C. — MUSCLES DU LARYNX
Les muscles du larynx doivent être partagés en deux catégories. La première comprend des muscles, muscles extrinsèques, qui prennent seulement sur lui des insertions partielles et appartiennent essentiellement à des organes voisins. Tels, par exemple, certains muscles du pharynx, de la langue et du cou. L'origine du larynx rend compte des rapports que cet organe contracte avec la musculature du tube digestif.
La deuxième catégorie est représentée par des muscles qui ont toutes leurs insertions sur les pièces squelettiques du larynx et, par suite, n'exercent leur action que sur elles. Ce sont les muscles propres ou intrinsèques du larynx, les seuls dont nous ayons à nous occuper ici.
On peut diviser ces muscles en plusieurs groupes en se basant à la fois sur leur répartition et sur leur mode d'action. Tous en effet, en se contractant, modifient directement ou indirectement l'état et la situation des cordes vocales, les tendent ou les relâchent et surtout les rapprochent ou les écartent l'une de l'autre, c'est-à-dire élargissent ou rétrécissent la fente glottique. A ces divers mouvements correspondent naturellement des groupes spéciaux de muscles. On distingue un groupe de m. dilatateurs, et un groupa de m. constricteurs dont l'ensemble constitue le sphincter du larynx.
Indépendamment deces deux groupes il eu existe un troisième représenté par deux muscles : les m. crico-thyroïdiens. Ceux-ci ne sont ni dilatateurs ni constricteurs de la glotte et ne font pas partie, à proprement parler, de la musculature spéciale du larynx. Ils doivent être rattachés, à cause de leur origine, au m. constricteur in férieur du pharynx avec lequel ils forment le sphincter pharyngo-
LARYNX
laryngé. Cependant normalement ees muselés avant perdu (ouïe eonnexiim avec le eonstricteur du pharynx sont entré.-, entièi'eiuent au ser\ ice du larynx et méritent par eonsé(}U(Mit d'être décrits, ainsi qu'on le fait d'habitude, avec les muscles de cet organe.
Nous avons à étudier successivement :
1° Les muscles crico-thyroïdiens ; 2" le groupe des muscles dilatateurs composé des deux m. crico-aryténoïdiens postérieurs ; 3° le groupe des muscles constricteurs ou le sphincter du larynx. Ce s|)hincter se décompose en trois muscles latéraux : a) les m. crico-aryténoïdiens latéraux ; b) les m. th vro-aryténoïdiens inférieurs ; c) les m. thyro-aryténoïdiens supérieurset en un muscle postérieur: II' m. interaryténoïdieu. Ce dernier s(miI est impair, tous les autres sont pairs et symétriques, ce (|ui donne un total de onze muscles.
Nous ferons suivi'e la dcsci'iption de chacun de ces muscles de renseignements sommaires sur leurs princi|)ales variations d'insertion, sur les connexions qu'ils peuvent présenter avec les muscles voisins et enfin sur les faisceaux surninnéruires qui s'y rattachent. Il nous a suffi, pour compléter ainsi l'étude de la musculature du larynx, de puiser dans les mémoires de lI(Mile, Luschka, Gruher, Merkel, Ledouble et sin-tont dans le ti'avail de Furbringer, le plus important et le plus documenté qui existe actuellement sur la question.
Les muscles du larvnx, notamment les faisceauxdu sphincter, se caractérisent par une variahi lité extrême. On lrou\-e toujours d'un sujet à l'autredes dispositions dilTérentes, à des décorés divers. Un certain nombi'e de faisceaux niiisculaires r[ue nous décrirons comme surnuméraires ne méritent pas à vrai dire cette épithète car leur présence s'obser\e plus fré(|uemment que leur absence. Il nous acepend;int paru plus convenable de les p'acer à part pour pouvoir présenter le muscle dont ils dériventdans son état le plus siuqile.
L — Muscle crico-thyroïdien
(fig. I87('l 1(S8). — Lesfaisceauxd'oligine du muscle crico-thyroïdien se fixent sur toute la face antéro-latérale du c. cricoïde. dans toute sa hauteur. Kw avant ils n'atteignent ordinairement pas la ligne média-
M. rrir ,-aryt.
posL
M. cric.-f/iyr
Face
ne, de sorte que les deux muscles pig is7. — Muscle crico - tliyroïdien. restent séparés par un intervalle externe, plus ou moins considérable mais
pinslargeen haut qu'en bas. En arrière ils s'arrêtent à une certaine distance du bord postérieur de l'arc. Nées de toute cette surface les fibres musculaires se dirigent vers c. thyroïil(\ Les |ilus intei'iies sont j)resque verticales; les plus externes, en même temps inférieures, sont au contraire à peu près horizontales; les moyennes enfin alîectent une direction intermédiaire, oblique en haut, en arrière et en dehors. I^lles vont s'attacherau bord inférieur de la plaque latérale
ORGANES DE LA RESPIRATION
du lliyroïde et à sa face interne dans une étendue variable. Les faisceaux externes s'insèrent sur le bord antérieur de la corne inférieure du thyroïde et, en arrière du tubercule inférieur de ce cartilage, empiètent sur sa face externe.
Tel est, dans la majorité des cas, l'état sous lequel se présente le m. cricothyroïdien. Il n'est cependant pas très rare de rencontrer des dispositions dilTérentes que certains auteurs ont même voulu considérer comme habituelles. Ainsi on observe la division du muscle en plusieurs faisceaux ou couches (Tourtual en distinguait quatre), le plus souvent deux : une couche superficielle formée surtout de fibres longitudinales (m. crico-tlujroldien droit de llenle) et une couche profonde, partiellement située en dehors de la précédente, de fibres obliques (m. anco-thyroïdien obliqtie de Henle). On trouve souvent aussi une disposition penniforme due à l'existence d'une cloison tendineuse oblique en haut, en arrière et en dehors qui sépare le muscle en deux parties différemment orientées.
Variations. — Les deux muscles crico-thyroïdiens.liabituellement séparés l'un de l'autre par un iulorvallo assez large, peuvent, leurs insertions se rapprochant de laligne médiane,
.se juxtaposer par leur bord interne, soit dans une partie, soit dans la totalité de leur liauteur.
On a observé leur union par une bandelette tendineuse ou par un faisceau musculaire et même leur entrecroisement total (Gruber). En général ils sont plus rapprochés chez l'enfant que chez l'adulte.
Les faisceaux profonds qui s'attachent à la face interne de la lame latérale du c. tliyroïdo peuvent s'élever très haut, parfois jusqu'à l'union do son tiers inférieur avec son tiers moyen.
Union avec les muscles voisins. — Nous savons déjà que les deux m. crico-thyroïcliens peuvent s'unir l'un à l'autre. On connaît en outre des cas d'union de ces muscles par des faisceaux anor-
Fi„. ISS. - Dessin montrant le u.. crico-thvro>,lien par sa '"'î"'' ^^'^^ T'f'' face interne et le m. crico-aryt. lat. par 'son bord sup. f5''!"!^'5"'l "llil'^!"'' Le cart. cricoïde scié sur la ligne médiane à été attiré en dedans et en bas.
M . crie.-ririjt lat.
inférieur du pharynx, m sterno-thyroïdien et m. thyro-hyoïdien) soit avec des muscles propres du larynx, m. crico-thyroïdien postérieur, inter-aryténoïdien et thyro-aryténoïdien. Ces dernières anomalies sont d'ailleurs très rares.
Faisceaux surnuméraires. — Indépendamment des faisceaux anormaux dont il vient d'être question il en est d'autres qui se rattachent au m. crico-thyroïdien et dont voici la description sommaire.
M. thijro-traehéal . Faisceau détaché du bord interne du crico-thyroïdien et allant s'insérer en bas sur l'un des anneaux de la trachée en passant en arrière du corps thyroïde (décrit pour la première fois par Gruber).
M. élévateur profond de la glande tln/roïde. Assez fréquent, unilatéral ou plus rarement bilatéral : ^ a du bord interne du m. crico-thyroïdien au corps thyroïde.
LARYNX
M. crico-lrachéa/ {Ma.ca\\fitcr). Languette iinisciilairc fixée d'une part, au bord inférieur de l'arc du c. cricoïde au-dessous du crico-tiiyroïdien et d'autre part au 5'' anneau de la trachi'e.
il/. fli//roïf//('ii /lYiiisrcfsi' ((jrubcr) . Petit l'aiseeaii anormal très rare. tantôt impair, tantôt pair, insi'ré par ses deux extrémités au bord inférieur du e. thyroïde.
Action. — Le mode d'action des m. erieo-tliyroïdiens a été a]iprécii' de diverses manières. Un peut en ell'et considérer qu'ils prennent leur point lixesoit sur le c. cricoïde, soit sur le c. thyroïde. Dans le premier cas leur contraction attire en avant et surtout en bas le c. thyroïde qui bascule autour d'un axe horizontal passant par les deux articulations crico-tliyroïdieimes. Los cordes vocales se trouvent entraînées dans le même sens et se tendent en s'allongeant puisque leurs extrémités postérieures, lix('es aux cartilages aryténoïdes que ce mouvement no déplace pas, restent en place tamlis que leurs extrémités antérieures sont attirées en avant et en bas.
Si au contraire les m. crico-thyroïdiens prennent leur point d'appui sur li> r. thyroïde fixé au préalable par les m. thyroïdiens et pharyngiens, le c. cL'icoïile est attiré en arrière et en haut. Les c. aryténoïdes se déplacent dans la même direction ainsi que les cxtrénntés postérieui'es des cordes vocales. Celles-ci se trouvent donc allongées, par conséquent tendues.
Dans les deux cas In, conti'action des m. ci ico-lliyroïdiens a donc pour résultat ess(Mitiel de tendre les cordes vocales, condition imlispensable pour qu'elles puissent vibrer. De plus elle diminue la hauteur de l'espace sous-gloltique puisque les deux cartilages ([ui le circonscrivent se rapprochent l'un de l'autre.
La paralysie de ces muscles (par section du nerr laryngé supérieur qui les innerve) entraîne une raucité de la ^oix qui disparait quand, par un moyen r|uelcon(|ue, on rcml aux cordes vocales le degré de tension nécessaire.
II. — Muscle crico-aryténoïdien postérieur (li.ï. 102). — ]'][);iis cl do l'onne triaiigiilairo ces innscdcs rccdin l'cii I les i-i';.;i(iiis bi h'M'alcs ilc l,i l'ace pi)sl(''ri('ui"i' du c. crien'ide, séparés l'un de l'anlr-c jiar l.i çr.'dc nu''(lian('. Ils ne s'insèrcnl pas .sur toute l'étcndiio do ces régions mais scuIimuciiI sui' h'ur iu(uli('' iiiri'rieure et, en dedans, le loni;- de la crcMc Me ces puiiils d'iiiserlinus h's filircs musculaires convergent eu haut ci en deiHii's. les supé'riein'es all'eclanl ime direcliou sensiblement liorizonfali'. les inl'erieures el e.xleriies uu lraj(d presque xcriioal. se ramassent en un l'aisceau assez éf)ais (pu' i-ecoux re la lace jioslérieure de la iniuei' capsule articulaire erico-arvlénoïdieu ne el se llxeiil eiiliii par uu |[endnn Irès court au bord postéro-la b'ral de l'apophyse musculaire du c ai'vl(''iioïde.
Variations. — Le m. crico-aryl(Mioïdien ]josli''rieur [leut l'drc divisé en deux ])arties : une interne qui représente la masse principale du muscle et une externe qui, ou bien va s'insérer comme la pr(''cédente à l'apopiiyse musculaire du c. aryténoïde. ou bien se fixe à la face interne du c. thyroïde : ou bien enfin s'attache à la corne inférieure de ce cartilage (m. crico-thyroïdicn postérieur. V. pl. loin).
Union aver les miisrlf.f ro/.sv'/?.v. — Il u'i'st ]ias rare d'observer dos libres qui unissent le m. crico-arylénoïdion postérieur avec le m. erii'ii-arytéuoïdien latéral ou avec le m. thyro-aryténoïilion suiierficiel (descendanl) au niveau de leurs insertions à l'apophyse musculaire.
Faisceaux surnuméraires. — .V. crico-tin/roïdien poslérieur ou m. cérato-rricoïdien .
Ce pi'lit ujuscle reluli\'enient fréipient (21,8 °/o d'après Turner: 25 "/„ selon Patruban) et plus souvent unilatéral s'insère, d'une part au-dessous du bord inférieur du m. cricoaryténoïdien postérieur sur la plaque du c. cricoïde et. d'autre part, au bord postérieur de la corne inférieure du c. thyroïde. 11 est quelquefois en partie fusionné avec le m. cricoaryténoïdien postérieur.
Muscle Ihi/ro-arylénoïdien pnsiérieiir on ni. eéralo-a>\i/ténni'dten ((jruber). — Faisceau anormal jjlus rare que le précédent, étendu du bord postérieur de la corne inférieure du c. thyroïde au bord externe de l'apophyse musculaire du c. aryténoïde où il se fixe à côté du m. crico-aryténoïdien postérieur.
Action. — En prenant leur point fixe sur le c. cricoïde les m. crico-aryténoidiens postérieurs, lorsqu'il? se contractent, font pivoter de dedans en dehors les c. aryténoi les en attirant en dedans, en arrière et on lias, "leur apophyse musculaire. Les apophyses vocales avec
ORGANES DE LA RESPIRATION
les cordes vocales inférieures qui leur font suite sont déplacées en sens inverse, c'est-àdire en dehors et en haut. La fente glottique se trouve donc élargie et élevée. La paralysie de ces n^iuscles a pour conséquence l'angoisse respiratoire et peut être suivie de la mort; elle n'a pour ainsi dire pas d'influence sur la phonation.
Sphincter du larynx. — Dans les premiers stades de son développement le sphincter du larynx se présente sous la forme d'un anneau complet et ininterrompu qui entoure la cavité de cetorgane (Strazza, Kanthack). Celte disposition rappelle absolument celle que l'on a décrite chez les Amphibienset les Reptiles. Plus tard, par suite de la différenciation et de l'accroissement des ébauches cartilagineuses, notamment des c. aryténo'ides, ce muscle annulaire se trouve décomposé en plusieurs portions qui prennent sur elles leurs inserlions. C'est ainsi qu'on observe alors : un muscle postérieur compris entre les deux cartilages aryténoïdes, c'est le m. interaryléno'idien, et deux muscles latéraux symétriques étendus entre le cartilage crico'ide et les lames latérales du cartilage
c. sésam, ant.
Co. l'oc. inf.