VENTRICULE BULBO-GÉRÉBELLEÜX OU QUATRIÈME VENTRICULE
Le ventricule bulbo-cérébelleux, plus connu sous le nom de quatrième ventricule (sinus seu fossa rhomboïdalis, Raulengrube des anatomistes allemands), est une cavité située sur le plan dorsal de l’isthme, entre le cervelet, le bulbe et la protubérance (fig. 603, 21).
§ I. — Considérations générales
Embryologiquement, le quatrième ventricule représente la cavité primitive du cerveau postérieur et de l’arrière-cerveau. A sa partie inférieure, il surmonte le
Coupe transversale de l’aqueduc de Sylvius, pour montrer sa constitution anatomique (schématique).
1, aqueduc. — 2, épendyme. — 3, subslance grise de l’aqueduc. — 4, tubercules quadrijumeaux antérieurs. — 5, bandelette longitudinale postérieure. — 6, nerf moteur oculaire commun, avec 6’, son noyau d’origine.
canal central de la moelle, avec lequel il communique librement : on peut même jusqu’à un certain point le considérer comme n’étant autre chose que l’extrémité supérieure de ce canal, qui se serait agrandi et étalé dans le sens transversal. A sa partie supérieure il se continue avec l’aqueduc de Sylvius et, par son intermédiaire, avec les ventricules cérébraux.
Pour prendre une notion générale du quatrième ventricule, je conseille les deux préparations suivantes :
La première est une coupe sagittale intéressant le cervelet, le bulbe et la protubérance dans toute leur épaisseur.
Cette coupe, représentée dans la figure 603 , nous montre nettement la cavité ventriculaire, située au-dessous du cervelet, audessus du bulbe et de la protubérance, allongée en sens longitudinal, relativement large à sa partie moyenne et, de là, s’atténuant peu à peu en allant vers l’une ou l’autre de ses deux extrémités. Elle nous montre également la continuité directe de la cavité ventriculaire, d’une part avec le canal de l’épendyme, d’autre part avec l’aqueduc de Sylvius.
La deuxième préparation consiste à pratiquer sur le cervelet (mais cette fois sur le cervelet seulement) une coupe sagittale, puis, la coupe une fois faite, à érigner fortement en dehors (fig. 604) les deux moitiés de ce dernier organe. Le quatrième ventricule nous apparaît alors, sur la ligne médiane, sous la forme d’une cavité impaire et symétrique, de forme losangique, reposant sur le plan dorsal du — bulbe et de la protubérance. Un simple coup
Svlvius. — 21. quatrième ventricule. — 22. ,
canal de l’épendyme. d œil jctc sur la préparation nous apprend
que cette cavité, recouverte en arrière par le cervelet, se trouve délimitée sur les côtés, par les trois pédoncules cérébelleux supérieur, moyen et inférieur.
Le pédoncule cérébelleux inférieur ne forme pourtant pas dans toute son étendue la limite externe de la cavité ventriculaire. Celle-ci, en effet, au niveau de la partie supérieure de ce pédoncule se prolonge en dehors en le contournant et en s’étalant sur sa face postérieure.
C’est à ces prolongements répondant aux angles latéraux du ventricule (voy. plus loin) que Reichert avait donné le nom de recessus latérales, nom qui leur
Fig. 003.
Coupe vertico-médiane ou sagittale du cervelet et de l'istlime : le segment gauche, vu i>ar sa face interne.
1, corps calleux. — 2, trigone cérébral. — 3, septum lucidum. — 4, commissure blanche aulérieure. — 5, nerf optique. — 6, trou de Moiiro. — 7, couche optique. — 8, sillon de Monro. — 9, substance grise ventriculaire. — lü, corps pituitaire. — il, tubercule mamillaire.
— 12, glande pinéale. — 13, commissure blanche postérieure. — 14, tubercules quadrijumeaux.
— lo, pédoncule cérébral. — 16, protubérance annulaire. — 17, bulbe rachidien. — 18. cervelet. avec 19, son centre médullaire formant
STHME DE L’ENCEPHALE
est resté : ce sont les recessus latérales de Reicher recessus de Reichert.
Ainsi entendu, le quatrième ventricule nous présente les dimensions suivantes. Sa plus grande largeur, représentée par la distance en ligne droite qui sépare ses deux angles latéraux, est, en moyenne, de 16 millimètres. Sa hauteur, mesurée de son angle inférieur à son angle supérieur, est de 35 à 38 millimètres, dont 10 à 12 pour la portion bulbaire, 18 à 20 pour la portion protubérantielle.
Le quatrième ventricule nous étant, maintenant, bien connu dans sa situation et sa forme générale.
ou, tout simplement les
Le quatrième ventricule, vu d’en haut après incision médiane du cervelet et écartement des deux moitiés de cet organe.
1, 1’, les deux hémisphères cérébelleux fortement écartés l’un de l’autre. — 2, bulbe rachiden. — 3, 3’, tubercules quadrijumeaux inférieurs et supérieurs. — 4, quatrième ventricule avec : 5, éminentia teres ; 6, aile blanche interne ; 7, aile blanche externe ; 8, aile grise (voir pour les autres détails la fig. 605). — 9, corps restiforme. — 10, clava. — 11, obex. — 12, valvule de Vieussens. — 13, nerf pathétique.
nous pouvons décrire ses parties constituantes.
§ II. — Parties constituantes
Allongé dans le sens longitudinal, aplati d’avant en arrière, le quatrième ventricule nous offre à considérer, à un point de vue purement descriptif, les éléments suivants ; 1® deux parvis. Lune antérieure, l’autre postérieure; 2° quatre bords; 3^^ quatre angles.
A. — Paroi antérieure
La paroi antérieure (inférieure de quelques auteurs) constitue le plancher de la cavité ventriculaire. Sa description, longtemps variable et incertaine, a été dans ces derniers temps profondément remaniée et précisée : tout d’abord, par Retzius (1896), dans son ouvrage sur le Cerveau humain ; puis, dans différents mémoires, par Blake (1900), par Streeter (1903), par Staderini (1906), par Wilson (1906), par Mineff (1907). Gomme la cavité elle-même, le plancher ventriculaire a la forme d’un losange. Son grand axe, situé sur la ligne médiane, se dirige obliquement de bas en haut et d’arrière en avant, faisant avec la verticale un angle de 10 à 13° : il est marqué par un sillon médian qui s’étend sans interruption de son angle inférieur à son angle supérieur. Une ligne transversale, réunissant l’un à l’autre les deux angles latéraux, c’est-à-dire les parties les plus reculées des recessus latérales, constitue 'son petit axe et divise notre plancher en deux triangles : l’un inférieur, appartenant au bulbe, c’est le triangle bulbaire', l’autre supérieur, appartenant à ia protubérance annulaire, c’est le triangle protubérantiel. Nous les examinerons séparément :
SYSTEME NERVEUX CENTRAL
1° Triangle inférieur ou bulbaire. — Vu d’en haut, après incision et écartement du cervelet (fig. 604), le triangle inférieur du quatrième ventricule nous apparaît sous la forme d’une petite dépression de forme triangulaire, que Hérophjle comparaît à l’extrémité inférieure, taillée en pointe, d’une plume à écrire ou calamus
scriptorius. C’est encore le calamm scriptorius des anatomistes modernes : le sillon médian, ci-dessus indiqué, constitue sa tige ; l’extrémité toute inférieure de la cavité forme son bec ; et, quant à ses barbes, elles sont représentées par les stries acoustiques . Étudions tout d’abord ces divers éléments :
A. Tige du calamus.
— La tige du calamus, nous venons de
le dire, n’est autre que la portion du sillon médian du plancher ventriculaire, qui répond au triangle inférieur. C’est, dans la
Fi^. üûo.
Plancher du quatrième ventricule, après section des trois pédoncules cérébelleux.
1, sillon médian postérieur du bulbe rachidien. — 2, sillon paramédian. — .3, faisceau de Goll. — 4. faisceau de Burdach. — o, pjramides postérieures, avec 6’, la clava. — 6, corps resliforme ou pédoncules cérébelleux inférieurs. — 7, pédoncules cérébelleux moyens. — 8, pédoncules cérébelleux supérieurs. — 9, tige du calamus.
— 10, bec du calamus. — 1 1 , barbes du calamu^, avec 11’, baguette d'harmonie de Bergmann. — 12. aile blanche interne, divisée! ])ar un sillon longitudinal en deux parties ; l’une interne (area medialis'), l'autre externe (area plumiformisi — 13, aile blanche externe, avec 13', tubercule acoustique. — 14, aile grise, répondant à la fossette inférieure, avec, à sa partie inférieure, le funiculus separans et l'area postrema (voy. fig. 608). — 15, obex. — 16, ligula. — 17, recessus latérales de Heichekt, répondant aux angles latéraux du losange ventriculaire. — 18, erninentia teres. — Î9, fossette latérale. — 20, funiculus teres. — 21, fossette médiane.
— 22, locus cœruleus. — 23. angle supérieur, répondant à l’origine de l’aqueduc de Sylvius. — 24, tubercules quadrijumeaux inférieurs ou testes. — 25, freins de la valvule de Vieussens. — 26, sillon latéral de l'isthme. — 27, nerf pathétique. — 28, racine cochléaire de l’auditif. — 29, glosso-pharyngien. — 30, pneumogastrique.
— 31, spinal.
plupart des cas, une dépression linéaire, une sorte de fente étroite vers laquelle s’inclinent, à droite et à gauche, deux versants plus ou moins abrupts. Elle est le plus souvent continue, très visible, augmentant de profondeur au fur et à mesure qu’elle descend. Elle nous
présente parfois, de préférence au voisinage de sa partie supérieure, une lamelle de substance blanche qui passe de droite à gauche et qui, descendant jusqu’à sa partie la plus profonde, interrompt le sillon à son niveau. Cette disposition est rare.
B. Bec du calamus. — A son extrémité inférieure, la tige du calamus se continue avec le canal de l’épendyme. Le petit espace triangulaire que l’on voit à ce niveau et qui résulte de l’écartement réciproque des deux faisceaux de Goll a reçu le nom de bec du calamus.
ISTHME DE L’ENCEPHALE
Le bec du calamus répond, naturellement, à l’angle inférieur du plancher ventriculaire. Il représente, du reste, la partie la plus profonde de ce plancher : il y a là, à l’entrée du canal de l’épendyme, une sorte de cul-de-sac, que l’on désigne parfois sous le nom de ventricule d' Arantius,
Nous savons déjà, pour l’avoir vu à propos du bulbe, que la commissure grise de la moelle forme, en arrière du bec, une petite lamelle transversale , légèrement concave en avant, qui va d’un faisceau de Goll à l’autre : c’èst le verrou ou obex.
Mais cette membrane , que l’on décrit d’ordinaire à propos du plancher du quatrième ventricule, se trouve en réalité sur un plan postérieur au bec : elle recouvre le bec comme la commissure grise recouvre le canal épendymaire et, de ce fait, appartient manifestement à la paroi postérieure ou voûte. Nous la retrouverons à propos de cette dernière région.
Fig. 606.
Plancher du quatrième ventricule (d’après Retzius).
1, bec du calamus. — 2, obex. — 3, Aile blanche interne, avec 3’ area inediatis ; 3", area lateralis ou plumil'ormis. — 4, aile grise. — 5, fasciculus separans. — 6, area poslrema. — 7, aile blanche interne, avec 7’, tubercule acoustique. — 8, eminentia teres. — 9, fovca superior. — 10, recessus lateralis. — 11, ligula.
C. Barbes du calamus. — A droite et à gauche de la tige du calamus, on voit se détacher une série de tractus blanchâtres à direction transversale ou oblique : ce sont les barbes du calamus ou stries acoustiques.
Ces tractus sont éminemment variables et par leur nombre, par leurs dimensions
et même par leur origine. — Au point de vue nombre, on en compte ordinairement de trois à cinq pour chaque côté. On peut en observer jusqu’à six, sept et même huit, comme aussi ils peuvent se réduire à deux, à un seul ou même faire complètement défaut. — Au point de vue dimensions, même variabilité : à côté de tractus extrêmement ténus et difficiles à suivre, on rencontre parfois des faisceaux volumineux et fortement saillants à la surface du plancher ventriculaire. — Au point de vue origine, les barbes du calamus naissent à des niveaux très différents, mais généralement dans la moitié supérieure du triangle. Elles émergent, les unes du sillon médian lui-même, les autres (et c’est le plus grand nombre), un peu en dehors de ce sillon.
De la région médiane ou paramédiane du ventricule, les barbes du calamus se portent de dedans en dehors, soit en conservant leur indépendance, soit en se réunissant les unes avec les autres. Elles contournent le corps restiforme, en passant dans le recessus lateralis et aboutissant en définitive au tubercule acoustique et au nerf cochléaire qui lui fait suite. — Les barbes du calamus deviennent ainsi un élément de la voie acoustique centrale (voy. Origines réelles du nerf auditif) et voilà pourquoi elles sont ainsi appelées, dans la nomenclature moderne, les stries acoustiques.
Toutes les barbes du calamus, je veux dire tous les tractus blanchâtres qui cheminent à la surface du plancher ventriculaire ne suivent pas le trajet que nous venons d’indiquer. On en voit ordinairement quelques-unes, qui, au lieu de contourner le pédoncule cérébelleux moyen, se portent obliquement en haut vers le
SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
point de convergence des trois pédoncules cérébelleux. L’une d’elles, parfois très apparente (fig. 605,11) chemine entre l’eminentia teres et la base de l’aile blanche interne, c’est la baguette d' harinonie de Bergmann, encore appelée conducteur sonore. La signification de. ce dernier faisceau ne nous est pas encore connue : d’après Popoff, il se rendrait au cervelet par le pédoncule cérébelleux moyen.
D. Les trois ailes. — Le calamus scriptorius, avec sa tige, son bec et ses barbes, nous étant maintenant connu, examinons la surface même de notre triangle bulbaire. Nous constatons tout d’abord que cette surface n’a pas une coloration homogène, qu’elle est blanche sur certains points, grise sur d’autres. Nous constatons ensuite qu’elle n’est pas régulièrement plane, mais au contraire fortement accidentée, nous présentant, de chaque côté de la ligne médiane, trois petites régions triangulaires, que l’on désigne sous le nom ailes et qui sont en allant de dedans
en dehors : 1® Vaile blanche interne; 2° \aile grise; 3° Vaile blanche externe.
a. Aile blanche interne. — L’aile blanche interne, encore appelée trigone de Vhypoglosse (nous dirons tout à l’heure pourquoi), est une saillie de coloration blanchâtre, située de chaque côté de la tige du calamus. Allongée en sens axial, plus large en haut qu’en bas, elle nous apparaît sous la forme d’un triangle ou d’un coin, dont la base, située en haut, répondrait à la partie centrale du ventricule, dont le sommet, situé en bas, répondrait à l’angle inférieur ou bec.
L’aile blanche interne n’est pas un bloc compacte et homogène, comme on l’a cru pendant longtemps. Un sillon longitudinal, parallèle par conséquent au sillon médian, la divise en deux segments : l’un interne ou înédial, l’autre externe ou latéral . Ces deux segments ont l’un et l’autre, du reste, la même forme triangulaire que l’aile blanche, qu’ils forment en se juxtaposant. Le sillon séparatif en question est tout superficiel, et, parfois même, peu marqué. Il nous présente çà et là, dans tout ou partie de son étendue, de petits sillons obliques, résultant du plissement à leur niveau du revêtement épendymaire. Mais ces plis ou rides ne se produisent pas seulement sur le côté interne du segment latéral de notre aile blanche; on les rencontre aussi, quoique moins développés, sur son côté externe. Il en résulte que oe segment externe, avec ses deux rangées de rides obliques, a pu, par son aspect, être comparé à une plume d'oiseau, d’où le nom area plumi for mis que
Fig. 607.
L'area acustica du quatrième ventricule.
(L'area acustica est circonscrit par une ligne poiiiLillée, et teintée en bleu).
1, quatrième ventricule, vu de profit. — 2, bec du calamus. — 3, obex. — 4, barbes du calamus. — 5, aile blanche interne. — 6, aile grise. — 7, area acustica, avec 7’, aile blanche externe et 7”, tubercule acoustique. — 8, nerf acoustique. — 9, facial. — 10. intermédiaire de tVisberg. — 11, ligula. — 12, recessus lateralis. — 13, eminentia teres. — 14, olive. — 15, protubérance annulaire. — IG, plexus choroïde.
ISTHME DE L’ENCÉPHALE
lui a donné Retzius. Pour le savant anatomiste suédois, le segment interne ou médial devient Varea medialis.
Au total, l’aile blanche interne se divise en deux segments, l’un interne, l’autre externe, Varea medialis et Varea plumiformis, séparés l’un de l’autre par un sillon longitudinal plus ou moins marqué.
La disposition que je viens de décrire existe et je l’ai vue et bien vue. Mais il convient d’ajouter qu’il est rare de la rencontrer sur le sujet aussi nette et aussi précise que dans les descriptions. C’est qu’il y a ici, comme ailleurs, des variations individuelles considérables. Gomme le fait remarquer fort judicieusement Mineff, les rides font bien souvent défaut sur le côté interne de l’area plumiformis, se cantonnant alors sur son côté externe, autrement dit le long du sillon séparatif. Dans ce sillon même, elles sont parfois peu visuelles ou même complètement absentes, auquel cas ce segment externe n’a rien qui rappelle la plume d’oiseau. Voilà pourquoi il me paraîtrait plus logique de donner tout simplement à ce segment externe le nom d'area lateralis, qui a le grand avantage d’indiquer nettement la situation et de convenir à tous les cas.
Morphologiquement, l’aile blanche interne, rappelons-le en passant, est constituée par une masse de substance grise où prend naissance le nerf grand hypoglosse. De là le synonyme que nous avons indiqué plus haut : c’est le triangle de V hypoglosse, le trigonum nervi hypoglossi.
b. Aile blanche externe. — L’aile blanche externe, située, comme son nom l’indique, en dehors de l’aile blanche interne, occupe la partie externe de notre triangle bulbaire. Elle revêt, dans son ensemble, la forme d’une saillie triangulaire, dont le sommet, dirigé en bas, répond à la partie moyenne du pédoncule cérébelleux inférieur, dont la base, située en haut, répond à la fois à la base du triangle bulbaire et à la partie adjacente de triangle protubérantiel ; c’est assez dire qu’elle occupe à la fois les deux portions du plancher ventriculaire.
Cette région, disons-le tout de suite, est formée par un amas de substance grise qui, morphologiquement, représente la corne postérieure de la moelle épinière. C’est là qu’aboutissent les deux branches Qicochléaire du nerf auditif. La région en question devient, de ce fait, le trigone de l'auditif, \Omtrigone acoustique, Varea acustica. Tous ces termes sont synonymes.
Une ligne horizontale passant par la hase de l’aile blanche interne divise l’aile blanche externe en deux portions, l’une inféro-interne, l’autre supéro-externe. — La portion inféro-interne (fig. 607), de forme triangulaire comme l’aile blanche externe elle-même, s’étend le long du pédoncule cérébelleux supérieur. En rapport, en dehors, avec ce pédoncule, elle confine, en dedans, à l’aile grise. C’est Vaüe blanche externe proprement dite ou noyau principal du nerf vestibulaire. — La portion supéro-externe (fig. 607) se trouve placée au-dessus et en dehors de la précédente. Elle revêt, dans son ensemble, la forme d’une saillie oblongue, à direction transversale, qui, prenant naissance dans le triangle protubérantiel du ventricule, en dehors de l’eminentia teres, se porte en dehors et vient se terminer sur le plancher du recessus lateralis. C’est à cette saillie, parfois très prononcée, mais souvent peu visible, qu’on donne le nom de tubercule acoustique. Le tubercule acoustique, comme nous le verrons plus tard, est l’aboutissant, le point d’entrée dans le névraxe des fibres du nerf cochléaire, autrement dit le noyau d'origine de ce nerf.
c. Aile grise. — L’aile grise {area cinerea), ainsi appelée parce qu’elle a une teinte grisâtre, occupe l’espace compris entre l’aile blanche interne et l’aile blanche externe. Comme les ailes blanches, elle revêt, elle aussi, la forme d’un triangle.
SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
mais d’un triangle orienté en sens inverse, je veux dire à base dirigée en bas.
Au point de vue descriptif, nous lui distinguerons : i'’ une base ; 2® un sommet ; 3'^ deux bords, l’un interne, l’autre externe ; 4° deux angles, l’un externe, l’autre interne. — La base, située en bas, se porte obliquement en bas et en dedans, parallèlement au pédoncule cérébelleux inférieur, qui est placé au-dessous. Nous verrons tout à l’heure qu’elle est nettement délimitée par un petit relief en forme
de cordon. — Le sommet, dirigé en haut, s’insinue dans l’angle dièdre, que forment, en s’accolant, les deux ailes blanches. — Le bord externe répond au côté interne de l’area acustica. — Le bord interne longe , de même , le côté externe du trigone de l’hypoglosse. — h'angle externe répond, comme le bord externe, à l’area acustica. Il est généralement marqué par une dépression, quelquefois même par une petite fossette. — \ J angle interne représente l’extrémité inférieure de l’aile grise.
Sous le nom de fasciculus cinereus , que lui a donné Wilson, il s’effile vers le bec du calamus et vient se terminer sur la paroi latérale du canal central de la moelle. On voit, dans certains cas, les deux fasciculi cinerei (le droit et le gauche) se fusionner sur la ligne médiane, constituant alors, au-dessus du canal central et au-dessous de l’obex, une petite lame grisâtre, sorte de commissure jetée entre les deux ailes grises c’est la commissure intercinéréale .
D’ordinaire, chacune des deux ailes blanches forme, sur le plancher ventriculaire, un relief plus ou moins considérable. Par contre, l’aile grise, qui se trouve située entre les deux, représente comme une partie basse. Elle répond ainsi à une sorte de dépression que l’on désigne sous le nom de fovea inferior ou fossette inférieure : on l’appelle encore, en raison de ses relations avec le noyau du pneumogastrique ou nerf vague, la fovea vagi.
Morphologiquement, l’aile grise est formée par une nappe de substance grise où prennent naissance les faisceaux sensitifs des deux nerfs mixtes pneumogastrique
Le triangle inférieur du ventricule, partie grossie de la ligure 605 (on n’a représenté que le côté gauche et une partie seulement (lu côté droit).
1, sillon médian postérieur du bulbe. — 2, clava. — .3, corps restiforme. — 4, obex. — 3, tige du calamus. — 6, barbes du calamus. — ventricule d’Aranlius.
— 8, aile blanche interne, avec : 8’, area medialis ; 8”, area lateralis ou plumiformis.
— 9, aile blanche externe, avec 9', tubercule acoustique. — 10, recessus lateralis. — 11, aile gi’ise (fovea inferior ou fovea vagi. — 12, fasciculus separans. — 13, area postrema. — 14, fasciculus postremus. — lo, ligula. — 16, eminentia teres. — 17, fovea superior.
ISTHME DE L’ENCÉPHALE
et glosso -pharyngien. L’aile grise, de ce fait, devient le trigone du glosso-pharyngien et du pneumogastrique.
A la partie toute postérieure de l’aile grise se voit un petit cordon clair, ordinairement bien accusé (fig. 608, 12) qui, partant de l’aile blanche externe, se porte obliquement en bas et en dedans et finit par disparaître dans la région du bec : c’est le fasciculus separans de Retzius. Il sépare, en effet, l’aile grise, que nous venons de décrire, d’une autre petite région située au-dessous, Vareapostrema. De forme quadrilatère, mais trois ou quatre fois plus large que haute, fortement allongée par conséquent, l’area postrema (fig. 608,13) s’étend le long du pédoncule cérébelleux inférieur et parallèlement à lui depuis le sommet de l’aile blanche externe jusqu’au bec du calamus. Elle a, comme l’aile grise, une coloration foncée tranchant nettement sur la teinte plus claire des formations blanches qui l’avoisinent. Ses limites sont très nettes : en haut, le fasciculus separans ; en bas, le pédoncule cérébelleux inférieur; en dehors, l’aile blanche externe; en dedans, la région du bec. Rappelons, à propos de cette limite interne, que les deux areæ postremæ peuvent se fusionner sur la ligne médiane, constituant alors, au-dessus du bec, ce que Wilson a décrit sous le nom de coalescence interpostrémale.
L’area postrema, dans bien des cas, nous présente à sa surface un petit cordon blanchâtre qui suit une direction plus ou moins longitudinale et qui, quand il existe, divise réellement l’area postrema en deux segments, l’iin interne, l’autre externe. Minefp, qui l’a rencontré 34 fois sur 49 sujets, soit une proportion de 69 p. 100 (je le crois beaucoup moins fréquent), propose de lui donner le nom de fasciculus postremus .
La signification morphologique du fasciculus separans et de l’area postrema est encore fort obscure. Le fasciculus separans ne paraît être (Wilson, Streeter), qu’un simple pli épendymaire déterminé peut-être par un épaississement local de la névroglie sous-jacente. Quant à l’area postrema, elle a été considérée, tour à tour, comme formée par une couche de tissu vasculaire (Streeter), comme une formation névroglioque se confondant avec le ponticulus (Staderini), comme la partie la plus élevée du noyau de Goll (van Gehuchten). Un fait est certain, c’est que l’area postrema fait partie du plancher du quatrième ventricule : comme le fait remarquer van Gehuchten lui-même, on l’aperçoit à travers le trou de Magendie. En raison de sa situation, en raison aussi de ses connexions avec les parties latérales de l’obex, il me paraît rationnel de la rattacher, comme cette dernière formation du reste, à la commissure grise postérieure de la moelle épinière ou, si l’on veut, à la partie postérieure de la substance gélatineuse centrale.
2° Triangle supérieur ou protubérantiel. — Si nous passons maintenant dans le triangle supérieur ou protubérantiel, nous constatons tout d’abord, sur la ligne médiane, un sillon longitudinal, continuation en haut de la tige du calamus.
De chaque côté de ce sillon médian, et un peu au-dessus de l’aile blanche interne, se dresse une petite saillie ovoïde, de 4 millimètres de diamètre : c’est Veminentia leres. Elle répond, comme nous le verrons plus tard (voy. Origines réelles des nerfs crâniens), au deuxième coude du facial et au noyau d’origine du moteur oculaire externe ou abducens : de là le nom qu’on lui donne souvent de éminence du moteur oculaire externe ou eminentia ahducentis.
L’eminentia teres, séparée en bas de l’aile blanche interne par une dépression transversale plus on moins accusée, est continuée en haut par un cordon longitudinal qui longe le sillon médian et que l’on désigne sous le nom de funiculus teres
SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
ou cordon rond. Ce cordon rond, à sa partie inférieure, présente à peu près la même largeur que l’eminentia teres. Puis, il va en s’atténuant peu a peu, présentant successivement 3 millimètres, 2 millimètres et demi, 2 millimètres. Il s’étend ordinairement jusqu’à l’angle supérieur du ventricule, autrement dit jusqu’à l’aqueduc de Sylvius. Son développement est, du reste, fort variable et, d’autre part, sa signification est encore fort obscure. Histologiquement, le funiculus teres est formé par de la substance grise « consistant en des fibres fines, dans les mailles desquelles se trouvent parsemés des groupes de cellules nerveuses de petite et moyenne dimensions » (Streeter). Sa fonction est complètement inconnue : aussi le désigneronsnous, avec Streeter, sous le nom de nucléus, mcertus.
On voit assez souvent les deux cordons ronds, le droit et le gauche, un peu audessus de l’eminentia teres, s’écarter l’un de l’autre et circonscrire ainsi, entre eux, une petite dépression médiane, à laquelle on donne le nom de fovea media ou fossette moyenne.
Sur le côté externe de l’eminentia teres, entre elle et le tubercule acoustique, se voit une autre dépression, ordinairement très marquée, que l’on désigne par opposition à la fovea inferior déjà décrite, sous le nom de fovea superior ou fossette supérieure : on la désigne encore, en raison de ses rapports avec le noyau masticateur, qui est situé au-dessous d’elle sous le nom de fovea trigemini. Sa partie la plus profonde nous présente un système de sillons ou de plis qui se disposent parallèlement au bord externe, ce sont les foveæ superioiHs.
Enfin, un peu en avant de la fovea superior, dans la partie antéro-latérale de notre triangle protubérantiel, s’étale une petite surface oblongue d’un gris ardoisé, à contour indécis, mesurant 5 ou 6 millimètres de hauteur : c’est le locus cœruleus, où vient se terminer l’une des racines du trijumeau. Ici encore nous trouvons un système de sillons et de plis irugæ loci cærulei), qui se dirigent parallèlement au bord externe de la région. Ils sont sans importance. La teinte bien spéciale que présente le locus cœruleus est due à la présence, au-dessous de l’épendyme, d’une nappe de substance grise (subslantia ferruginosa) dont les cellules sont fortement pigmentées. U y a des sujets (et ils sont nombreux) sur lesquels le locus cœruleus est peu ou point apparent ; mais la masse grise précitée n’en existe pas moins. Il suffit alors, pour la mettre en évidence, d’enlever par le grattage l’épendyme et la mince couche de substance blanche qui la couvrent et la dissimulent.
3° Résumé. — En résumé, le plancher du quatrième ventricule a la forme d’un losange à grand axe vertical. Son petit axe ou axe transversal allant d’un angle latéral à l’autre le divise en deux triangles : l’un supérieur ou triangle protubérantiel, l’autre inférieur ou triangle bulbaire. Ce dernier émet deux prolongements latéraux, les processifs latérales de Reighert, qui, en contournant les pédoncules cérébelleux inférieurs, s’étendent jusqu’à l’origine des nerfs mixtes.
Examinons ce plancher de face :
Nous y constatons tout d’abord l’existence d’un sillon médian qui occupe toute sa hauteur et qui, dans le triangle bulbaire, prend le nom de tige du calamus. Son extrémité toute inférieure, répondant à l’angle inférieur du ventricule, en constitue le bec. A droite et à gauche de ce sillon, dans la moitié supérieure du triangle bulbaire se détachent des stries blanchâtres qui, sous le nom de barbes de calamus ou de stries acoustiques, complètent cet ensemble anatomique auquel Hérophile a donné le nom de calamus scriptorius .
De chaque côté du sillon médian, et le limitant, se trouve une colonne longitu-
ISTHME DE L’ENCEPHALE
dinaleplus ou moins saillante suivant les sujets, laquelle constitue successivement, en allant de Bas en haut : 1° Vaüe blanche interne ou trigone de l’hypoglosse, avec ses deux segments, l’un interne ou area medialis, l’autre externe ou area lateralis (area plumiformis de Retzius) ; 2° Yemineniia teres;
3° le funiculus teres ou cordon rond. Cette colonne longitudinale, qui occupe toute la hauteur du plancher (fig. 609, 0, en rose) représente la zone motrice du ventricule.
En dehors d’elle, le plancher ventriculaire est occupé par un certain nombre de formations qui se rattachent à la fonction sensitive et qui, de ce fait représentent la zone sensitive (fig. 609, 0, en bleu). Ce sont, en allant toujours de bas en haut ;
Vaüe ^r/se(avec son areapostrema), Vaile blanche externe et le tubercule acoustique (constituant à eux deux Varea acustica), et enfin, tout en haut, le locus cœruleus.
Entre la zone motrice et la zone sensitive se trouve un sillon séparatif que l’on désigne sous le nom de sillon limitant ou de sillon-limite. 11 suit tout d’abord le côté externe de l’aile blanche interne, qu’il sépare de l’aile grise ; il s’insinue ensuite entre les deux ailes blanches ; puis, il passe en dehors de l’eminentia teres et, enfin, longe jusqu’à son extrémité supérieure le côté externe du funiculus teres.
Ajoutons, en ce qui concerne le sillon-limite, que ce sillon se creuse et s’élargit sur deux points :
1° au niveau de l’aile grise, où il forme la fovea inferior ; 2° en dehors de l’eminentia teres, où il constitue la fovea superior. Gomme nous le
montre la figure 609, ces deux fossettes, bien que situées sur le trajet du sillonlimite, appartiennent à la zone sensitive du plancher ventriculaire.
Fig. 609.
Représentation synthétique du plancher du quatrième ventricule.
(La zone motrice est teintée en rose ; la rose sensitive, en bleu).
i, sillon médian ou tige du calamns. — 2, triangle bulbaire. — 3, triangle prolubél’anliel. — 4, 4, axe transversal séparant les deux triangles. — 5, aile blanche interne, — 6, aile blanche externe, avec 6’, tubercule acoustique. — 7, aile grise (fovea inlerior ou fovea vagi). — 8, eminentia teres. — 9, funiculus teres. — 10, fovea superior ou fovea trigemini. — il, locus cœruleus. — 2, sillon limitant.
B. — Paroi postérieure
La paroi postérieure du quatrième ventricule ferme la cavité ventriculaire en haut et en arrière ; elle en constitue la voûte ou le toit. Elle comprend deux parties bien distinctes, l’une supérieure, l’autre inférieure :
P Partie supérieure. — A sa partie supérieure, la voûte du quatrième ventricule est formée à la fois : 1° par la face antérieure des pédoncules cérébelleux supérieurs ; 2° par la face antérieure de la valvule de Vieussens ou voile médullaire antérieur , qui (fig. 610) s’étend d’un pédoncule à l’autre.
Nous avons déjà, dans les pages qui précèdent (p. 677 et 679), longuement décrit ces deux formations anatomiques ; il est tout à fait inutile d’y revenir ici.
Nous ajouterons seulement que la face antérieure de la valvule de Vieussens et la face antérieure des pédoncules cérébelleux supérieurs sont revêtus, comme nous le montre la figure 610, par la membrane épendymaire.
SYSTEME NERVEUX CENTRAL
2° Partie inférieure. — Dans sa partie inférieure, la voûte de notre quatrième ventricule est constituée (fig. 612, 5) par une simple membrane épithéliale que l’on désigne, en raison de sa situation et de son rôle, sous le nom de membrana
tectoria ou membrana obturatoria.
Fig. 610.
Coupe vertico-transvorsale du quatrième ventricule, pratiquée au niveau de la valvule de Vieiissens.
1,1, pédoncules cérébelleux supérieurs.
— 2, cavité du quatrième ventricule. — 3, son plancher. — 4, lame srrise et 5, lame blanche de la valvule de Vieussens.
— XX, ligne médiane. — (Le trait jaune représente répendymc).
A. Membrana tectoria. — Pour bien comprendre la signification de la membrana tectoria, il convient de se rappeler que, dans les premiers stades de la vie embryonnaire, le névraxe est représenté par un simple tube à paroi épithéliale, le tube neural. Ce n’est que plus tard que se développera tout autour de ce tube, et aux dépens de ses éléments épithéliaux, la substance nerveuse proprement dite. C’est ainsi que, dans la région qui nous occupe (lig. 611), le tube neural donne naissance, sur son plan antérieur , au pédoncule cérébral , à la protubérance annulaire, au bulbe rachidien et à la partie antérieure de la moelle épinière. Sur son plan postérieur se développent successivement, en allant de haut en bas, les tubercules quadrijumeaux, la valvule de Vieussens, le cervelet et les cordons postérieurs du bulbe et de la moelle. Or, il est à
remarquer qu’entre le point où prend naissance le cervelet et le point où apparaissent les cordons postérieurs du cylindre bulbospinal, il y a toute une région du tube neural qui conserve ses caractères embryonnaires, qui ne se développe pas, je veux dire qui ne donne naissance à aucune formation nerveuse (sauf Vobex et la ligula que nous étudierons tout à l’heure) : et bien, cette portion non développée du tube neural de l’embryon, qui répond justement (fig. 611,7) à la portion inférieure de la voûte du quatrième ventricule, n’est autre que notre membrana tectoria.
La membrana tectoria, recouvrant exactement la portion bulbaire du quatrième ventricule, revêt, de ce fait, la forme d’un triangle à base supérieure. — Sur les côtés, elle répond au bord interne des pyramides postérieures du bulbe et, là, elle se réfléchit en dedans pour tapisser le plancher ventriculaire. — En bas , au niveau du hec du calamus, elle se continue avec l’épendyme du canal central de la moelle. — En haut, au niveau de sa base, elle répond successivement : 1° sur la ligne médiane, au sommet de la luette ; 2‘* à droite et à gauche , au bord libre des valvules de Tarin. Au niveau de la luette et du bord libre des valvules de Tarin , elle se continue avec la portion de l’épendyme, qui revêt la face supérieure cîe ces prétendues valvules.
Scli<*ma destiné à montrer, en coupe sagittale, chez l'embryon, les différentes formations tjui se développent dans la région du quatrième ventricule, tout autour du canal neural.
1. pédoncule cérébral. — 2, protubérance. — 3, bulbe. — 4. tubercules quadrijumeaux. — 5, membrane de Vieussens ou lame médullaire supérieure. — 6, cervelet. — 7, membrana tectoria ou lame médullaire inférieure. — 8, aqueduc de Sylvius. — 9. quatrième ventricule. — 10, canal de l’épendvme.
ISTHME DE L’ENCÉPHALE
La membrana tectoria est recouverte, en arrière, par la toile choroïdienne inférieure, que nous décrirons dans un instant, et, sur un plan plus postérieur, par la face inférieure des valvules de Tarin, par l’extrémité antérieure du vermis inférieur (luette) et par les amygdales. Ces trois dernières formations contribuent donc à renforcer, comme le fait la toile choroïdienne, le toit du quatrième ventricule, mais elles ne le forment pas directement : le toit, je le répète, est réellement constitué parla membrana tectoria.
B. Formations rudimentaires annexées a ua MEMBRANA TECTORIA. — A la membrana tectoria s’ajoutent, cependant, sur sa face postérieure, deux formations nerveuses rudimentaires, l’une et l’autre d’origine bulbaire,
Yobex et la ligula :
a. Obex. — L’obex ou verrou (fig. 605,15) est une lame grisâtre, impaire et médiane, située à l’angle inférieur du ventricule, un peu en arrière du bec du calamus. Elle a une forme triangulaire comme l’espace qu’elle occupe : son sommet inférieur se continue avec la commissure grise du bulbe ; sa base, dirigée en haut, est mince, libre, plus ou moins irrégulière ; ses deux bords latéraux
se fixent sur le renflement des pyramides postérieures ou clava, en se continuant plus ou moins avec la substance grise de V area postrema (p. 705). L’obex est souvent peu développé et, parfois, fait complètement défaut.
Quand il existe, il représente la partie la plus élevée de la commissure grise postérieure.
Quoique faisant manifestement partie du toit du quatrième ventricule, l’obex baigne pour ainsi dire tout entier dans la cavité ventriculaire, parce que celle-ci se prolonge sur sa face postérieure en une sorte de culde-sac que l’on voit très nettement sur des coupes, soit sagittales, soit horizontales.
Si nous suivons l’épendyme à sa sortie du canal central (fig. 613), nous le voyons tout d’abord tapisser la face antérieure de l’obex jusqu’à son bord antérieur.
Là, il contourne ce bord, s’étale de haut en bas sur la face postérieure de l’obex; puis, l’abandonnant, il se réfléchit en haut pour se continuer avec la membrana tectoria ou, plus exactement, pour former, pour devenir cette membrana tectoria. Comme on le voit, le point de continuité réciproque entre le toit du ventri- bec du calamus, vu sur une coupe
cule et le revêtement épendymaire du canal central se sagittale (schématique pour montrer trouve si ué, non pas au niveau du bord supérieur rapports de la membrane tectoria
libre de 1 obex, mais plus en arrière sur la face dor- l’obex)
1, bulbe rachidien. ~ 2, quatrième ventricule, — 3, canal de l’épendyme {cavité centrale de Staderini). — 4, obex. — 5, recessus rétro-obicien {cavité dorsale de Staderini). — 6, membrana tectoria du quatrième ventricule. — 7, luette. — 8, cul-de-sac qui la surmonte. — 9, 9’, épendyme. — XX, plan suivant lequel est faite la coupe transversale représentée dans la figure suivante.
Fig. 612.
Origine supérieure de la membrana tectoria du quatrième ventricule
(Le cerve'el, érigné par sa partie postéro-inférieure, à été fortement renv»rsé en haut et en avant ; les tonsilles ont été enlevées comme dans la figure 526).
1, vermis inférieur, avec 1’ luette. — 2, lobules du pneumogastrique. — 3, bulbe, vu par sa face postérieure. — 4, valvules de Tarin. — 5, membrana tectoria, dont le bord supérieur se continue, d’une part avec le sommet de la luette, d’autre part avec le bord antérieur ou concave des valvules de Tarin. — 6, trou de Magendie. — 7, pyramide postérieure.
SYSïExME NERVEUX CENTRAL
sale de cette dernière formation grise. Il résulte d’une pareille disposition : 1° que le ventricule jette un cul-de-sac en arrière de l'obex, cul-de-sac auquel nous pourrions donner le nom de recessiis postérieur ou rétro-obicieyi; 2“ que l’obex, ainsi revêtu par l’épendyme sur ses deux faces, baigne en plein, comme je le disais tout à l’heure, dans la cavité ventriculaire. 11 en
résulte aussi que si on prati(iue, au niveau du bec du calamus, une coupe horizontale du bulbe, on constate réellement, dans la partie dorsale de la coupe, la présence de deux canaux superposés : l'un antérieur, qui représente le canal central ou son vestibule dans la cavité ventriculaire ; l'autre postérieur, qui répond à notre cul-de-sac rétroobicien.
Depuis longtemps déjà, Staderini (1896) avait décrit au point de passage du canal central avec le quatrième ventricule deux cavités, l’une ventrale et l’autre dorsale, séparées l’une de l’autre par une lame névroglique à direction transversale. Cranialement [en haut] ces deux cavités aboutissaient au quatrième ventricule. Caudalement [enbas),\ii cavité ventrale se continuait avec le canal central, tandis que la cavité dorsale se terminait en cul-de-sac. Ces deux cavités, qui ont été revues depuis par van Gehuchten (1898) et par Wilson (1906), me paraissent être les mêmes formations que celles, signalées ci-dessus en avant et en arrière de l’obex; la cavité ventrale représenterait la portion la plus élevée du canal central; quanta la cavité dorsale, elle ne serait autre que le recessus rétro-obicien.
Morphologiquement, le recessus postérieur ou rétro-obicien devrait être considéré, comme le représentant, rudimentaire chez l’homme, d’une évagination postérieure du toit du ventricule, qui, d’après Ijlake, se produirait chez les mammifères et les oiseaux à une certaine période de l’évolution embryonnaire.
b. Ligula. — La ligula, encore appelée lænia ou ponticulus (ces trois termes seront pour nous synonymes), est une petite lame de substance blanche, qui se développe, à droite et à gauche, sur le bord postérieur du ventricule (fig. 613,2). D’abord ascendante, elle s’infléchit ensuite en dehors, formant avec sa direction première un angle de 100° environ. Elle revêt donc dans son ensemble la forme d’une équerre et nous pouvons, de ce fait, lui considérer deux portions, l’une interne, l’autre externe :
a) La portion interne ou ligula interne {ligula postérieitre de la plupart des auteurs) commence, en bas, au niveau ou un peu au-dessus de l’obex et s’étend de là jusqu’à la partie moyenne du corps restiforme (fig. 61o, 2). Sa longueur est, en moyenne, de 8 à 10 millimètres ; sa largeur, de 1 à 6 millimètres. Insérée par son bord externe sur la pyramide postérieure, la ligula a un bord interne libre, mince irrégulièrement déchiqueté. Ce bord se rapproche plus ou moins de la ligne médiane ; on le voit quelquefois (mais le fait me paraît être très rare) arriver, audessus et avant du trou de Magendie, au contact de celui du côté opposé.
P) La portion externe ou ligula externe {ligula antérieure de la plupart des auteurs) suit une direction franchement transversale (fig. 615, 2’). Elle mesure de 12 à 15 millimètres de longueur. Son hord inférieur ou hord adhérent se fixe sur le corps restiforme, à 2 ou 3 millimètres au-dessous du paquet des stries acoustiques. Son bord supérieur ou bord libre est, comme pour la portion précédente, très mince et plus ou moins frangé. Suivie de son extrémité interne vers son extrémité externe, la ligula externe est d’abord peu développée, souvent même à peine visible. Puis, au milieu de son trajet, elle augmente de hauteur et s’enroule alors
Fig. 614.
Coupe frontale du bulbe et du quatrième ventricule passant par l’obex (d'apres une préparation de Staderini).
1, bulbe rachidien. — 2, canal de l'épendyme [cavité centrale de Staderini). — 3. obex. — 4. recessus retroobicien {cavité dorsale de Staderini). — S, niembrana tectoria du quatrième ventricule.
ISTHME DE L’ENCEPHALE
de bas en haut et d’arrière en avant autour du plexus choroïde, auquel elle forme une sorte de gaine, qui est plus ou moins étendue, mais jamais complète : la partie
Fig. 615.
L’obex et la ligula du quatrième ventricule.
(Dans la figure A, ces deux lames nerveuses (obex et ligula) sont vues sur la face postérieure du bulbe ; dans la figure B, le cervelet reposant sur sa face supérieure, le bulbe a été érigné en haut, en avant et à gauche).
1, verrou. — 2, portion interne de la ligula; 2’, sa portion externe ou transversale. — 3, corne d’abondance. — 4, plexus choroïdes. — 5, plancher du quatrième ventricule. — ti, nerf auditif. — 7, nerf facial. — 7’, nerf intermédiaire de Wrisberg. — 8, nerf glosso-pharyngien. — 9, flocculus. — 10, stylet passant par le trou de Luschka.
antérieure de la gaine, en effet, fait toujours défaut. Tout à fait en dehors, quand cesse la ligula, le plexus choroïde, gris rosé ou même rougeâtre, s’échappe de sa gaine blanche, comme un bouquet s’échappe d’un cornet ou d’une corbeille ; cette comparaison, que nous devons à Boghdalegk, a valu à la partie la plus externe de la ligula (partie enroulée) le nom de corne d’abondance ou de corbeille de fleurs. Les deux figures ci-dessus (615, A et 615, B) représentent nettement cette disposition : la première sur un bulbe rachidien isolé, la seconde, sur un bulbe rachidien en place et simplement érigné.
La ligula, comme l’obex, comme la memhrana tectoria qu’elle renforce, dérive de la paroi dorsale de l’arrière-cerveau embryonnaire. C’est une formation incomplètement développée, une formation toute rudimentaire ce qui nous
Fig. 616.
Coupe vertico-médiane du quatrième ventricule pour montrer la constitution de sa paroi supérieure.
Coupe vertico-latérale du même, pratiquée un peu en dehors de la ligne médiane.
1, quatrième ventricule. — 2, son plancher. — 3, valvule de Vieussens, avec 3’, ligula. — 4, luette. — 5, amygdale. — 6, valvule de Tarin. — 7, aqueduc de Sylvius. — 8, canal de l’épendyme. — 9, 9’, feuillet supérieur et feuillet inférieur de la toile clioroïdienne. — 10, espace sous-arachnoïdien, communiquant avec le quatrième ventricule par le trou de Magendie).
(La ligne jaune indique l’épendyme ; les traits rouges, la pie-mère etses dépendances).
SYSTEME NERVEUX CENTRAL
explique, disons-ie en passant, les innombrables variations de forme et de dimensions qu’elle nous présente chez l’adulte.
Le mode de constitution de la voûte du quatrième ventricule nous est nettement indiqué par les deux coupes schématiques ci-dessous (fig. 616 et 617).
a) La première de ces coupes (fig. 616, A) est verticale et médiane. Nous y voyons la membrana tectoria partir du sommet de la luette et se diriger obliquement en bas et en arrière vers le bec du calamus. Un peu au-dessus du bec, elle s'interrompt pour former un orifice que nous étudierons tout à l’heure.
(3) La deuxième coupe (fig. 615. B et fig. 616), verticale et latérale, est pratiquée à la partie moyenne des valvules de Tarin. Elle nous montre tout d’abord, la dépression en forme de cul-de-sac ou de nid de pigeon que forment, d’une part, la valvule de Yieussens, qui est au-dessus, d'autre part, la valvule de Tarin qui est au-dessous. Nous retrouvons ensuite notre membrana tectoria, partant, en haut, du bord libre de la valvule de Tarin et venant s’implanter, en bas, sur la pyramide postérieure du bulbe. Nous constatons, enfin, que l’amygdale est placée entièrement en dehors de la cavité ventriculaire et qu’en conséquence elle ne prend aucune part à la constitution de la voûte.
Dans l'une et dans Vautre coupes, nous voyons la face postérieure de la membrana tectoria former avec la face inférieure du cervelet un espace angulaire à sinus postérieur. C’est dans cet espace que nous allons voir tout à l’heure s’introduire la toile choroïdienne et les plexus choroïdes. Mais nous devons auparavant décrire les autres éléments du quatrième ventricule.