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CHAPITRE PREMIER

Par A. iNlCOLAS

ARTHROLOGIE

davantage, la zone niésencliymateuse qui les isolait devient par suite, en. certains endroits, de plus en plus mince. En un mot les segments cartilagineux tendent à venir au contact les uns des autres, par leurs extrémités, par leurs faces latérales, ou par quelque point déterminé de leurs bords, suivant qu'il s'agit d'un cartilage précurseur d'os long, d'os court, ou d'os plat.

Si l'on examine en ce moment une coupe intéressant à la fois deux cartilages voisins, on constate les faits suivants. Supposons, pour fixer les idées, qu'il s'agisse d'une coupe longitudinale passant par l'un des métacarpiens et la première phalange qui lui correspond (V. fig. 473).

La couche chondrogène (c.chj , règne sur toute la péri])hérie de chacun des

cartilages, aussi bien sur ses faces latérales que sur ses extrémités, partout avec les mêmes caractères. Il existe entre l'extrémité distale du métacarpien (M) et l'extrémité proximale de la phalange (P), tapissées l'une et l'autre par la couche chondrogène, un certain intervalle que comble une zone cellulaire /'cwi/, en continuité départ et d'autre avec le mésenchyme ambiant dont elle a les caractères. Toute cette région [zÀ] , intermédiaire aux extrémités cartilagineuses et constituée par trois couches : deux extrêmes chondrogènes, et une moyenne niésencliymateuse, a reçu des noms divers : couche mésochondr aie, bande articulaire.

L'expression de zone intermédiaire nous paraît suffisamment caractéristique. Toutefois, répétons-le, il ne s'agit pas là d'une formation propre, indépendante, puisque les trois couches qui la composent ne ditTèrent en rien de celles qui recouvrent les faces latérales des pièces cartilagineuses.

Toutes les articulations, à quelque catégorie qu'elles doivent appartenir plus lard, passent par ce stade. Les transformations ultérieures varieront nécessairement suivant les cas. Toujours les deux couches chondrogènes de la zone intermédiaire se transformeront cependant en cartilage, et contribueront par conséquent à allonger le segment, tout comme la couche chondrogène latérale contribue à l'épaissir. Quant à la couche mésenchymateuse moyenne, tantôt elle persistera et s'organisera en tissu fibreux, tantôt elle disparaîtra sans laisser de traces. Voj'ons dans une série de paragraphes les divers cas que l'on peut observer.

Fig. 473.

Coupe longitudinale d'un doigt (embryon humain de g'mra, passant par le métacarpien M et la première phalange P (d'après Schulin).

î.î, zone intermédiaire avec sa couclie moyenne mésencliymateuse, cm, et ses deux couches chondrogènes c.c/i.

SYNCIIONDROSES

Les pièces cartilagineuses continuent à s'allonger, leurs extrémités se rapprochent de plus en plus (fig. 474, II), la couche mésenchymateuse s'amincit pro-

DliVELOPPEMENT DES ARTICULATIONS

gressivement, employée qu'elle est à reconstituer les couches chondrogènes adjacentes. 11 arrive un moment où celles-ci se touchent, puis se confondent (V. fig. 47i, 11) en une seule couche. Cette couche uni([ue subit alors la transformation cartilagineuse, et en fin de compte les deux segments cartilagineux primitivement séparés sont intimement soudés (111). 11 y a là ce qu'on appelle une synchondrose (articulation de la première cùte avec le sternum, de l'apo-

Schémas inniitranL le mode i.lc formation d'une synchondrose.

C, pièces cartilagineuses : en /, elles sont séparées par la zone intermédiaire cm; c.ch, couche chondrogène ; — en //, elles se touchent ; — en III, leur fusion est complète.

physc styloïde avec la base du crâne... etc.), mais on voit que ce n'est pas à proprement parler une articulation: c'est, comme on l'a dit, une simple union sans articulation. Parfois cependant la fusion n'est pas complète et il se produit entre les deux cartilages, par un processus qui sera étudié dans un instant, une fente qui les isole plus ou moins complètement.

§ 11. ~ AMPlllARTllROSES

Lorsque la formation de substance cartilagineuse aux extrémités des pièces squeleltiques se fait avec lenteur, ou lorsque la distance qui sépare celles-ci est considéiahle, la couche moyenne mésenchymateuse de la zone intermédiaire s'organise eu tissu fibreux ou en fibro-cartilage (V. fig. 475). II en résulte que les cartilages ne peuvent arriver au contact l'un de l'autre et restent maintenus à dislance |jar une couche résistante qui les unit solidement, et joue le rôle d'un lïgamoit inter articulaire (par cxenq)le l'articulation de la poignée avec le manche du sternum). Dans ces cas, la couche chondrogène se transforme, lorsque le développement est terminé, en une mince couche cartilagineuse

ARTHROLOGIE

(V. fig. 47o, ca) que Von retrouve sur entre la substance osseuse et la face cor

cet,

Fig. 47;).

Formation d'une an>pliiarllu'ose.

JiSS pièces cartilagineuses restent écartées l'une de l'autre grâce a la persistance de la couche moyenne de la zone intermédiaire (ligament înterarticulaire , l.i ); — lorsque l'ossification sera terminée, les os en présence se trouveront revêtus d'un cartilage d'encroùlemeni, c.« ; — f.a, fente arliculaire apparaissant dans certaines catégories d'amphiarthroses (diartliro-amphiarthroses) au milieu du ligament interarticulaire.

la surface dite articulaire de l'os adulte, respondantedu ligament interarticulaire.

On donne aux articulations qui prennent naissance par ce processus le nom d' mnphiarthroses ou articulations semi-mobiles. 11 faut toutefois faire observer qu'ici, comme dans la première catégorie, il peut se produire primitivement, ou même secondairement, une fente creusée dans l'épaisseur même du ligament interarticulaire (V. fig. 47d, f.a). C'est même ainsi que les choses se passent le plus souvent (symphyse pubienne, articulation sacro-iliaque, etc.), de telle sorte qu'entre l'amphiarthrose typique et la diarihrose on trouve des formes intermédiaires réunies sous le nom de diarlhro-amphiartroses.

§ m. - DIARTIIROSES

Dans la majorité des cas, les extrémités ou certains points de la surface des pièces cartilagineuses, jusqu'alors unies (et séparées en même temps) par la zone intermédiaire parviennent à se rencontrer avec les extrémités ou les surfaces correspondantes des pièces voisines, mais sans se fusionner en aucune façon avec elles. Il se forme en effet dans leur intervalle une sorte de fissure, la fente articulaire, qui assure l'indépendance complète des surfaces mises alors simplement en contact l'une avec l'autre (V. fig. 476, f.a). On conçoit que ces rapports des extrémités cartilagineuses leur permettent de glisser l'une sur l'autre. Nous avons affaire ici à des articulations parfaitement mobiles, à des diarthroses.

FENTE ARTicuL&iRE. — Le mode de formation de la fente articulaire est encore un sujet de controverses. L'opinion qui paraît la plus acceptable (Kœlliker, Retterer), bien qu'elle soit passible d'objections et qu'elle ne rende pas nettement compte de tous les faits, est la suivante.

Nous avons vu précédemment que la couche chondrogène qui limite l'extrémilé du cartilage subit la même évolution qu'en une autre région, c'est-à-dire forme, à ses propres dépens, du cartilage. Nous avons appris en outre que, par suite de ce processus, la couche mésenchymateuse moyenne

Fig. 476.

Schéma montrant comment la fente articulaire, f.a, se prolonge sur les cotés de l'interligne articulaire {culsde-mc ai/noriaux) en s'insinuantdans l'épaisseurmème du péricliondre.

DÉVELOPPEMENT DES ARTICULATIONS

s'amincit de plus ou plus, dilléreuuiée qu'elle est, petit îi petit, on couche chon-

dLYi^èiie, puis disparaît. Les deux couches choudrogèues se ju.xta])osent, ou à

pou |)i'os, sépaives souloniout par un ininco liseré amorj)ho ; on fin elles se

translormeat eu substance cartilagineuse. C'est à ce inomont que la fente arli-

culaire commence à apparaître sur les

côtés, dans l'interstice des deux couches

choiidrogènes (Schiilin, Retterer) ; elle

gagne ensuite le centre, et règne dès

lors dans toute la larg\'ur de l'inter-

valle inlercartilagiiieux. En soniine, la

I raiisforniation de chacune dos doux |

couches chondrogènes en substance car- ^ S

tilagineuse a ou pour résultat « une véritaljlo rencontre de deux couches dures croissant à rencontre l'une de l'autre et devenant contigués(lîelterer) » ; d'où, production d'un ' i'enlo (puuid le contact est établi.

11 est vraisemblable que des inlluonces extérieures iiiterviennonl, sinon [jour déterminer, du moins pour favoriser l'apj)arition do la fente articulaire. Les muscles, par exemple, pour ne pas être

5ant par l'artifulation ffauclio (l'un embryon

Fig.

Coupe frontale pas storno-clavieulairi humain do Ali""".

C, extrémité sternalc de la clavicule. — S, poignée du sternum — d.i, él^auclie du ligainent interarticulaire .séparé de cliacune des pièces cartilagineuses par une fente. — On voit que la périphérie de ces pièces est revêtue d'une zone plus foncée (couche chondrogene) parliculièrement épaisse au niveau de l'extrémité de la clavicule.

ans doute très puissants à l'époque où

elle commence à aj)paraîti e, n'en existent pas inoins à l'état d'ébauches histologi-

quenient différenciées. Selon toutes [)robabilités ils sont susce|)til)lesde se contracter, par suite d'exercer des tractions, aussi faibles (ju'on voudra, mais cependan! efficaces, sur les extrémiiés articulaires des pièces squeletii(jues.

Tel est, esquissé dans ses traits essentiels, 1" mode de formation de la fente articulaire. Dans les cas les plus typiques, il n'y on a (pi'une seule (articulation scapulohumérale de la hanche. ..etc.), tandis qu'ailleurs il s'en développe deux. Ainsi quand la couche mésonchymateuse uKiyonno organisée en tissu libio-carlilagineux est très épaisse, il se fait doux fentes (V. fig. 477), l'un!" oniro l'extrémité de l'un des segments (C) squeleltiipios et la couche précédente, d.i, la seconde entre l'extrémité de l'autre segment (S) et la l'ace correspondante de cette même couche.

Figure scliématiquo montrant rommoiU dans certains ras les fentes articulaires, /'.«, se proiluisent île telle sorte qu'il subsiste à la surface des cartilages d'encroûtement, ca, une mince lamelle, t./', de la couclie moyenne de la zone intermédiaire.

ARTHROLOGIE

II y a, en un mot, deux cavilés articulaires indépendantes l'une de l'autre, séparées par un disque interarticulaire. Celui-ci d'ailleurs peut être plus ou moins complet ; souvent il est perforé (secondairement) et les deux cavités articulaires communiquent ensemble.

Dans l'exemple que nous venons de considérer, la surface articulaire de chacun des os respectivement en rapport avec le disque interarficulaire est recouverte uniquement par du cartilage, mais il n'en est pas toujours ainsi. Dans certaines articulations (articulation du maxillaire inférieur avec le temporal, symphyse pubienne quand il se développe une fentcarticulaire), une partie de la couche mésenchymateuse moyenne est déjà organisée quand la fente, ou les fentes, font leur apparition. Elles se produisent alors (V. fig. 478) de telle sorte que le revêtement cartilagineux (ca) de la surface articulaire se trouve tapissé par une couche plus ou mons épaisse de tissu fibreux (t. f) qui le sépare de la cavité articulaire.

La série des phénomènes qui viennent d'être exposés n'aboutit pas à la constitution d'une articulation complète. La fente articulaire, isolant les pièces squelettiques aux endroits où elles viennent se juxtaposer, leur permet de se mouvoir les unes sur les autres, mais il est nécessaire que certains dispositifs assurent la solidité et la permanence de leurs connexions. Ce but est atteint par le développement des capsules et ligaments périarliculaires, des bourrelets marginaux et des ménisques fihro-cartilagineux.

CAPSULE ET LIGAMENTS PÉRiARTicuLAiRES. — Sur une coupe passant par une articulation en voie de développement, on constate (V. fig. 479) sur les

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