieur que se rattachent deux appareils veineux qui présentent une certaine indépendance, le système de la veine ombilicale qui est particulier au fœtus, et le système porte qui embrasse les veines de l'intestin et de ses annexes.
Forme. — Les veines sont des canaux cylindriques, quand ils sont pleins ; vides ou peu remplies, elles s'aplatissent et présentent une section elliptique. Examinées sur une certaine longueur, elles sont coniques, à base regardant le cœur ; cette forme est souvent moins accentuée que pour les artères, car des veines, telles que la saphène, peuvent conserver le même calibre sur un long trajet. Fortement distendues, elles sont irrégulièrement moniliformes ou noueuses, la présence des valvules se caractérisant par un étranglement suivi d'une dilatation.
Les veinules sont souvent flexueuses ; mais les grosses veines sont rlbtilignes, et même chez les vieillards leurs sinuosités sont toujours peu accentuées. Un grand nombre d'artères sont au contraire remarquables par leurs flexuosités ; il suffit de citer celles de la verge, de l'utérus, la splénique, beaucoup d'artères de la face, l'ophlhalmique, l'occipitale, la temporale, et même les gros troncs de l'aorte et de l'artère pulmonaire incurvés en arc à leur origine. La flexuosité d'une branche veineuse importante est presque toujours le signe d'un état pathologique, l'état variqueux.
Nombre. — Les veines sont beaucoup plus nombreuses que les artères. Il y a deux veines caves pour une aorte ; quatre veines pulmonaires pour l'artère correspondante. Non seulement le plus grand nombre des artères sont accompagnées par une ou plusieurs veines ; mais il existe en plus tout un système de veines superficielles, sous-cutanées, qui ne correspondent pas à des branches artérielles. On estime que le nombre des veines est en moyenne le double de celui des artères.
En règle générale, dans les paquets vasculaires, il y a deux veines pour une artère. Tel est notamment le cas des veines des membres dans leur segment distal, des veines des muscles, de la langue, des tissus fibreux. Mais cette règle comporte d'importantes exceptions. — 1 " Il n'y a qu'une veine pour une artère, dans la partie proximale des membres, là où les vaisseaux ont un gros volume, c'est-à-dire à partir du genou pour le membre inférieur, de l'aisselle pour le
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iiipiiibre supérieur. Il en est de même du cou, des vaisseaux intercostaux et lombaires et de la jiliiparl des I)ranclies, sinon du tronc, des vaisseaux des viscères, tels que ceux du cœur, du rein, du poumon, du corps thyroïde, de Tinleslin. 2° 11 peut y avoir deux ou plusieurs artères pour une seule veine ; ainsi la veine de la capsule surrénale, de la verge, du cordon ombilical, est unique, et accompagnée de deux artères.
Volume. — Le système veineux est conformé comme un arbre; le volume (olal de ses branches périphériques réunies est supérieur à celui du tronc terminal. Il subit donc une diminution de calibre, de son origine dans les capillaires h son embouchure dans le cœur, c'est-à-dire dans le sens du courant sanguin ; celui-ci progresse d'un espace plus large vers un espace plus restreint, condition mécanique qui accélère la vitesse du courant. Comparé à celui du système artériel, ce volume est le double {Haller, Sappey), et de fait les veines du cadavre contiennent en plus du sang veineux tout le sang des artères ; le cœur droit à son tour a une capacité supérieure de 1/10 et quelquefois de 1/3 à celle du cœur gauche. La vitesse du sang noir est, dans les mêmes proportions, moins grande que celle du sang rouge.
11 y a de grandes variations individuelles dans le volume absolu des veines. Elles sont ordinairement grêles chez les sujets gras, volumineuses chez les sujets musclés. A l'état normal, elles ne sont qu'à l'état de demi-réplélion, et les injections cadavériques nous en présentent une fausse idée, en leur donnant un diamètre qui peut être le quadruple de celui de l'artère satellite. C'est ce que l'on voit surtout pour la veine jugulaire interne et certaines veines superficielles. Mais normalement aussi ce volume est variable ; il est dans l'essence même du svstème veineux de se prêter à des dilatations locales, temporaires, comme on l'observe dans les veines sous-cutanées pendant la contraction musculaire, dans les veines du cou pendant l'effort. Le froid efface les veines, la chaleur les gonlle ; l'attitude élevée ou pendante d'un membre produit le même effet.
Propriétés physiques. — La densité de la paroi des veines paraît être égale à celle des artères et voisine de 1 .OoOi Je trouve dans Wertheim pour les jugulaires, saphène et fémorale les chiffres de l.Oio; 1.048; 1.0S5.
L'extensibilité des veines est très grande dans le sens transversal. Elle peut quintupler leur diamètre, alors qu'elle double seulement celui des artères. Cette propriété se manifeste avec évidence soit pendant la vie quand on applique une ligature sur un membre, soit sur le cadavre que l'on injecte. Elle permet aux veines de fonctionner à certains moments comme réservoirs de décharge. — La ténacité ou force de cohésion, envisagée comme résistance à la rupture par traction, est à peu près égale à celle des artères, dans certains cas un peu supérieure. La résistance à l'éclatement par distension est considérable. — L'élasticité est inférieure à celle de beaucoup d'autres tissus organiques ; elle est sensiblement moindre que celle des artères et des muscles.
Valvules. — Les valvules sont des replis membraneux (jui cloisonnent l'intérieur des veines et fonctionnent à la façon de soupapes.
Elles sont ordinairement doubles et opposées, et forment une paire valvulaire. La forme de chacune des valves rappelle celle des valvules sigmoïdes de
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l'aorte. Elle est semilunaire et présente : un bord adhérent à la paroi interne, épais, convexe à contour parabolique comme l'ongle, c'est le bourrelet ; un bord libre, mince, placé à un niveau plus rapproché du cœur, droit ou concave, sans nodule ; deux faces libres, l'une axiale ou distale, convexe, qui regarde l'axe de la veine et l'extrémité du membre, l'autre pariétale ou proximale, concave, en nid de pigeon, tournée vers la paroi du vaisseau et du côté du cœur. Les extrémités du croissant forment les cornes de la valvule. L'espace creux
circonscrit par la valve est la cavité ou poche valvulaire. Enfin au-dessus du bord adhérent, la paroi veineuse présente un amincissement et une dilatation qui font vis-à-vis à la facepariétale de lavalvule ; cette dilatation complète la cavité valvulaire et se traduit à l'extérieur par un renflement noueux ; elle porte le nom de sinus de la veine.
Au point de vue de leur situation, on distingue les valvules en pariétales et ostiales. Les valvules ^^arïétales siègent sur le trajet du vaisseau, le plus souvent au-dessousdel'embouchure d'une branche afférente ; elles sont de beaucoup les plus nombreuses. Les valvules ostiales ou terminales occupent l'oriQce d'abouchement d'une veine dans une autre, c'est-à-dire l'angle
saillant ou éperon qui marque la réunion des deux vaisseaux ; elles sont plus rares, et souvent atypiques comme forme ou comme nombre.
Le nombre des valvules varie considérablement d'une veine à l'autre, et pour une même veine il ne présente jamais un chiffre fixe. Il est en rapport inverse avec le calibre du vaisseau ; les gros vaisseaux du tronc et du cou n'ont presque pas de valvules ; une fémorale n'en a que quatre ou cinq, alors qu'on en compte jusqu'à quinze sur une tibiale postérieure. Il est plus considérable dans les veines profondes que dans les veines sous-cutanées ; la saphène externe possède environ dix valvules, la saphène interne quinze, lacéphalique huit. Beaucoup de veines sont complètement avalvulaires ; on en trouvera la liste plus loin.
Fig. 455. — Valvules des veines.
La fig. A montre en bas des valvules pariétales, en haut des valvules ostiales, sur une veine ouverte et étalée.
En B, coupe longitudinale d'une veine remplie par une injection de gélatine ; valvules adossées.
En C, atrophie valvulaire; valvule réduite à son bourrelet.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Il est certain que chez reiifaiit les valvules sont plus nombreuses. On a des raisons de penser qu'au début de leur formation les veines sont régulièrement valvulées comme les vaisseaux lymphatiques, et que des orteils au pli de l'aine, une veine possède au moins 120 valvules. Dès les premiers mois embryonnaires l'atrophie frappe un grand nombre de valvules; la plupart ont déjà disparu à la naissance, et ce phénomène de régression continue pendant toute la vie. La valvule passe par les phases de l'insuffisance, puis de la rupture ou de la perforation, et enfin de la disparition de ses feuillets. Les vestiges de ces anciennes valvules ne se reconnaissent plus ([n'a un bourrelet dur, qui se détache sui' la face interne de la veine, au-dessous de la paroi amincie du sinus. Le bourrelet peut s'effacera son tour. \j'atroj)]ne valviilaire est un fait constant, mais très variable suivant les sujets et même d'un côté à l'autre ; il est sans doute inlluencé par la race, l'hérédité, les prédispositions morbides, et doit compter comme facteur important dans la prédisposition aux varices.
Les valvulesdes veines fonctionnent comme celles de l'aorte. La colonne sanguine qui presse sur leur face axiale ou périphérique les relève en les rabattant contre la paroi du vaisseau, et passe par l'orifice béant, puis l'onde en retour écarte les valves de la paroi en pressant contre leur face pariétale ou centrale, abaisse la valvule et distend la cavité valvulaire. Les deux valves sont tendues obliquement; elles se juxtaposent par leurs lèvres et même s'adossent par une partie de leur face convexe ; la lumière du vaisseau est interceptée. Un grand nombre de valvules sont si résistantes, malgré leur minceur, et s'appliquent si exactement l'une contre l'autre, qu'on ne peut les forcer avec des injections poussées violemment. Elles s'opposent dans les membres à l'injection à contre-courant. — A côté des valvules suffisantes, il faut indiquer les valvules iiisuffisantes, qui laissent passer une plus ou moins grande partie du sang ou du liquide injecté. Il est des valvules qui ne deviennent insuffisantes que chez le vieillard, par atrophie sénile; d'autres qui le sont dès l'enfance, comme celles des veines du cœur ou des jugulaires, par suite de la régression précoce dont nous avons parlé.
Les valvules sont des soupapes contre le rellux. Comme telles, elles favorisent la progression du sang et dirigent le courant dans des sens déterminés.
Origine et terminaison. — Les veines ont pour origine le réseau capillaire qui par son autre pôle reçoit la terminaison des artères. On range aujourd'hui parmi les veines tous les petits vaisseauxqui,naissantdes capillaires, présentent dans leur paroi des fibres musculaires ctquc llobin considérait autrefois comme des capillaires veineux ; ces veinules peuvent avoir un diamètre de 0 mm. 02. Dans certains tissus, comme le tissu érectile, les veines naissent de capillaires transformés en vastes aréoles.
Le système veineux se termine dans le cœur. La presque totalité des veines débouche dans le cœur droit et plus spécialement dans l'oreillette droite par les deux veines caves, la veine coronaire et les petites veines du cœur ; un nombre infime de veinules s'ouvrent dans le cœur gauche par les veines de Thebesius. Certaines veines, comme la veine porte, n'arrivent au cœur qu'après avoir traversé un réseau capillaire interposé sur leur parcours.
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Trajet. — Les veines commencentpardes réseaux de veinules dans l'intérieur des organes, puis par convergence progressive se constituent en rameaux, en branches et en troncs. Les formations insulaires, c'est-à-dire le dédoublement local d'une branche vasculaire circonscrivant un îlot, sont fréquentes dans le système veineux; on en observe notamment sur la saphène interne au niveau du genou. Les îlots sont quelquefois très petits, réduits à une fente par laquelle peut passer un nerf qui semble avoir perforé le vaisseau lui-même.
Au point de vue de leur situation, on distingue les veines en v. profondes et v. superficielles.
Les veines profondes sont elles-mêmes de deux espèces. Les unes sont des veines solitaires, qui suivent un trajet indépendant, et surtout ne sont pas accompagnées par une artère semblable; telles sont l'azygos, les v. sus-hépatiques, les sinus crâniens. Les autres, beaucoup plus nombreuses^ sont dites satellites ou comita)ites. Il y a des veines satellites des nerfs, des conduits excréteurs ; mais le type habituel nous est fourni par les veines satellites des artères. On compte le plus souvent deux veines pour une artère, ou inversement, ou une seule veine pour une artère. D'après Bardleben, toutes les artères, à l'exception des artères viscérales, ont en principe et originellement deux veines satellites. Seulement une des deux veines peut s'atrophier dans le cours du développement; tantôt elle disparaît complètement, comme il arrive pour les veines cardiaques, les veines intercostales, qui restent doubles chez beaucoup d'animaux ; tantôt elle persiste à Létat rudimentaire, comme on le voit pour les artères sous-clavière, fémorale, carotides externe et interne, maxillaire interne, qui possèdent deux veines comitantes dont une très petite est devenue méconnaissable.
Les veines superficielles ou sous-cutanées forment sur la surface du corps un vaste système, apparent surtout sur les membres, le cou et la verge, et situé tantôt dans le tissu cellulaire sous-cutané, entre le fascia superficialis et l'aponévrose, comme est la saphène interne, tantôt par-dessus le fascia, comme on l'observe pour les veines du pli du coude. Un certain nombre de veines sous-muqueuses, les ranines entre autres, méritent d'être classées dans le système veineux superficiel.
Les veines superficielles ne sont pas seulement des vaisseaux tégumentaires affectés à la circulation de la peau ; elles constituént surtout, sinon originellement, au moins dans leur forme acquise, un système collatéral ou voie de décharge, auxiliaire de la circulation profonde. Elles permettent à un moment donné l'évacuation rapide des veines engorgées, principalement des veines intra-musculaires pendant la contraction des muscles ; de là leur gros volume chez les individus très musclés, l'accélération du jet de la saignée par les mouvements de la main.
D'après Bardleben, la distinction entre les veines superficielles et profondes serait capitale. Les veines superficielles apparaissent les premières chez l'embryon et sont d'abord l'unique voie, puis la principale voie de retour du sang veineux ; ce sont des veines 'primitives ou primaires. Elles sont toujours solitaires, c'est-à-dire sans artères comitantes; leurs valvules subissent plutôt et en plus grand nombre le phénomène de l'atrophie régressive. Les veines profondes, apparues plus tardivement, sont des veines secondaires ; elles sont
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toujours au début des veines satellites d'artères; leurs valvules persistent en plus grand nombre.
Les veines superficielles occupent de préférence les surfaces libres et évitent en quelque sorte les surfaces d'appui, exposées aux pressions. C'est ainsi que sur le membre supérieur, et ces réflexions s'appliquent au membre inférieur, elles se placent sur la face dorsale de la main et des doigts, et émigrent au poignet sur la face palmaire de l'avant-bras et du bras; elles sont rares sur la nuque, le dos et les fesses, malgré les vastes surfaces que présentent ces régions. — Les veines profondes des membres ont pour siège d'élection, suivant la remarque de Braune, le plan de flexion et les plis articulaires. On les observesur les faces plantaire et palmaire, la face antérieure de l'avant-bras et du bras, la face postérieure de la jambe, antérieure de la cuisse. Braune a insisté principalement sur le rôle des plis de flexion ou plis articulaires, tels que le creux poplité, le pli de l'aine, le pli du coude, l'aisselle. Ce sont des confluents veineux. Les veines y alTectent une disposition convergente; de nombreuses branches périphériiiues accourent vers le tronc principal pour s'y déverser. Or dans les mouvements d'extension, la tension de l'aponévrose a pour efl'et d'allonn^er les veines "ràce à leur élasticité et de créer autour d'elles une sorte
de vide qui diminue leur pression extérieure; celte double condition favorise puissamment le cours du sang veineux. Les creux articulaires ou de flexion sont ainsi assimilables à la cavité thoracique, par ce mécanisme de la formation du vide et de l'appel du sang veineux qui en est la conséquence ; le sang s'y accumule dans la flexion et s'y vide dans l'extension. Braune les appelle des appareils de succion ou d'aspiration.
Rapports. — Les veines contractent avec les organes voisins des rapports qui présentent certains caractères généraux. Elles sont surtout en contiguïté avec les artères, les nerfs et les vaisseaux lymphatiques, et forment fréquemment avec ces organes un cordon uniipie qui prend le nom de •paquet vasculo-nevveux.
Nous avons vu qu'un grand nombre de veines cheminent [)arallèlement à Vartère et à côté d'elle, et constituent ses veines satellites. Mais s'il est des veines qui touchent leur artère au point de l'enlacer, comme on le voit pour les tibiales, les radiales... il en est d'autres qui se tiennent à une certainedistance, et n'ont pas un trajet identi(jue ; telle est la veine faciale qui suit la corde d'un arc représenté par l'artère, la veine sous-clavière qui est séparée du vaisseau artériel par le muscle scalène antérieur. On a vainement cherché à trouver une loi de position indiquant l'orientation réciproque des deux espèces de vaisseaux ; les formules de Serres, de Malgaigne, de Richet, sont fautives. Je me contenterai de dire que les veines du cou et de la face (jugulaire interne et faciale) sont en dehors des artères correspondantes, tandis que les troncs veineux uniques de la racine des membres (fémorale, iliaque externe, axillaire et sous-clavière) sont en dedans de leurs artères. Au-dessous, c'est-à-dire vers la périphérie, les veines liumérale, radiale, cubitale, libiale, étant doubles, présentent une branche en dehors et l'autre en dedans de l'artère.
Les rapports des veines avec les nerfs sont moins étroits qu'avec les artères. Bardieben a bien indiqué que la plupart des nerfs crâniens et rachidiens possè-
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dent une ou deux veines satellites ; mais il s'agit presque toujours de veinules, et la même veine ne se prolonge que sur un segment assez court du tronc nerveux, d'autres veines émanées de brandies voisines venant successivement assurer la circulation de retour dans le nerf. Les exemples de l'artère sous-clavière, de l'humérale, de la fémorale, nous montrent que les nerfs sont plutôt satellites des artères que des veines ; il en est de même pour le nerf pneumogastrique qui, dans son trajet cervical, suit les variations detrajet de lacarotide primitive et non de la jugulaire interne. Le passage de branches nerveuses à travers les boutonnières veineuses, ou l'enlacement des veines par les nerfs au pli du coude, ne sont que des faits isolés.
Lesvaisseaux lymphatiques sont au contraireplus intimement associés aux veines qu'aux artères dans un grand nombre de régions. Ainsi les veines jugulaire interne, sous-clavière, iliaques et autres, sont enlacées par des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, et pour les veines superficielles, c'est encore sur leur trajet que se disposent les ganglions et les principaux vaisseaux de la lymphe.
Selon Bardleben, les conduits excréteurs, le canal deSténon, l'uretère, le canal cholédoque, ont deux veines satellites. Mais celte disposition originelle disparaît bientôt devant l'arrangement plexiforme que prennent les veines des conduits.
Dans certaines régions, les aponévroses et les tissus fibreux analogues exercent une influence importante sur les veines voisines. Elles déterminent la béance permanente ou temporaire de ces vaisseaux et favorisent puissamment la circulation du sang noir, par la tendance au vide et l'appel centripète qui sont la conséquence de cette dilatation des veines; ce sont aussi des conditions défavorables pour les plaies qui intéressent ces vaisseaux, car elles exposent aux hémorrhagies, à l'absorption des matières septiquès et à l'entrée de l'air dans les veines. Tous les gros troncs veineux de la base du cou sont encastrés dans les aponévroses qu'ils traversent, aponévrose cervicale moyenne, aponévrose du sous-clavier, ligaments péricardiques supérieurs ; ils sont béants sur la coupe et cette béance augmente à chaque mouvement inspiratoire. Par une disposition analogue, à côté des veines du cou, on range encore dans les veinesbéantes : les sinus du crâne et d'une partie des vertèbres, les veines diploïques, les veines vertébrales, les veines sus-hépatiques, les sinus utérins, les sinus prostatiques. C'est même un phénomène plus général qu'on ne le croyait. Dans les creux articulaires (creux poplité, aine, aisselle, coude, fosse ptérygoïdienne) la tension des aponévroses provoquée par les mouvements d'extension des membre dilate les veines sous-jacentes et diminue la pression extérieure, celle de leur milieu ; une béance temporaire est produite et le sang veineux est appelé vers le cœur. Ce sont les appareils d'aspiration de Braune. Bien avant lui, Maissiat (Etudes de pjiysique, 1843) avait montré que sous la peau la pression est négative dans les points concaves, dans l'aine quand la cuisse est portée en arrière, dans l'aisselle quand le bras est élevé, ainsi que le prouve d'ailleurs la pénétration de l'air en cas de blessure; les vaisseaux y sont contenus dans des milieux négatifs.
Enfin, et bien que ceci se rapporte plutôt à leur structure, toutes les veines qui ne sont pas intra-viscérales, c'est-à-dire contenues dans l'épaisseur d'un
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organe, possèdent, comme les artères, une gaine rrtSCi(7«</'C conjonctive. Celle gaine existe sur les petites veines comme sur les grosses, sur celles du mésentère ou du cœur comme sur celles des membres; elle ne fait défaut que sur les sinus ou formations analogues. Elle se constitue par la condensation du tissu cnlliilaire dans lequel se meut la veine, et prend, suivant les cas, suivant surtout la grosseur et fextériorilé du tronc veineux, un aspect lamelleux ou fibreux, et la forme d'un étui assez résistant pour pouvoir être injecté à la gélatine. Dans les cordons vasculo nerveux du cou et des membres, on observe ordinairement trois étuis accolés et soudés, comme un triple canon de fusil, un pour l'artère, un ou deux pour la ou les veines satellites, un pour le nerf. Les veines ne sont donc ]ias au contact immédiat des artèresni des l3 mphatiques. Ces gaines sont à leur tour tanbjt libres, lanh'il ratltacbées aux aj)onévroses voisines. J">lles servent d'organe de lixalion et de protection aux vaisseaux qu'elles contiennent.
(Voy. Bize. Les Gaines vasculaires, Th. de Toulouse, 18'J6) — el un dessin aux Généralités des Nerfs péripliériqucs).
Anastomoses. — Les anastomoses sont une des caracléristi(jues du système veineux. Tandis ([ue dans le système artériel, à quelques exceptions près comme les mésentériques, elles sont relativement rares et peuvent élre comptées et classées, dans le système veineux elles se font remarquer par leur fréquence et leur universalité. De là la difficulté de délimiter des districts vasculaires, des territoires circonscrits ; de là aussi l'innoctiité de la ligature même de gros troncs veineux, A peine peut-on citer quelques veines parencbymateuses, telles que celles des centres nerveux, de la rate, de la rétine, correspondant à des artères terminales, qui soient indépendantes des branches voisines. Même les grandssystèmessont uniscntreeuxpar des communications normales, les veines pulmonaires avec celles du système général, les veines du ca>ur avec la veine cave supérieure, la veine porte avec la veine cave inférieure, les deux veines caves entre elles par l'azygos. Les gros troncs de chaque système ne sont point la voie uni(iue et nécessaire du retour du sang veineux ; on peutlier lesquatre jugulaires, l'axillaire ou la sous-clavière, la fémorale, même la veine cave inférieure, sans déterminer la gangrène des membres d'où elles proviennent, au moins dans la majorité des cas. Ces anastomoses augmentent cà mesure que des troncs on descend aux branches, et de celles-ci aux rameaux ; la fréquence des communications devient telle que les rameaux se disposent en réseaux, comme on le voit si nettement pour toutes les veines sous-cutanées. Enfin les veines superficielles sont largement uniés aux veines profondes, de façon que ces deux systèmes puissent se suppléer mutuellement.
La forme des réseaux n'est point indifférente ; elle est dêlerniinée par le sens même de la circulation. Les réseaux à mailles rondes ou carrées se remplissent et se vident par toute leur périphérie ; on les voit surtout sur le tronc. Les réseaux à mailles allongées, comme ils se présentent ordinairement sur les membres, indiquent que le sang circule dans le sens de leur grand axe et ont en quelque sorte deux pôles, un d'entrée el un de sortie.
Tous les types d'anastomoses sont représentés : l'inosculalion, la convergence et l'anastomose latérale tantôt transversale, constituant alors des arcades ou
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des échelles, tantôt longitudinale comme dans les canaux collatéraux. Les arcades s'observent nettement dans l'intestin, sur le dos du pied et do la main et sur la ligne médiane du corps(arcade des frontales, des jugulaires antérieures, des veines péniennes, des sinus crâniens et rachidiens). Le type scalariforme, en échelle, est celui des veines doubles et satellites.
Parmi les formes spéciales qui dérivent de ces anastomoses, il faut citer les plexus, les canaux collatéraux ou de sûreté et les cercles de Braune.
1" Plexus veineux. — Les plexus sont des réseaux serrés à mailles étroites et irrégulières. On les observe de préférence sur les veines profondes. Ils ont ordinairement plusieurs vaisseaux émissaires qui assurent leur évacuation. Ils sont très nombreux et peuvent se composer même de veines de fort calibre. On les rencontre surtout dans les organes génito-urinaires, les orifices naturels, lèvre, paupière, anus, les conduits excréteurs, Slénon, urèthre, canal lacrymal, la cavité rachidienne, le diploé des os, les extrémités des organes, pulpe
des doigts, lobule du nez. Ce sont des réservoirs sanguins qui ont probablement des fonctions multiples se rapportant à la décharge des voies principales, à la calorification des organes, à leur turgescence, ou même à l'occlusion de certaines cavités,
2° Canaux collatéraux ou de sûreté.
— Un canal collatéral est une branche veineuse qui marche parallèlement aune veine plus importante et communique avec elle à ses deux extrémités. Tantôt elle naît de cette veine et s'y termine; il semble qu'on a alors affaire à un dédoublement du tronc vasculaire en branches inégales ; tantôt elle naît d'une veine et se termine dans une autre, mais communique toujours à ses deux extrémités avec la veine satellite, forme qui rentre dans le cas des anastomoses longitudinales. La veine azygos qui marche parallèlement aux deux veines caves et les réunit l'une à l'autre est le plus gros des canaux collatéraux. Verneuil, qui les a signalés particulièrement à l'attention des anatomistes, les a appelés canaux de sûreté ; on les désigne aussi quelquefois sous le nom de canaux de Verneuil.
Dans sa forme la plus simple et la plus typique (A fig. 466), le canal de sûreté s'ouvre dans la même veine par ses deux extrémités ; il s'étend d'un segment à un autre de cette veine ; mais jamais ne reste limité au même segment, le mot segment signifiant un tronçon avec sa paire valvulaire. Chacun de ses
Fig