‹ Traité d'anatomie humaine (volume 2)Chapitre 25 sur 166 · ARTÈRES CARDIAQUES OU CORONAIRES · texte numérisé non relu

ARTÈRES CARDIAQUES OU CORONAIRES

dante de la coronaire : on en voit très nettement l’origine (fig. 131) sur la paroi postérieure de la coronaire, après avoir incisé longitudinalement sa paroi antérieure. Elles pénètrent immédiatement après dans la cloison interventriculaire et se distribuent aux deux tiers antérieurs de cette cloison. Nous verrons tout à l’heure d’autres artères, artères postérieures de la cloison, pénétrer de même dans la partie postérieure de la cloison interventriculaire.

2° Artère coronaire droite. — L’artère coronaire droite, encore appelée coronaire postérieure (nous verrons tout à l’heure pourquoi), naît sur le côté droit de l’aorte. On admet généralement qu’elle est plus volumineuse que la coronaire gauche. Mais ce n’est pas là un fait constant, et si nous nous en rapportions aux recherches d’H.\LBERTSMA, ce serait au contraire la gauche qui l’emporterait ordinairement sur la droite.

A. Trajet. — De la partie droite de l’aorte où elle prend naissance, la coronaire droite se porte obliquement en bas, en avant et en dehors, s’engage dans le sillon auriculo-ventriculaire et arrive ainsi au hord droit du cœur. Elle le contourne, passe à la face postérieure de l’organe et, continuant son trajet transversal, elle arrive (toujours en suivant le sillon auriculo-ventriculaire), à l’extrémité supérieure du sillon interventriculaire postérieur. Là, s’infléchissant sur elle-même pour devenir descendante, elle s’engage dans ce sillon et le parcourt, non pas dans toute son étendue, mais seulement dans ses trois quarts ou ses quatre cinquièmes supérieurs. Elle s’arrête donc un peu au-dessus de la pointe du cœmr, contrairement à la coronaire gauche qui, non seulement descend jusqu’à la pointe, mais la contourne pour venir se terminer sur la face opposée.

B. Rapports. — On peut distinguer à la coronaire droite deux portions : une portion transversale, qui occupe le sillon auriculo-ventriculaire et une portion verticale ou descendante, qui chemine dans le sillon interventriculaire postérieur. L’une et l'autre sont superficielles, je veux dire situées entre le myocarde et le feuillet séreux qui le recouvre. Elles baignent en plein, comme la partie descendante de la coronaire gauche, dans l’amas graisseux qui comble les sillons précités.

C. Distribution. — La coronaire droite abandonne, au cours de son trajet, de très nombreuses collatérales, qu’il convient d’examiner séparément pour sa portion transversale et sa portion verticale :

a. Portion transversale. — Les branches qui émanent de la portion transversale se distinguent en ascendantes et descendantes :

a) Les branches ascendantes se portent sur l’oreillette et sur l’auricule droites et se ramifient, à leur surface d’ahord, puis dans leur épaisseur. L’une de ces branches, dite artère inter auriculaire, pénètre dans la cloison par sa partie supérieure et s’y divise bientôt en deux rameaux, l’un antérieur, l’autre postérieur, qui ressortent tous les deux à la face postérieure de l’organe (fig. 130, 10, 10’) : « le rameau antérieur émerge en avant de l’orifice de la veine cave supérieure et du groupe droit des veines pulmonaires, au-devant duquel il passe pour venir s’épuiser sur la face postérieure de l’oreillette gauche ; le rameau postérieur quitte la cloison interauriculaire en arrière de la veine cave supérieure de l’oreillette droite, et, après avoir donné quelques ramuscules au pourtour de l’embouchure de la veine cave inférieure, vient entourer d’un demi-anneau l’embouchure de la veine cave supérieure et s’y épuiser. » (Dragneff.)

fi) Les branches descendantes se portent sur les deux faces du ventricule droit.

ANGÉIOLOGIE

L’une d’elles, fplus volumineuse que les autres, descend le long du bord droit du cœur : on la désigne sous le nom à'artère du bord droit ou artère marginale droite. Parmi ces branches descendantes, nous signalerons encore une artère, souvent assez volumineuse, qui se détache de la coronaire droite tout près de son origine et qui vient se perdre dans la couche cellulo-adipeuse située en avant de l’artère pulmonaire et de rinfundihulum : c’est encore une artère graisseuse.

h. Portion verticale. — Dans sa portion verticale, la coronaire droite abandonne encore deux ordres de branches, les unes superficielles ou ventriculaires, les autres profondes ou interventriculaires :

a) Les branches ventriculaires, au nombre de G à 8, se détachent à droite et à gauche de la coronaire. Elles se distribuent à la fois au ventricule droit et au ventricule gauche, à la portion de ces ventricules qui avoisine le sillon interventriculaire postérieur.

Les branches interventriculaires ou artères postérieures de la cloison sont au nombre de 3 ou 4, se détachant à des hauteurs diverses. Elles pénètrent dans l’épaisseur de la cloison interventriculaire et irriguent le tiers postérieur de cette cloison. Elles sont, comme on le voit, moins nombreuses et moins importantes que celles, ci-dessus décrites, qui proviennent de la coronaire antérieure.

3° Relations réciproques des deux coronaires. — Si maintenant nous cherchons à dégager des descriptions qui précèdent quelques formules synthétiques, nous pouvons établir en principe : D que la coronaire gauche se distribue principalement au cœur gauche ; 2" que l’artère coronaire droite se distribue principalement au cœurdroit ; 3° que chacune d’elles, tout en étant spécialement destinée à une moitié du cœur, concouit aussi, pour une certaine part, à l’irrigation de l’autre moitié. La limite séparative des deux cœurs ne correspond donc pas à la limite de ses deux territoires vasculaires.

Une question d’une importance considérable et qui est résolue différemment par les auteurs est celle de savoir si les deux coronaires, aux confins de leur domaine, communiquent l’une avec l’autre, autrement dit, s’il existe entre elles des anastomoses. Ces anastomoses sont admises par la plupart des auteurs et l’on trouve écrit presque partout : d’une part, que la coronaire gauche s’anastomose, à la pointe du cœur, avec la terminaison de la coronaire droite ; d’autre part, que l’artère auriculo-ventriculaire, branche de la coronaire gauche, s’anastomose largement, à la face postérieure du cœur, avec la coronaire droite, au moment où celle-ci s’engage dans le sillon interventriculaire. De là, comme conséquence de cette double anastomose, le schéma ci-dessus (fig. 132), que l’on peut considérer comme classique ; le cœur est entouré, au voisinage de sa base, par un cercle artériel complet disposé horizontalement et occupant la ligne d’union des oreillettes et des

Fig. 132.

Schéma de la circulation artérielle du cœur.

1, oreillelle gauclie. — 1’, oreillelle droite.

— 2, ventricule gauclie. — 2’, ventricule droit.

— 3, artère jmimonaire. — 4, veine cave supérieure. — a, aorte. — G, 6’, 6”. artère coronaire gauche et ses brandies. — 7, 7’, 7 ’, artère coronaire droite et ses branches.

TRONC BRACHIO-CÉPHALIOUE

ventricules, c’est le cercle auriculo-venlriculaire , constitué à droite par la portion horizontale de la coronaire droite, à gauche par l’artère auriculo-ventriculaire, branche de la coronaire gauche ; la partie antérieure de ce cercle horizontal est reliée à sa partie postérieure par une anse disposée en sens vertical et à concavité dirigée en haut, c’est Vanse interventricidaire, dont la partie moyenne répond à la pointe du cœur et les deux extrémités à l’origine même des deux sillons interventriculaires.

Contrairement à cette opinion, Hyrtl et Henle, tout en admettant que les deux coronaires communiquent entre elles à la limite de leurs territoires respectifs, ajoutent que ces communications sont établies seulement par les capillaires ou par des artérioles qui par leur ténuité se rapprochent beaucoup des capillaires. Dragneff, en 1897, est arrivé à des conclusions entièrement confirmatives de celles de Hyrtl et de Henle : sur vingt-deux cœurs qu’il a examinés, il n’a constaté l’existence d’anastomoses que sur quatre, soit dans un cinquième des cas; encore ces anastomoses étaient-elles de tout petit calibre. Nos recherches personnelles confirment entièrement, sur ce point, celles de Dragneff. Nous pouvons donc conclure que l’indépendance des deux artères coronaires est la disposition habituelle, les anastomoses, du moins les anastomoses d’un certain volume, constituant l’exception.

On admet généralement aujourd’hui (Hyrtl, Eüdinger, Cruveilhif.r, Longet, Chauveau et Arloing), contrairement aux assertions hypothétiques de Brücke : 1° que le point d’origine des artères coronaires est situé, dans l’aorte, un peu au-dessus du bord supérieur des valvules sigmoïdes ; 2° qu’en conséquence ces valvules ne sauraient, en s’abaissant, s’appliquer contre les orifices aortiques de ces deux vaisseaux ; 3° que les coronaires, enfin, semblables en cela à toutes les artères, reçoivent leur sang au moment de la systole du ventricule. Plus récemment (1872) Rebatel, étudiant la circulation des coronaires à l’aide des appareils hémodromographiques de Chauveau, a nettement constaté le synchronisme absolu de la pulsation de l’aorte et de la pulsation des coronaires, preuve manifeste que la pénétration du sang dans ces derniers vaisseaux s’effectue, suivant la règle, au moment de la systole ventriculaire.

"Variétés. — Les deux coronaires peuvent naître par un tronc commun. — Par contre, on peut observer des coronaires surnuméraires ; il existait quatre coronaires dans un cas de Meckel. — Gruveilhier a vu l’artère coronaire droite se séparer de l’aorte par trois branches dont une assez considérable, les deux autres plus petites. — Brooks {Journ. of Anat., 188o) rapporte deux faits de coronaires naissant de l’artère pulmonaire et s’anastomosant ensuite, soit avec les coronaires aortiques, soit avec une branche anormale de la sous-clavière. — La coronaire naissait de la crosse aortique dans un cas de Hyrtl,

A consulter au sujet des artères du cœur : Bianchi, Le arterie coronavie ciel cuore, Lo Sperimentale, 1885; — Martin (H.), Recherches anatomiques et embryologiques sur les artères coronaires du cœur chez les vertébrés, Th. Paris, 1894 ; — Dragneff, Rech. anat. sur les artères coronaires du cœur chez Vhomme, Th. Nancy, 1897; — Jamin u. Merkel, Die Coronararterien cl. menschl. Iferzens, etc., Mediz. Klinik u. d. pathol. Instit. z. Erlangen, 1907 ; — Hirsch u. Spalteholz, Coronurar terien u. Herzmuskelar terien, Deutsch. med. Wochenschr., 1907.

§ H. — Tronc braghio-géphaliqüe

Le tronc brachio-céphalique (fig. 114, il), que l’on appelle encore à tort tronc innominé {arteria anonyma des anatomistes anglais et allemands), est le plus volumineux de tous les troncs qui émanent de la crosse aortique. Son diamètre est de 12 à 15 millimètres ; sa longueur totale, de 28 à 55 millimètres.

L’ Origine et trajet. — Il se détache du point où la partie ascendante de la crosse aortique se continue avec sa portion horizontale. De là, il se porte obliquement de bas en haut, de dedans en dehors et un peu d’avant en arrière, jusqu’à la partie postérieure de l’articulation sterno-clavicLilaire droite, où il se termine en se bifurquant.

2° Rapports. — Le tronc brachio-céphalique est en rapport (fig. 133) : 1° en avant, avec le sternum et l’articulation sterno-claviculaire, dont il est séparé par le tronc veineux brachio-céphalique gauche, par le thymus et par les faisceaux d’origine des muscles sterno-cléido-hyoïdien et sterno-thyroïdien ; 2° en arrière, avec la trachée ; 3° en dehors, avec la plèvre et le poumon droit ; 4® en dedans, avec l’origine de la carotide primitive gauche; les deux vaisseaux, à peu près contigus

Fig. 133.

Les gros troncs qui naissent de la crosse aortique, vue antérieure.

(La ligoe MM iadique le plan médian ou sagittal.)

1 et r, chef sternal et chef claviculaire du muscle sterno-cléido-mastoïdien. — 2, sterno-cléido-hyoïdien. — 3, sternothjTOÏdien. — 4, tronc brachio-céphalique artériel, dont le trajet est indiqué par un pointillé rouge. — 5, carotide primitive. — G, artère sous-rlavière. — 7, mammaire interne (en pointillé). — 8, vertébrale. — 9, trône thyro-cervical. — 10, thyroïdienne de Neubauer. — 11, jugulaire interne gauche. — lî, veine sous-clavière. — 13, tronc brachio-céphalique veineux du côté gauche; 13’, tronc brachio-céphalique veineux du côté droit, coupé immédiatement après son origine. — 14, trachée-artère. — 15 œsophage. — IG, 16’. nerfs pneumogastriques droit et gauche. — 17, nerf phrénique. — 18, 18’, nerfs récurrents droit et gauche. — 19, canal thoracique. — 2ü, jugulaire externe gauche. — 21, vestiges du thymus.

à leur origine, s’écartent de plus en plus en fuyant l’aorte, circonscrivant ainsi dans leur intervalle un petit espace triangulaire à sommet inférieur, dans l’aire duquel on aperçoit la trachée.

3^ Distribution. — Le tronc brachio-céphalique ne fournit, d’ordinaire, aucune branche collatérale.

Arrivé à la partie postérieure de l’articulation sterno-claviculaire, il se partage en deux branches terminales : l’une, ascendante, qui est la carotide primitive droite; l’autre transversale, qui est la sous-clavière droite. Nous étudierons ces deux artères dans les paragraphes suivants.

Variétés. — Le tronc brachio-céphalique peut n’avoir que 10 à 12 millimètres de longueur, comme aussi il peut atteindre 50 et même 55 millimètres. — Sa bifurcation en carotide et en sous-clavière peut donc s’effectuer (ce point intéresse principalement le chirurgien), soit audessous de l’articulation sterno-claviculaire, soit au-dessus de cette articulation. — Le tronc

ARTERES CAROTIDES PRIMITIVES

brachio-céphalique peut faire défaut et, dans ce cas, la carotide et la sous-clavière naissent isolément de l’aorte {type des cétacés). — Anormalement, on a vu le tronc brachio-céphalique fournir la mammaire interne, une artère thymique, une artère bronchique, la vertébrale droite, une carotide accessoire, une thyroïdienne impaire et médiane, connue sous le nom de thyroïdienne de Neuhauer (voy. plus loin, p. 171).

§ III.— Artères carotides primitives

Les artères carotides primitives, avec les deux branches qui en émanent, la carotide externe et la carodite interne (fig. 135), sont destinées à l’extrémité céphalique. C’est chez l’homme qu’elles atteignent leur plus haut degré de développement, en raison des dimensions véritablement prépondérantes que présentent chez lui la cavité crânienne et son contenu, l’encéphale.

1*^ Origine et trajet. — Les carotides primitives sont au nombre de deux, l’une droite, l’autre gauche. Leur origine sur les gros troncs artériels du thorax est différente à gauche et à droite : la carotide primitive droite se détache du tronc brachio-céphalique; la carotide primitive gauche vient directement de la crosse de l’aorte , entre le tronc brachiocéphalique et l’artère sous-clavière gauche.

Immédiatement après leur origine les carotides primitives se portent un peu obliquement en haut et en dehors. Puis, se redressant, elles deviennent verticales et cheminent alors parallèlement l’une à l’autre dans toute l’étendue de leur trajet. Elles interceptent entre elles un espace quadrilatère qu’occupent les deux conduits digestif et aérifère : en bas, la trachée et l’œsophage ; en haut, le larynx et le pharynx

Les deux carotides primitives se terminent en haut sur le même point : au niveau d’une ligne transversale passant par le bord supérieur du cartilage thyroïde. Cette terminaison, on le sait, est une bifurcation en cai^otide externe et carotide interne.

Ajoutons que la carotide primitive ne décrit aucune flexuosité, qu’elle est nettement rectiligne et que, ne fournissant aucune collatérale, elle conserve son même calibre de son origine à sa terminaison.

2° Dispositions particulières à chacune des carotides primitives. — Les carotides primitives, nous venons de le voir, naissent différemment à droite et à gauche. Cette différence dans l’origine des deux vaisseaux homonymes entraîne pour eux des différences de longueitr, des différences de direction et des différences de rapports.

Fig. 134.

La carotide primiüve, vue sur une coupe transversale du cou passant par la partie supérieure de la si.Yième cervicale (côté droit, segment supérieur de la coupe).

A, sixième cervicale. — B, cartilage thyroïde. — C, cartilage aryténoïde.

1, pharynx. — 2, sterno-cléido-mastoïdien. — 3, peaucier du cou.

— 4, omo-hyoïdien. — 5, steruo-cléido-hyoïdien. — 6, thyro-hyoïdien. — 7, scalène antérieur. — 8, scalène postérieur. — 9, muscles prévertébraux.

a, carotide interne. — b. jugulaire interne. — c, jugulaire externe.

— d, artères et veines vertébrales. — e, artère thyroïdienne supérieure. — /’, pneumogastrique. — g, grand sympathique. — h, phrénique. — i, branche descendante de l’hypoglosse. — j, branches antérieures des nerfs cervicaux.

ANGEIOLOGIE

a) La carotide primitive gauche est d’abord plus longue que la droite de toute la hauteur du tronc brachio-céphalique, c’est-à-dire de 20 à 25 millimètres.

P) Tandis que la carotide droite se dirige verticalement en haut dès son origine, la carotide gauche suit d’abord un trajet légèrement oblique en haut et en dehors, et ce n’est qu’en atteignant la région cervicale qu’elle se porte verticalement en

haut, parallèlement à l’autre.

y) Enfin, au point de vue des rapports, la carotide primitive gauche possède une portion thoracique que l’autre n’a pas et, par cela même, elle présente à son origine des rapports qui lui sont spéciaux.

3° Rapports. — Nous les examinerons successivement au thorax {portion thoracique) et au cou {portion cervicale).

a. Portion thoracique.

— La carotide primitive gauche a seule une portion thoracique et les rapports que nous allons indiquer lui appartiennent en propre. Elle est en rapport : 1° en avant, avec le tronc veineux brachio-céphalique gauche, qui la croise, et avec le muscle sterno thyroïdien, qui la sépare du sternum; chez l’enfant, elle est encore séparée du sternum par le thymus; 2° en arrière, avec la trachée et l’œsophage, ainsi qu’avec les artères sous-clavière et vertébrale gauches; 3° eîi dedans, avec le tronc brachio-céphalique, dont elle s’éloigne de plus en plus en gagnant le cou : 4” en dehors, avec la plèvre qui la sépare du poumon correspondant.

b. Portion cervicale. — Au cou, les deux artères carotides primitives droite et gauche présentent des rapports sensiblement identiques :

a) En avant, elles sont successivement recouvertes par l’omo-hyoïdien, le sternothyroïdien, le sterno-hyoïdien, le sterno-cléido-mastoïdien et le peaucier ; leurs rapports avec le sterno-cléido-mastoïdien, qui constitue leur muscle satellite, ont été déjà décrits à propos de ce muscle (voy. t. PG p. 722) ;

En arrière, elles reposent sur la colonne vertébrale, dont les séparent l’aponévrose prévertébrale et les muscles prévertébraux;

Fig. 135.

Artères carotides et artère sous-clavière du côté droit.

1, carotide primitive. — 2, carotide interne. — 3, carotide externe et ses branches : 4. thyroïdienne supérieure; 5, linguale; 6, faciale; 7, occipitale; 8. pharyngienne inférieure ; 9, auriculaire postérieure. — 10, sous-clavière et ses brandies : 11, tronc thyro-cervical ; 12, vertébrale; 12'. cérébrale postérieure; 13, cervicale profonde; 14, sus-scapulaire; 15, intercostale supérieure; 10, mammaire interne.

ARTERE CAROTIDE EXTERNE

y) En dedans, elles répondent à la trachée, à l’œsophage, au larynx, ainsi qu’aux lobes latéraux du corps thyroïde ;

S) En dehors, enfin, la carotide primitive est longée par la veine jugulaire interne. Dans l’espace angulaire postérieur, que forment les deux vaisseaux en s’adossant l’un à l’autre, chemine verticalement un gros cordon nerveux, le nerf pneumogastrique. Une gaine fibreuse commune, dépendant des aponévroses cervicales, enveloppe la carotide primitive, la jugulaire interne et le pneumogastrique : c’est le paquet vasciUo-nereeux du coït. Le long de ce paquet vasculo-nerveux s’échelonnent, en outre, des amas de ganglions lymphatiques, tout aussi variables par leur nombre que par leur volume ;

e) En haut, au niveau même de sa bifurcation, la carotide primitive est en rapport avec un petit corpuscule de coloration gris rougeâtre que l’on désigne sous le nom de glande intercarotidienne {glandula carotica) : c’est, en effet, une formation glandulaire que nous décrirons plus loin (voy. t. IV) avec les glandes à sécrétion interne. Rappelons ici seulement qu’elle se trouve située, non pas dans l’angle même de bifurcation de la carotide primitive, mais un peu en arrière de cet angle et, d’autre part, qu’elle est reliée au vaisseau par une sorte de pédicule à la fois fibreux et vasculaire qu’on désigne sous le nom de ligament de Meyer.

2" Distribution. — Les deux carotides primitives ne fournissent dans leur trajet aucune branche collatérale. Parvenues au niveau du bord supérieur du cartilage thyroïde, elles se bifurquent chacune en deux branches terminales :

a) La carotide externe, qui se distribue à la face et à la boîte crânienne ;

P) La carotide interne, plus particulièrement destinée aux centres encéphaliques et à l’organe de la vision.

La description de la carotide externe et de la carotide interne fera l’objet des deux paragraphes suivants.

Variétés. — Pour les variétés d’origine, voyez plus haut (p. 126). — La division de la carotide primitive en carotide externe et carotide interne peut se faire plus haut que d’habitude, au niveau de l’os hyoïde ou même plus haut encore. — Elle peut aussi s’effectuer plus bas, vers le milieu du larynx, au niveau du cartilage cricoïde et même beaucoup plus bas ; dans un cas de Morgagni, la carotide primitive ne mesurait que 41 millimètres et se bifurquait, par conséquent, à la partie inférieure du cou. — 11 existe quelques faits où la carotide interne et la carotide externe se séparaient isolément, soit du tronc brachio-céphalique (Kosinski), soit de la crosse aortique (Malacarne, Power). — Par contre, on a vu quelquefois la carotide primitive ne pas se bifurquer du tout et gagner le canal carotidien du rocher, en fournissant successivement les branches qui. dans les conditions ordinaires, naissent de la carotide externe. J’ai vu, tout récemment, la carotide interne ne se séparer de la carotide externe qu’au-dessus de l’origine de la faciale. — Exceptionnellement, la carotide primitive peut fournir la thyroïdienne supérieure, la pharyngienne inférieure, la vertébrale, la thyroïdienne inférieure, une artère laryngée.

§ IV. —Artère carotide externe

ET SES BRANCHES

Branche de bifurcation de la carotide primitive, l’artère carotide externe (fig. 135 et 136) s’étend du bord supérieur du cartilage thyroïde au col du condyle du maxillaire inférieur, où elle se partage en deux branches terminales, Y artère temporale superficielle et V artère maxillaire interne.

Direction. — Oblique en haut et en dehors dans la première partie de son trajet, la carotide externe change de direction au niveau de l’angle de la mâchoire, pour suivre, h partir de ce point, un trajet sensiblement vertical.

ANGEIOLOGIE

2° Rapports. — A son origine, la carotide externe est située sur le côté du pharynx, en avant et un peu en dedans de la carotide interne. Elle n’est recouverte à ce niveau que par la peau, le peaucier et l’aponévrose cervicale superficielle. — Plus haut, elle s’engage au-dessous du digastrique, du stylo-hyoïdien et du nerf grand hypoglosse, qui croisent obliquement sa direction en se portant dans la région sus-hyoïdienne. — Elle plonge, enfin, dans l'épaisseur même delà glande parotide, dont elle ne se dégage qu’au niveau du col du condyle, point où elle se termine.

(Voy. LrviNi. L'arteria carotis exlerna. Arcli. di Anat. et di Embriol., 1903).

3® Distribution. — Au cours de son trajet, l’artère carotide externe abandonne successivement six branches collatérales. Arrivée au niveau du col du condyle, elle se termine, comme nous l’avons dit plus haut, en se bifurqiiant et en fournissant ainsi deux autres branches, ses branches terminales.

Des six branches collatérales de la carotide externe (fig. 136), trois se portent en

avant : ce sont la thyroïdienne supérieure, la linguale et la faciale. Deux se dirigent en arrière : ce sont V occipitale et Vauriculaire postérieure .

La sixième se porte en dedans : c’est la pharyngienne inférieure.

1 ° Artère thyroï dienne supérieure. —

La première des branches collatérales de la

carotide externe, la

thyroïdienne supérieure (fig. 135,4), prend naissance un peu au-dessus, quelquefois même au niveau de la bifurcation-

de la carotide primitive. De là, elle se porte, tout d’abord, horizontalement en

Rapports des carotides avec les muscles styliens et digastrique.

i, apophyse inasloïde, avec le Iroii auditif externe. — 2, apophyse styloïde. — o, coiul\le du maxillaire inférieur.

— 4. os liyoïde. — 5, glande sous-maxillaire. — 6, 6’. ventre antérieur et ventre postérieurdu digastrique. — 7, stylohyoïdien. — 8, mylo-hyoïdien. — 9, hyo-glossc. — 10, carotide primitive. — 11, carotide interne. — 12, carotide externe. — 13, artère thyroïdienne supérieure. — 14, artère linguale. — l.a. là’, artère faciale. — 10. artère occipitale.

— 17, artère auriculaire postérieure. — 18, artère transversale de la face. — 19, artère temporale superlicielle. - 20. artère maxillaire interne. — 21, veine jugulaire interne. — 22, veine faciale. - 23. nerf grand hypoglosse, avec 23', sa hranche descendante.

avant et en dedans.

ARTERE CAROTIDE EXTERNE

parallèlement à la grande corne de l’os hyoïde. Puis, s’infléchissant en has, elle descend vers le lobe correspondant du corps thyroïde et s’y termine.

Dans ce trajet, l’artère thyroïdienne supérieure repose sur le constricteur moyen du pharynx et sur le larynx. Très superficielle à son origine, où elle n’est recouverte que par l’aponévrose cervicale superficielle et par le peaucier, elle s’engage bientôt au-dessous des muscles omo-hyoïdien, sterno-hyoïdien et thyrohyoïdien, qui la recouvrent entièrement.

A. Branches collatérales. — Ses branches collatérales sont au nombre de trois, la sterno-mastoïdienne, la laryngée supérieure et la laryngée inférieure :

V artère sterno-mastoïdienne, se portant en dehors et en bas, croise la carotide primitive et la jugulaire interne et se perd à la face profonde du muscle sterno-cléido-mastoïdien.

2® V artère laryngée supérieure (fig.

137.14) naît ordinairement du point où la thyroïdienne supérieure, d’horizontale qu’elle était, devient descendante. Elle s’engage ensuite entre le muscle thyro-hyoïdien et la membrane thyro-hyoïdienne, perfore d’avant en arrière cette dernière membrane et se divise alors en deux groupes de rameaux : des rameaux ascendaîits, qui se ramifient sur l’épiglotte ; des rameaux descendants, qui se perdent dans les muscles et dans la muqueuse du larynx.

3*^ h' artère laryngée inférieure (fig.

137. 15) naît, comme la précédente, un peu au-dessus du cartilage thyroïde. Se portant obliquement en bas et en dedans, elle s’engage tout d’abord entre la couche superficielle et la couche profonde des muscles sous-hyoïdiens, passe ensuite au-dessous de la pyramide de Lalouette (quand celle-ci existe), arrive sur la membrane crico-thyroïdienne et s’y anastomose avec celle du côté opposé. Il en résulte une sorte d’anse ou arcade médiane, d’où s’échappent plusieurs petits rameaux (^rameaux terminaux), lesquels perforent la membrane crico-thyroïdienne et se distribuent à la muqueuse de la portion sous-glottique du larynx. Déjà, au cours de son trajet, l’artère laryngée inférieure a émis un certain nombre de rameaux {rameaux collatéraux) pour le cartilage thyroïde, les muscles sous-hyoïdiens et le muscle crico-thyroïdien.

B. Branches terminales. — L’artère thyroïdienne supérieure, en atteignant le corps thyroïde, se divise (fig. 137) en trois branches terminales :

1° Une branche interne (12), qui longe le bord supérieur du corps thyroïde et s’anastomose, sur la ligne médiane, avec celle du côté opposé ;

Fig. 137.

Artères du corps thyroïde.

1, corps thyroïde, avec 1’, pyramide Lalouetle. — 2, trachée. — 3, cartilag^e thyroïde. — 4, membrane crico-thyroïdienne. — 5, membrane thyro-hyoïdienne. — 6, artère thyroïdienne inférieure, avec : 7, sa brandie postérieure ; 8, sa branche profonde ; 9, sa branche inférieure. — 10, artère thyroïdienne supérieure, avec : il, sa branche postérieure; 12, sa branche interne; 13, sa branche antéro-ex terne. — 14, artère laryngée supérieure. — 15, artère laryngée inférieure ou crico-thyroïdienne. — 16, artère thyroïdienne de Neubauer (anormale'.

140 ANGÈIOLOGIE

2° Une branche externe (13), qui descend et se ramifie sur le côté externe du lobe correspondant ;

3® Une branche postérieure (11), enfin, qui chemine à la face postérieure du corps thyroïde, entre celle-ci et la trachée. Ces trois branches se distribuent au corps thyroïde (voy. Corps thyroïde).

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