‹ Traité d'anatomie humaine (volume 2)Chapitre 115 sur 166 · ARTICLE VI RUBAN DE REIL · texte numérisé non relu

ARTICLE VI RUBAN DE REIL

Si nous examinons l’isthme de l’encéphale par l’une de ses faces latérales (fig. 59^2), nous constatons la présence, a la partie antéro-supérieure de cette face, d’une bandelette de substance blanche (7), formant un relief, tantôt considérable, tantôt peu accusé : c’est le faisceau triangulaire ou faisceau Ifttéral de Visthme. De forme triangulaire, il émerge par sa base du sillon latéral de l’isthme. Puis, se portant en haut et un peu en avant, il contourne successivement le bord externe et la face postérieure du pédoncule cérébelleux supérieur et arrive bientôt au tubercule quadrijumeau postérieur. Là, un certain nombre de ses fibres (fig. 592, 7(j, celles qui forment sa partie postérieure, s’infléchissent en arrière et se perdent dans la substance blanche de la valvule de Vieussens : ces fibres, nous le savons déjà (voy. p. 587), représentent la portion protubérantielle du faisceau cérébelleux direct de la moelle épinière. Les autres, et c’est le plus grand nombre (fig. 592, 7), disparaissent souS le tubercule quadrijumeau postérieur.

Le faisceau latéral de l’isthme, tel que nous venons de le décrire, est encore désigné par certains auteurs sous le nom de Ruban de Reit. Mais c’est à tort. Il ne renferme, en effet, qu’une faible portion des fibres du ruban de Reil ; c’est portion du ruban de Reil, non le ruban de Reil tout entier. Pour voir celui-ci dans toute son étendue, il convient d’examiner une coupe horizontale de la protubérance

SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

passant par sa partie moyenne ou par son

Fig.

L'isthme de l’encépliale, vu par sa face latérale gauche.

1, protubérance annulaire. — 2, pédoncule ccrébelleuï moyen. — 3, pédoncule cérébelleux supérieur. — 4, pédoncule cérébral. — 5, 5’, tubercules quadrijumeaux antérieur et postérieur. — 6, G’, partie antérieure et partie postérieure du sillou latéral de l’istlime. — 7, faisceau latéral de l’isthme, avec 7’, petit faisceau se rendant à la valvule de Vieussens.

— 8, corps genouillé interne. — 9, corps geuouillé externe.

— 10, tractus peduiicularis transversus. — H, faisceau longeant la prolubérance et se rendant à la calotte. — 12, glande pinéale. — 13, pulvinar (fortement érigné en haut).

— 14, pathétique. — 15, valvule de Vieussens. — 16, bandelette optique.

tiers supérieur. Le ruban de Reil nous apparaît alors (fig. 567,9 et 9' et 593/10 et 10 ) sous la forme d’un volumineux faisceau de fibres longitudinales, situé à la partie tout antérieure de la calotte et s’étendant en largeur depuis le sillon latéral de l’isthme jusqu’à la ligne médiane.

Le ruban de Reil, disons-le tout de suite, est un faisceau sensitif : il est formé essentiellement par des fibres à trajet ascendant, qui prennent origine dans les noyaux terminaux des nerfs sensitifs, soit spinaux, soit bulbo-protubérantiels, et, de là, s’élèvent vers le cerveau. C’est le lemniscus (ruban) ou laqueus (lacet) de certains auteurs, la Schleife (ruban) des anatomistes allemands. Le ruban de Reil, fort complexe, nous est aujourd’hui assez bien connu, grâce aux récents travaux de Forel, de Flegusig, de Monakow, de Mott, de Hosee, de Held, de Déjerine, etc. Nous étudierons successivement :

1° ses origines et sa constitution anatomique; son trajet, sa forme, ses rapports; 3° sa division topographique ; 4° sa terminaison.

1° Origines et constitution anatomique. — Le ruban de Reil tire son origine

I, aqueduc de Sylvius. — 2, sa subslaiice grise. — 3, eulrecroiscmeiil des pathétiques. — 4, bai/eletlc longitudinale postérieure. — 5, racine supérieure du trijumeau. — 6, cellules sensitives accompagnant celte l’acine. — 7, pédoncules cérébelleux supérieurs. — 8, formation réticulaire. — 9, sillon latéral de 1 isthme. — 10 et 10’, portion interne et portion externe du ruban de Reil. — 11, 11, fibres transversales de la protubérance. — 12, raplié.

Fig, 593.

Coupe vertico-transversale de la protubérance passant par le point d’entrecroisement des nerfs

pathétiques (d'après Stilli.ng)

des noyaux de Goll et de Btirdach. Nous avons déjà indiqué, à propos du bulbe

ISTHME DE L’ExNCÉPHALE

(p. 582), tous les détails de son origine; nous n’avons ici qu’à les rappeler. Les fibres qui émanent de la partie interne des deux noyaux précités et qui constituent par leur ensemble la portion initiale du ruban de Reil, se portent en avant, en décrivant une courbe h concavité interne, s’entrecroisent sur la ligne médiane avec celles du côté opposé {entrecroisement sensitif, Schleif enkreuzung) et, se redressant alors pour devenir longitudinales et cheminer de bas en haut, elles s’appliquent contre la face postérieure du faisceau pyramidal ou faisceau moteur volontaire (fig. 491,6”).

Peu après son redressement, le ruban de Reil est rejoint latéralement par le faisceau de Gowers (fig. 594,10), autre faisceau sensitif, qui s’unit intimement à lui. G^tte fusion effectuée, notre ruban renferme tous les conducteurs sensitifs d’origine spinale et, si l’on veut bien se rappeler que les fibres du faisceau de Gowers se sont déjà entrecroisées dans la moelle épinière, on en déduira cette formule, admise aujourd’hui par la grande majorité des anatomistes, à savoir : que le ruban de Reil, au bulbe tout au moins , est tout entier un faisceau croisé.

Au cours de son trajet ascendant, le ruban de Reil reçoit des faisceaux additionnels de tous les noyaux sensitifs du bulbe et de la protubérance : noyaux du pneumogastrique, noyaux du glosso-pharyngien, noyaux de l’auditif, noyaux du trijumeau sensitif. Ces faisceaux additionnels (fig. 594, 6, 7, 8, 9) naissent de leurs noyaux respectifs, comme la portion initiale du ruban naît des noyaux de Burdach et de Goll ; ils se portent, en haut et en dedans, s’entrecroisent dans le raphé avec leurs homologues du côté opposé et disparaissent alors dans la masse du ruhan de Reil, dont ils deviennent parties constituantes.

De ces différents faisceaux de renforcement bulho-protubérantiels, le plus important, par son volume et par son trajet ultérieur, est le faisceau dit acoustique. Le faisceau acoustique, comme nous le verrons plus tard (voy. Terminaisons réelles de V auditif), est formé : 1° par les fibres qui émanent des noyaux terminaux de la racine cochléaire de l’auditif, le noyau antérieur et le tubercule acoustique; les fibres qui naissent des noyaux de la racine vestibulaire sont indépendantes du faisceau acoustique ; 2° par des fibres additionnelles, qui proviennent de l’olive supérieure et du noyau trapézoïde. Ces fibres acoustiques sont en grande partie croisées ; un certain nombre seulement sont directes. Les unes et les autres, entièrement confondues (fig. 594, 12), viennent se placer sur le côté externe du ruban de Reil. Nous y reviendrons dans un instant.

Fig. 594.

Schéma montrant le mode de constitution du ruban de Reil.

1, coupe du bulbe passant un peu au-dessous du bec du calamus, avec 1’, sillon médian postérieur. — 2, noyau de Goll. — 3, noyau de Burdach. — 4, portion initiale du ruban de Reil. — 5, entrecroisement sensitif. — (i, noyau du pneumogastrique. — 7, noyau du glosso pharyngien. — 8, noyau du nerf vestibulaire. — 9, noyau du trijumeau sensitif. — 10, faisceau de Gowers, déjà entrecroisé dans la moelle. — 11, portion interne du ruban de Reil, avec ; a, sa portion spinale ou médullaire : h, sa portion bulbo-proLubérantielle. — 12, portion externe ou latérale du ruban de Reil, formé par les fibres du nerf cochléaire. avec : c, sa portion croisée ; d, sa portion directe.

SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

Au total, le ruban de Reil, pris dans son acception la plus large, comprend deux ordres de fibres : 1° des fibres d’origine spinale (ruban spinal ou rachidien), provenant en partie des noyaux de Burdach et de Goll, en partie du faisceau de Govvers ; 2° des fibres d origine bulbo-protubérantielle (ruban bulbo-protubérantiel ou crânien), provenant des noyaux terminaux des nerfs sensitifs du bulbe et de la protubérance. Bien qu’elles naissent à des niveaux différents et portent des noms distincts, ces deux ordres de fibres ont exactement la même signification : ce sont les cylindraxes des cellules nerveuses autour desquelles viennent s'épanouir les arborisations terminales des neurones sensitifs périphériques. Le ruban de Reil devient ainsi, comme nous l’avons dit plus haut en définissant ce faisceau, l’ensemble des conducteurs sensitifs et sensoriels (les fibres optiques et olfactives exceptées) remontant vers le cerveau.

Fig. 595.

Schéma montrant le ruban de Reil suides coupes pratiquées à différentes hauteurs ; A, au niveau du tiers supérieur du bulbe ; B, à la partie inférieure de la protubérance: G, à la partie moyenne de la protubérance ; Ü. au niveau des tubercules quadrijumeauv inférieurs.

1, quatrième ventricule, avec 1’ (dans la fig. D), aqueduc de Sylvius . — 2, ruban de Reil, avec : 2', sa portion externe ou latérale ; 2”, sa ])ortion interne ; 2 ”, sa portion médiale. — 3, noyau latéral du ruban de Reil. — 4, iaisceau pyramidal. — 5, faisceau d'association longitudinal. — 6, bandelette longitudinale postérieure. — 7, olive bulbaire. — 8, grand hypoglosse, avec 8’, son noyau. — 9, noyau du facial. — 10, noyau du moteur oculaire externe. — 11, no\au du patbétiijue. — 12, pédoncule cérébelleux supérieur. — 13, tubercules quadrijumeaux inférieurs. — 14, racine supérieure du trijumeau moteur.

postérieur s’est atténué, en même

2° Trajet, forme, rapport. — Depuis son redressement en arrière de la pyramide, le ruban de Reil ne cesse de suivre un trajet ascendant. D’autre part, il ne cesse de s’accroître et, cela, par suite de l’adjonction successive, à sa portion initiale, des nombreux faisceaux additionnels énumérés cidessus. Si son volume se modifie, sa situation est assez fixe : on le rencontre constamment, à droite et à gauche de la ligne médiane, dans la partie la plus antérieure de la formation réticulaire (fig. 595,2).

Quanta sa forme, elle est un peu variable suivant les points où portent les coupes. — Dans toute la hauteur du bulbe (fig. 595, A), il a la forme d’un triangle dont le sommet, dirigé en arrière, répond au raphé. Les deux rubans, le droit et le gauche, sont adossés l’un à l’autre sur la ligne médiane. Us forment ainsi une couche unique et, comme cette couche est située entre les deux olives, certains auteurs la désignent parfois sous le nom de couche inter oliv aire. — Dans la partie inférieure de la protubérance (fig. 595, B), le ruban de Reil est encore triangulaire, mais son diamètre antérotemps que son diamètre transversal s’est

ISTHME DE L’ENCÉPHALE

agrandi. ~ Un peu plus haut (fig. 595, C), il s’aplatit d’avant en arrière et revêt peu à peu l’aspect d’une bandelette ou d’un ruban (d’où son nom), orienté en sens frontal. Tandis que son bord interne s’est légèrement écarté du raphé, son bord externe s’est étendu jusqu’à la partie latérale de la protubérance. — Plus haut encore, la partie externe du ruban, continuant à se développer en dehors, sort de la protubérance et, d’autre part, s’infléchit en arrière, formant avec sa direction première un angle droit ou voisin de l’angle droit. Le ruban tout entier, vu en coupe, nous apparaît alors sous la forme d’une sorte d'équerre (fig. 595, Dj.

Au niveau du point où la partie externe du ruban de Reil commence a s’infléchir en arrière pour former la branche externe de l’équerre, immédiatement en regard du sillon latéral de l’isthme, se voit un petit amas de substance grise, qui appartient à titre d’annexe à cette partie du ruban : c’est le noyau latéral du ruban de Reil (fig. 595, C, 3), qu’il faut bien se garder de confondre avec le noyau latéral du bulbe. Ce noyau est l’aboutissant d’un certain nombre des fibres du ruban; mais, à son tour, il fournit au ruban un nombre beaucoup plus considérable de fibres additionnelles, de telle sorte que celui-ci, dans ses relations avec le noyau en question, s’accroît au lieu de s’atténuer.

3° Division topographique. — Les coupes frontales du bulbe et de la protubérance nous montrent le ruban de Reil comme étant partout continu à lui-même et, de ce fait, absolument indivis.

Il est bon, cependant, de le partager en trois portions, qui sont en allant de dehors en dedans : 1® une portion externe, qui, dans la coupe D de la figure 595, est disposée en sens sagittal, sur le plan latéral de l’isthme; 2° une portion interne, qui, dans la coupe D, chemine en sens frontal de la protubérance, immédiatement en avant du faisceau pyramidal; 3° MnQ portion médiale, située en dedans de la précédente , tout contre la ligne médiane, d’où son nom.

Une pareille division, en effet, n’est pas faite seulement pour la commodité de

l’étude : elle répond encore, comme nous allons le voir, à une division anatomique et physiologique.

Fig. 596.

Schéma indiquant le mode de division du ruban de Reil.

XX, ligne médiane. — 1, portion externe ou latérale. -- 2, portion interne. — 3, portion médiale. — 4, ruban de Reil du côté droit.

¥ Mode de terminaison. — Les trois portions du ruban de Reil, portion médiale, portion interne, portion externe, se terminent chacune d’une façon spéciale et il convient, à ce sujet, de les étudier séparément :

A. Terminaison de la poiition médiale. — Cette portion, relativement toute petite (fig. 595, répond au bord interne du ruban. Elle confine à la ligne médiane, d’où

le nom de portion médiale du ruban, de ruban médial, de lemniscus médial, que lui donnent la plupart des auteurs, depuis Forel : c’est le faisceau médian accessoire de Rechterew.

Ce faisceau, arrivé au bord supérieur de la protubérance, passe dans le pédoncule cérébral et, là, s’infléchissant en avant, il abandonne la région de la calotte pour desoendre dans celle du pied.

SYSTEME NERVEUX CENTRAL

Dans la région du pied, il occupe encore le côté interne du pédoncule. Mais il se mêle peu à peu aux fibres internes et supérieures du faisceau pyramidal et suit vraisemblablement alors le même trajet que ce dernier faisceau.

La signification de la portion médiale du ruban de Reil n’est pas encore nettement élucidée. Bechterew estime, et son opinion est partagée à cet égard par plusieurs neurologistes, notamment par Hôsel, qu’elle est la continuation, dans le pédoncule et la protubérance, du faisceau géniculé de la capsule interne. Deux faits semblent militer en faveur de cette assimilation : le premier, c’est que le faisceau en question ne prend sa myéline que fort tard, après la naissance, comme le fait le faisceau pyramidal; le second, c’est que, d’après Spitzka, il serait très développé chez les cétacés, lesquels n’ont pas de faisceau pyramidal. Si l’interprétation, encore hypothétique, de Bechterew venait à être confirmée, il faudrait, on le conçoit, rayer le ruban médial du groupe des conducteurs sensitifs. Ce serait un faisceau moteur, morphologiquement analogue au faisceau pyramidal : il prendrait naissance, en haut, dans le pied des deux circonvolutions frontales ascendante et pariétale ascendante (voy. Faisceau géniculé) et se terminerait, en bas, dans les noyaux moteurs de la protubérance et du bulbe.

Une observation récente de Weidenh.vmmer (1901) paraît conbriner entièrement l’opinion de Bechterew. 11 s'agit d'un sujet de 79 ans qui présentait un foyer de ramollissement au niveau de la troisième circonvolution frontale et de l’insula de Reil. Le foyer de ramollissement avait amené naturellement une dégénérescence descendante dans les libres pyramidales en relation avec la zone corticale lésée. Or cette dégénérescence frappait la partie la plus interne du ruban de Reil et l’auteur a pu, à l’aide de la méthode de Marchi, suivre le faisceau dégénéré jusqu au noyau du tacial et au noyau de l’hypoglosse. Le ruban médial serait donc la voie centrale, ou tout au moins une voie centrale, pour le facial et l’hypoglosse et probablement aussi pour d’autres nerfs bulbo-protubérantiels. Sergi, dans son mémoire paru en 190Ü dans la Revue italienne de pathologie nerveuse et mentale, admet lui aussi l’existence, dans le ruban de Reil, d’une voie motrice secondaire, la voie pyramidale du lemniscus, qui se termine soit dans les noyaux moteurs des nerfs crâniens, soit dans les noyaux moteurs des nerfs spinaux.

B. Termixaisox de l.\ portion extepne. — La portion externe du ruban de Reil encore appelée lemniscus exlerne ou latéral, ruban externe ou latéral, ruban inférieur (allem. Lnlereschleife), comprend la partie externe du ruban. Elle n’est

Fig. 597.

Mode de terminaison du faisceau acoustique ou})ortion exlerne du ruban de Reil.

1, couche o|)U((ue. — 2, noyau lenticulaire. — 3, capsule interne. — 4, tubercules (|uadrijuineaux antérieurs. — 5, tubercules quadrijumeaux ( ostérieurs. — (i, scissure de Sylvius. — 7, 7, 7” première, deuxième et troisième circouxolutions temporales. — 8. ruban de Reil, avec : 8'. sa portion interne (faisceaux sensitifs) ; 8”, sa porli 'Il externe ou faisceau acoustique. — 9, fibres couries, j our les tubercules quadrijumeaux. — lU, fibres longues pour l’ccorce cérébrale. — 11, troisième ventricule.

ISTHME DE L’ENCÉPHALE

autre que la continuation du faisceau acoustique ci-dessus décrit et, de ce fait^ transmet au cer\reau des impressions d’une nature toute spéciale ; celles qu’apporte au noyau acoustique antérieur et au tubercule acoustique la branche cochléaire du nerf auditif.

Le ruban latéral est, tout d’abord, entièrement dissimulé dans l’épaisseur de la protubérance (fig. 59o, B). Puis, comme cela a été dit plus haut, il s’échappe de l’organe au niveau du sillon latéral de l’isthme et ce sont ses fibres, libres et extérieures maintenant (fig. 595, D, 2'), qui, sous le nom de faisceau triangulaire de Visthme (fig. 598), se dirigent vers les tubercules quadrijumeaux.

Nous verrons plus tard, en étudiant les voies acoustiques centrales (voy.

Terminaisons réelles de Vauditif), quel est le trajet ultérieur du ruban latéral. Qu’il nous suffise d’énoncer ici que les fibres qui le constituent sont de deux ordres (fig. 597) : les unes (9), fibi^es internes, fibres courtes, servant aux mouvements réflexes, s’inclinent en dedans et se terminent dans les tubercules quadrijumeaux (de préférence dans les postérieurs), soit du côté correspondant, soit du côté opposé; les autres (10), fibres externes, fibres longues, fibres corticales, suivent successivement le bras postérieur des tubercules quadrijumeaux, la région sous-optique, le segment postérieur de la capsule interne et, finalement, viennent se terminer dans les deux premières circonvolutions temporales.

C. Terminaison de la portion interne. — La portion interne du ruban de Reil ou lemniscus interne {ruban interne, ruban supérieur, allem. Obereschleife) est la plus volumineuse des trois (fig. 593, 10) : elle apporte au cerveau toutes les impressions périphériques, à l’exception de celles que recueillent les trois nerfs olfactif, optique et cochléaire. Des nombreuses fibres qui constituent le ruban interne, un petit nombre {premier groupe), arrivées au pédoncule, passent dans la région du pied ; les autres {deuxième groupe) continuent à cheminer dans la calotte.

a. Premier groupe : ruban du pied. — Le premier groupe {ruban du pied, Fussschleife de Hôsel) émane de la face antérieure ou ventrale du ruban et vient se placer, dans la région du pied, à la partie externe du faisceau pyramidal, immédiatement au-dessus du faisceau cortico-protubérantiel postérieur (fig. 630, e). Ce faisceau est constitué en grande partie par des fibres fines ; on y rencontre aussi des fibres grosses, mais elles y sont beaucoup plus rares. Les auteurs ne sont pas d’accord sur son trajet ultérieur. Pour Hôsel, il pénètre, selon toute vraisemblance, dans le globus pallidus du noyau lenticulaire, en ressort à sa partie supérieure,

Fig. 598.

L’isthme de l’encéphale, vu par sa face latérale gauche.

1, ju’olubéi’ance annniaire. — 2, pédoncule cérébelleux moyeu. — '3. pédoncule cérébelleux supérieur. — 4, pédoncule cérébral. — 5, 5’ tubercules quadrijumeaux antérieur et postérieur. — 6, G’, partie antérieure eti)artie postérieure du sillon latéral de l’isthme. — 7, faisceau latéral de l’isthme, avec 7’, pe.it faisceau se rendant à la valvule de Vieussens. — 8. corps genouillé interne. — 9, corps geiiouillé externe, — 10, tractus peduncularis transversus. — 11, faisce.-u longediit la protubérance et se rendant à la calode. — 12, glande pinéale. — 13, pulvinar (fortement érigné en haut), — 14, pathétique. — 15, valvule de Vieussens. — 16, bandelette optique.

SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

après ou sans interruption dans les cellules de ce noyau, et finalement va se terminer dans l’écorce de l’insula.

b. Deuxième groupe : ruban cortical et ruban thalamique . — Le deuxième

groupe, qui représente la presque totalité du ruban interne (le groupe précédent étant relativement peu important), parcourt d’arrière en avant toute la calotte pédonculaire et arrive ainsi dans la région sous-optique.

La, ses fibres se subdivisent vraisemblablement en deux groupes (fig. 599) : les unes, fibres directes, passent dans le segment postérieur de la capsule interne et, de là, se rendent à l’écorce des circonvolutions rolandiques, c’est le ruban cortical [Rindenschleife de certains auteurs) ; les autres, de beaucoup les plus nombreuses, pénètrent dans la couche optique et s’y terminent par des exti’émités libres autour des cellules de ce noyau, c’est le ruban thalamique {Thalamusschleife de certains auteurs); de ces cellules partent ensuite d’autres tibres qui, à leur tour, aboutissent aux circonvolutions rolandiques.

Au total, toutes les fibres du deuxième groupe se rendent à la zone sensitivomotrice de l’écorce, les unes directement {faisceau cortical direct), les autres après interruption dans la couche optique {faisceaic cortical indirect).

Il ii'est pas possible, dans l'état actuel de nos connaissances, d’indiquer quelle est l’iniportancc respective de chacun des deux faisceaux, cortical direct et corticcU indirect ou thalamique . Du reste, la question des relations du ruban de Reil avec l’écorce cérébrale est encore fort controversée. A côté des auteurs qui, avec Flechsig et Hosel, font remonter les libres du ruban de Reil diiectement vers l’écorce, il en est d’autres, notaniinent Monakow et Mahaim. qui rejettent forinellement l’existence de ces libres directes et qui font interrompre les libres sensitives en question dans les éléments cellulaires de la couche optique. Rielsciiowsky (1895), à la suite de recherches expérimentales poursuivies chez le chien, arrive à conclure, lui aussi, ([ueles libres du ruban de Reil ne vont pas directement à l’écorce cérébrale.

Déjeri.ne, à son tour (1895), se range à l'opinion formulée par Moxakow et Mahaim. Se basant sur ce double fait, d’une part que la dégénérescence ascendante du ruban de Reil en conséquence de lésions bulbaires ou protubérantiellcs ne peut être suivie au delà de la partie inférieure de la couche optic[ue, d’autre part qu’un grand nombre de lésions corticales siégeant sur toute la région rolandique et le lobe pariétal n’ont pas amené la dégénérescence du ruban de Reil, il n’admet pas que les libres de cette formation aillent directement des noyaux de Goll et de Burdach à Tëcorce cérébrale. Four lui, la voie sensitive bulbo-cortirale comprend au moins deux neurones : un neurone inférieur ou bulbo-tlialamique, représenté par le ruban de Reil interne, et un neurone supérieur, que l’on pourrait appeler thalamo-cortical, reliant la couche optique à l’écorce. ^Ioxakow admet, en outre, entre les deux neurones précités et les associant l’un à Tautre, un neurone court qui serait représenté par une de ces cellules de Golgi, type 11, que nous avons déjà rencontrées dans les cornes postérieures de la moelle épinière.

Tout récemment, vax Gehuchten (1903) est arrivé, chez le lapin, en employant la méthode de Marchi, à des conclusions entièrement conlirmatives de l’opinion de Monakow et de Maiiaem ; les libres constitutives du ruban de Reil interne, ne se rendent pas directement à l’écorce, mais se terminent, au moins en majeure partie, dans le noyau externe de la couche optique, formant par leur ensemble la voie ascendante médullo-thalamique .

Nous ajouterons que, au cours de son trajet, la voie médullo-thalamique abandonne un certain nombre de ses fibres aux tubercules quadrijumeaux ; aux tubercules quadrijumeaux postérieui's d’après Bruce, Wallenberg et Rothmann; aux tubercules quadrijumeaux antérieurs, d’après Ferrier et Turner.

Schéma montrant, sur une coupe frontale de la cayisule interne, le mode de terminaison du ruban de Reil.

1, scissiu-o de Sylvius. — 2, couche optique. — 3, noyau lenticulaire. — 4, corps calleux. — o, ruban de Reil, avec : 5’ ses libres directes constituant le ruban cortical ; .5 ’, ses fibres indirectes, interrompues dans la couche optique et constituant le ruban thalamique.

ISTHME DE L’ENCÉPHALE

5° Fibres descendantes du ruban de Reil. — Aux fibres ascendantes du ruban de Reil, que nous venons de décrire, viennent se mêler, d’après certains auteurs, des fibres dèscendantes, dont les cellules d’origine seraient dans l’écorce cérébrale, dans la couche optique ou dans quelques noyaux inférieurs.

La signification de ces fibres descendantes, que l’on retrouve dans les voies sensorielles centrales (voy. Voie olfactive, voie optique et voie acoustique) est encore fort obscure.

En ce qui concerne tout spécialement le ruban de Reil et ses fibres descendantes d’origine thalamique, Déjerine les croit très rares, si tant est qu’elles existent. Sans doute, on peut observer des altérations descendantes du ruban de Reil dans les cas de lésions thalamiques ou sous-thalamiques. Mais ces altérations, qui surviennent tardivement, qui marchent lentement, qui diminuent de haut en bas, consistent plutôt en une atrophie lente qu’en une dégénérescence véritable, et peut-être s’agit-il alors, comme le pense Déjerine, d’une atrophie rétrograde ou cellulipète (voy. p. 451), s’effectuant de l’extrémité de la fihre nerveuse vers sa cellule d’origine et analogue à celle qui se produit à la longue dans le segment central ou cellulipète d’un faisceau spinal ou encéphalique qui aurait été interrompu par une lésion.

Voyez au sujet du ruban de Reil, parmi les publications récentes : Roller, Die Schleife, Arch. f. niikr. Anat., Bd. XIX ; — Spitska., Contributions to the anatomy of the Lemniscus, Med. Record, 1884 ; — Flechsig und Hôsel, Die Centralwindungen ein Centralorgan der Hinterstrânge, Neurol. Gentralbl., 1890 ; — Monakow, Neue experimentelle Beitrdge zur Anatomie der Schleife, Neurol. Gentralbl., 1885 ; — Edinger, Ueber die Forsetzung d. hinteren Wurzeln zum Gehirn, Anat. Anz. ; 1899; — Hôsel, Nouvelle contribution à Vétude du trajet de la couche corticale du ruban de Reil et des fibres centrales du trijumeau chez V homme, Arch. f. Psychiatrie, 1893 ; — Du même. Terminaison du ruban de Reil, Neurol. Gentralbl., 1893 ; — Mahaim, Réplique au mémoire précédent, ibid., 1893 ; — Hôsel, Reitrage zur Anatomie der Schleife, Neurol. Gentralbl., 1894 ; — Du même, Contrib. à l'anatomie du Lemniscus, Gongr. intern. d. med. de Rome, 1894 ; — Déjerine (M. et M“«), Sur les connexions du ruban de Reil avec ta corticalité cérébrale, Soc. biol., 1895 ; — Jacob, Contrib. à Vétude du trajet du ruban de Reil supérieur ou cortical, Neurol. Gentralbl., 1895 ; — BielcHowsKY, Le ruban supérieur et l'écorce cérébrale, Neurol. Gentralbl., 1895 ; — Sghlesinger, Remerk. über d. Aufbau d. Schleife, Neurol. Gentralbl., 1896; — Flechsig, Notiz. die « Schleife belreffend, Neurol. Gentralbl., 1896; — Mahaim, Note à propos des récents travaux concernant le trajet du ruban de Reil médian, Liège, 1896 ; — Marchi, Sulla origine del lemnisco, Riv. di patol. nervosa e mentale, 1898; — Probst, Experimentelle Untersuch. üb. die Schleifenendigung, Arch. f. Psych,, t. XXXIII, f. 1, 1900; — Weiuenhammer, Contribution à Vétudede V anatomie du ruban de Reil médian chez l’homme, Journ. russe de Neuropathol. et de Psych., 1901 ; — Sergi, Contrib. allô studio anat. clin, del lemnisco principale, Riv. d. patol. nerv. e ment. Vol. VIII, 1903; — van Gehuchten, La région du lemniscus laùeralis ou région latérale de l’isthme de l’encéphale, Névraxe, 1906.

ARTIGLE VI

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