LES LÈVRES
Les lèvres sont deux replis musculo - iiiombranenx (jui recouvrent la ])orlion antérieure convexe des arcades alvéolo-dent;iires et limitent, par leurs bords libres, l'orifice vestibulaire ou fente buccale. Elles ])résentent une direction générale curviligne transversalement, à concavité postérieure s'appliquant sur la convexité des maxillaires. Presque verticales, elles offrent, chez le nègre, une certaine obliquité.
Leurs dimensions dans les deux sens, vertical {liauteiir) et transversal [lon- (/Meifr) présentent de nombreuses variations individuel les. Ordinairement les deux lèvres ont une hauteur égale qui correspond à celle des arcades alvéolo-dentaires qu'elles doivent couvrir. Il n'est pas rare pourtant de voir une lèvre supérieure peu haute découvrant facilement, dans certains mouvements de la paroi vestibulaire, l'arcade dentaire supérieure; d'autres fois la lèvre inférieure est trop haute et présente une tendance assez prononcée au renversement en avant. Quand les deux lèvres sont également développées, et les arcades dentaires en contact, leurs bords libres se touchent par leur moitié postérieure. Transversalement les lèvres présentent des dimensions très variables ; en général leur longueur est telle que leurs extrémités, qui s'unissent dans les commissures, répondent de chaque côté aux premières molaires (Merkel) ou aux dents canines (ZukerkandI). Vépaisseur des lèvres présente aussi de grandes variations: individuelles, et suivant l'âge et le sexe. Chez certaines personnes (les scrofuleux) les deux lèvres, mais surtout la supérieure, peuvent atteindre une épaisseur considérable. Les lèvres de l'homme sont en général plus fortes que celles de lafemme (Merkel). — Chez le nouveau-né les lèvres paraissent trop grandes; ceci est dû à l'absence des dents ; — le même fait s'observe chez le vieillard, dont les lèvres, trop hautes, sont repoussées en dedans vers la cavité vestibulaire, au lieu d'être renversées en dehors, comme chez le nouveau-né. — Chez ce dernier, les lèvres sont relativement plus épaisses ; conformation favorable à l'acte de la succion.
Chaque lèvre présente à étudier: une face externe ou cutanée ; une face interne muqueuse ; un bordlibre, limitant l'orifice vestibulaire, cutanéo-muqueux ; un bord adhérent se fixant au maxillaire correspondant; et deux extrémitésqui forment, en se continuant dans l'extrémité correspondante de l'autre lèvre, les commissures labiales.
La. face antérieure ou cutanée présente des caractères différents sur les deux lèvres. La lèvre supérieure présente sur sa partie médiane une gouttière verticale, sillon sous-nasal, gouttière labiale ou philtrum, partant de la sous-cloison nasale et se terminant au tubercule médian du bord libre. Triangulaire, à sommet supérieur, à base inférieure, le sillon sous-nasal est limité sur les côtés par deux bourrelets latéraux légèrement obliques en bas et en dehors, dont le développement est proportionné à la profondeur du sillon.
On a beaucoup discuté sur l'origine et la formation de la gouttière labiale. Bichat attribuait sa formation à l'adhérence du muscle à la peau qui le
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Bourr. épithél.
--■Artère coronaire
Couc/ie musatlaire
recouvre. — D'après Cruveilhier elle serait due à la saillie que forme de chaque côté la terminaison labiale du releveur profond. — Meckel, His, Merkel l'expliquent par le mode de développement de la lèvre supérieure : la ligne de soudure des bourgeons incisifs constitue le philtrum; quant aux bourrelets latéraux, ils marqueraient chez l'adulte le point de suture chez l'embryon des bourgeons frontal et maxillaire supérieur (iMerkel). — D'après Roy, les bourrelets qui bordent la gouttière seraient dus à la saillie que forme la superposition sur trois plans, de chaque côté de la ligne médiane, du muscle incisif, du faisceau nasal de l'orbiculaire avec les vaisseaux de la sous- cloison, et du faisceau cutané de l'orbiculaire.
De chaque côté du sillon et au delà du bourrelet latéral, la lèvre présente une
surface légèrement convexe, triangulaire à base interne, à sommet externe, recouvert d'un simple duvet chez l'enfant et chez la femme, de poils constituant la moustache chez l'homme adulte. La face cutanée de la lèvre inférieure, légèrement concave dans le sens vertical, présente à son milieu une dépression peu marquée, et de chaque côté une surface légèrement concave. Chez l'homme adulte elle est recouverte des poils de la barbe, abondants sur la dépression médiane (mouche), rares sur les surfaces latérales.
La face postérieure ou muqueuse, appliquée à la face antérieure convexe des arcades alvéolo -dentaires, est lisse, humide, et présente de nombreuses saillies, dues aux reliefs des glandes annexes labiales qui doublent et soulèvent la muqueuse.
Le hord adhérent des lèvres est limité : en avant, pour la lèvre supérieure, par la sous-cloison, et de chaque côté par : le bord inférieur de la narine, l'aile du nez et un sillon curviligne, à concavité interne, qui va de l'aile du nez vers la commissure labiale correspondante, le sillon naso-génio-lahial. Le bord adhérent de la lèvre inférieure est limité en avant par un sillon transversal, curviligne à convexité supérieure : sillon labio-mentonnier. Il
■ Glann
• muqueuse
-Foll. pilo. sébacé
Fig. 35. — Coupe de la lèvre inférieure.
LÈVRES
embrasse dans sa concavité la saillie du menton, qu'il sépare de la lèvre.
En arrière, du côté de la surface muqueuse, le bord adhérent des lèvres est marqué par le point de réflexion de la muqueuse labiale sur la muqueuse gingivale. — En se réfléchissant sur la gencive, la muqueuse labiale est soulevée sur la ligne médiane en un pli miujueux, triangulaire, à bord libre concave, mince et tranchant : freins ou filets des lèvres, plus prononcé sur la lèvre supérieure que sur rinl'érieui'e. De chaque côté du frein, la muqueuse labiale, passant sur la gencive correspondante, forme le fond des gouttières vestibulaires déjà décrites.
Le bord libre est rouge ou rosé; — convexe dans le sens sagittal, il présente dans le sens frontal une disposition différente sur chaque lèvre. Sur la supérieure il présente : un tubercule médian, trace du bourgeon frontal médian qui forme avec les deux bourgeons incisifs latéraux la lèvre supérieure, et de chaque côté une surface légèrement déprimée. Sur la lèvre inférieure, une dépression médiane répond au tubercule, et de chaque cùlé une surface légèrement convexe s'adapte à la dépression delà lèvre supérieure. Sur les deux lèvres lamuf[ueuse du bord libre présente en outre des petits plis sagittaux produits par la contraction du sphincter labial sous-jacent. L'épaisseur du bord libre présente des variations individuelles nombreuses et suivant les races ; en général elle est de 8 à 10 mm. (Sappey), sur la [tarlie médiane et diminue vers les extrémités.
Luschka (Zcitscli. f. r. nied., Bd. 18, 18G3) a minutieusement étudié les caractères du bord libre des lèvres chez le nouveau-né. Le bord libre du nouveau-né rclativenjont plus épais, plus mou, violacé d'abord, devient rouge quelques jours après la naissance. Il présente deux zones: une e.rterne correspond au liseré rouge normal, haute de 2 millim. au niaxinmm, lisse, régulière ; l'autre interne, haute de 4 millim. pour la lèvre supérieure, de 3 pour l'inférieure, molle, irrégulièrement bosselée et souvent linernent frangée. — Lo tubercule médian de la lèvre supérieure est très développé et séparé des deux côtés par un sillon superficiel de la région voisine, il appartient à la zone interne. Après la mort la zone interne se dessèche très rapidement, devient dure et brunâtre. — Avec les progrès de l'âge, la zone externe s'étend progressivement aux dépens de la zone interne jusqu'à ce que cette dernière disparaisse complètement. Cette transformation peut demander un temps assez long, et on peut rencontrer chez des enfants âgés de plusieurs années les deux zones encore parfaitement distinctes (Merkel).
Lg^ extrémités des lèvres se continuent sans limite appréciable danslesjoues ; à leur niveau les bords libres des lèvres s'unissent en passant l'un dans l'autre, et constituent de chaque côté l'angle ou commissure labiale.
Les bords libres des lèvres et les commissures circonscrivent Yorifice duveslibule buccal ou fente buccale. Trèsdilatable cet orifice présente de telles variations de dimensions que toute appréciation en chiffre nous paraît inutile, aussi faut-il se contenter de dire qu'on en considère trois types : grand, moyen et petit. Simple fente transversale à l'état de repos, l'orifice vestibulaire peut prendre les formes les plus variées par la contraction des muscles de la face qui pénètrent dans l'épaisseur des lèvres et de leurs commissures, et du sphincter labial. La contraction de ce dernier muscle peut rétrécir l'orifice ; la contraction de l'appareil musculaire radié peut l'élargir ou simplement étirer une de ces deux commissures, en arrière, et augmenter l'étendue de la fente d'un côté ou des deux à la fois. — L'écartement des mâchoires ne peut atteindre un certain degré sans amener avec lui l'ouverture plus ou moins large de l'orifice vestibulaire
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séparant les bords libres des lèvres, et mettant ainsi la cavité buccale proprement dite en communication avec l'extérieur.
Structure. — Les lèvres sont formées d'une charpente musculaire et d'une couverture cutanéo-muqueuse. Nous étudierons successivement la charpente et sa couverture, les glandes et l'appareil vasculo-nerveux.
La charpente musculaire est formée de deux ordres de fibres, les unes curvilignes forment autour de Torificedu vestibule un véritable sphincter : le muscle orbiculaire des lèvres ; les autres radiées viennent des divers points de la face, convergent vers l'orifice buccal, et formentdans leur ensemble l'appareil musculaire dilatateur de l'orifice buct al. Le muscle orbiculaire est situé le long du bord libre des lèvres, près de la face muqueuse; ['appareil dilatateur occupe la plus grande partie de la hauteur des lèvres et leur bord adhérent. Les muscles dila-
Fig. 36. — Schéma de la musculature des lèvres (d'après Roy).
tateurs entrent en connexion intime avec la peau qui recouvre la face antérieure des lèvres, leurs fibres traversent la graisse sous-cutanée et vont s'implanter sur la face profonde du derme en passant entre les glandes sébacées et les follicules pileux. L'appareil dilatateur est formé par dix-huit muscles, neuf de chaque côté de la ligne médiane; les uns se rendent à la lèvre supérieure : élévateurs communs superficiels, élévateurs communs profonds, et petits zygomatiques, les autres vont à la lèvre inférieure : carrés du menton; d'autres enfin vont aux commissures labiales : buccinateurs, risorii de Santorini, grands zygomatiques, triangulaires, canins, et les quatre muscles incisifs qui s'insèrent sur falvéole de chaque incisive externe.
La constitution de l'orbiculaire des lèvres et ses connexions avec les muscles de f appareil dilatateur sont diversement comprises par les auteurs. Les uns lui refusent toute individualité, il ne serait qu'une continuation des muscles buccinateurs, des buccinateurs triangulaires et canins ; d'autres le décrivent comme un muscle indépendant, ayant une individualité propre (Winslow, Sappey). Roy, dans un excellent travail (Thèse de Bordeaux, 1889-1890) est arrivé aux conclu-
LEVRES
sions suivantes : l'appareil musculairedes lèvres est constituépar iajuxtaposilioii et la pénétration de deux systèmes difîérents de muscles peauciers : le système radié et le système circulaire. Au système radié appartiennent le risorius, le grand zygomatique, le releveur propre, les carrés, les triangulaires, les incisifs et le buccinateur. Ce système est ou dilatateur de l'orifice buccal, ou rétracteur des commissures, ou protracleur de la fente labiale. Le système circulaire, complètement indépendant du système radié, est conslitiié par un muscle propre, qui est l'orbiculaire proprement dit ou sphincter des lèvres. Celui-ci est formé de deux faisceaux, un pour chaque lèvre, croisés au niveau des conmiissures et à terminaison cutanée. Chaque lèvre comprend : une portion non sphinclérienne et une portion sphinctérienne. Toute la portion excentri(jne des lèvres, C(»m[)renant environ les deux tiers de sa hauteur, est non-sphinctérienne, elle ap|)artient aux muscles radiés. Le sphincter des lèvres occnjie la portion concentri(|ue ou marginale, la bordure de la fente buccale; il est bilaléral, c'esl-ù-dire étendu sans interruption de droite à gauche, mais non pas en anneau, puisque ses deux moitiés supérieure et inférieure Unissent en se croisant dans la peau des commissures.
Les fibres musculaires radiées destinées à la peau des lèvres, partiellement décussées k la basedes follicules pileux, peuvent être suivies, d'après Stricker, surles côtésdes follicules jusqu'auprèsdu réseau muf[neux. D'après Podwyssozki (Arch. f. mikr. Anat., 1887, p. 327) les fibres musculaires arrivées au voisinage de l'épithéliuin se décomposent en fibrilles disposées en faisceau. Chaque Obrille aboutit à une fibrille tendineuse. Ces fibrilles tendineuses s'entrecroisent en réseau ; leur terminaison se fait ainsi : quelques fibrilles se confondent avec la membrane basale du derme, formée elle-même par un réseau hbrillaire ; les autres se perdent dans les espaces intercellnlaires de l'épithéliurii en se fixani probablement au cément. Ainsi disposées ces fibres musculaires [)éripapillaires auraient une certaine influence sur les réseaux capillaires des papilles et régleraient leur calibre.
Luschka d'abord (1863), Klein (1869) (ît Aeby (1870) ensuite, ont décrit chez le nouveauné un muscle spécial formé défibres antéro-postérieures, situées dans l'épaisseur des lèvres près du bord libre, cl, se fixant à la peau et à, la muqueuse. — Luschka désigne ce muscle sous le nom de miixrlo dp la succion; Klein l'appelle compressor labii.
Enveloppe cutaneo-muqueuse. — La/»e''H des lèvres est épaisse et résistante, très adhéreule aux muscles sous-jacents, dont les libres viennent s'insérer sur son derme, elle renferme de nombreux et volumineux follicules |iilo-sébacés, dont la plupart sont logés dans le tissu graisseux, dur et résislani ipii la dduble à ce niveau el à travers lequel s'engagent les faisceaux musculaires. Aussi la dissection de cette peau est-elle Irès difficile.
La muqueuse (|ui tapisse la face postérieui e des lèvres présente une coloration blanc grisâtre ; mince et ])eu adhérente au muscle orbiculaire dont la sépare une couche glandulaire, elle présente ])ar place un aspect bosselé, inégal ; ces bosselures sont dues à la saillie que forment les glandes sous-jacentes. D'après Merkel ces bosselures seraient dues au.x orifices des canaux excréteurs des glandes qui se trouvent sur des caroncules surélevées, plutôt qu'aux saillies glandulaires mêmes. — La muqueuse des lèvres se continue avec la mutjueuse gingivale, au niveau du sillon gingivo-labi;d, avec celle de la joue au niveau
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des commissures et avec celle du bord libre des lèvres. Dermo-papillaire elle est formée d'un épithélium pavimenteux stratifié ; d'un derme formé par des faisceaux de tissu conjonctif entremêlés de fibres élastiques qui s'entrecroisent dans tous les sens. Les faisceaux près de la surface du derme sont très fins et forment un feutrage serré, paraissant presque homogène. Les papilles, assez nombreuses, sont le plus souvent simples, coniques.
Cutanéo-muqueuse du bord libre. Klein (1869), Wertheimer (Arch. génér. de Méd., 1883, I, p. 399-408) divisent le bord libre des lèvres en trois portions ou zones distinctes : 1° zone cutanée; 2° zone de transition ; 3o zone muqueuse. La première zone s'arrête au point où les téguments changent de coloration ; la deuxième comprend la partie rose des lèvres, visible quand celles-ci sont en contact ; au delà commence la muqueuse, c'est-à-dire à partir du sommet de la convexité décrite par le bord libre.
Dans la zone cutanée, la peau se prolonge avec ses follicules pileux et ses glandes sébacées. La zone de transition ou intermédiaire, zone cutanée lisse de Robin et Cadiat, plus large sur la ligne médiane où elle mesures à 6 millim. que vers les commissures, présente l'ensemble des caractères de la peau, mais elle s'en distingue par la disparition des follicules pileux, une épaisseur plus grande et une transparence plus marquée de sa couche épithéliale. Un tissu conjonctif dense, serré, riche en fibres élastiques interposé entre l'orbiculaire et l'épiderme, renfermant dans son épaisseur des fibres musculaires isolées, remplace la couche sous-cutanée; il ne contient pas les vésicules graisseuses, si abondantes sur les deux versants des lèvres vers la peau et vers la muqueuse. Le chorion est pourvu de papilles d'autant plus longues qu'on s'avance plus près de la muqueuse. Les vaisseaux sont plus nombreux que dans la peau, d'où la coloration rosée de cette zone. Les glandes sébacées, niées par Klein chez le nouveau -né, inconstantes et plus rares à la lèvre inférieure qu'à la lèvre supérieure d'après Kœlliker, manqueraient chez les deux tiers des sujets d'après Wertheimer. D'après ce dernier, ces glandes sont rudimentaires, réduites souvent à un simple utriculc; elles commencent à 1 ou S millim. des derniers poils et s'arrêtent là où commence la muqueuse ; absentes à la naissance elles ne se forment qu'à l'âge adulte. — ■ La zone muqueuse mesure 5 à 6 millim. chez le nouveau-né ; d'après Luschka et Klein l'épithélium ti'ès épais est soulevé en forme de renflement ; les premières rangées de papilles longues de 1 millim. donnent un aspect particulier à cette portion de muqueuse (pars villosa, Luschka) ; là aboutit aussi le muscle de la succion de Luschka, compressor labii de Klein. — Wertheimer a étudié les modifications subies par cette zone avec l'âge : à 18 mois, les papilles diminuent, l'aspect villeux n'existe plus, l'épithélium se tasse; à l'âge moyen de la vie, les papilles sont encore plus longues que sur le reste de la muqueuse; le muscle de la succion s'atrophie et disparait chez l'adulte ; de 45 à .50 ans, au point où commence la muqueuse on trouve un épaississenient épithôlial plus marqué, tantôt limité aux deux ou trois premières rangées de papilles, tantôt occupant une étendue de b à 6 millim. Quand l'épaississement est circonscrit il prend l'aspect d'un mamelon qui sur la coupe se détache en relief sur la face profonde de l'épithélium. (Voy. fig. 35). En somme, là où la muqueuse se continue avec la peau, elle semble jouir d'une vitalité plus active qui se traduit par une prolifération épithéliale ; à im âge avancé il se forme des renflements cellulaires circonscrits qui peuvent aboutir à la formation des globes épidermiqucs.
Glandes. — Les lèvres possèdent deux ordres de glandes : les glandes sébacées dont nous avons déjà parlé et les glandes muqueuses labiales, qui forment par leur rénuion une masse glandulaire assez épaisse interposée entre l'orbiculaire et la muqueuse qu'elles soulèvent : c'est la couche gla7%dulaire àeslèvres. Plus nombreuses sur les parties latérales qu'au milieu et au niveau des commissures, ces glandes sont logées dans l'épaisseur du tissu conjonctif sous-muqueux, et entourées de tissu adipeux ; quelques-unes pénètrent même dans l'épaisseur de l'orbiculaire. Ce sont les glandes acineuses, pourvues d'un conduit excréteur principal, élargi à son extrémité inférieure venant s'ouvrir à la surface de la muqueuse dans la cavité vestibulaire. Ce conduit est tapissé dans la plus grande partie de sa longueur par un épithélium pavimenteux stratifié ; les ramifications qui en partent ont les unes, les plus grosses, un épithélium cylindrique
LÈVRES
stratifié, les autres, les plus fines, un (''pitliéliuni cylindrique simple. Souvent le conduit excréteur principal reçoit les coiuluits excréteurs des petites glandes muqueuses accessoires (Sthœr). La structure de l'acinus est semblable à celle des glandes linguales (Voir langue).
Vaisseaux et nerfs. — Artères. — Les lèvres reçoivent deux ordres rf'artères .• les principales, brancbesde l'artère faciale, portent le nom d'artères coronaires ou labiales; les accessoires sont des rameauxde plusieurs branches des artères maxillaire-interne, teniporale et faciale. Les artères coronaires naissent de la faciale au niveau de cluujue commissure labiale, tantôt par un seul tronc qui se bifurque bientôt pour donner une branche à chaque lèvre, tantôt isolément. L'existence de deux branches coronaires serait plus fréquente pour la lèvre inférieure (Dubreuil). D'un calibre de 2 millim. environ (Merkel) l'artère coronaire pénètre dans la lèvre correspondante, traverse la portion convergente (radiée) de la charpente musculaire, se dirige, légèrement flexueuse, vers la muqueuse en se plaçant un peu au-dessous du bord libre, s'engage dans le tissu sous-muqueux, entre les couches musculaire et glandulaire, chemine dans le tissu conjonctif de cette dernière, et va sur la ligne médiane s'anastomoser à plein canal avec sa congénère du côté opposé. De cette façon est formé, autour de l'orifice vestibulaire, un cercle artériel, situé à quelques millimètres du bord libre des lèvres; on peut en sentir les battements en pinçant ce bord entre deux doigts. De ce cercle naissent des vaisseaux en grand nombre, les uns s'arrêtent autour des glandes, d'autres abordent la couche papillaire de la muqueuse, et se terminent dans les papilles abondantes surtout au niveau du bord libre, tantôt par des anses simples, tantôt par un véritable réseau. A côlé de cette arcade sous-muqueuse, on en trouve une seconde moins volumineuse, profonde, intra-musculaire, formée par des branches anastomosées des artères coronaires.
Les artères accessoires des lèvres viennent : pour la lèvre supérieure : des artères buccales, soas-orbitaires, alvéolaires, branches de la maxillaire interne ; transverse de la face, bi'anche de la temporale ; pour la lèvre inférieure des artères : mentonnières, branches de la maxillaire interne et sons-mentales, branches de la faciale.
Les veines des lèvres ont été bien étudiées |)ar Chabbert (de Toulouse) en 1876. Les veines labiales supérieures naissent d'un plexus à mailles serrées occupant tout le pourtour de l'orifice buccal : le plexus labial supérieur, les veines qui le constituent sont situées dans l'épaisseur du muscle orbiculaire. Ce plexus a trois ordres d'origines : 1° les veines du derme cutané et du tissu conjonctif unissant la peau aux muscles; 2" les veines contenues dans l'épaisseur de la charpente musculaire, très grêles ; 3° les veines de la muqueuse, plus importantes. — Du plexus naissent les troncs collecteurs allant déverser leur contenu dans la veine faciale : — a) de chaque côté du lobule médian, des veines volumineuses anastomosées entre elles forment cinq à six mailles d'où naissent trois troncs principaux se dirigeant obliquement en haut et en dehors pour atteindre la veine faciale au niveau du bord interne du muscle grand zygomatique. — b) Des mêmes maillespartent deux autres troncs qui se dirigent obliquement en haut et en dedans, constituent les veines de la sOus-cloison,
DÉVELOPPEMENT DU TUBE DIGESTIF
et, arrivés au lobule du nez, s'anastomosent avec les veines dorsales du nez et avec le plexus veineux myrtiforme. — Les veines labiales inférieures présentent les mêmes dispositions que les supérieures, mais le plexus labial inférieur est plus difficile à injecter. De ce plexus naissent des veines dont la réunion constitue la veine labiale inférieure qui se jette dans la veine faciale au moment où celle-ci s'ouvre dans la jugulaire interne. A cette description de Chabbert nous ajouterons : 1" Le réseau veineux sous-cutané des lèvres est plus prononcé au niveau du bord libre et contribue à sa turgescence semiérectile : ce qui explique la fréquence des angiomes ou tumeurs érectiles sur le contour de l'orifice buccal des enfants (Bouisson 1834); 2° Si les veines labiales ne suivent pas en général le trajet des artères coronaires, et sont moins profondément situées que ces dernières, il n'existe pas moins autour des artères des plexus veineux très fins (Zukerkandl) ; 3° Tandis que les veines labiales supérieures se rendent en totalité dans la veine faciale (faciale antérieure des Allemands) ; les veines labiales inférieures se rendent : en partie dans la veine faciale, en partie dans les veines sous-mentales (Sappey), en partie directement dans la veine jugulaire (Sesemann) ; 4" Les veines labiales sont munies de nombreuses valvules difficilement franchies par l'injection (Sappey).
Les lymphatiques des lèvres, difficiles à injecter, ont été bien décrits par Sappey. Ils forment sur le bord libre des lèvres un réseau d'une extrême ténuité. Du réseau de la muqueuse naissent cinq troncs. Les deux troncs de la lèvre supérieure, l'un droit, l'autre gauche, se dirigent en dehors et en bas, suivent l'artère faciale et vont se terminer dans les ganglions sous-maxillaires qui entourent l'artère faciale dans la loge sous-maxillaire au-dessous et derrière le bord du maxillaire inférieur. Des trois troncs de la lèvre inférieure, les deux latéraux se rendent comme les précédents aux ganglions sous-maxillaires ; le médian aux ganglions sus-hyoïdiens, situés sur le muscle mylohyoïdien à égale distance du maxillaire et de l'os hyoïde.
Les nerfs moieurs des lèvres viennent des ramifications du facial. Les nerfs sensitifs viennent du trijumeau : par les rameaux descendants du nerf sous-orbitaire pour la lèvre supérieure; par les filets ascendants du nerf mentonnier, branche du dentaire inférieur, pour la lèvre inférieure ; et par les filets du nerf buccal pour les commissures. — Les dernières ramifications de ces branches du trijumeau se perdent les unes dans les glandes, d'autres dans la peau et dans la muqueuse des lèvres. Pourvus de myéline ils forment dans la tunique sousmuqueuse un réseau à larges mailles ; de ce réseau partent de nombreuses ramifications qui pénètrent dans la muqueuse où ils se terminent dans des corpuscules spéciaux ; corpuscules de Krause (Krause) et corpuscules du tact (Gerlach); quelques-unes perdent leur gaine de myéline, pénètrent dans l'épithéliu m, se ramifient à nouveau et se terminentpardes extrémités libres (Stœhr).