SS
Thebesiiis sont de deux ordres. Les unes sont les I)ranclies directes des grosses veines superficielles sous-péricardiques, dont elles constituent une voie dérivative ou de sûreté; les autres sont les branches elïérentes de réseaux capillaires endocardirjnes ou intra- musculaires. Ces réseaux ont une double voie d'écoulement, une à l'extérieur j)ar les radicules des veines coronaires ou des petites veines du cœur, l'autre à l'intérieur par les veines de Thebesius, disposition qui est surtout marquée dans les muscles [tapillaires et dans la cloison inter auriculaire. Il est probable, comme le pensait déjà Tbebesius, que les vcn.e miiiim.'n servent à faciliter l'écoulement du sang veineux dans les couches jtrol'ondes des parois du cœur; la contraction de ces parois pendant la systole exprime le sang des réseaux capillaires et le chasse à l'extérieur dans les veines coronaires, à l'intérieur dans les veines de Thebesius et les pores de V' ieussens.
Injeclion. — L'insufflsaiico habilucllc des valvules oslialcs ut notamment de celle de Tiiobesius fait que toute injection (jui arrive dans rorcilletie droite s'engage dans les veines cardiaques. On peut donc pousser l'injection par la veine cave supérieure ou ses branches, après ou sans ligature de la veine cave intérieure, et réciproquement. Sur le cœur extrait, on liera les deux veines caves et l'artère pulmonaire, et on engagera la canule soit dans un trou pratii]ué à la paroi de l'oreillette droite, soit dans l'emboucliure même de la grande veine coronaire. Les anastomoses nombreuses permettent à l'injection de passer de la grande veine dans les petites veines du coMir. Si la pièce n'est pas fraîche, il se produit presque constamment des ruptures.
/{apjjor/ nuini'riqiie. — Si l'on tient compte seulement de la veine principale, il n'y a qu'une veine pour deux artères, les deux artères coronaires ; avec l'adjonction des ]ietitos veines cartliaques, le rapport numérique des troncs est en faveur des veines. En réalité, ici comme au pouriion, il y a une veine pour une artère, soit i|ue l'on considère les branches de distribution. i[ui nous montrent deux vaisseaux réciproquement satellites, la présence de deux veines, dont une plus petite, étant exceptionnelle, soit même que l'on regarde les branches principales; car l'artère coronaire droite, sans veine comitante typique, est accompagnée dans sa partie liorizontale par la petite veine coronaire inconstante, et dans sa pai'tie verticale par une veine originellement indépendante, la veine médiane ou ventriculaire postérieure.
S iii>is coronaire. — Voi-la\ appelait s//h<s ro/'o/frt/re la grande veine coronaire tout entière, et Winslow, Gruveilhier, sa portion transversale seulement. C'est Reid (1839) qui a limité ce nom à la portion terminale et musculaire de la veine coronaire, et c'est J. Marshall (1850) qui a montré sa dérivation de la veine cave supérieure gauche et par celle-ci du conduit de Cuvier. Il a fait voir que, chez l'homme et chez les mammifères, la veine cave gauche embryonnaire se transforme en trois parties : une supérieure, oux erto, qui est la veine intercostale supérieure gauche; une moyenne, fermée, réduite à un cordon fibreux contenu dans le pli vestigial du péricarde; une inférieure, ouverte, qui devient la veine oblique de l'oreillette gauche et le sinus coronaire. Ce sinus est donc une formation indépendante, auquel aboutissent pres((ue toutes les veines du cn-ur qui ne s'ouvrent pas directement dans l'oreillette, et logiquement c'est par lui qu'on devrait, à l'exemple do llenle, commencer la description des veines cardiaques. On doit à W. Gruber, qui l'appelle le s/nus communis, une étude complète du sinus coronaire, portant sur cent trente cœurs d'hommes et cinquante cœurs de mammifères représentant vingt genres différents (\V. Gruber, Uber den Sinus comniunis und die Valnilœ der Venœ rardiaco'. — Mém. de l'Acad. des Se. de Saint-Pétersbourg, t. VII, 1864).
En raison même de son origine, le sinus coronaire est plus mawjué sur le nouveau-né que chez l'adulte. Chez le nouveau-né, il est presque toujours séparé de la veine coronaire par un étranglement extérieur qui correspond àla valvule de Vieussens, Chez l'adulte, son calibre va croissant de son origine à sa terminaison ; sa dilatation est indistincte dans un (juart des cas. Il existe et se comporte chez les manunifères comme chez l'homme.
Il reçoit : constamment, la grande veine coronaire et la veine oblique de l'oreillette gauche ; presque constamment, la veine médiane ou interventricul. postérieure : ordinairement, la veine postérieure du ventricule gauche : quelquefois, la veine du bord gauche du cii'ur ; le plus souvent, la petite coronaire, et un nombre indéterminé et inconstant de veines accessoires et de veines profondes du cœur gauche.
SYSTÈME VEINEUX
Valvules des ce/iies du cœur. — Les anatomistes (iu siècle dernier, Vioussens.Tliebesius, Lancisi, Morgagni, connaissaient les valvules des veines coronaires. Niées à tort, puis oubliées, elles ont été remises en lumière par Liischka; Gruber {lieu cité) leur a consacré une étude approfondie. Elles n'existent pas dans les petites branches, ni sur le trajet même des troncs et des branches moyennes, mais uniquement au débouché de veines afférentes ; elles sont donc toujours ostiales. 11 n'y en a pas à l'orifice de la veine oblique de l'oreillette, et elles ne se rencontrent que très rarement à l'orifice de la veine du bord gauche et de la petite coronaire,
La valvule de Vieussens, découverte par cet analomiste qui lui consacre à peine quelques lignes, siège au débouché de la grande veine coronaire dans le sinus. Elle manque 22 fois sur 100 ; 2 fois ce n'est qu'un liseré ; 46 fois elle était unique et 31 fois paire. Dans certains cas de valvule unique, mais large et forte, ou de valvules paires, la veine coronaire est complètement imperméable à l'injection ou à l'insufflation. Elle existait chez les trois quarts des mammifères examinés par Gruber ; chez le phoque, il y a six paires de valvules de Vieussens.
La valvule de Thebesius a été, en réalité, découverte par Eustachi. Ses variations sont nombreuses. On a vu une paire valvulaire complète. .5 fois sur 100, elle manque complètement comme chez quelques animaux : 7 fois sur 100, ce n'est qu'un simple liseré musculo tendineux, ce qui est le cas normal du chien. Fréquemment elle est fenêtrée, réticulée, en forme de pont à une ou plusieurs travées : cet état serait plus fréquent chez les vieillards. Lauenstein, sur dOO cœurs examinés, l'a trouv(>e .5 fois fusionnée avec la valvule d'Eustachi et formant avec elle un seul repli large de 10 à 20 mm. et long de 50 à 6.3 mm. ; 4 fois elle était fenètrée. (Voyez aussi : Artériologie, p. .328.)
Veines de Thebesius. — Vieussens (Nouvelles découvertes sur le cœur, 1706), à la recherche d'un ferment qui se mêlât au sang des ventricules, découvrit, à la suite d'expériences variées, qu'un liquide coloré, poussé par les vaisseaux coronaires, venait sourdre en rosée à la surface des oreillettes et des ventricules. Il crut qu'une liqueur subtile et chaude s'exhalait des artères et traversait des tuyaux charnus pour sortir par les pores ou foramina et se mêler au sang. Deux ans plus tard, un médecin allemand, Thebesius, reprenant ces observations, et étudiant surtout par l'insufilation les vaisseaux du cœur du bœuf et du mouton, reconnut que les tuyaux charnus de Vieussens étaient de véritables veines, dont il détermina la disposition et le rôle probable. On trouvera dans Ilaller (Elementa physiologiœ) et dans Sénac [Traité de la structure du cœur, 2e édit., 1774) l'histoire des longues controverses que ces découvertes suscitèrent parmi les anatomistes du xviii« siècle. Finalement contestées, et à peine mentionnées, les veines de Thebesius, comme les valvules des veines coronaires, n'ont été étudiées à nouveau qu'à une époque relativement récente. Hyrll et Krause les signalent dans l'oreillette droite; c'est dans les parois de cette même oreillette que Lannelongue décrit des canaux foraminaires (Thèse de Paris, 1867). Bientôt Boclidaleck les constate dans l'oreillette gauche et enfin Langer démontre que soit chez l'homme soit chez les animaux les veines de Thebesius et les pores de Vieussens existent dans les parois des quatre cavités, oreillettes et ventricules (Langer, Die Foramina Thebesii iin Herzeii des Menschen, G. R. Acad. des Se. de Vienne, 1881).
Langer ouvre longitudinalement le ventricule, tamponne les gros orifices veineux et les orifices valvulaires et ferme avec des pinces hémostatiques les sections do vaisseaux sur la plaie. Puis il injecte de l'air ou du bleu de Prusse par les foramina ou bien par les veines coronaires liées à leur embouchure. J'ai observé qu'on réussit facilement, en poussant de l'eau colorée dans une branche des veines coronaires, à obtenir sous l'endocarde des étoiles veineuses avec un trou central par où sort l'injection.
Les pores veineux sont souvent situés au fond d'une fossette de 2 à 3mm. de diamètre. Les gros foramina les plus constants sont ; pour l'oreillette droite, autour de l'anneau de Vieussens, au voisinage de la valvule de Thebesius et dans l'auricule droite ; pour l'oreillette gauche, à la partie inférieure de la cloison interauriculairc dont le sang se déverse presque entièrement dans le système de Thebesius ; pour les ventricules, au voisinage de la pointe et surtout à la base des muscles papillaires que l'on peut injecter complètement par un seul foramen.
La présence de veines de Thebesius dans les parois du cœur gauche fait que du sang noir se mêle au sang artériel. Ce fait n'est pas isolé. Des veines de moyen calibre appartenant à l'oreillette gauche s'ouvrent dans sa cavité. Nous avons vu plus haut que les veines pulmonaires apportent avec elles du sang noir des veines bronchiques et des veines médiastines. Il en est de même, mais anormalement, dans l'occlusion incomplète du trou de Botal, dans les cas où l'on a vu la grande coronaire s'ouvrir totalement ou par une de ses branches dans l'oreillette gauche, et enfin dans les cas plus graves et à courte survie où une veine cave supérieure gauche persistante débouche dans l'oi eilletle correspondante.
VEINE CAVE SUPÉRIEURE
Variétés et anomalies. — • Sinus coronaire. — Fermé à son entrée; la veine coronaire s'ouvre dans le tronc innoniiné gaucho [Lecat, sur un enfant de 8 jours).
Grande veine coronaire, proprement dite. — Possède un sinus propre, 2 fois sur 130. — S'ouvre dans l'oreillette gauche (Lindner, F. Meckel), ou bien par une branche dans l'oreillette gauche et par une autre dans l'oreillette droite (Hen/e). — Fait défaut, mémo cliez des sujets non monsti-ueux (Gruiier). On a vu dans ces cas la veine médiane s'ouvrir dans une veine cave supérieure gauche persistante.
Veine du bord gauche ou v. marginale. — Manque dans 20 p. 100. — Débouche dans le sinus et non dans la v. coronaire, 14 f. sur 130.
Veine postérieure du ventricule gauche. — Manque dans 23 p. 100. — Débouche par un ou deux orifices dans la v. coron, et non dans le sinus, 23 p. 100.
Veine oblique de l'oreillette gauche — Manque souvent. — Marshall et Gruber ont vu plusieurs fois une de ses branches suivre le pli péricardique, recevoir quelques veinules et traverser le péricarde pour s'anastomoser avec la veine satellite du nerf phréniqueet se terminer dans la v. intercost. supérieure gauche ou dans le tronc innoniiné gauche.
Petite coronaire ou coronaire droite. — Ma'iquo 01 p. 100. — S'ouvre dans l'oreillette droite et non dans le sinus (cas normal du dromadaire).
Veine médiane ou interoentriculaire postérieure. — Possède quelquefois un sinus propre. — S'ouvre directement dans l'oreillette droite, 2o p. 100, ce qui est la règle chez le cheval, peut-être aussi chez le chameau et le porc ; dans ces cas, elle peut, comme chez le phoque, recevoir la petite coronaire. — Dans 25 p 100, reçoit les v. postérieures du ventricule gauche.
Zuckerkandl a vu une fois une veine de la paroi do l'oreillette gauche se jeter dans la V. cave supérieure.
(Voyez : Krause dans Henle etW. Gruber, lieu cité).