ACCROISSEMENT DES OS ; LEUR CONSTITUTION DÉFINITIVE
L'accroisseiueiit des os dans un sens on dans l'autre peut, s'expliquer de deux manières. Ou bien il est interstitiel, c'est-à-dire que l'os déjà formé augmente de volume par expansion de sa propre substance, ou bien il se l'ait par apposition, c'est-à-dire grâce à l'addition continue de nouvelles couches. Le premier mode n'est plus guère admis ; du moins les j)reuves que l'on a fournies pour en établir la réalité sont passibles d'objections sérieuses ; quant au second, il est démontré autant par l'observation histologique que par l'expérimentation.
Nous ne rappellerons pas les célèbres expériences du Duhamel, Flourens, Hunter, Ollier... etc., pas plus que les discussions qu'elles ont soulevées, nous contentant d'indiquer brièvement ce qui est aujourd'hui bien établi.
1° L'accroissement des os en longueur résulte, tant que les points d'ossification épijihysaire n'ont pas paru, de la multiplication des éléments cartilagineux de l'épiphyse au voisinage de la ligne d'ossification (zone de multiplication et zone séi'iée) et de la formation incessante d'os enchondral à ce niveau.
Lors(|ue les épiphyses sont ossifiées et pendant toute la durée de l'existence du cartilage de conjugaison, l'accroissement en longueur se fait encore de la même façon, mais alors non plus dans une, mais dans deux zones. Ij'épipbyse s'allonge dans le sens centripète (du côté de la diaphyse), la diaphyse dans le sens centrifuge. Le résultat final est une augmentation de longueur.
OUior a iiiontro par do inéinorablcs expériences que l'accroissement de l'os en longueinse fait par la proiluction de couches osseuses nouvelles au niveau et sur les deux faces du cartilage de conjugaison; le savant professeur de Lyon a donne la démonstration directe de ce fait : ayant enlevé un de ces cartilages, il vérifia ultérieurement que l'os avait cessé de rroitre en longueur par /'e.:ctrém//é privée fie rartilar/e. — Dans une autre expérience, Ollier enleva la plus grande partie di; l'épiphyse en laissant intact le cartilage de conjugaison, To? continua de rroitre . l'^orcc estdonc de conclure avccOUier : que l'os augmente en longueur parla production de tissu osseux nouveau, s'elTectuant à la fois sur la face diaphysaire et sur la face épiphysaire du cartilage de conjugaison.
'1° L'«C(;roi,sse»ie)U c» t7)ai.s.st'î<r des os longs est dû aux dép(Ms successifs d'os périostique. ("est là évidemment la cause principale, mais il en est une autre. Ln effet on se souvient que l'os enchondral se présente sous l'aspect d'un sablier : c'est dire que son épaisseur augmente à mesure (ju'on se rapiiroche de laligae d'ossification, à mesure précisément (jue l'os |)ériostique s'amincit et que lui aussi contribue dans une hirge mesure à agrandir les dimensions de l'os dans le sens transversal. Or, si l'épaisseur de l'os enchondral augmente, c'est que la ligne d'ossification s'élargit, c'est par conséquent que la proliféi'ation du cartilage a pour résultat non seulement un accroissement de l'os dans le sens de la longueur, mais encore un accroissement dans le sens de la largeur.
L'accroissement de l'os en épaisseur par dépôts successifs de couches périostiques a été uiis hors de doute parles expériences de Flourens et par celles d'Ollier. Ce dernier ayant enlevé le périoste en prenant soin de ménager sa courhe cellulaire profonde et l'ayant
OSTÉOLOGIE
transplanté en unpoint qiielconcjae du corps, a cons/até la prodiiclion de /issu osseux pav ce périoste transplanté. — Pour mieux démontrer le rôle du périoste dans raccroissemenl des os en épaisseur, OUier a entouré d'un fil de caoutchouc un os en voie de croissance: plaçant ce fil sous le périoste, il a pu constater, au bout d'un certain temps, que Vos n'avait pas augmenté de longueur (P. Poirier).
Dans les os courts, raccroissemeiit est le fait de l'apposition continue de substance osseuse autour du point d'ossification marchant de pair avec larégénération du cartilage, et suivie du dépôt dos couches périphériques d'os périostique.
Dans les os plats précédés d'une ébauche carlilagineuse, l'accroissemenl, se faisant surtout en surface, a pour facteur, comme dans le cas précédent, l'extension du cartilage reculant devant l'envahissement de l'os. Enfin dans les os précédés d'une ébauche non cartilagineuse, nous avons vu comment ils s'élargissaient et comment aussi ils augmentaient d'épaisseur.
Phénomènes de résorption. — r.'apposition (pas plus que l'accroissement interstitiel s'il existe) ne pourrait expliquer à elle seule comment les os acquièrent leur constitution défini-
f . Il* î,y.
tive. L'os fœtal ne possède pas une forme identique à celle de Tos parfait, et surtout il n'en a pas la texture. S'il ne faisait que s'accroître régulièrement, ni cette forme ni cette texture lie changeraient. Les transformations qu'il doit subir |)Our atteindre l'état adulte sont dues non seulement à des phénomènes d'apposition, mais encore à des phénomènes de résorption.
Le fait que certaines parties de l'os se résorbent pendant le cours du développement est connu depuis longtemps (résorption modelante de Ilunter), mais la nature et le mécanisme du phénomène ne sont pas encore élucidés complètement,
malgré d'importants travaux, parmi lesquels il faut citer en première ligne ceux de Kœiliker.
Nous en visagerons successivement la résorption dans l'os enchondral et dans l'os périostique.
Os enchondral. — Dans l'os enchondral des os longs, la résorption commence par s'attarjuer aux travées osseuses vers le milieu de la diaphyse et les détruit. De cette façon prend naissance (fig. 78) un large espace rempli de moelle, \e canal médullaire, ([ni s'agrandit toujours davantage. Dans le sens transversal la résorption atteint bientôt les couches qui confinent à l'os périostique ;
Fig. 78.
Schémas montrant la formai ion du canal médullaire cm (U) par disparition de l'os enchondral oeh (I).
los, ligne d'ossification contre laquelle subsiste une couche d'os enchondral sans cesse renouvelée. — Ep. épiphyses cartilagineuses. — np, os périostique.