MOUVEMENTS DES ARTICULATIONS DU TARSE POSTÉRIEUR
Les mouvements qui se passent dans les articulations astragalo-calcanéennes ne peuvent être séparés des mouvements qui ont pour siège l'articulation médio-tarsienne que nous décrivons plus loin.
Au point de vue physiologique l'astragale nous apparaît, en efl'ct, comme articulé d'une part avec la jambe, d'autre part avec le reste du tarse. Dans les mouvements de llexion et d'extension, l'astragale l'ait corps avec le pied et tous les mouvements se passent entre lui et la jambe; au contraire dans les mouvements de latéralité et de rotation, l'astragale fait corps avec la jambe et tous les mouvements se passent entre lui et le reste du pied. Morel et Math. Du^al ont fixé cette intéressante remarque en comparant fort à propos le rôle physiologique de l'astragale dans les mouvements entre la jambe et le pied au rôle que joue l'atlas dans les mouvements entre la colonne vertébrale et la tète.
Les articulations, sous-astragaliennes et médio-tarsienne, inséparables au point de vue physiologique, sont le siège de ces mouvements combinés de latéralité et de rotation que j'ai réunissons le nom de mouvements de torsion en dedans et en deliors. Ces mouvements ont pour complément indispensable des mouvements dans l'articulation calcanéo-cuboïdienne qui intervient dans les mouvements de l'articulation astragalo-scaphoïdionne, au même titre complémentaire que les mouvements de l'articulation astragalo-calcanéenne postérieure. On voit combien est complexe le mécanisme de ces mouvements de torsion qui se passent à la fois dans un si grand nombre d'articulations ; il est dilïïcile et bien artificiel de donner les éléments séparés de cet ensemble physiologique.
Je reviendrai sur l'ensemble après avoir décrit l'articulation médio-tarsienne.
La partie des mouvements de torsion qui se passe dans les articulations astragalo-calcanéennes comprend des mouvements de glissement entre les surfaces cylindriques emboîtées
ARTICULATIONS DU PIED
de ces deux articulations. Ces mouvoiiicnts, si on les liiiiile exactement par l'iniinobilisation des articulations voisines, ont peu d'étendue. Ils se font en sens inverse : quand l'astragale glisse en dehors sur le cylindre calcanéen postérieur, il glisse de dedans en dehors dans le cylindre calcanéen antérieur; les deux extrémités de l'astragale se meuvent donc en sens inverse. Ces mouvements s'exécutent autour d'un axe antéro-postérieur; leur centre répond à l'insertion du ligament interosseux dans la gouttière calcanéenne. Les deux lames entrecroisées de ce ligament se comportent au cours de ces mouvements à peu prés couune les ligaments croisés dans les mouvements de rotation du genou. Ces mouvements sont limités par la tension du faisceau moyen des ligaments latéraux de l'articulation tibio-tarsicnne : la torsion du pied en dehors est arrêtée par la tension du faisceau tibio-calcanéen, la torsion en dedans est arrêtée parla tension du ligament péronéo-calcanéen.
ARTICULATION MÉDIO-TARSIENNE. {A rlic alutlou de Chopcirt).
L'articulation raédio-tarsiennfi unit le tarse postérieur au tarse antérieur; elle est en réalité formée de deux articulations séparées et placées cote à côte : l'astragale articulé avec le scapho'i'de en dedans ; le calcanéuni articulé avec le cuboïde en dehors. Je décrirai séparément ces deux articulations composantes de la grande articulation médio-tarsienne.
Articulation astragalo -scaphoïdienne
Formée par la tète de l'astragale reçu(^ et tournant dans la concavité du scaphoïde, cette articulation appartient au genre des énarthroses.
Surfaces articulaires. — La, tète de V astragale, éminence arrondie, allongée, à grand axe presque transversal, plus étendue que le scapho'ide avec le(juel elle s'articule, s'aplatit dans sa partie inférieure et s'allonge d'avant en arrière en une facette qui répond à la facette antéro-interne du calcanéum. Entre ces deux portions, l'unescaphoïdienne, l'autre calcanéenne, la têteastragalienue présente, dans sa partie moyennne, un méplat qui répond au ligament calcanéo-scapho'idien inférieur. — Un revêtement cartilagineux continu, d'épaisseur variable, est ai)pliqué sur ces trois champs de la tète astragalienne {champ scapJwïdien, cliamy ligamenteux, champ calcanéen) séparés seulement par des crêtes émoussées.
Du côté du scaphoïde, nous trouvons une cavité, formée par la face postérieure de cet os ; assez profonde, oblongue à grand axe obliquement dirigé en bas et en dedans, celte cavité répond au champ scaphoïdien de la tète astragalienne.
La cavité de réception de la tête astragalienne est continuée et complétée en arrière: 1° par le ligament calcanéo-scapho'idien, 2° par la facette calcanéenne antérieure. Ces trois parties de la cavité répondent aux ti'ois champs de la tête astragalienne. — J'ai déjà insisté, en traitant de l'articulation astragalo-calcanéenne antérieure, sur la communauté et la continuité de cette articulation avec l'articulation astragalo-scaphoïdienne.
Moyens d'union. — La capsule dont l'insertion empiète de près d'un centimètre sur les faces supérieure et interne du col astragalien est renforcée par quatre ligaments.
ARTHROLOGIE
Le ligament calcanéo-scapho'idien 2^ostérieur nous est déjà connu : ce n'est autre chose que le feuillet antérieur du ligament interosseux astragalocalcanéen, dont le faisceau le plus externe, visible dans l'excavation astragalocalcanéenne, s'élève du calcanéum vers la face externe du col astragalien.
Le ligament astragalo-scaphoidïen dorsal est un plan fibreux large et mince; ses fibres parallèles, un peu obliques en avant et en dedans, naissent de la face supérieure et externe du col de l'astragale, s'enroulent et brident la tête astragalienne qui tendrait à sortir de sa cavité quand l'avant-pied s'abaisse et se porte en dedans; elles vont se fixer d'autre part, sur la face dorsale du scaplioïde, à quelque distance du revêtement cartilagineux.
Le ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur^ en forme de gouttière à concavité supérieure, remarquable par sa force et son épaisseur, unit le calcanéum
Fig. 572. — Articulation médio-tarsienne, vue d'en haut, l'astragale ayant été enlevé.
au scaphoïde et prend part à la formation de la cavité dans laquelle est reçue la tète de l'astragale (V. fig. 572), Il s'attache en arrière à la petite apophyse du calcanéum et dans l'excavation qui sépare cette apophyse de la facette cuboïdienne ; de là, ses fibres vont en irradiant s'attacher à la face interne du scaphoïde, près du tubercule de cet os. Epais dans sa partie inférieure, ce ligament devient plus épais encore dans sa partie interne où il répond au bord interne du pied ; dans cette partie formée par les fibres allant de la petite tubérosité du calcanéum à la face interne du scaphoïde près du tubercule, le ligament reçoit un grand nombre de fibres appartenant au faisceau moyen du ligament latéral interne de l'articulation tibio-tarsienne. Ses faisceaux inférieurs, divergents, ménagent des orifices par lesquels jouent de gros lobules adipeux qui font saillie
ARTICULATIONS DU PIED
dans l'articulation sous la forme do franges synoviales. Dans la partie qui répond au bord interne du pied, le ligament calcanéo-scaplioïdien inférieur présente d'ordinaire un noyau fibro-cartilagiueux, qui répond par sa face externe au tendon du jambier postérieur, et par sa face articulaire à la facette moyenne de la tète astragalienne. Morris insiste sur le rôle du jambier postérieur venant renforcer cette portion ligamenteuse de la cavité qui rei;oit et soutient la lète astragalienne.
Le ligament calcanéo-scaplioïdien externe, moyen d'union appartenant en propre à l'articulation astragalo-scaphoïdienne, est un trousseau ligamenteux épais, qui se détache de la partie la plus antérieure de la face supérieure de la grande apophyse du calcanéum, et va se fixer à la partie externe du contour de la facette scaphoïdienne ; cloison sagittale, plus ou moins haute et que l'on ne peut voir dans son entier qu'après avoir enlevé l'astragale, ce ligament forme la branche interne du ligament en Y, ou mieux en V, que l'on désigne sous le nom de clef de l'articulation de Clwpart (V. fig. 572).
Synoviale. — Elle s'insère au pourtour du revêtement cartilagineux , et forme à la partie supéro-interne un cul-de-sac demi-circulaire ; j'ai déjà indiqué les grosses franges synoviales qu'elle présente à la partie inférieure entre les faisceaux du ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur; par l'insufilation ou l'injection on met en évidence de petits prolongements synoviaux, qui s'engagent avec des lobules graisseux dans les inierstices du ligament.
Articulation calcanéo-cuboïdienne
Cette articulation, qui forme la moitié externe de l'articulation médio-tarsienne, n'est point une arthrodie, mais une articulation par emboîtement réciproque.
Surfaces articulaires. — a) facette du calcanéum qui comprend toute la face antérieure de cet os est convexe de haut en bas et concave transversalement; son grand axe est transversal ; son extrémité iiHerne s'allonge en une saillie qui donne attache aux ligaments calcanéo-scaplioïdien et calcanéo-cuboïdien, les deux branches du ligament en V de Chopart ; parfois le sommet de cette saillie s'aplatit en une facette étroite par laquelle le calcanéum s'articule avec le scaphoïde.
h) Du côté du cuboïde, nous trouvons une facette inversement conformée comprenant toute la face postérieure de l'os, convexe transversalement, concave de haut en bas : parfois cette concavité verticale est très marquée par le fait d'une apophyse, sorte de bec cuboïdien, qui se prolonge sous la face inférieure du calcanéum.
Moyens d'union. — La capsule fibreuse qui s'insère immédiatement au poui-tour cartilagineux, sur la partie interne de l'articulation, s'en éloigne vers la partie externe, où ses insertions se font à 3 ou 4 mm. de l'interligne, tant sur le calcanéum que sur le cuboïde. Donc, serrée en dedans, l'articulation est lâche
ARTHROLOGIE
en dehors; le contraire s'observe dans l'articulation astragalo-scaphoïdienne dont la capsule serrée en dehors devient lâche en dedans.
La capsule est renforcée en haut, en dedans et surtout en bas.
Le ligament calcanéo-cnhoidien dorsal unit la face dorsale des deux os : c'est un trousseau fibreux, aplati, de largeur variable, formé de fibres parallèles dont les plus inférieures descendent sur la face externe du calcanéum.
Le ligament calcanéo-cuhoidien interne forme la branche externe du liga-
lJ(j. culcanpo-scaphoï- ...
(lien inférieur
Lig. sca]tIio-\"' cwiéen ...
Lig. 2'' Clin. -3' cuti. ---
Lig. \" cun.A" mélat.
Fig. 573. — Articulations tarsiennes et tarso-métatarsiennes, vues par leur face plantaire.
ment en V de l'articulation médio-tarsienne. Il se détache de l'extrémité interne de la facette calcanéenne et va s'insérer après un très court trajet à la face interne du cuboïde. Sur le calcanéum son insertion se rapproche de celle du ligament calcanéo-scaphoïdien e.xterne, tandis qu'en avant les deux ligaments divergent à la façon des deux branches d'un V (V. fig. 572).
Le ligament calcanéo-cuhoidien inférieur (grand ligament de la plante) présente l'aspect d'une large bande à fibres nacrées, étroite en arrière, ])lus
ARTICULATIONS DU PIED
large en avant, étendue de la face inférieure du calcanéum à l'extrémité postérieure des trois derniers métatarsiens.
Le grand ligament plantaire comprend deux couches séparées par un peu de tissu cellulo-graisseux : la couche superficielle répond à ce que nous venons de décrire : lîxée à toute celte partie de la face inférieure du calcanéum qui est en avant des tubérosités postérieures, elle franchit l'interligne calcanéo-cuboïdien, adhère par quelques-unes de ses fibres au sommet de la crête oblique du cuboïde, et va, par ses fibres les plus superficielles, s'attacher sur la base des trois ou quatre derniers métatarsiens; elle transforme ainsi la gouttière du cuboïde en canal ostéo-fibreux, le canal du long péro)iier latéral.
La. couche profonde, plus épaisse, plus courte et plus forte, s'attache à la tubérosité antérieure de la face inférieure du calcanéum d'une part et va se fixer d'autre part à la face postérieure de la crête oblique du cuboïde et à toute la partie de la face inférieure du cuboïde qui est en arrière de la crête.
Remarquons que le ligament calcanéo-cuboïdien inférieur est continué en dedans par le ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur : le rôle de ce plan ligamenteux si épais et si large est des plus importants comme soutien de la voûte plantaire.
Synoviale. — Un peu moins lâche que celle de l'articulation astragalo-calcanéenne, elle forme cependant dans sa partie externe un cul-de-sac qui, après injection, dessine sa saillie sur le bord externe du pied.
Vaisseaux et nerfs. — Les artères de l'articulation médio-tarsienne sont fournies par la tibiale antérieure, par des brandies qui viennent des anastomoses entre la dorsale du tarse et la dorsale du métatarse, enQn par la plantaire interne. — Les ?ierfs sont ordinairement tournis par la branche externe du tibial antérieur.
Mouvements. — Les trois articulations astragalo-seaphoïdienne, astragalo-calcanéenne postérii'ure, et ealcanéo-cuboïdienne, sont parfaitement solidaires ; elles forment un ensemble articulaire dont les diverses parties sont inséparables. J'ai l'habitude de les réunir en une seule articulation que j'appelle : articulation de l'entorse L'articulation médio-tarsienne a été artificiellement séparée : c'est une articulation chirurgicale.
Ces trois articulations sont le siège des mouvements de torsion en dedans et en deliors.
Le mouvement de torsion en dedans est notablement plus étendu que le mouvement de torsion en dehors; dans la torsion en dedans, l'exGavation calcanéo-astragalienne bâille; elle se ferme et ses parois viennent au contact dans la torsion en dehors.
Les mouvements qui se passent dans l'articulation ealcanéo-cuboïdienne sont complémentaires des mouvements de l'articulation astragalo-seaphoïdienne au même titre que les mouvements de l'articulation astragalo-calcanéenne postérieure; quand le pied est tordu en dedans, le cuboïde glisse de haut en bas et de dehors en dedans, comme le scaphoïde, dégageant l'extrémité antérieure du calcanéum qui vient faire saillie sur la face dorsale du pie(L
L'axe de ce mouvement d'ensemble n'est point exactement antéro-postérieur; il passe par le centre de la tête astragalienne, puis par la partie moyenne du sinus tarsien ; il est donc oblique d'avant en arrière et de haut en bas. — Dans ces mouvements, les extrémités des parties en présence, pied d'une part, astragale d'autre part, se meuvent en sens inverse; dans la torsion on dedans, quand la pointe du pied s'élève et se porte en dedans, l'extrémité postérieure du calcanéum s'abaisse et se porte en dehors ; le déplacement du calcanéum, qui se renverse avec tout le pied, est moins sensible que celui de la pointe du pied à cause de la longueur différente des deux leviers. Réciproquement, lorsque la jambe se tord sur le pied fixé, la tête de l'astragale se meut en sens inverse de son extrémité postérieure.