‹ Traité d'anatomie humaine [electronic resource]Chapitre 90 sur 199 · DIRECTION ET COURBURES · texte numérisé non relu

DIRECTION ET COURBURES

Courbures sagittales. — Verticalement dirigée, la colonne vertébrale décrit dans le plan anlèro-jiostérieur quatre courbures. Ce sont : la courbure cervicale, à convexité antérieure; la courbure thoraciqiie, à concavité antérieure; la courbure lombaire à convexité antérieure; la courhure pelvienne, à concavité antérieure.

Les courbures vertébrales sont surtout dessinées par la ligne des corps. La ligne formée par la série des apophyses épineuses est loin de suivre la même direction. Au cou, la ligne des apophyses épineuses apparlient à une courbe de plus petit rayon que la ligne des corps; — au dos, la ligne épineuse est moins concave que la ligne des corps; — à la région lombaire, la ligne épineuse est presque toujours droite; parfois même elle est concave en arrière. Donc, tandis que les lignes épineuses au cou et au dos suivent, en la modifiant légèrement, la courbe de la ligne des corps, la ligne épineuse lombaire devient droite et parfois même s'infléchit en arrière. Mon ami Paul Richer a bien établi ce dernier point dans son Anatomie artistique (Paris, 180(1),

OSTÉOLOGIE

Le passage d'une courbure à l'autre se fait, d'une façon insensible, excepté pour la courbure pelvienne, qui succède brusquement à la courbure lombaire;

Fig. 313. Fig. 314. Fig. 315,

Colonne vertébrale, Colonne vertébrale, Colonne vertébrale,

vue postérieure. vue latérale. vue antérieure.

la rolonnc forme un angle saillant en axcinl^Vangle sacro-vertébral, \e promontoire.

DE LA COLONNE VERTÉBRALE EN GÉNÉRAL 317

La concavité antérieure de la colonne cervicale a son point culminant au niveau du corps de la quatrième vertèbre cervicale, ou le plus souvent au niveau du disque qui unit la sixième à la septième (Charpy). — La convexité postérieure de la région ihoracique a son point culminant au niveau de la synchondrose entre la cinquième et la sixième vertèbre dorsale. — Le maximum de saillie de la courbure lombaire est en général sur le disque qui unit la troisième à la quatrième vertèbre lombaire. — Le point culminant de la convexité postérieure de la colonne pelvienne est au niveau de l'union de la quatrième et de la cinquième vertèbre sacrée.

Variations. — Les courbures sagittales du rachis varient dans leurs dimensions suivant le sexe, l'âge et les individus.

Suivant le sexe. — La courbure lombaire est plus développée chez la femme que chez l'homme : la femme est plus cambrée ; l'homme a l'échiné plus droite. Charpy rattache ce développement de la cambrure lombaire chez la femme à la fonction de gestation ; les muscles lombaires extenseurs, et par suite incurvateurs de larégion lombaire, sont obligés à un effort proportionné au poids surajouté du côté de la flexion : cette attitude delà grossesse, poursuivie dans une série incalculable de générations, a fini par créer le type lombaire féminin cambré.

Suivant l'dge : apparition et évolution. — l'endant lavic intra-utérine, le fœtus incurvé, pelotonné sur lui-même, montre une courbure vertébrale unique à concavité antérieure. D'après Fehling (Arch. f. Gyn., 1877) les courbures commencent à apparaître au quatrième mois avec l'extension notable des points d'ossification. Charpy a pu voir sur un fœtus de quatre mois que les courbures cervicale et lombaire appartenaient déjà à des arcs d'un rayon plus grand que celui de la courbure dorsale. Dans les derniers mois de la vie fœtale, la courbure cervicale devient manifeste; la courbure lombaire, quoique en relard, peut être reconnue dans le cours du huitième mois. — Conformément à l'assertion de Bichat, Sappey, etc , et contrairement à l'affirmation de Henle et de quelques auteurs, toutes les courbures existent à la naissance. Bouland a établi par des mensurations (Journal de l'Anatomie, 1872) l'existence de la courbure lombaire à la naissance.

Chez l'enfant, la courbure cervicale s'accuse au fur et à mesure que la tête se redresse sous l'effort des muscles de la nuque ; la courbure lombaire s'accentue plus tard, vers la troisième année, lorsque l'enfant commence à marcher et redresse sa poitrine. Il est intéressant de remarquer que le rachis humain passe ainsi par une série de phases progressives qui rappellent les formes animales : la colonne fœtale est celle d'un quadrupède : la colonne infantile est celle d'un anthropoïde.

J'ai déjà parlé des modifications anatomiques qui amènent l'affaissement de la colonne chez le vieillard; les exagérations de courbures qu'elles entraînent se manifestent surtout sur la colonne dorsale.

Suivant les individus. — Les courbures de la colonne vertébrale varient sous des influences diverses : les unes, pathologiques (claudication, rachitisme) ; — les autres, professionnelles ; Bichat disait déjà que l'on reconnaîtrait toujours à sa colonne le soldat qui a vieilli dans les rangs, le laboureur qui a passé sa vie penché sur sa charrue ; telle est la cambrure de la colonne cervicale chez les gens qui portent des fardeaux sur leur tête : — d'autres, ethniques; les courbures sont moins accusées chez le nègre que chez l'européen (Pruner-bey). Turner 'The lombar curve in several races of man, Edimbourg, 188G' a établi que dans quelques races, la colonne lombaire est concave en avant : ce renversement de la colonne lombaire s'observe chez les Australiens et les Boschimans.

Dépression latérale. — Indépendamment de ces courbures aniéro-postérieures, le rachis présente, dans sa portion thoracique, uwq dépression latérale àon\,\!x convexité est tournée à droite. — Bichat regardait cette scoliose comme le résultat de la prépondérance des muscles du côté droit. Sappey, Cruveilhier, Beaimis, l'attribuent à la présence de l'aorte : pour ces auteurs cette dépression n'est point une courbure, mais bien une gouttière artérielle analogue à toutes les gouttières artérielles du squelette. Cette théorie trouve un appui dans le fait suivant : lorsque, participant à une transposition générale des viscères, le tronc aortique longe le côté droit de la colonne vertébrale, la gouttière

OSTÉOLOGIE

se déplace aussi (Beaunis, Cruveilhier). Au dire de Stadfeldt, la dépression latérale existerait déjà chez le nouveau-né, et serait le résultat de la torsion en spirale que subit l'embryon durant la première semaine.

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