DÉFINITION ET POSITION DE L'ANATOMIE
humain : sous la forme de phénomènes et sous la forme d'êtres qui nous apparaissent comme le suhstratum des phénomènes.
Les sciences générales ou abstraites s'occupent des phénomènes considérés en eux-mêmes pour en découvrir l'enchaînement et les lois. Chacune d'elles suit un même ordre de phénomènes chez tous les êtres quelconques qui le présentent. Ces sciences, rangées d'après leur degré de généralité décroissante et de complexité croissante (A. Comte), sont : la Mathématique, la Physique, la Chimie, la Biologie et la Sociologie.
Les sciences particulières ou concrète,s étudient monographiquementles différents êtres considérés en eux-mêmes, afin de connaître le plus complètement possible chacun de ces êtres indivis avec lesquels nous sommes en rapport et sur lesquels nous avons à agir. Chacune de ces sciences suit dans une catégorie d'êtres les phénomènes de toute sorte qui se présentent dans cette catégorie. Ces sciences sont : l'Astronomie concrète, la Météorologie, la Géologie, la Géographie, la Minéralogie, la Botanique et la Zoologie.
L'Anatomie rentre dans chacune de ces deux séries de sciences : elle se rattache à la Biologie, d'une part, et, d'autre part, à la Botanique et à la Zoologie.
La Biologie s'occupe des faits de toute sorte que présentent les êtres organisés dans le but d'en découvrir l'enchaînement et les lois. Elle se divise en deux parties : VAnatomie, qui étudie les faits d'ordre statique, et la. PJiysiologie qui étudie l;es faits d'ordre dynamique. Le domaine de l'Anatomie comprend la structure, la forme, le développement des êtres organisés et de leurs différentes parties.
La Botanique et la Zoologie étudient respectivement les végétaux et les animaux pour arriver à la connaissance complète de ces êtres. Elles les décrivent par conséquent au triple point de vue anatomique, physiologique et sociologique. Ces deux sciences sont essentiellement descriptives. Elles fournissent à la Biologie et à la Sociologie des faits dont ces dernières sciences recherchent jes lois. Suivant qu'on l'envisage dans la Biologie, science générale, ou dans la Zoologie, science particulière, l'Anatomie diffère, comme ces deux sciences, dans son but et dans sa méthode.
Envisagée comme branche de la Biologie, l'anatomie ne s'attache pas à décrire des êires, mais des faits qu'elle suit partout où elle les rencontre dans la série des êtres organisés, groupant ces faits en plus ou moins grand nombre suivant ses besoins et les comparant entre eux. C'est l'anatomie coynparée, ou mieux comparative.
Comme division de la Zoologie, l'anatomie s'attache au contraire à la description des animaux dans l'unique but de connaître ceux-ci, et sans s'occuper de l'explication des faits constatés séparément dans chaque espèce, explication qui exige toujours des comparaisons méthodiques entre un certain nombre d'espèces : c'est Y anatomie descriptive.
Ainsi la classification des sciences nous aide à caractériser et à dinëi'encier plus complètement qu'on ne le fait d'habitude l'Anatomie descriptive et l'Anatomie comparative. Ces deux dénominations indiquent seulement des ?;îe//iorfes différentes. D'après ce qui précède on pourrait aussi bien appeler l'anatomie descriptive des animaux Anatomie zoologique , et l'Anatomie comparative, Anatomie biologique, en considérant la différence des buts qu'elles poursuivent. La première pourrait encore être appelée Anatomie concrète, parce
INTRODUCTION
qu'elle envisage toujours les l'ails dans une espèce ou flans une autre; la seconde jjourrail être encore appelée Analomie abstraite parce qu'elle étudie les l'ails en eux-mêmes.
C'est par suite de l'insuflisance des notions de ce genre que se produit encore très souvent, malgré les protestations d'anatomistes illustres (Gegenbaur, Traité d'anatomie comparée), une confusion regrettable entre l'Anatomie comparée ou codiparative et l'Anatomie des animaux autres que l'Homme, comme si la description anatomi(iue de l'espèce Immaine était d'un autre ordre que celle d'une espèce quelconque et conjnie si la description successive d'espèces différentes, même accompagnée do la mention de leuis différences, avait quelque analogie avec l'Anatomie comparative.
Cette confusion provient de ce que l'on a trop exclusivement attiré l'attention sur la différence des métiiodes employées par l'Anatomie descriptive et par l'Anatomie comparative sans insister sur la différence de leurs buts. 11 est arrivé alors que l'on a cru faire de l'Anatomie comparée par le seul fait que l'on faisait des comparaisons anatomiques. Et il est certain que cela peut arriver sans sortir de l'Anatomie descriptive : par exonqile quand on énumère les différences sexuelles dans l'espèce humaine, on fait bien une véritable comparaison entre l'homme et la femme, et l'on a vainement allégué que les comparaisons de ce genre sont de simples rapprocliements. Mais ces comparaisons sont faites au point de vue de l'étude des étrex et non au point de vue de l'étude de phénomènes considérés en eux-mêmes, et ce dernier point de vue contribue à caiaclériser l'anatomie comparative ou bioJogique ainsi qu'on l'a vu plus haut.
D'autre part, il n'est pas moins certain que l'on décrit en Analomie compar(''e à chaque instant. 11 est bien rare, en clfet, que les matériaux fournis par l'Anatomie descriptive soient suffisamment nombreux ou suffisamment appropriés aux multiples et systématiques rap- |)rochements de l'Anatomie comparée pour f|ue l'on ne soit pas obligé, lorsqu'on se propose d'expliquer un fait, de comphHer sa description, de la rel'aire suivant des vues nouvelles et de décrire d'autres faits à côt(', souvent inconnus, dont on a besoin pour les rapprocher de l'olui-là. 11 s'ensuit que l'on décrit alors des faits anatomiques sans sortir pourtant de l'Anatomie comparative, parce que le but poursuivi n'est pas de décrire des êtres, mais bien d'expliquer des faits biologiques. La confusion de V Analomie zoologique avec VAnatomie comparée s'explique donc facilement, mais ne sera.plus comn)ise si l'on tient compte des considérations précédentes.
De ce que l'Anatomie comparée envisage spécialement comme but l'explication des faits et non la connaissance des êtres, il n'en résulte pas qu'elle se désintéresse des êtres euxmêmes chez lesquels se produisent les faits II arrive même que des recherches comparatives sur un fait anatomique sont entreprises sous l'influence flu désir de uueux connaître im certain être chez lequel on a constaté le fait : mais les recherches entreprises seront faites suivant une méthode différente de celle de l'Anatomie descriptive et dans le but immédiat d'expliquer un fait. L'explication une fois trouvée n'en constitue pas moins un progrès dans la connaissance de l'être plus spécialement visé, comme aussi des autres chez lesquels existe le fait expliqué.
L'anatomie descriptive et l'anatoinie comi)arée se complètent et s'entr'aident mutuellement, mais c'est surtout celle-ci qui contribue à l'avancement de la science, car, d'une part, l'on ne décrit bien cjue ce que l'on comprend, et, d'autre part, ce sont surtout les faits expliqués qui constituent à proprement parler la science. Or l'Anatomie comparative, c'est l'Anatomie explicative.
IJanatomie transcendante ou pliiloso'phique, abstraction faite des élucubrations métaphysiques pour lesquelles il ne saurait y avoir de place dans aucune science, n'est autre chose qu'une partie de l'anatomie comparée ou comparative, comprenant les recherches et les données qui ont le plus d'étendue ou de portée.
Pour arriver à comprendre, à classer, à prévoir les faits dont elle s'occupe, l'anatomie comparative applique sa méthode de mille façons diverses qui dé- |»endent de la sagacité de l'investigateur; mais il s'agit toujours de suivre un même fait dans dilîérentes espèces, dans les races, dans les sexes, dans les catégories d'individus quelconques placées dans des conditions diflerentes, aux diverses phases du développement, à l'étal sain ou pathologique, à l'état normal ou anormal, et au besoin dans des conditions artilicielles. C'est à l'anatomisle